Chapitre 6 Furie blonde
Assise dans un des fauteuils, je repensai à la curieuse visite que j'avais eue, 5 minutes plus tôt. Une furie blonde avait débarqué dans le studio, sortie d'on ne sait où, m'avait pratiquement cassé le bras et luxé l'épaule. La violence devait être à ce monde ce que la poignée de mains était au mien : un moyen de se saluer.
La prochaine personne je lui dirais bonjour en lui faisant un coup de boule en fait. Je me mis à rire toute seule, imaginant tout le monde se frapper joyeusement le matin.
Voyant que je n'étais pas bien dangereuse, elle m'avait vite relâchée.
– Tu as 30 secondes pour m'expliquer qui tu es et ce que tu fous dans la chambre de ma sœur !
– Ta sœur ?! Euh… désolée mais un homme du nom d'Éric m'a amenée ici et m'a enfermée, je n'y suis pour rien, vraiment… Je suis sûre qu'il s'est simplement trompé de chambre et que tout va vite rentrer dans l'ordre…
– Pas la peine. De toute façon l'appart' est libre maintenant. Si Éric t'as amené là je ne peux rien faire, qui suis-je pour contrecarrer les plans de sa majesté !
Elle me tourna le dos et se dirigea vers la fenêtre en marmonnant
– Incroyable… Il ne prend même plus la peine d'amener ses plans Q chez lui maintenant…
– PARDON ?!
Mais elle était déjà partie. Je la vis sauter de corniche en corniche comme dans Assassin's Creed.
Je criai quand même par la fenêtre :
« Et pour ta gouverne, je ne suis pas une prostituée ! » J'avais utilisé un mot bien plus vulgaire, et une flopée de jurons tout aussi vulgaires avaient suivi. Non mais sans blagues.
Je faisais donc le point assise dans ce fauteuil. D'accord. On se déplace en sautant partout et on se frappe pour se dire bonjour. Okaaaaay. Normal.
Malgré tout, ce qu'elle m'avait dit m'inquiétait. Éric n'avait quand même pas l'intention de me violer ? Mais l'image rassurante de Jeanine s'interposa ; non, elle ne permettrait jamais une telle horreur.
Et pourquoi avait-elle dit sa majesté ? Se pouvait-il qu'il soit un des chefs de cette cité ? Nan, impossible, c'est qu'un sous-fifre, il obéit comme un petit chien aux ordres de Jeanine.
Un peu fatiguée, je fermai mes yeux.
…
J'avais dû m'endormir un bout de temps car quand je me réveillai, il faisait noir dehors. Mon ventre criait famine et une soif d'enfer me taraudait.
Une clé tourna dans la serrure ; je sautai sur mes pieds, attendant de voir qui entrerait.
Et merde !
C'était Éric, visiblement fatigué, énervé et…affamé vu le plateau repas qu'il ramenait. Cool le combo gagnant !
Prudente je reculai légèrement. Il s'immobilisa, un grand sourire sur la figure.
– Enfin une réaction normale ! Tu as raison d'avoir peur de moi ma grande…
Il mit la clé dans sa poche, s'assit et commença à manger. Je regardais avec envie les sandwiches et l'eau. Éric n'arrêtait pas de me fixer des yeux. Prenant soin d'éviter son regard je pris mon courage à deux mains.
– Tu… as l'intention de partager ? S'il te plait ? Je n'ai rien mangé depuis…
– A ton avis ?!
Non bien évidemment.
Il posa le plateau sur la table basse. Lassée d'attendre, je lui tournai le dos pour aller sur le balcon. Un boulet de canon me projeta contre la cloison. Éric me retourna, m'agrippa la gorge et leva le poing prêt à frapper. Ma seule réaction fût de hurler et de fermer les yeux. Sa main me bâillonna, m'étouffant presque, et il susurra :
« Tout compte fait… Si tu as des yeux au beurre noir, tu ne pourras pas voir ce que je te fais… Je vais plutôt te frapper au ventre, c'est très douloureux… …»
Avec une vitesse fulgurante, son genou remonta vers mon estomac… Et s'arrêta à quelques millimètres de mon abdomen.
Les yeux exorbités, je peinais à respirer. Il me lâcha, et eût un rire sournois. Sa voix me murmura à l'oreille :
« Tu sais quoi ? Je pensais que ce serait une corvée cette mission… Mais en fait, y'a moyen qu'on se marre bien… »
Puis il m'embrassa sur la joue pour me provoquer. Je sortis de ma torpeur et me frottai vigoureusement le visage avec un air de dégoût.
– Bonne nouvelle pour toi, tu n'es définitivement pas un agent des rebelles ! Même les pète-sec se défendent mieux que toi ! Au moins on ne gaspillera pas des hommes à te surveiller, tu serais bien incapable de te t'enfuir.
Il attrapa le sac qu'il avait ramené et le jeta à mes pieds.
– Voici de quoi te laver et changer. Jeanine m'a demandé de te trouver une occupation, je t'ai mis des livres. Si je me rends compte que tu les as abimés, mon genou ne s'arrêtera pas la prochaine fois, c'est clair ?
Il prit la moitié du plateau repas et s'en alla. Je mis du temps après que la clé ait tourné dans la serrure pour oser m'approcher des sandwiches et picorer. Puis je me faufilai sous les couvertures et m'endormis.
…
Le chant d'un oiseau sur le balcon me réveilla.
Je me levai et ouvrit le sac. J'y trouvai un pyjama constitué d'un short gris et d'un débardeur garni de dentelle, des sous-vêtements en coton fonctionnels et adaptés à l'effort, et diverses tenues dans différents tons noirs, bordeaux et gris. Pas étonnant que tout le monde pète les plombs ici avec ces vêtements lugubres !
Il y avait aussi trois paires de chaussures : une paire de sneakers de running, une paire de boots assez sympa et des slippers qui avaient l'air confortables. Toutes étaient… Noires.
Je soupirai. Non mais les gars faut mettre de la couleur dans vos vies là !
Une trousse de toilette et une autre de maquillage complétaient le sac. Je rangeai les vêtements dans l'armoire et les trousses dans la salle de bain puis retournai au sac.
J'en sortis les livres. Au nombre de trois, ils semblaient vieux et étaient déjà tout écornés. Manifestement, ils avaient été lus et relus. Sur leur page de garde, à l'encre violette, on pouvait lire le nom d'une femme. Je connaissais les deux premiers, qui étaient le Manuel du Guerrier de la Lumière de Paulo Coelho et 1984 de George Orwell, mais le dernier m'était inconnu. Apparemment c'était un recueil de poésie très court. Je les posai sur la table et partis prendre une douche.
…
A ma sortie de la salle de bain j'étais détendue. Seulement, une fois de plus une main se plaqua sur ma bouche et m'immobilisa. De rage je me débattis et me reculai prête à gifler Éric. Mais c'était la fille blonde qui se tenait devant moi.
– Tu es encore là toi ?! S'étonna-t-elle.
J'en avais vraiment assez.
– Bon sang, mais vous ne savez vraiment rien faire sans violence ici ?! J'en ai plus qu'assez de tout ça ! De vos complots, de votre agressivité et de tout ce noir !
Je m'effondrais dans un fauteuil, la tête dans les mains
– Je veux juste rentrer chez moi…
La fille s'agenouilla doucement à côté de moi.
– Hey… Désolée, je ne pensais vraiment pas te trouver ici. Ecoute, je ne te veux aucun mal je veux juste récupérer deux-trois choses, d'accord ?
Elle s'assit à côté de moi.
– Comment t'appelles-tu ?
– Aliénor, soupirai-je.
Mon nom fut comme une révélation pour elle.
– Al… Aliénor ?! Okaaaay ! Je comprends mieux maintenant…
Je fronçai les yeux.
– De quoi ?
– Tout ce secret ! Il y a des agents qui patrouillent dans cette aile du bâtiment et ta porte est fermée à clé !
Elle me prit les mains.
– Et moi qui te prenais pour une énième conquête d'Éric… Tu es celle qui a été retrouvée dans les ruines de l'entrepôt pas vrai ? L'amnésique ? C'est dans tous les journaux et bulletins d'information de ce matin, ton histoire a ému du monde, les érudits diffusent un message pour essayer de retrouver ta famille !
– Euh…
– Ne t'inquiète pas, je suis sûre que tout va rentrer dans l'ordre.
Son air se fit plus grave.
– Je sais ce que c'est de… perdre un membre de sa famille. Si je peux faire quoique ce soit pour t'aider je le ferais… Je m'appelle Kathleen. Mais appelle-moi Kat !
Déstabilisée par ce revirement de situation je ne savais plus quoi faire.
– Vous êtes vraiment bizarres ici… Un instant vous vous en prenez à moi, puis après tout le monde jure de m'aider…
Je secouai la tête, exaspérée.
– Sinon tu dis que tu venais récupérer un truc ?
Elle se leva et avança vers le mur en brique. Elle tapota à la recherche d'un son plus creux. L'ayant trouvé elle tira sur un brique qui se descella. Elle plongea la main dans le trou et en ressortit trois poignards, une petite boite et des photos.
Ses yeux se voilèrent mais elle me sourit.
« Je dois y aller, mais si tu veux je reviendrai ce soir… J'imagine que comme tu es en sécurité maximale, personne ne dois venir te voir ! »
Je ne pus que hocher la tête. Que pouvais-je faire d'autre ?
Kathleen partie – par la fenêtre bien évidemment – je commençai ma lecture par les poèmes Japonais.
Fût-ce en mille éclats
Elle est toujours là
La lune dans l'eau
Cela m'intrigua. Seulement 3 lignes ? Tous les autres semblaient écrits de la même façon.
Sans savoir pourquoi
J'aime ce monde
Où nous venons pour mourir
Cela me renvoya à ma situation. Finirai-je par l'aimer ce monde ? Parce que j'y étais coincé et au fond de moi j'étais sûre que jamais je ne pourrais en sortir. je n'étais même pas sûre de survivre d'ailleurs.
Inconsciemment, je me rendis compte que j'avais cessé de penser à mon retour chez moi. La petite flamme de l'espoir avait été éteinte par une brise de résignation.
…
Vers 14h, on toqua à ma porte. La clé tourna et l'assistant de Jeanine entra, accompagné d'Éric. Si l'érudit semblait un peu coincé, Éric paraissait presque détendu. Il se tenait droit comme un « i », bras croisés dans le dos, et comme à son habitude me regardait de haut.
La présence d'un tiers me rassurait. Au moins il ne pourrait rien me faire en la présence de quelqu'un d'autre.
L'Érudit me présenta la situation. On allait me faire faire le tour des factions, afin de « m'aider à retrouver la mémoire ». Un appel à témoin était diffusé en parallèle, pour récolter toute information susceptible d'aider. Je devais rencontrer un maximum de monde. Ça c'était vraiment une bonne nouvelle parce que j'en avais assez d'être seule. En attendant je serai chez les audacieux, et adopterai leur style de vie.
Lorsque l'érudit fut parti Éric s'adressa à moi.
– On commence par les sincères, ils sont au centre de la ville. Petite mise au point : à partir d'aujourd'hui et à chaque fois qu'on sera dehors, tu m'obéis au doigt et à l'œil. Tu es mon ombre. Pigé ?
– Pigé.
– On y va.
Pas rassurée mais néanmoins curieuse, je calquai mon pas sur le sien. Il fallait prendre le train pour aller en ville, mais cette fois il était arrêté chez les audacieux, dans une gare qui devait être son terminus.
Pendant tout le trajet je tournai le dos à Éric. Je sentais son regard peser sur moi.
M'agrippant fermement à une poignée, j'offris mon visage au vent et au soleil par la porte ouverte. Pour la première fois depuis longtemps je me sentais apaisée, je respirais. Une nouvelle aventure m'attendait, et malgré l'appréhension je décidai de prendre les choses comme elles viendraient, en improvisant. Je repensai aux petits poèmes, et sous les baisers du soleil j'en composai un.
Passé révolu
Présent fugace
Le futur tend les bras
J'ai l'impression qu'à chaque fois que j'essaye d'apporter des réponses, j'introduis un nouvel élément qui en soulève encore plus ^^
Dans les prochains chapitres Aliénor va découvrir les différentes factions, j'espère que je vais coller un minimum à l'histoire vu que je n'ai pas lu les livres. de toute façon je compte sur vous pour me dire ce qui va mais aussi ce qui ne va pas hein ?!
RDV dans 3 jours !
