Les petits poèmes, publiés dans le chapitre précédent sont des haïkus. pour répondre à une question je n'ai inventé que le dernier.
D'après wikipédia "Le haïku (俳句), terme créé par le poète Masaoka Shiki (1867-1902), est une forme poétique très codifiée d'origine japonaise et dont la paternité, dans son esprit actuel, est attribuée au poète Bashō Matsuo (1644-1694). Le haïku tire son origine du tanka (ou waka) de 31 mores (un découpage des sons plus fin que les syllabes) composé d'un hokku de 17 mores et un verset de 14 mores. Bashō Matsuo isola les modules et ne conserva que celui de 17 mores, qu'on appelait le hokku ou le haïkaï. Contrairement au waka ou tanka, le haïku n'est pas chanté."
Mais bon comme on s'en fout, pour moi ce sont des petits poèmes qui expriment plein de sentiments et parlent du caractère éphémère de la nature et des choses. Je les trouve très beaux.
Chapitre 7 Stranger in a strange world
A notre arrivée chez les sincères, je découvris avec étonnement que tout le monde était habillé dans différents tons de blanc. Chaque faction avait donc une couleur attitrée. Les sincères vivaient dans la vieille ville. Les bâtiments assez anciens comportaient des colonnades, des pierres sculptés. Le marbre était omniprésent, ainsi que le verre et les fontaines d'eau claire. Tout était très solennel.
Les personnes se tenaient droites, la tête haute, comme si elles lançaient en permanence un défi au monde. Elles avaient l'attitude de gens qui s'exposent car ils n'ont rien à cacher. Ils illustraient parfaitement le fait que la vérité est une arme.
Une jeune femme se présenta comme notre guide.
– Je m'appelle Helen Wu. Comme vous le savez nous n'apprécions pas beaucoup les audacieux. Vous, jeune fille, par votre amnésie, vous nous mettez mal à l'aise. On ne sait rien de vous. Enfin... Comme nous sommes tenus de faire notre part, je vous ferais visiter notre faction même si j'ai autre chose à faire. Nous pensons tous que cette visite est une perte de temps, étant donné que personne ici ne vous a reconnu comme étant de sa famille.
Super accueil.
– Inutile de poser des questions, je n'y répondrai pas, je vous délivrerai les informations en temps utile.
Un rictus se forma sur le visage d'Éric. J'aurais pu parier sans grand risque qu'il n'avait pas grande estime pour cette faction.
Ma visite me conforta dans mes impressions. Comme les sincères étaient incapables de mentir, ils occupaient tous les postes assermentés : justice, journalisme… Ils étaient considérés comme les êtres les plus fiables sur terre.
Lorsqu'ils parlaient, ils disaient absolument tout. Nous assistâmes ainsi à une scène de ménage où un mari révélait à sa femme qu'il l'avait trompé la veille, et qu'il allait demander le divorce. Tout ça sans émotion particulière. Je ne comprenais pas comment ils arrivaient à parler de sujets aussi intimes en public.
Helen m'expliqua que lors de l'initiation, chaque novice était passé au sérum de vérité car ainsi il n'avait plus rien à cacher, un peu comme une purification. Plus de mensonge possible, plus de chaos.
Je me sentais nauséeuse. Je ne comprenais pas comment ils faisaient pour être aussi détachés. La vérité est souvent dure à encaisser, et peut causer de gros dégâts. Et puis chacun a besoin de son jardin secret ! A force d'être limpides et de tout révéler à tout le monde, les sincères avaient en quelque sorte créé une sorte de conscience collective centrée autour de la vérité.
D'un autre côté, les gens paraissaient vraiment libérés et légers. Personne ne fermait sa maison à clé, tous avaient confiance. Le taux de délits dans cette partie de la ville était inexistant. Les familles étaient très soudées, et s'ils avaient peu d'amis, au moins c'était les meilleurs (ceux sur qui on pouvait compter) qui restaient. Toutes les décisions collectives étaient prises rapidement, car tout le monde était franc et direct.
Alors oui tout ce petit monde filait droit mais manquait cruellement de fantaisie.
…
Le retour dans le train se fit dans le silence. Comme à son habitude Éric me fixait avec un petit sourire narquois. J'aurais donné cher pour être une sincère et savoir ce qu'il se passait dans sa tête de caboche.
Ce fût lui qui brisa le silence.
– Alors ? Dis-moi que tu te rappelles des sincères et que tu viens de leur faction, ça m'évitera de te trimbaler plus longtemps à travers la ville…
– Hmm. Tu sais quoi ? Je te trouve vraiment cool comme mec finalement.
Devant son air interrogatif, je répondis en osant soutenir pour la première fois son regard pendant plusieurs secondes.
– Je disais juste ça pour te prouver que je ne serais jamais une sincère. C'est le premier mensonge qui me vient à l'esprit.
– La Duchesse prend de l'assurance… dit-il avec une petite moue étonnée.
– Peut être que je suis audacieuse…
– Toi ?! Mais bien sûr ! Alors tu ne verras pas d'inconvénient à faire un petit entraînement particulier d'audacieux ce soir… On verra si tu te sens toujours l'âme rebelle après ça…
Après un long trajet, la gare des audacieux était enfin en vue. Je décidai de prendre sur moi et de montrer à cet arrogant ce dont j'étais capable. Je me levai et me dirigeai vers la porte.
– Des conseils pour le saut ? Un qui me permette de survivre si possible…
Il parut surpris. Je hochai les épaules.
– Vu que je suis ici, autant apprendre.
Il eût cette petite moue qu'il faisait souvent : la bouche en pont avec un petit air de « pourquoi pas ».
– Pas faux. J'en aurais bien un, mais pas sûr qu'il plaise à une empotée de ton genre.
– Dis toujours…
Il s'avança vers moi regarda dehors et se pencha vers mon oreille.
– Le plus important c'est de… savoir se lancer.
Et d'un grand coup de bras il me balança dehors. Dans un grand cri je retombai sur le talus et fit un long roulé boulé jusqu'en bas. Complètement sonnée, je tentai de faire l'inventaire de mes fonctions vitales. Je me relevai prudemment en chancelant. Une ombre s'approcha de moi.
– Aidez-moi s'il vous plait…
– Inutile, tu t'en sors très bien toute seule.
– Éric ? Ok, écoute, je n'ai même plus la force de me battre avec toi espèce de taré… Laisse-moi, il est hors de question que tu m'approches une fois de plus !
Il était hilare.
– Il va bien falloir ! Le quartier des audacieux est à 2 km ! Et on y va en footing, bouge-toi !
Mon Dieu faites qu'il plaisante ! Eh bien non. Il ne plaisantait pas.
Avec la plus mauvaise volonté possible, je me mis à trottiner. C'était vraiment un sport que je détestais, et mes poumons avaient du mal à suivre. Plus je courrais et moins j'avais l'impression que nous nous rapprochions des audacieux. De plus ma cheville me faisait mal.
Je suis sûre que cet enfoiré m'a mentit sur le nombre de kilomètres !
Au bout d'un moment je dû m'arrêter. Ma cheville avait doublé de volume et je n'arrivai plus à poser le pied par terre.
– Stop ! Éric attend ! Ma cheville… Je ne peux plus continuer.
Il stoppa sa course et revint vers moi
– Sérieusement ?! Raaah ! Manquait plus que ça… Quelle idiote…
Je vis dans son regard qu'il n'aurait aucun scrupule à me laisser là toute la nuit à me débrouiller pour rentrer. Je savais qu'il détestait qu'on lui dise quoi faire, alors la seule façon d'arriver à mes fins pour qu'il m'aide était de le piquer au vif en disant l'inverse de ce que je pensais. Les mecs et leur fierté…
– Tu sais quoi ?! Laisse-moi là, j'en ai assez de ta pitié ! Je préfère être bouffée par un loup plutôt que tu me portes !
– Des loups ?
Il sourit.
« Oui c'est assez tentant je dois dire… Mais on est attendus tous les deux alors je garde l'idée pour plus tard et je te ramène quand même. »
Et voilà ! Mon Dieu que les hommes sont faciles à manipuler…
Il me releva sans ménagement et me jeta une nouvelle fois sur ses épaules. Il glissa ses mains sous mes cuisses pour me rehausser, et les maintins fermement. Son odeur puissante envahit une nouvelle fois mes narines*. Combiné à ses larges mains qui m'enserraient, je tressaillis malgré moi.
– Voilà de quoi est capable un vrai audacieux duchesse…
Et il partit en petites foulées souples et rapides en direction des bâtiments.
…
A notre arrivée il était déjà tard. Éric était à peine essoufflé. Alors d'accord, je ne pesais pas lourd pour ma taille mais quand même ! Il fallait tenir la distance avec 58kg sur le dos ! Ce mec était une machine.
Il me posa dans l'infirmerie et s'assit pendant que le médecin s'occupait de moi.
– J'ai besoin d'un verre moi…
En aparté je murmurai au médecin :
« Déjà qu'il est super aimable en temps normal, qu'est-ce que ça doit donner bourré… »
L'homme sourit. Éric aussi… malgré mon ton bas il m'avait entendu.
– Crois-moi tu ne veux pas voir ça ! Imagine un rhinocéros bourré, ça fait un peu le même effet…
Je tournai la tête en direction du jeune homme qui venait de parler. J'étais morte de rire, cela me faisait vraiment du bien. Mon rire s'estompa lorsque je vis le garçon. Un peu plus vieux que moi, il était grand et la gentillesse se lisait sur son visage. Enfin sur la moitié de son visage. Le tiers supérieur droit de son visage était complètement abîmé, comme si la peau avait été arrachée, et son œil dénué de sourcil laissait apparaître un iris bleu, caractéristique des aveugles. En voyant ma réaction il me dit simplement avec un demi-sourire :
– Quoi les infirmes ont aussi le droit d'avoir le sens de l'humour !
– Les cons aussi Will, riposta Éric.
– Incroyable ! Quels progrès ! Maintenant quand Éric abîme une novice, il la ramène à l'infirmerie ? C'est Tris qui doit être jalouse !
Visiblement, il avait touché un point sensible. Éric serra les dents si fort qu'il en aurait presque cassé sa mâchoire. Mais je vis que le garçon non plus n'était pas à l'aise en évoquant ce nom. Comme s'il avait surgi d'un passé que tout le monde préférait voir enterré.
– C'est presque ça… C'était trois fois rien, il m'a juste jetée d'un train en marche ! Je crois qu'il me répare et que demain il va recommencer. Les enfants et leurs jouets… Fis-je avec un faux air exaspéré.
– Ha ha ! Je suis Will, me dit-il en me tendant la main. Je la serrai volontiers avec un sourire aimable.
Il me montra son œil.
– Blessure de guerre… heureusement l'œil directeur est intact !
Avec un air ennuyé Eric se releva.
– Ne fait pas ton malheureux, ça t'arrange bien. Les filles le prennent toutes en pitié, il a même des fangirls. Absolument répugnant.
Le médecin me donna des béquilles et quelques médicaments ; selon lui ce n'était qu'une légère entorse. Will me dit au revoir chaleureusement et s'en alla. Éric ouvrit la porte de la salle et m'appela.
– On y va princesse.
Je tiquai en entendant ce mot.
– Princesse ? Je suis montée en grade ?
– C'est ça. Ne pousse pas ta chance trop loin, il y a des escaliers sur la route, et je te rappelle que tu as une deuxième cheville pour l'instant intacte…
Le trajet fût lent mais pas douloureux, au moins les antidouleurs étaient efficaces. Nous arrivâmes dans un couloir d'où on entendait de la musique. C'était un bar. L'ambiance était électrique. Visiblement, la fête battait son plein sous les lumières tamisées et les néons rouges.
« Deux jägerbombs », commanda Éric.
Il me tendit la boisson.
– Santé boulet.
Vu ce qu'il m'avait fait je trouvais cela assez ironique. Je trempai les lèvres dans le cocktail m'attendant à un tord boyau, mais je fût agréablement surprise. Le goût âcre et médicamenteux du jäger était adouci par le sucre et les bulles du soda.
– Pas mal ! Lui dis-je, mais il avait été happé par une bombasse rousse aguicheuse et en était déjà à son deuxième verre. Je me lassai vite de les voir descendre shot de vodka sur shot de vodka et décidai de me rendre dans ma chambre.
L'agitation disparut sitôt la porte franchie. Ma tête tournait légèrement ; après un seul cocktail ce n'était pas glorieux ! Heureusement, la température polaire des grands couloirs déserts me dégrisa rapidement. En arrivant devant ma porte je réalisai que j'avais oublié quelque chose d'important. La clé ! Elle était dans la poche d'Éric !
– Merdeeeeuh !
– Un problème ?
C'était Kathleen.
– Bonsoir… Tu vas rire : je n'ai pas la clé de ma chambre… C'est Éric qui l'a gardée.
– Tu as de la chance ! Je passais te voir ! Et… j'ai encore un double !
Je n'avais pas la force de lui demander pourquoi elle avait ce double. J'avais juste envie de me coucher. Elle m'aida à me mettre au lit et sans me demander mon avis, se coucha avec moi comme si nous étions les meilleures amies du monde.
– Désolée, j'ai la flemme de repartir dans ma chambre, c'est à l'autre bout du bâtiment.
Je sombrai dans un profond sommeil avant d'avoir pu de la jeter dehors.
*Je ne sais pas si vous avez déjà senti le parfum Terre d'Hermès ? Parce que j'imagine l'odeur d'Éric exactement comme ça ! Ce parfum me rend dingue :3
Je vous conseille le jägerbomb quand vous sortez ! C'est ma boisson de soirée préférée, une tuerie ! En plus c'est beau ce petit shot de jäger dans un verre de red-bull :) Biiiien évidement l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération hein !
Voilà, bon j'ai eu un peu de mal à écrire ce chapitre je ne sais pas pourquoi mais je trouve que la fin fait brouillon... il y a peut être trop de dialogues. Qu'en pensez vous ?
