On m'a demandé des précisions sur le chapitre précédent, et c'est vrai qu'en le relisant je me suis rendue compte que la scène entre Eric et Jeanine n'étais pas très claire. Je l'ai donc légèrement remaniée pour faciliter (j'espère) la compréhension.
Ce chapitre n'est pas hyper passionnant selon moi mais il introduit la suite, et ça promet les amis !
Merci pour vos reviews formidables et bonne lecture :)
Chapitre 11 Un jardin sur le toit
Pendant la semaine qui suivit je m'appliquai à l'éviter. Ce qui en soit n'était pas trop dur vu qu'il était retenu sur l'affaire du train. Un second attentat avait été déjoué et les audacieux avaient besoin de renfort. De nombreux experts avaient donc été mobilisés, et une cellule de crise avait été créée. Je ne l'avais donc pas revu depuis la fameuse session d'entrainement. Il fallait pourtant bien que nous en parlions, surtout qu'il nous restait encore une faction à visiter ensemble, et je ne supporterai pas son regard malsain.
En plus des entraînements de Kate j'avais décidé de courir tôt le matin, étant donné que mon endurance ridicule commençait à me porter préjudice. Je détestai ça, mais il fallait que je m'adapte à mon nouveau style de vie et que je me fonde dans les standards audacieux. Qui impliquaient beaucoup de muscles.
Je finissais bien sûr toujours dans un état lamentable, crachant mes poumons comme une fumeuse asthmatique, mais Kate m'encourageait et Lily me donnait de sages conseils.
Un matin je me sentis motivée. Prenant mon courage à deux mains, je descendis dans la fosse pour commencer mon jogging. Des coups répétés se faisaient entendre au loin. Cela venait de la mini-arène. Éric ? Il valait mieux que je m'en aille. Je rebroussai chemin mais une vague de courage s'empara de moi. Après tout, j'avais réussi cet entrainement. Peut-être pas de manière très raffinée, mais le résultat était bien là ! Il m'avait demandé d'identifier et d'utiliser la faiblesse de mon adversaire, ce que j'avais fait. Il fallait que je crève l'abcès et que je lui en parle. Je ne voulais pas qu'il se méprenne et qu'il s'imagine qu'il me faisait de l'effet. Ça va être dur ma vieille, vu que tu n'en es pas convaincue toi-même…
A la vue de son physique de gladiateur, ma belle motivation s'envola en un instant. Comment pouvait-il susciter en moi autant de peur et de désir en même temps ?
Je toussotai pour attirer son attention. Il arrêta de matraquer son punching-ball pour me toiser. Il m'observa puis rompit le silence.
– Kate m'a dit que tu manquais de force et de motivation. Imagine que le punching-ball est quelqu'un que tu détestes, tu verras, ça ira beaucoup mieux.
Il désigna un sac de frappe éventré par terre.
– Pour celui-là, je me suis imaginé que c'était toi… Il ne m'a pas fallu plus de vingt secondes pour le dégommer.
Je déglutis avec difficulté. Il continua sur sa lancée, les yeux dans le vague.
– Efficace comme méthode…
J'osai finalement prendre la parole.
– Je suis désolée pour le coup bas de l'autre jour… Mais… j'ai improvisé, j'en ai un peu marre de me faire massacrer à chaque entrainement, alors si je peux trouver un moyen de me préserver tant mieux. Tu m'as dit d'exploiter la faiblesse de mon adversaire, j'ai donc essayé de te surprendre, c'était une technique comme une autre.
– J'avoue que tu m'as surpris sur ce coup… La petite sainte-nitouche n'est peut-être pas si prude finalement…
Il s'approcha de moi, sculptural et transpirant d'effort.
– Tu es une petite vicieuse qui cache bien son jeu…
– Arrête, l'avertis-je, ça ne prend pas avec moi, tu ne me fais aucun effet.
– Vraiment ?!
– Je te le dis cash, tu n'es pas du tout, mais alors pas DU TOUT mon type ; ce qu'il s'est passé n'était qu'une simple tactique, j'ai déjà oublié ce qu'il s'est passé. Je suis juste venu te dire de ne pas te faire d'illusions, je n'irai pas rejoindre la longue liste de tes conquêtes écervelées... Sur ce, je dois m'entraîner, au-revoir.
Je me hâtai vers la sortie, avant de perdre la face, mais il fut plus rapide et s'interposa devant la porte.
– Il y a quelque chose que je n'ai pas terminé. Or, je termine toujours ce que je commence.
Il m'attrapa par la taille et me coinça dans ses bras. D'une voie un peu rauque il me chuchota à l'oreille :
« Avant que tu ne me prennes par traîtrise nous en étions là… »
Il plaqua un baiser sur mes lèvres avec sauvagerie.
Sa main placée derrière ma nuque m'empêchait de me défiler, j'étais à sa merci.
Finalement il me relâcha. Ce que je craignais était arrivé. Mon propre piège s'était retourné contre moi. Il était le chat, j'étais la souris. Je ne souhaitais qu'une chose : m'éloigner de lui le plus vite et le plus loin possible. Avant qu'il ne change d'avis, je me dépêchai de partir.
Je l'entendis rire au loin.
– Aucun effet hein ?!
J'étais tellement troublée que je ne vis pas Will arriver au détour d'un couloir. Nos jambes se heurtèrent et il me fit involontairement un croche-pied. Il me rattrapa avec un petit rire avant que je ne tombe.
– Oula ! Attention ! C'est le monde à l'envers ! L'aveugle voit mieux que la voyante !
– Pardon… J'étais dans mes pensées… Et techniquement tu n'es pas aveugle mais borgne je te signale, il te reste un œil ! L'œil directeur si je me souviens bien ! Dis-je en reprenant ses mots.
– Un peu de respect pour l'infirme ! Tu commencerais presque à être une vraie audacieuse ! Franche et directe !
Je me rendis compte de la froideur de mes mots. Je me sentis idiote.
– Excuse-moi… je ne voulais pas te blesser…
– Aucun problème duchesse !
Il me fit un clin d'œil. Je soupirai.
– Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! J'ai assez d'Éric pour me torturer !
– Sauf que dans ma bouche, ces mots ne sont pas méprisants… Il t'imite lors de nos réunions, et c'est assez drôle en fait ! C'est vrai que tu as des petites manières, mais… sans être une de ces filles snob.
– Ça ne m'étonne même pas d'Éric… Mais toi… tu ne me connais pas vraiment ?
– J'observe tout le monde ici, c'est mon boulot, alors je t'ai remarquée… Tu me fais beaucoup penser à une vieille amie…
Il s'interrompit et son visage exprima une sorte de mélancolie. Son visage entier souriait, mais ses yeux étaient empreints de tristesse et d'incompréhension.
J'osai prononcer quelques mots d'une voix douce.
– Je te fais penser à Tris ?
Devant son air interrogateur j'expliquai que Kate m'avait raconté l'histoire.
– Exact. Elle était un peu rebelle et Éric a passé l'année à l'asticoter, pour être poli. Elle ne s'est jamais laissé faire et a toujours pris le parti de ses amis. Moi, plus que quiconque ai été touché par sa défection. Elle m'a blessé et l'amour de ma vie est maintenant presque une étrangère pour moi… Elle ne vit que pour sa vengeance.
Il se reprit et retrouva son air espiègle.
– Enfin, je t'ennuie avec tout ça ! Qu'est ce qui t'as pris de courir sans regarder devant toi ?! On aurait dit que tu fuyais le diable !
– Euh… c'est à peu près ça…
– Éric encore ?!
– Disons qu'il n'a pas vraiment apprécié que je le batte hier lors d'un entrainement de tir…
– Nooon ?! Ha ha ha ! Je comprends mieux son humeur massacrante de ce matin!
Devant mon air déconfit il me prit par l'épaule et me poussa.
– J'ai peut-être bien quelque chose qui pourrait te remonter le moral…
Il me fit prendre un chemin que je ne connaissais pas.
« Cette partie du complexe audacieux est plus ou moins abandonnée » précisa-t-il.
Arrivés devant une lourde porte en fer, il l'entrouvrit dans un grand grincement.
– Après vous Mademoiselle !
La porte donnait sur l'extérieur. Enfin, plus précisément sur une verrière assez ombragé. Une vigne vierge recouvrait la majeure partie des murs, cachant la terrasse aux regards extérieurs. Des petits arbustes avaient poussé dans les anfractuosités. De nombreux pots débordaient de fleurs blanches et un jasmin grimpait le long d'une treille. Une table basse en fer forgé faisait front à un vieux banc en bois usé du siècle dernier. De nombreuses bougies à moitié fondues de toutes les tailles et couleurs parsemaient l'endroit.
Le lieu respirait la sérénité.
– Tris venait souvent ici pour se rafraîchir les idées. Elle nous avait montré l'endroit, et certains soirs, nous avons passé des soirées mémorables avec Tobias et Christina à regarder les étoiles. C'était avant que… Bref, Chris refuse d'y remettre les pieds, et je n'ai pas le cœur à y revenir seul. Mais je pense que l'ancienne Tris, celle que j'ai connue en tant qu'amie, aurait été ravie que tu profites de notre jardin…
– Will… Merci vraiment… Cet endroit est magique !
– Rajoute quelques coussins, un plaid, et ce sera parfait !
Il me sourit et referma la porte.
– Will ! Le rappelais-je, j'aimerais juste savoir, pourquoi… pourquoi Éric s'en prend il a nous ? Je veux dire, pourquoi s'en prenait-il à Tris, et puis moi ? Est-ce que j'ai fait quelque chose…?
– Impossible à dire… Il est juste sadique je suppose. Je crois que tout ça est parti d'une histoire avec une fille altruiste, mais ce ne sont que des rumeurs… Je n'en sais pas plus.
Will parti, je m'assis pour réfléchir. Un potin de ce genre pouvait m'aider à faire pression sur Éric pour qu'il me foute la paix. Il fallait que j'interroge la reine des potins et sa dauphine : Kate et Lily, les deux plus grandes commères… Malgré leur différence hiérarchique ces deux-là étaient comme cul et chemise quand il s'agissait de récolter des ragots !
…
L'entrainement du matin se passa bien, même si Kate continuait à me mettre des raclées en corps-à-corps. Je profitai d'une pause pour l'interroger.
« Je sais peut-être quelque chose, mais … je te déconseille d'essayer d'en tirer avantage, parce que d'après moi, ça aura l'effet inverse sur Éric. Et tu dois me promettre de ne pas dire mon nom ! Protection des témoins, OK ?! »
J'acquiesçai, pressée d'entendre ce qu'elle avait à me dire.
« Je suis de la même promo qu'Éric, et lorsqu'il est arrivé ici en tant que novice, il sortait avec une fille. Ils s'étaient retrouvés chez les audacieux. Malheureusement, elle n'a pas tenu et avant d'être recalée, elle a préféré partir chez les altruistes. A l'époque on pouvait encore changer de faction pour rejoindre les altruistes, mais ce choix était définitif. Il l'a mal vécu, et un jour son humeur s'est détériorée de manière spectaculaire. Depuis il est comme tu le connais, un coureur de jupon psychopathe. Personne ne sait ce qu'il est advenu de cette fille. En tout cas, il déteste les altruistes depuis ce jour-là. Ma théorie, c'est qu'une fois partie elle a refait sa vie là-bas, ce qui est normal. Il n'a pas dû supporter le fait qu'elle le trompe. »
J'étais un peu mitigée. Cette histoire me permettait de mieux cerner le personnage, mais c'était également une vraie bombe. Je ne pouvais pas l'utiliser contre Éric car cela risquait de m'exploser au visage.
Zut.
…
Éric avait demandé à voir Jeanine. Une idée avait germé dans son esprit. Quelque chose qui pourrait les aiguiller.
Il lui explosa son plan.
– J'ai repensé à votre hypothèse. Si elle cache un tel secret, elle doit être terrifiée à l'idée de se trahir. Alors… Pourquoi ne pas la soumettre à une simulation ? On pourrait découvrir pas mal de choses avec son paysage de peur…
– C'est une idée… Confronté aux analyses du labo, cela pourrait confirmer ou infirmer notre hypothèse.
– Et nous permettre d'enfin agir en conséquence.
– Oui. Cependant il nous faut les résultats des analyses, et cela ne viendra pas avant quelques jours. Partez comme prévu visiter la dernière faction. Elle ne doit rien suspecter de tout cela. On la testera au retour.
– Cela ne m'enchante pas, mais je n'ai pas vraiment le choix.
– En effet. Oh et s'il te plait, mets la à l'aise, je veux que cette petite cachottière me mange dans la main. Elle me fait tellement confiance qu'avec un peu de chance elle pourrait tout avouer d'elle-même…
Jeanine s'en alla suivie de son assistant. Celui-ci n'était pas rassuré. La leader des érudits affichait le sourire carnassier d'un loup qui a acculé sa proie et qui s'apprête à en faire son déjeuner.
…
Le soir venu, Lily m'appris que les audacieux avaient organisé une soirée. J'avais envie de sortir et m'amuser pour me changer les idées. J'étais passé au dressing pour me trouver une robe. J'avais opté pour une petite robe noire, dont les manches longues étaient de dentelle noire. Le col rond était orné d'un biais de dentelle lui-aussi. Un grand décolleté dans le dos m'avait décidé à la prendre. Original sans être vulgaire. Comme disais ma mère « la petite robe noire est un classique indémodable ! »
J'avais décidé de coiffer mes cheveux en chignon flou afin de dégager mon cou et mettre en valeur mon dos.
Lily arriva dans une robe patineuse vermillon parfaitement assortie à ses cheveux. Une grande paire d'escarpins lui permettait de gagner de précieux centimètres.
Après nous être mutuellement complimentés sur nos tenues, Lily m'entraîna vers la soirée. La fosse avait été vidée à cette occasion. Les traditionnels jeux d'alcool étaient de règle, mais il y avait également une grand espace pour danser. Des canapés avaient été installés, pour se réunir entre amis. Et parce que les audacieux ne peuvent pas s'empêcher d'apporter une touche de folie, on y trouvait également un stand de tatouages et de piercing.
Ben, Job et Mike étaient déjà là. Nous passions une soirée géniale. Je me sentais un peu gênée car je m'étais rendue compte que j'attirai les regards masculins. Je n'en avais pas particulièrement l'habitude. Après quelques verres tout le monde était joyeux. Je me levai pour aller rechercher une tournée au bar, quand une personne me saisit le bras.
– On passe une bonne soirée ?
Je reconnu immédiatement la voix grave. Je décidai de ne pas me retourner et de l'ignorer.
– Nooon ! Pas même toi ne pourras me gâcher cette soirée ! Je ne t'ai pas vu, pour moi tu n'es pas là !
Il contourna le bar et vint se planter devant moi.
– Éric… va boire un verre, détends toi, saoule toi si tu veux mais s'il te plait fous moi la paix ! Juste pour cette fois ! Tu me martyriseras demain !
Les quelques verres que j'avais bu me donnaient une confiance que je n'avais pas en temps normal. Mais je voulais juste m'amuser.
Il me dévisagea avec un sourcil en l'air.
– On dirait que tu ne tiens pas vraiment l'alcool.
– Peut être… Mais ce soir je m'en fous !
– Jolie robe. Avec un tatouage dans le dos tu serais parfaite.
– Sûrement pas !
Il passa un bras autour de ma taille et m'emmena.
– Suis-moi.
Je me rendais bien compte que les regards pesaient sur nous. Il me tenait comme si j'étais sa copine ou sa conquête ; je dois avouer que sur le moment j'étais assez contente, et je n'avais pas franchement envie de résister. Il m'assit de force sur un fauteuil qui me rappelait celui du dentiste. De nombreuses plaques de verre ornées de dessins m'entouraient. C'était le stand de tatouage.
– Choisis.
– Euh… tu as craqué, je ne vais pas me faire tatouer sur un coup de tête et encore moins si tu me l'ordonnes !
– Choisis ! Tu sais… Je crois que quelques personnes seraient très intéressées de savoir comment tu m'as sauté dessus un certain soir… Je peux facilement enjoliver la chose, dire comment cette nuit était torride…
J'étais stupéfaite de tant d'audace.
– On ne te croira jamais, dis-je d'une voix mal assurée.
– Tu crois ?! C'est la parole d'un leader, connu pour ses nombreuses conquêtes, contre la tienne, simple novice amnésique…
Furieuse d'être ainsi piégée, je regardais les dessins. Avec surprise, je me rendis compte que certains étaient discrets et vraiment beau. L'un d'entre eux retint mon attention. Il représentait trois oiseaux, probablement trois choucas, en vol. Je le montrais du doigt au tatoueur. Mais avant que celui-ci ne l'ai atteint, Éric s'empara de la plaque de verre et la fracassa par terre avec rage.
– Non. Celui-là tu le vire de ta banque d'images, je ne veux plus jamais le voir.
Le tatoueur devint livide et ne répliqua pas.
– Mais… Tu as vraiment un problème Éric. Laisse tomber je vais en choisir un autre.
Même si Éric m'avait entraînée ici, je trouvais l'idée bonne. Certains audacieux arboraient de véritables œuvres d'art sur leur corps. Je cherchais un dessin qui pouvait m'inspirer, me représenter. Ce tatouage pouvait être mon nouveau point d'accroche à ce monde. Finalement j'aperçu un dessin. Je décrochai la plaque et la tendis au tatoueur. Je m'adressai à Éric.
– Retourne-toi, tu le verras quand il sera fini !
A ma grande surprise il obtempéra et s'assis en sirotant un verre.
Le tatoueur appliqua une sorte de patch sur ma peau. L'artiste m'expliqua que cette technique permettait une application sans douleur. Je comprenais mieux pourquoi tant de monde avait des tatouages ici. C'était si facile !
Avec un petit sourire satisfait je m'avançai vers Éric.
J'avais choisi de tatouer un renard stylisé dans les tons gris et orange sur mon poignet. Sa queue touffue se dédoublait pour s'enrouler autour de mon pouce et sur le dos de ma main.
– Un renard pour rappeler la ruse… Vu qu'apparemment même un leader des audacieux se laisse berner par mes stratagèmes…
Éric n'apprécia visiblement pas que je lui rappelle son grand moment de faiblesse. Il se leva et me frôla en me murmurant à l'oreille :
« Je te rappelle que toi aussi tu y as pris du plaisir ma grande… »
Une fois de plus il me vola un baiser, puis il quitta la fosse, probablement pour finir la soirée en tête à tête avec une idiote et une bouteille de vodka.
Mon enthousiasme était un peu entamé mais je retournai tout de même auprès de mes amis. Lily glapit de joie à la vue de mon tatouage et les autres me complimentèrent sur mon choix. Finalement j'avais passé une excellente soirée.
…
Le lendemain Kate vint me trouver chez moi. Elle m'apprit que les audacieux voulaient me faire passer un test. Selon elle, on m'avait imposé à cette faction, et pour éviter que certaines personnes ne se rebellent, on me faisait passer ces tests pour faire croire que je n'avais pas de traitement de faveur.
« C'est un classique audacieux, on t'injecte un sérum qui te place en simulation. Tes plus grandes peurs te sont exposées et tu dois les combattre. En moyenne, les gens ont entre dix et quinze peurs. Certains sont entrés dans la légende avec ce sérum, le record est de quatre peurs. »
Je n'en laissais rien paraître, mais cette histoire m'inquiétait. J'avais évidemment peur d'être découverte, peur de leur réaction. Ils devaient se douter de quelque chose, je ne pense pas qu'ils voulaient faire cet examen pour voir si j'étais effrayée ou non par des araignées ou des serpents. Ils devaient rechercher mes peurs viscérales, quelque chose de compromettant.
Il fallait que je limite les dégâts. Peu importe qu'on me croit ou non, je devais tenter le coup. Une seule personne pouvait m'écouter et réfléchir posément à ma situation : Jeanine. Il m'était malheureusement impossible de la voir aussi rapidement et de toute façon j'étais bien incapable de lui dire la vérité en face. Je décidai d'écrire.
Dans ma lettre, je résumais toute ma situation, mes peurs et craintes, mes raisons… Je m'excusais de l'avoir trompée et d'avoir abusé de sa confiance. J'étais sûre qu'elle me comprendrait et saurait trouver une solution. Je l'espérai vraiment.
