Le chapitre d'avant était un peu plus court mais c'était pour pouvoir soigner le suivant que voici… Vous le méritez !
Merci pour les reviews, vous êtes au top !
Chapitre 4 L'Envol
Tétanisée par la peur, j'avais le souffle coupé. En apnée complète, j'agrippai les barreaux de mon lit, comme si le fait de les lâcher signait mon arrêt de mort.
– NON ! Cria Jeanine.
Le sourire d'Éric disparu et ses mâchoires se contractèrent. Jeanine brisa le silence :
– Aliénor, dis-nous quelque chose de complètement faux !
– Jeviensdelaplanètemars ! Soufflai-je d'un trait, en vidant l'air de mes poumons.
Jeanine tira sur sa veste de tailleur, un sourire nerveux aux lèvres.
– Éric ? Un mot s'il te plait ?
Il mit une éternité à décaler lentement le canon du pistolet de ma tempe, en le faisant glisser le long de l'arrête de ma mâchoire. Brusquement il baissa l'arme qui alla claquer contre les boucles de sa poche de pantalon.
Totalement stupéfaite, je les regardais sortir. Ce fût une douleur dans les mains qui me tira de ma stupeur. En serrant les barres du lit, je m'étais enfoncé les ongles dans les paumes. Précautionneusement, je dépliai mes doigts et me massai les mains. Miranda était encore sous le choc, mais le psy lui, semblait trouver cela parfaitement normal. Les bras croisés, il attendait simplement que les deux compères rentrent dans la salle, tapotant du pied par terre.
Faut que je me barre d'ici. Mon espérance de vie dans ce monde de cinglés était aussi élevée que celle d'un hérisson sur une quatre-voies.
…
– Vous m'expliquez ?
Éric était contrarié mais savait que Jeanine avait de bonnes raisons pour l'avoir interrompu.
– On ne peut pas la supprimer, pas maintenant. Il y a trop de coïncidences ! Avec cette fille on ne peut raisonner normalement ! Il faut également prendre en compte l'impensable…
– Continuez.
– Tout d'abord, on la trouve dans les ruines fumantes de l'entrepôt 13. Ensuite le sérum de vérité ne fonctionne pas…
– Une divergente.
– Exact. Seule la divergence peut s'opposer au sérum. Pour pallier à toute éventualité j'avais même demandé une double dose. Que penses-tu de tout ça toi ?
– Hum. Au vu des éléments en notre présence, la seule hypothèse valable est celle-ci : après avoir passé le test à ses 16 ans, on la diagnostique divergente. L'examinateur la couvre, et on la fait passer pour morte. Les rebelles la récupèrent, la forment et en font un agent fantôme. Ils ont dû l'introduire dans l'entrepôt 13 pour récupérer ou observer ce qu'on y faisait. Mais manque de chance, en voulant couvrir ses traces, ou en essayant de saboter les installations, elle a failli y rester. Tout cela signifie une chose : le réseau de rebelles est plus important et organisé qu'on ne le croit.
Jeanine s'emporta.
– C'est démentiel !
– Bien entendu, ceci est le pire scénario envisageable. Je veux la mettre en condition de stress, face à moi en combat. Si elle est un agent, elle sait que sa couverture est compromise, et même si elle est vraiment amnésique, son instinct de survie l'emportera, elle essaiera de résister. Les réflexes acquis lors d'un entrainement, placement du corps, manœuvres d'évitement… se dévoilent automatiquement lorsqu'on se sent menacé. Le but d'un entrainement est de rendre tout ça mécanique et automatique.
– Et si elle n'est rien de tout cela ?
– Elle n'en reste pas moins divergente. Sa famille s'est mise hors la loi en la cachant. Ils ont forcément eu besoin d'aide extérieure pour la garder en secret ; on peut en déduire qu'ils ont bénéficié de l'appui des rebelles.
Jeanine paru satisfaite. Rien ne pouvait rester longtemps sans contrôle.
– Alors teste-la en combat réel. Nous ne pouvons la garder cachée plus longtemps de toute manière. Réunion ce soir et débriefing à votre QG. J'ai un plan au cas où ta première hypothèse se révèle fausse. N'oublie pas de la faire surveiller constamment, contact minimal avec les autres.
– Bien sûr… Je vais lui coller aux basques à celle-là. En tant que suspect n°1, je ne suis pas près de la lâcher.
…
J'attendais avec angoisse le retour de mon tortionnaire ; pourtant ils rentrèrent tout sourire dans ma chambre d'hôpital. Jeanine me serra les mains et m'embrassa sur le front.
– Je suis désolée ma chérie, mais avec un sérum qui ne marche pas sur toi, il était difficile de savoir si on pouvait te faire confiance ou pas. Éric a peut-être réagi un peu vite en essayant de t'intimider…
– Carrément vite oui ! Ne le laissez plus s'approcher de moi s'il vous plait! Je suis censée être en convalescence non ?! Encore une… une connerie de ce genre et je fais une crise cardiaque !
Les mots me manquaient. Le ton était un peu plus autoritaire que ce que j'aurai voulu mais j'étais vraiment sous le choc, et l'adrénaline faisait encore battre mon cœur.
Éric se rapprocha de mon lit en écartant les mains en signe d'excuse. Tout signe d'animosité avait disparu de son visage.
– Désolé pour ça, mais le stress révèle la vraie nature des gens. Ce que j'ai voulu faire avec toi.
Il tira sur mon drap, et ni une ni deux, me sortit du lit. Il m'indiqua un paravent, me laissant désorientée.
–Bonne nouvelle, tu sors aujourd'hui, habille toi tout est prêt. Mauvaise nouvelle, c'est moi qui t'accompagne au quartier des audacieux, tu as une nouvelle chambre.
Cette fois le sourire était nettement jubilatoire. Et sadique aussi. Mais ce mec est une énigme bordel !
Derrière le paravent il y avait un slim gris anthracite, un débardeur noir et une paire de chaussures noires en toile légère. Une veste couleur aile de corbeau complétait la tenue. Taillée dans un tissu léger et soyeux, elle était renforcée aux coudes et aux épaules, et des boucles en métal mat foncé agrémentaient la taille. Stylée ! Celle-là je l'aime bien !
Tout ce noir me donnait l'impression d'aller à un enterrement. Mais pourquoi j'ai la désagréable impression que c'est le mien...?
Jeanine me regarda et me gratifia d'un de ses sourires doux.
– Une vraie petite audacieuse ! Éric va t'accompagner, mais ne t'inquiète pas, je n'abandonne pas l'idée de retrouver ta famille. Je vais réfléchir à une solution avec des experts.
En aparté je lui murmurai :
– Je ne peux pas partir avec vous ? Toute cette... agitation ce n'est pas pour moi, je suis plutôt du genre calme... En plus le bleu me va mieux au teint ! Tout plutôt que partir avec ce taré de la gâchette, pensai-je. Elle me saisit par les épaules et me fixa. Ses yeux me paraissaient plus foncés. Un frisson me parcourut le dos.
– Aliénor… Tu as été victime d'un attentat. Le seul endroit où tu seras en sécurité c'est chez les audacieux près d'Éric.
Mouais. Il n'a pas l'air follement heureux de m'avoir dans ses pattes. Mais je savais qu'elle avait raison, personne n'irai s'en prendre à ce genre de mec. Enfin je l'espérai.
– Suis ses conseils, fait lui confiance, il sait ce qu'il fait.
A contrecœur je hochai la tête. La seule personne en qui j'avais confiance c'était elle. La seule personne normale, qui m'accordait de l'attention et se préoccupait sincèrement de moi. Éric ouvrit la porte et tendit le bras dans un geste qui m'invitait à me mettre rapidement en route.
Nous traversâmes l'hôpital des fraternels. L'intérieur du bâtiment contrastait avec ce que j'avais vu par les fenêtres. Ici tout était propre, les équipements ultra modernes, le design futuriste. Je n'étais vraiment plus chez moi, en terrain connu. Éric marchait vite, au pas militaire. Aucun de nous ne parlait. Je préférais me taire pendant que nous déambulions dans les rues vides. Enfin, un grand escalier de fer se dessina devant nous. Une fois en haut, je me rendis compte que nous étions sur le quai d'une gare.
Un train arriva. Il roulait beaucoup trop vite pour s'arrêter.
– On prend le suivant ? Demandais-je.
– COURS !
Je vis avec stupeur Éric sauter et s'accrocher à une poignée, puis rentrer dans le train. Prise de panique je poussai sur mes jambe et sprintai aussi vite que je le pouvais.
Une main m'agrippa par la taille et me souleva dans le wagon comme si je ne pesais rien. Mais je penchais dangereusement vers le quai. Éric perdait l'équilibre. Ma seule réaction fut de planter mes ongles dans son bras pour me maintenir. Heureusement son bras puissant nous ramena tous deux à l'intérieur.
– Il va falloir couper ces ongles. Et lâche-moi !
Je continuais à me cramponner à lui de toutes mes forces.
– Oh putain, oh putain, OH PUTAIN ! CA VOUS AMUSE DE MONTER DANS LES TRAINS EN MARCHE ?!
– On ne se déplace que comme ça… Baisse d'un ton ! Grogna-t-il en me repoussant. Il faut apprendre à réagir plus vite !
– Parce que ce n'était pas plus simple de me prévenir !
Ce mec avait des tendances suicidaires ma parole !
– Nous descendons dans 20 minutes.
Il me tourna le dos, s'assit sur un siège, les avant-bras posés sur les genoux et me fixa.
– Madame la duchesse veut peut être un chauffeur pour son prochain déplacement ? Persifla-t-il.
– J'aimerai surtout arrêter de risquer ma vie dans cette ville, murmurai-je en m'éloignant au fond du wagon.
– Reviens ici, je veux t'avoir à l'œil.
Je m'assis en face de lui en ramenant ma mèche de cheveux devant mes yeux pour essayer d'occulter son regard perçant et masquer ma gêne. Mes yeux s'attardèrent sur ses tatouages. J'essayai de suivre des yeux les labyrinthes qu'ils formaient.
Ce fût les 20 minutes les plus longues de toute ma vie.
…
– Ok, on descend.
Il se leva et je fis de même. Le vent sifflait par la porte ouverte. Ooooh non.
– Attendez… on ne va quand même pas SAUTER ?!
– Accroche-toi à moi. Aller ! Monte sur mon dos ! Vu que tu ne sauteras pas toute seule...
– C'est ABSOLUMENT hors de question !
Sans me laisser le temps de réagir il me saisit par le bras et me jeta sur ses épaules musclées. Instinctivement j'enroulai mes jambes autour de sa taille et enfoui ma tête dans son cou. Une odeur puissante de pin et de terre fraîche m'emplit les narines. Une odeur d'homme qui rassure. Je remarquai une lame fixée au niveau de son pectoral gauche, s'il se réceptionne mal, il risque de s'empaler dessus ce con.
– Allez boulet, on s'envole !
Et quasiment sans élan il sauta.
Dans une situation pareille John Mac Lane aurait déclaré « yippee kay yay, motherfucker »*. C'était tout à fait ça. J'avais l'impression de planer au ralentit comme dans les films. La sensation était géniale ! Et puis la gravité nous rattrapa. Éric atterrit en souplesse, une jambe tendue en avant, l'autre fléchie, ce qui lui permit de faire un long dérapage.
– Waaaaouh ! C'était fou mais génial !
Je descendis de son dos. Il avait l'air surpris que je ne sois pas terrorisée. Il fronça les sourcils avec un air mauvais.
– Ne conteste plus jamais mes ordres. Quand je te dis de faire quelque chose tu t'exécutes. C'est clair ?
– ...
– Est-ce que c'est clair...?
– ...Oui, dis-je d'une petite voix, à vos ordres…
– Et chez les audacieux tout le monde se tutoie. Fais en de même duchesse.
Son ton sec et cassant à la limite du mépris me dissuada de répliquer.
Nous rentrâmes dans le bâtiment par un escalier en béton. Tous les gens que nous croisions saluaient Éric d'un signe de tête, et lui bien évidemment, ne répondait jamais. Tout le monde me dévisageait l'air surpris.
Le chemin était un vrai dédale. Tout d'abord nous avions atterrit sur le toit d'un bâtiment en brique désaffecté. Un long escalier nous avait menés assez bas dans un édifice qui contenait des bureaux, puis encore plus bas. Les murs étaient à présent taillés dans la pierre brute. Une clameur retentissait au loin. Ce devait être un centre de vie. Après maints et maints virages en pente douce nous étions maintenant dans un grand bâtiment assez industriel.
C'était je pense une vieille usine réaménagée. Les poutrelles en fer, les rambardes forgées et les briques apparentes entre le béton des murs lui donnaient un air rétro assez sympa. Au bout d'un couloir il m'ouvrit une porte et s'effaça. Je pénétrai dans ce qui semblait être un studio. La porte claqua derrière moi et un bruit de loquet retentit.
Incrédule, j'essayai de tourner la poignée.
Mais… Je rêve là ! Cet enfoiré m'a enfermé à clé ?!
J'ai préféré garder le vouvoiement lorsqu'Éric s'adresse à Jeanine. Même si je les place à égalité je trouve que ça marque le respect qu'il a pour elle. J'ai l'impression que c'est une des rares personnes qu'il estime et qu'il veut bien suivre. Jeanine quant à elle le tutoie parce qu'elle le place en égal et parce qu'il est plus jeune. Qu'en pensez-vous ? Si ça en perturbe certains je peux toujours changer ?
Désolé pour le vocabulaire pas toujours correct, mais dans ma tête je pense comme ça, et du coup je fais réagir Aliénor de la même façon ! ;)
Je commence à faire bouger un peu les choses, ça vous plait ?
* Cette citation provient de la franchise Die Hard avec Bruce Willis ; si tu ne l'a pas vue misérable vermisseau, réserve-toi un aprèm et regarde ces films parce que tu manques quelque chose ! (En plus Il y a Alan Rickman et Jeremy Irons en méchants, et dans le 5ème film Jai Courtney interprète le fils de Bruce Willis !)
