Chapitre 10 Un moment de grâce

Lily arriva avec des pizzas toutes chaudes venant des cuisines.

« Le cuisinier m'a à la bonne ! » se justifia-t-elle en nous faisant un clin d'œil.

Nous mangions tranquillement en rigolant et en piaillant joyeusement. C'était sûrement la meilleure soirée que j'avais passé depuis longtemps. Lily avait un petit rire aigu et enfantin. Le mot adorable définissait parfaitement sa personne. Petite en taille, elle compensait avec une personnalité exubérante. Ses cheveux flamboyants, ses yeux noisette et son charisme attiraient tout le monde. Cependant elle avait une réelle force de caractère et ne se laissait pas faire. Elle m'apprit qu'avec trois frères, elle avait dû être combative pour trouver sa place dans sa famille.

Evidemment, elle attirait les garçons et semblait y prendre un certain plaisir. Notre conversation finit par dévier vers ce sujet. J'avouai que je trouvais Ben vraiment pas mal.

– Trop calme pour moi ! Trancha Lily, vous voulez savoir qui serait exactement mon type ? Éric !

Kate éclata de rire, et j'affichai mon dégoût.

– Tu es folle ?! C'est un psychopathe ce mec ! Qu'est-ce que tu peux bien lui trouver ?!

Kate était morte de rire.

– Et t'as vu ta taille aussi ?! Il te faudrait des échasses pour pouvoir l'embrasser !

– Je t'emmerde Kate ! Non mais attendez, le genre un peu bad boy mystérieux, hyper musclé, beau gosse… Il doit être tellement sexy dans sa douche !

Je pris un livre et l'agitai dans sa direction pour faire de l'air.

– Redescend ma vieille tu vas mettre le feu à mon lit !

Kate nous regarda avec un air malicieux.

– Rassure toi Lily tu n'es pas la première à succomber… Mais il n'est pas du genre à garder les filles, plutôt à les enchainer ! Il aime se sentir puissant et les dominer. Le nombre de ses conquêtes est impressionnant, ce qui, soit dit en passant, se comprend vu qu'il embrasse su-per bien !

Il nous fallut quelques secondes pour réaliser.

– Nooooon ! Tu viens de me casser mon trip de mec inaccessible ! Tu l'as embrassé ?! S'émoustilla Lily.

– Oui, mais la situation n'était pas du tout romantique je vous assure ! C'était à la fin d'une soirée, et on avait tous les deux biens bu… D'ailleurs je crois qu'il m'a pris pour quelqu'un d'autre, et ça n'a pas été plus loin.

Lily fit semblant de bouder puis se tourna vers moi.

– De toute façon je n'ai aucune chance… Vu qu'il a le béguin pour toi !

Je simulai un étranglement en fit semblant de vomir.

– Tu es cinglée ?! Il a essayé de me tuer genre, au moins cinq fois, il me menace tout le temps !

– Justemeeent ! C'est un signe ça ! Il ne sait pas comment t'exprimer son attirance pour toi !

– Grave ! Il y a une de ces tension sexuelle entre vous…

Au sourire des deux filles je me rendis compte qu'elles plaisantaient.

– Pfff vous êtes stupides… Je ne veux pas de truc compliqué moi, juste un mec sympa. D'ailleurs à propos, j'ai croisé un garçon super gentil mais un peu particulier à l'infirmerie, il s'appelait Will je crois.

– Avec un côté du visage vraiment abîmé ? Me demanda Kate.

– C'est ça. Il avait vraiment l'air gentil.

– Il l'est ! Il est en couple avec Christina, une super guerrière qui déteste les altruistes. En fait Will a perdu son œil et a failli mourir pendant les émeutes. En gros, sa meilleure amie l'a abattu froidement. Elle nous a trahis au profit des rebelles. Heureusement Will a pu être sauvée, mais de justesse et il en a gardé des séquelles. Comme il ne peut plus vraiment être efficace sur le terrain, il s'occupe de la partie administrative des audacieux.

– Avec des amis comme ça, pas besoin d'ennemis… Et ils ont parlé d'une fille à l'infirmerie, une certaine Tris ? Il y a eu un gros malaise quand Will l'a évoquée.

– Tu parles ! C'est justement elle qui l'a presque tuée ! Elle a également blessé Éric ; ça on ne peut pas lui en vouloir, elle a pris cher avec lui tout le long de l'année, c'était son souffre-douleur…

– Ouais, bin résultat Éric se venge sur moi…

Je repensai à ce que m'avait dit Éric dans le train « la dernière personne qui a osé lever la main sur moi est désormais l'ennemi public numéro 1 et se terre dans un trou à prier les cieux pour que je ne la retrouve pas ». C'était donc cette Tris dont il parlait. Quel genre de personne pouvait vouloir tuer ses amis et sa famille ? Ce monde ne tournait vraiment pas rond.

La soirée se termina sur des conversations plus légères. Lily m'apprit qu'il y avait une sorte de Dressing géant où on ramenait nos vêtements pour les faire laver et où on pouvait en choisir gratuitement d'autres. Pratique !

Lorsqu'elles partirent, je mis du temps à m'endormir. Je repensai à Éric. Malgré ce que j'avais dit aux filles, je n'étais plus aussi sûre de moi. Je détestai Éric et son caractère chaotique, mais il était vrai que physiquement je n'étais pas insensible. Je rougis face à mes pensées, je me sentais vraiment idiote. Qu'est-ce que c'est compliqué d'être une fille…

Le lendemain je me réveillai assez tôt. Comme j'en avais assez de tourner dans mon lit sans réussir à me rendormir, je décidai de me lever et d'aller me promener du côté des salles d'entrainement. J'aimais le calme qui y régnait lorsqu'elles étaient vides.

Je fis un détour par les cuisines pour prendre un thermos de café noir et filai vers la fosse. Avec ses piliers et ses arcades, elle avait des allures de cathédrale endormie.

Un bruit sourd et répété m'attira dans le fond. Une porte coulissante était ouverte sur une pièce qui ressemblait à une mini arène, sur le modèle de la fosse, mais en beaucoup plus petit.

En silence je m'approchai. C'était Éric. Il se trouvait juste sous un puits de lumière et était occupé à tabasser un pauvre punching-ball. Il affichait une expression que je ne lui connaissais pas. Pour une fois, son masque de froideur faisait place à la concentration. Il semblait presque détendu, la tête vide de problèmes. Sur son torse parfait et nu perlaient des gouttes de sueurs, qui miroitaient sous les premiers rayons du soleil. En cet instant je comprenais l'attrait de Lily pour ce guerrier. Il représentait vraiment l'homme de tête, le mâle alpha. Je l'avoue, il me faisait forte impression à moi aussi.

A cause de la sueur et de l'effort, les mèches blondes de ses cheveux d'habitude bien coiffées, retombaient en de légères bouclettes. Une barbe matinale envahissait ses joues, ce qui lui donnait un air de baroudeur du bout du monde.

Je m'assis en tailleurs contre un mur, sirotant mon café en silence. J'étais hypnotisée par le roulement de ses muscles sous sa peau. Il finit par s'arrêter et passa une main dans ses cheveux pour les plaquer en arrière. Je me fis la réflexion que cela lui allait bien.

Il attrapa une serviette pour s'éponger le visage. Lorsqu'il m'aperçut, ses sourcils se froncèrent.

Je n'avais pas envie que ce moment de grâce silencieux s'évanouisse. Je voulais encore profiter de la simplicité de l'instant. Alors, avant qu'il ne sorte une réplique cinglante, je le devançai et tendis mon thermos dans un geste de proposition.

« Café ? Il est noir et serré »

Il me toisa comme il le faisait si souvent puis avec un haussement d'épaule s'assit à côté de moi sans dire un mot, son épaule collé à la mienne.

Sans me regarder il but une gorgée du liquide et sembla l'apprécier. Malgré notre silence, j'avais l'impression de partager quelque chose avec lui.

Sa main gauche était posée sur son genou. J'attrapai un tube de pommade fraîche et lui prit la main. Je déroulai la bande qu'il avait mise pour la protéger des coups et appliquai une noisette de crème. Sans vraiment savoir pourquoi je faisais ça, je lui massai les jointures meurtries pour finir par détendre les muscles de la paume. D'abord tendu, il finit par me laisser faire en fermant les yeux. Je reposai sa main et tendis la mienne vers son autre main. Je fis de même, toujours dans le silence. L'odeur du café, la fraîcheur du matin, les poussières tourbillonnant dans les rayons du soleil… Je crois sincèrement qu'il appréciait cette étrange situation autant que moi.

Il me rendit le thermos et je savourai quelques gorgées de la boisson amère. Il n'avait pas retiré sa main de mon genou, là où je l'avais posée. Distraitement je suivis du bout du doigt les entrelacs et labyrinthes que formait le tatouage de son avant-bras. Un frisson parcouru sa peau. Je ne savais dire si c'était mon contact, ou le froid qui régnait dans la pièce qui en était responsable. Il se releva et me tendit la main pour m'aider à mettre debout. Il partit en direction des douches toujours sans un mot tandis que je me dirigeai en direction du réfectoire pour finir mon petit déjeuner.

Nous avions partagé bien plus en quelques minutes de silence qu'en plusieurs semaines.

Un audacieux me convoqua en milieu de matinée pour me dire qu'Éric m'attendait à la station de métro. Nous devions aller chez les érudits. Je remarquai tout de suite que son masque de froideur cynique habituel avait remplacé l'expression naturelle et apaisée de ce matin.

– J'aimerais m'assurer que le one-shot de l'autre jour n'était pas un gros coup de chance. On fera un petit entrainement en revenant ce soir. De nuit, histoire de corser la chose.

J'acquiesçai avec appréhension.

Les érudits prenaient place dans de vastes buildings dédiés à la connaissance. Des vieux meubles confortables et des bibliothèques d'un ancien temps côtoyaient des labos dernier cri en matière de recherches ; des savants en blouse et masques déambulaient aux côtés de professeurs en tailleur ou costume, bref l'ancien savoir et la science réunis. Cela me plaisait assez même si l'endroit semblait aseptisé.

Une biologiste me fit faire le tour pendant qu'Éric partait en rendez-vous. Elle finit par me laisser dans une vieille bibliothèque sentant bon la cire et le vieux papier. Toutes sortes d'ouvrages se côtoyaient. En cherchant un peu je trouvai mon livre préféré : Narnia. Un superbe bouquin relié, compilant tous les tomes.

J'étais tellement plongée dans ma lecture que je n'entendis pas Jeanine s'approcher de moi.

– Que lis-tu ?

Je sursautai. Avec un grand sourire doux elle s'assit à côté de moi.

– Bonjour Aliénor, comment vas-tu ?

– Bonjour ! Je ne vous avais pas entendue arriver. Ça va je pense… j'ai mis du temps à m'habituer mais ça va.

– Éric m'a dit qu'il n'y avait rien de nouveau du côté de notre… problème mémoriel ?

– Non, mentis-je, rien malheureusement.

– Ce qui nous confronte à un problème. Après avoir visité la faction fraternelle, nous n'aurons plus aucun recours. J'en ai débattu avec des confrères et nous pensons te laisser le choix de la faction. Ton cœur t'amènera là où tu te sens le mieux. Inutile de te re-tester, l'examen serait biaisé. Il te faudra bien choisir.

Cela me mettait un peu la pression. J'avais trouvé une certaine stabilité et je n'avais pas envie de tout recommencer. Je décidai de changer de sujet.

– J'ai voulu chercher l'histoire de la ville pour me remémorer les évènements, mais je n'ai rien trouvé.

Jeanine se fit pensive.

– Tu as raison… Rien n'a été écrit sur cela, mais il est vrai que les évènements sont relativement récents et donc encore bien présents dans les mémoires. Cependant… Il faudrait le faire afin que les générations futures ne refassent pas les mêmes erreurs.

– On m'a souvent mentionné la guerre civile, mais sans réellement me dire ce qu'il s'était passé. Comment tout cela a pu arriver ?

Jeanine s'enfonça dans son fauteuil et adopta un ton professoral.

– Nous n'avons pas été assez réactifs je suppose… Pourtant, j'ai tenté d'avertir la cité sur la dangerosité des altruistes à plusieurs reprises. J'ai également mentionné le problème d'une cellule de rebelles chez les sans-factions mais nous n'avions pas assez d'éléments. Il y a environ un an, des rebelles ont voulu prendre le pouvoir. C'était des sans factions associés à quelques altruistes. Une immense simulation était prévue chez les audacieux. Malheureusement un petit groupe de ces traîtres a tiré profit de leur faiblesse temporaire et a piraté le système. Ils ont pris possession de la salle de contrôle et ont transformé les audacieux en machines à tuer. Ils se sont attaqués à leur propre faction en premier, leur but étant de tuer leurs frères altruistes qui n'étaient pas d'accord avec leur idée de rébellion. Ensuite ils auraient marché sur la ville pour éliminer ceux qu'ils considéraient comme une menace, c'est-à-dire nous, les érudits. La connaissance a toujours fait peur… Dieux sait ce qu'ils auraient fait ensuite avec une telle force de frappe. Mais nous nous sommes relevés, et aujourd'hui, grâce au nouveau système, la ville est plus forte que jamais.

Quelque chose de faux pointait au fond de sa voix. Jeanine était la première personne à m'avoir tendu la main et de ce fait je l'avais un peu idéalisée. Mais je me rendais bien compte maintenant que si elle était une belle femme au sourire doux, elle n'en était pas moins une femme de pouvoir glaçante.

Elle prit congé pour aller à sa réunion.

– Éric est déjà dans mon bureau je crois. Tu peux rester ici en attendant ! Il te ramènera comme d'habitude.

Jeanine entra dans son bureau. Comme prévu Éric l'y attendait déjà.

– Je viens de lui parler. Selon elle rien de nouveau… Je lui ai servi notre… version de l'histoire.

– Hmm. Et vous ? Vous m'avez dit qu'il y avait du nouveau.

– En effet. Ton intuition était bonne. Il y a bien quelque chose qui cloche. Cet entrepôt où on l'a retrouvé… Comme tu le sais, il n'était pas abandonné mais cachait un de nos labos. Cependant personne n'a jugé bon de se renseigner sur ce qu'on y faisait. Les enquêteurs ont seulement listé ce qui a été détruit et le coût des dégâts.

– Et alors ? Que renfermait-il au juste ?

– Développement d'armes. Si je te dis projet PX-DM12 ?

– PX… Attendez… Ce projet était développé ici ?!

– Oui. Les désintégrateurs moléculaires. Les scientifiques venaient de classer ce projet, il était trop instable. Je pense qu'en fait il n'y a jamais eu d'attentat, mais qu'un des prototypes a dû exploser formant une réaction en chaîne, qui a tout détruit.

– D'où l'absence de preuves…

– Mais ce n'est pas tout. A côté de la fille nous avons trouvé ceci.

Elle tendit une petite boite métallique estampillée d'une grand « X » noir dans un cercle.

– Ceci est top secret et vient de revenir de l'expertise.

Éric ouvrit la boite. Il ne reconnut pas son contenu. C'était un petit appareil noir, dont l'écran de verre était fracturé. Un fil sortait d'une extrémité et se terminait par deux embouts ronds.

– Voici le compte rendu.

Elle tendit une feuille transparente qui afficha son contenu au contact des doigts du jeune homme. De nombreux détails techniques remplissaient la page mais Éric ne retint que la première ligne.

« Appareil de communication – Fabrication Sud-Coréenne – année de mise en service 2014 »

Il ne comprenait pas. Il ne savait que dire.

– Stupéfiant non ? Rassure toi, j'ai moi aussi du mal à réaliser. Ma théorie la moins absurde du moment est un vrai roman de science-fiction. Il me reste à savoir si mes hypothèses sont théoriquement possibles. Un petit groupe ultra-secret travaille dessus en ce moment.

– Corée du Sud 2014 ?! Ce pays a été un des premiers à disparaître !

– En effet. Personne n'utilise plus ce genre d'appareil. D'après les experts il ne pourrait de toute façon pas fonctionner vu qu'il n'y a aucun relais qui prendrait en charge ce type de communication. De plus, ce modèle avait une durée de vie assez courte, quelques années tout au plus. La grande mode de l'époque était de remplacer régulièrement ces objets, d'où l'inutilité de fabriquer des appareils qui durent. J'ai demandé aux musées de la ville, rien ne manque dans les réserves. Idem pour les collections privées. Il n'a aucune valeur.

– Alors comment est-il rentré en la possession d'Aliénor ?

– Tu n'étais pas né, mais il y a 50 ans, un groupe de sans factions a réussi à s'échapper de la ville. Malgré tous les efforts de nos prédécesseurs, ils ont disparu en dehors des limites. Jamais rien n'a prouvé qu'ils aient pu survivre. Seulement, je pense qu'ils l'ont fait. Grâce à des restes de la guerre, ils ont dû vivoter quelque part. Leur technologie doit dater de cette période. Aliénor doit être une des descendantes de ceux qui se sont échappés. Voilà pourquoi l'appareil aurait pu se retrouver avec elle. Maintenant, ce que je pense, c'est qu'en explosant, les désintégrateurs moléculaires ont provoqué une réaction inconnue, une sorte de faille dans l'espace, reliant temporairement notre laboratoire à l'endroit où vivent les évadés. Il y a fort à parier que ce lieu a été détruit également mais il aurait pu permettre à Aliénor de... traverser en quelque sorte.

– Donc… Si je vous suis bien… Peut-être n'est-elle pas amnésique mais simplement… au mauvais endroit. Et elle se tait pour se protéger ? Au point où on en est, on peut même imaginer que la faille, en plus d'être spatiale, était également temporelle ? Et qu'elle vient du passé ? De l'an 2014 ?!

Éric et Jeanine se regardèrent avec un air dépassé.

– On nage ne plein délire !

– C'est pour cela que j'attends plus de résultats… En attendant, utilise les évènements récents à ton avantage, essaie de gagner sa confiance, il faudrait qu'elle se confie.

– Je déteste la tournure que prennent les évènements. Nous avons déjà assez de soucis avec la monté en puissance des rebelles.

Éric quitta le bureau de Jeanine contrarié. Il récupéra Aliénor et ils se dirigèrent vers le métro. Des audacieux patrouillaient le long des voies pour les sécuriser.

Il regarda Aliénor d'un œil nouveau. Sa curiosité d'ancien érudit prenait le dessus sur l'audacieux, il voulait comprendre. Tout cela pouvait-il être possible ? En même temps la frustration le gagnait. Plus il avançait et moins il avait l'impression de maîtriser. Cela l'excitait un peu aussi. Avancer en terrain inconnu, faire confiance à son instinct et ses réflexes… Une belle partie se profilait à l'horizon et il comptait bien en sortir vainqueur…

Le soir venu comme prévu, un audacieux vint me chercher pour mon entrainement. Il me conduisit sur un toit désert et bourré de recoins et d'obstacles. Il me planta la, seule au milieu de nulle part.

Bizarre je pensais qu'il y aurait du monde…

Une brève douleur irradia soudain dans mon cou, comme un petit coup de fouet.

– Aïe !

– Pistolet à peinture. Ah et tu es morte au fait.

Éric s'approchait, pistolet au poing. Je frottai ma nuque et observai ma main ; effectivement, elle avait pris une teinte verte.

– Ça fait mal, tu aurais pu tirer sur ma veste !

– Moui, j'aurais pu, mais où serait le plaisir ? Bien. Tu sais tirer à partir d'une position statique sur une cible fixe ou mouvante. J'aimerai voir ce que valent tes tirs si tu te déplaces. La partie intéressante pour toi c'est que je suis la cible.

Un grand sourire de défi s'afficha sur son visage. D'un geste, il parcourut le toit.

– Et voici le terrain de jeu. Bien évidemment j'aurai moi aussi un pistolet… Des questions ?

– Oui. Pourquoi m'entrainer ?

– Histoire de te rendre utile. Tu es désespérément faible, et si tu dois rester parmi nous ce ne sera pas pour tes talents de lutteuse. Alors autant profiter de ton don miraculeux. Rappelle-toi que contre la force pure tu n'as aucune chance, utilise donc le peu de cervelle que tu as pour ruser et profiter de la faiblesse de ton ennemi. On est partis. Tu as 30 secondes pour prendre position.

Sur ces bonnes paroles il sauta par-dessus un muret et partit se cacher.

Il est vraiment incroyable… Quel enfoiré !

Je partis néanmoins me mettre en embuscade sur un promontoire qui me permettait d'embrasser la zone en toute sécurité. Un mouvement attira mon attention sur ma gauche.

Merde ! Le seul endroit où il pourrait m'attendre !

Il faisait nuit noire et on n'y voyait vraiment rien. Je descendis en silence. Un projectile s'écrasa à côté de moi, me forçant à bouger. Les tirs me suivaient. Je tentai de riposter mais sans vraiment voir ou je visais. Après une partie à découvert, je remarquai qu'il y avait un abri. Il fallait que je tente. Je me relevai brusquement et me mis à courir. Une douleur fulgurante me broya la jambe, et je m'effondrai dans un hurlement.

Non, non ! Il a… il a tiré à balles réelles ?!

Suffoquant de douleur je n'arrivais plus à bouger. Éric sortit de sa cachette et s'approcha. Il s'accroupit à côté de moi.

– Fléchette neurologique… ça simule une blessure par balle. Et oui, ça fait un mal de chien ! Arrête de geindre, dans 2 minutes la douleur va s'estomper.

Il arracha la fléchette et repartit. J'entendis sa voix résonner.

– On reprend !

J'atteignis l'abri que j'avais repéré et réfléchis. Je n'avais aucune chance. Même si je tirais bien, il était entrainé et moi pas. Je devais trouver son point faible. Dans un flash je me rappelai ce que Kate avait dit ce matin « il aime se sentir puissant et dominer les filles ». Je devais utiliser la ruse. Une idée qui ne m'enchantait pas des masses germa dans mon esprit.

Après un échange de tirs dans sa direction, je l'appelai en criant.

– Éric ! Je n'ai aucune chance contre toi ! Alors… Je te propose un duel ! On verra qui est le plus rapide !

Je comptais sur son immense égo. Jamais il ne pourrait refuser un défi de ce genre et surtout pas contre moi.

Bon seconde partie du plan. Je détachai mes longs cheveux bruns et les secouai en mode « coiffé-décoiffé ». Je déboutonnai ensuite les deux premiers boutons de ma chemise de façon à faire ressortir mon décolleté. Enfin je sortis de ma cachette les mains en l'air. Je m'appliquai à cambrer le dos et à marcher à pas chaloupés, le regard droit devant moi.

Je m'arrêtai à mi-parcours et pris la pose. En appui sur une jambe, l'autre tendue, le dos cambré pour remonter ma poitrine. Gisèle Bundchen pouvait être fière de moi ! J'avais un peu honte…

Éric sortit de derrière un mur, doigt sur la gâchette, le bras tendu vers moi. Cependant je vis qu'il vacillait légèrement.

Ah tu ne t'attendais pas à ça hein mon grand !

Il retrouva vite sa stabilité et afficha son air habituel, la moue de l'homme sûr de lui. Nous étions immobiles face à face.

Je fis tomber mon pistolet. Cela le déconcerta un peu. Lorsque je me mis doucement en marche vers lui, il fronça les sourcils. Il resserra sa prise autour de la crosse de l'arme.

Je déglutis avec difficulté ; c'était maintenant que tout se jouait, quitte ou double.

Je stoppai ma progression lorsque le canon de son arme ne fût qu'à quelques centimètres de mon front. Lentement, je le saisis et l'abaissa doucement jusqu'à ce qu'il se retrouve pointé entre mes seins. Il avait maintenant les yeux fixés sur ma poitrine. Il planta son regard de glace dans le mien. Je le sentais faillir. Histoire de l'achever je remontai fièrement la tête et entrouvrit sensuellement la bouche.

Je le forçais à reculer en avançant. Lorsqu'il rencontra le mur, je me collai à lui tandis qu'il baissait son arme. J'approchai ma bouche de la sienne. Un sourire de victoire se dessina sur son visage. C'était le moment ! Vite saisir son arme !

Mais il fut plus rapide et en se retournant me plaqua contre le mur. Il rangea le pistolet dans son étui, et me saisit les poignets qu'il bloqua contre la paroi. Il avança sa tête vers ma poitrine et déposa ses lèvres à la naissance de mon cou. Le baiser était appuyé et terriblement agréable. Il remonta le long de ma gorge et de la pointe de la langue me lécha la peau jusqu'à la mâchoire. Une pointe de chaleur et de désir irradia au creux de mon ventre. Non ! Je ne pouvais pas ressentir cela ! Pesant de tout son poids sur moi, il lâcha mes poignets et pris ma tête en coupe. Nos respirations s'accéléraient. Sa bouche m'embrassa passionnément avec une ardeur sauvage. J'avais envie de répondre à ses avances, j'avais envie de joindre ma langue à la sienne… Dans un geste désespéré et avant de me faire prendre à mon propre piège je tirai sur son arme et appuyai sur la gâchette deux fois dans ses côtes.

Il tomba à genou en gémissant. Tentant de retrouver une contenance, je déclarai avec un sourire crispé :

– Profiter de la faiblesse de son adversaire… Ce sont tes mots ! On dirait que… J'ai gagné !

Et avant de m'effondrer de peur je partis en courant pour regagner ma chambre. Non je n'avais pas gagné, je venais de déclencher quelque chose qui me faisait peur et que je n'arrivais pas à définir. Je sentais encore la brûlure de son baiser sur mes lèvres, et la chaleur dans mon ventre. La tête me tournait. Est-ce que je venais vraiment d'embrasser Éric ?!

Le jeune homme haletait. Il saisit les fléchettes dans son côté et les arracha dans un grondement de douleur. Il murmura dans ses dents serrées en grimaçant:

« La salope… »

Avec précaution et en boitant légèrement, il entreprit de rejoindre son studio.

« Tu vas me le payer ça ! »


Really sorry pour le retard mais j'avais des examens et une semaine blin-dée, donc je n'ai pas pu m'y mettre. Pour me faire pardonner, ce chapitre est deux fois plus long que d'habitude :3

Au début je trouvais la scène d'entrée trop niaise mais j'ai réalisé que je venais d'avoir une conversation du même genre avec des copines... Donc tant pis je l'ai laissée telle quelle!

bisous les loulous