Chapitre 9 Attentat
A mon réveil, la douleur était toujours là. En essayant de me redresser, la douleur pulsa et me ramena vite à la réalité.
– Aouch… J'ai l'impression d'avoir la gueule de bois mais sans la fête qui va avec…
– C'est à peu près ça oui.
Éric. Vraiment la dernière personne que j'avais envie de voir. Mettre Éric à côté d'un malade c'était vouloir traiter le mal par le mal. Vous n'avez tellement pas envie de rester une minute de plus en sa présence que vous vous dépêchez de guérir pour fuir.
– Je croyais que tu ne voulais pas me surveiller ? Fis-je, amère.
– Moui. Mais autant joindre l'utile au désagréable.
Sa voix était sarcastique et il désigna son bureau.
– Paperasse.
Des cartons remplis de dossiers étaient posés à côté. Curieusement, tout semblait rangé. Le lit dans lequel je me trouvai se composait d'un matelas posé sur un futon. Deux fauteuils, un bureau et trois grandes étagères garnissaient la pièce ; en bref, l'endroit n'était pas très grand et plutôt spartiate.
C'est ici qu'il vit ?!
J'avais imaginé une garçonnière sale et bordélique, mais tout était propre et méticuleusement rangé. L'instinct du soldat sans doute.
Il se leva et me força à faire de même.
– On va voir les altruistes. Pas besoin de descendre du train pour ça, on ne fera qu'observer. Ce soir tu auras quartier libre.
– Parfait, j'en ai plus qu'assez de te voir.
– C'est réciproque. Tu serais gentille de retrouver tes souvenirs rapidement d'ailleurs, cette ville a besoin de moi et je gâche mes talents à t'empêcher de mourir à tout bout de champ.
Il est pas sérieux ?! La plupart du temps c'est lui qui essaye de me tuer !
– Hum… Je devrais peut être te laisser crever la prochaine fois en fait. Ça me ferait des vacances…
– C'est ça oui…
Le pire c'est que je sentais qu'il n'était qu'à moitié sérieux.
…
J'avais envie de réussir à monter toute seule dans le métro cette fois ci. Je me mis à courir à foulées régulières et rapides. Avant d'avoir pu gaspiller totalement mon énergie, je me lançai pour attraper la poignée, mais le train accéléra et je la ratai. Je commençais à fatiguer et Éric me regardait avec un air narquois sans manifester la moindre envie de m'aider. La rage me donna des ailes et je réussi à passer ma main dans une ouverture pour me tracter vers le haut. Haletante, je me laissai tomber à l'intérieur du wagon. J'étais assez fière de moi. Un sourire m'échappa tandis que je reprenais ma respiration.
– Pitoyable… J'espère que ce sourire ne signifie pas que tu es contente de toi ? Parce que même un pète-sec le jour de son initiation aurait pu faire mieux.
Je vais le tuer. Tout en lui me dégoûtais. Sa silhouette massive, ses yeux d'acier, son air narquois et arrogant. Je choisi de répondre à la violence par la violence.
Ma main partit toute seule, et je le giflai de toutes mes forces. La claque retentit dans le wagon. Une trace rouge ainsi que 2 griffures barraient sa joue.
J'avais peur de sa réaction mais la colère m'empêchait de la ressentir pleinement. Avant qu'il ne puisse réagir je fonçai sur lui et le poussai contre la paroi métallique. Il semblait un peu surpris. Je hurlai, hystérique.
– Explique-moi ! C'est quoi ton putain de problème ! Pourquoi tu me rabaisses sans cesse ?! Je ne te demande pas ton amitié ou ta compassion ni même le respect ! Juste la tranquillité ! Que veux-tu que je fasse ?! Je n'ai nul part où aller, ma famille n'existe pas, et ça ne m'amuse pas plus que toi d'être en stand-by à attendre que la mémoire me revienne !
La surprise passée il me repoussa, et passa ses doigts sur sa joue ou perlait le sang. Pour une fois il ne réagit pas en me blessant mais il était tout aussi effrayant. Il croisa les bras et me regarda de haut.
– Mon problème comme tu dis, c'est que quelque chose cloche dans ton histoire. Je mets cartes sur table : rien n'est clair, tu es une incohérence à toi toute seule, un grain de sable dans une machine bien huilée. Et je compte découvrir ce qu'il en est d'une manière ou d'une autre. Ah et encore une chose ; la dernière personne qui a osé lever la main sur moi est désormais l'ennemi public numéro 1 et se terre dans un trou à prier les cieux pour que je ne la retrouve pas. Ne refais jamais ça.
Toujours en colère, je me retournai pour regarder par la fenêtre. Tout avait été dit. Je savais maintenant qu'il n'était pas dupe et que je devrai redoubler d'efforts pour garder mon secret.
Grace à son reflet, je voyais qu'il ne disait rien et qu'il semblait calme. Je m'assis à bonne distance de lui bras croisés avec une moue pincée. J'avais juste envie de lui en recoller une.
Il me regarda et un petit rire lui échappa.
– Sérieusement tu nous fais quoi là ? Tu boudes ?!
Il secoua la tête.
– Toi et tes manies de duchesse…
– Mes manies t'emm…
– Ferme la et regarde !
Par la fenêtre j'aperçu un alignement de blocs en béton gris. Des personnes déambulaient dans les rues autour. Pas une seule ne courait, même les enfants semblaient sages.
Éric me rejoignit à la fenêtre, les mains dans le dos.
– Nos anciens leaders. Leur soif de pouvoir a failli nous mener à notre perte. Nous voulions une société qui n'était pas dirigé par une seule faction, mais ils refusaient de lâcher le pouvoir. Leur entêtement nous a menés à la guerre civile. Ils sont pathétiques. Toujours à donner des leçons sur leur soi-disant dévouement, tsss… Le conseil les a laissés vivre, mais moi je les aurais exterminés jusqu'au dernier… Tout le monde s'en porterait mieux.
– Un peu radical non ? Ce n'est pas parce qu'une minorité fait quelque chose de mal que tout le monde est coupable ? J'ai du mal à croire que des gens qui passent leur vie à aider les autres soient si machiavéli…
BOOM !
Une explosion se fît entendre en avant du métro.
Notre wagon tangua et commença à dérailler. Il se mît en porte-à-faux sur les rails.
– BORDEL ! Ces enfoirés ont fait sauter les rails !
Il se plaqua sur moi, m'écrasant sous son poids. Le wagon se retourna, dégringola de la rampe et alla s'encastrer dans un mur en contrebas.
En me faisant un rempart de son corps Éric m'avait sauvé la vie. Ses deux bras m'entouraient et il était allongé sur moi. Il releva la tête et scruta l'extérieur, puis son regard se plongea dans le mien.
– Tu es blessée ?
– Non mais je vais bientôt mourir d'asphyxie si tu ne te bouges pas vite ! Tu m'écrases !
Il roula sur le côté.
– Mais je t'en prie ! C'était un plaisir de te sauver !
Je me mordis la lèvre. Je détestai devoir le remercier.
– Merci.
Il ferma les yeux.
– Je sens que je vais le regretter…
– Je croyais que tu avais décidé de me laisser mourir ?
– Ouais… Mais il est hors de question que ce soit à cause d'un pète sec, ça me gâche ma joie.
Il se redressa en grimaçant. Son regard s'attarda sur ma jambe droite. Ses sourcils se froncèrent et il désigna ma cuisse du doigt. Une grande tâche de sang traversait mon pantalon.
– C'est pas vrai… Lève-toi qu'on voit si c'est grave. Tu vas avoir besoin d'un bandage d'urgence.
Je me levai tout en palpant ma jambe.
– Non… ça va en fait, ce n'est pas mon sang. Mon dieu ! Ta jambe !
Une petite barre métallique avait traversé sa cuisse de part en part. En relevant la tête il ne pût que constater l'étendue des dégâts.
– Eh merde…
Il attrapa la barre pour essayer de l'arracher. Je lui pris les mains pour l'en empêcher.
– Non ! Si la barre est passée en travers de l'artère il ne faut pas l'enlever, tu risques de déclencher l'hémorragie. Il vaut mieux la stabiliser.
– J'ai une bande dans mon pack de secours.
Il s'assit contre la paroi en grimaçant. Sa mâchoire se crispa, il grogna de douleur.
Avec autant de délicatesse que possible, j'entourai sa jambe et la barre avec le bande afin de solidariser le deux. Je sentais son regard peser sur moi. D'une petite voix je lui demandai :
– Arrête…
– Quoi ?
– De me regarder comme ça, ça me mets mal à l'aise.
En serrant d'un coup sec, je fis un nœud.
– Aïe ! Pour la délicatesse tu repasseras !
Je lui adressai mon sourire le plus faux.
– Qui aurait cru que le graaand et fooort Éric était douillet !
– J'ai une barre de 15cm qui me traverse la jambe, j'ai le droit de me plaindre je crois non ? Aide-moi à me relever.
– Pas question, il vaut mieux attendre des secours.
– On sera morts d'ici là, ce train n'a pas déraillé tout seul. Les rebelles ont fait sauter les rails ; faut y aller, d'ici quelques minutes ils vont venir voir si le travail a été bien fait.
Avec un peu d'inquiétude, je l'aidai à se relever.
– On se casse.
Il n'avait pas fait trois pas qu'il vacilla. Je me dépêchai de lui attraper le bras pour le soutenir.
– Ouff, mais tu pèses combien ?
Il me regarda avec un air navré.
– Je t'en pose des questions ? Aide moi il faut avancer.
Pestant intérieurement je l'aidais à s'extirper du train et à marcher. Au fur et à mesure de notre progression il devenait de plus en plus pâle. Il fallait faire une pause. Après l'avoir laissé s'asseoir je vérifiai les environs.
– Sérieux, je mérite au moins le prix Nobel de la paix pour t'avoir aidé !
Je m'attendais à une réponse cinglante mais rien ne vint.
– Éric ? Eh ! Reprend toi !
Il venait de s'évanouir. Il était pâle comme la mort et son état ne ferait qu'empirer s'il n'était pas rapidement pris en charge. Je lui administrai deux énormes gifles pour le réveiller.
Il rouvrit les yeux.
– Je suis en train de délirer ou tu m'as giflé ?
– J'ai préféré cette option au bouche à bouche, désolée.
– Très judicieux, je ne te l'aurai pas pardonné.
– C'est ce que je me suis dit…
Je levai la main et lui en collai une troisième.
– Oh ! Je suis réveillé qu'est-ce que tu fous ?!
– J'ai cru que tu repartais désolée… fis-je avec un air faussement contrit.
– Tu es dingue… N'abuse pas de la situation.
– Alors là tu rêves !
Soudain il attrapa ma veste et me colla contre sa poitrine, une main contre ma bouche.
– Chut ! Ne bouge pas ! Quelqu'un vient !
La tête sur son torse je pouvais entendre les battements de son cœur. Je ramenai mes jambes vers moi pour me cacher totalement et me collai de fait encore plus à lui. Toujours cette odeur enivrante… La situation venait passer de bizarre à carrément gênante.
Une voix nous cria :
– Rendez vous, nous savons que vous êtes là !
– Dans tes rêves, murmura Éric.
Il décrocha le pistolet qui pendait à sa ceinture et me le tendit.
– C'est le moment de prouver que tu es aussi bonne sur le terrain duchesse.
Je montrai sa main sur ma bouche.
– Ah oui.
Il me lâcha.
– C'est eux ou nous. Honnêtement je préfère nous, alors n'hésite pas et tire, Ok ?
Des pas se rapprochaient de nous.
– Sortez ! Les mains en évidence !
Prenant une grande inspiration, je passai les bras et la tête au-dessus du muret qui nous protégeait et tirai un coup. J'atteignis l'homme en pleine poitrine. Je me jetai à terre sous une pluie de coups de feu. Je répliquai à l'aveugle quand une voix connue retentit.
– Cessez le feu ! CESSEZ LE FEU ! Allie ?!
C'était la voix de Kate.
– Aliénor ! C'est nous ! Ne tire plus !
Éric soupira de soulagement. Je me redressai par-dessus le muret.
Kate couru vers moi.
–Kate ?! Mais… Nous pensions que vous étiez des rebelles… Et… Mon dieu j'ai tué un des vôtres par méprise !
L'homme que je venais de descendre était étendu par terre. Avec stupéfaction je le vis se relever en grognant.
– Gilet pare-balles, me dit Kate avec un air triomphant, t'inquiètes au pire tu lui auras juste cassé une côte. Nous attendions le train 2 stations plus loin et on a vu l'explosion, une chance pour vous !
Ils mirent Éric sur un brancard. Quand il passa à mon niveau il me serra le bras.
– Ça me tue de le dire mais joli tir duchesse.
Je m'adressai aux porteurs :
« Olala, dépêchez-vous de le soigner parce qu'il est en train de délirer là ! »
…
Grâce au sérum de soin, Éric se remit vite de sa blessure. Trois jours plus tard il était sur pied. Pendant ce temps j'avais été tranquille et je m'étais liée d'amitié avec Ben et sa bande. Il y avait Mike, un petit teigneux, Job un gentil qui maîtrisait néanmoins parfaitement l'art de la lutte et Lily une rousse un peu folle mais adorable.
Kate m'entraînait désormais tous les matins et un peu l'après-midi.
« Autant mettre ton temps libre à profit si tu dois rester avec nous » m'avait-elle dit.
En fin d'après-midi après l'entrainement, je rentrais vers mon studio pour prendre une douche quand je croisai Éric.
– Oh ! Bonjour ! Euh… ça va mieux ?
– Moui. C'était pas grand-chose.
– C'est ça ! Tu oublies que j'ai dû te gifler trois fois pour te réveiller pendant ton malaise ! Une vraie fillette !
Il me fusilla du regard.
– Ce n'est pas parce que tu m'as sauvé que c'est la fête entre nous ma grande.
Et il continua sa route en me bousculant.
Sinon un merci ça t'éclaterais la tronche ?! J'avais oublié qu'il était tellement… lui-même en fait. C'était définitivement un cas désespéré.
Je rentrai chez moi et pris une douche. Après une journée d'entrainement cela me faisait vraiment du bien. J'étais à peine sortie que quelqu'un frappait à la porte ; c'était Kate.
– Ça va ? Pas trop morte ?!
– C'est horrible, j'ai des courbatures partout ! Je n'atteindrais jamais votre niveau, je ne sais pas pourquoi je me donne autant !
– Ha ha ! Mais tu n'as pas le choix ma vieille ! Tu sais la rumeur court que comme personne ne veux de toi, tu resterais avec nous jusqu'aux prochains tests de factions. Ils voudraient te re-tester et te réattribuer une faction. Ce serait vraiment une grande première.
– Pourquoi ne pas simplement me re-tester maintenant ?
– Ch'ais pas. C'est très codifié tout ça, ils ne peuvent pas faire ce qu'ils veulent. En fait tu aurais déjà dû finir sans-faction, le prends pas mal hein, mais Jeanine t'a à la bonne. Chouchoute !
– Ça fait quand même longtemps que je ne l'ai pas vue.
– J'ai entendu Éric dire qu'il t'emmenait demain chez les fraternels.
– Trooop cool… Ah oui, je voulais te demander, quand on s'est rencontrées, tu disais que cette chambre était à ta sœur. Je ne l'ai jamais rencontrée pourtant. Elle a changé de faction ?
Les yeux de Kate se firent nostalgiques.
– Non non… Tu l'aurais adorée… Elle est morte dans une des batailles contre les rebelles. Elle s'est sacrifiée pour sauver sa coéquipière blessée… On était très proches.
– Oh… Je suis désolée Katou…
Je ne savais pas trop quoi dire, l'empathie n'était pas vraiment mon fort. Je posai simplement ma main sur la sienne. Elle la serra et me sourit.
– Je suis contente que tu aies repris sa chambre. Ça me permet d'y revenir, j'ai pleins de bons souvenirs ici. Et grâce à toi je peux continuer à en avoir. Je m'y sens bien…
– Tu es la bienvenue quand tu veux bien sûr !
– J'avais prévu d'aller au bar ce soir mais… Soirée filles ça te dit ?
– Cool, je peux dire à Lily de venir ?
– Allez ! Dis-lui de ramener de quoi manger aussi !
Comme d'habitude, muchas gracias pour les reviews, et puisqu'il n'est jamais trop tard pour bien faire :
CarOwliine merci !
Aelwenn j'ai toujours rêvé d'avoir un chat qui s'appelle Lafayette ^^
Yu-Luohe qui veut toujours la suite !
Laeti74 Merciiii
Nina je m'étais mal exprimée, je voulais tourner la phrase différemment c'est chose faite :)
guimoveX5 pseudo chelou mais super reviews XD
TGL-Ariel moooh c'est trop gentil !
LittleFlicka toujours fidèle au poste, change rien p'tite !
see you soon !
