De retour après une loooooooongue pause ! J'avais besoin de me rafraîchir les idées car je sais ou je veux aller, j'ai la trame principale et les grandes lignes de mon récit mais parfois il me manque la forme pour mettre tout ça en place. Alors j'ai tout arrêté 15 jours et là bim ! De nouveau l'inspiration ! J'ai pas mal écrit du coup j'ai de l'avance ! Je vais pouvoir retrouver un rythme normal.
Bonne lecture !
Chapitre 12 Ivresse
Éric vint me chercher le lendemain matin.
Comme d'habitude nous étions partis en train. Cette fois ci le trajet fut plus long car nous devions traverser la ville jusqu'à la clôture. Les fraternels se trouvaient de l'autre côté. Cela m'étonna car on m'avait dit que le monde extérieur était dangereux. En même temps, de grandes étendues étaient nécessaires pour les cultures.
Lily m'avait prévenue :
« Tu verras, les fraternels sont… spéciaux ! Ils devraient te plaire ! Je ne t'en dis pas plus »
Effectivement, je ne fus pas déçue. C'était une bande de joyeux hippies, toujours souriant et gentils, prêts à rendre service. Je sentais qu'ils étaient tendus en présence d'Éric, mais ils n'avaient pas la même réserve avec moi. Ils détestaient les conflits, alors ils évitaient autant que possible les audacieux.
Un fraternel d'une trentaine d'années et blond comme les blés se présenta à moi.
– Tu t'es bien rétablie ! Cela fait plaisir à voir !
Devant mon interrogation il se présenta :
– Je suis Sven ! C'est moi qui t'ai trouvée le jour de l'explosion de l'entrepôt 13…
A son poignet pendait un grelot doré qui tinta lorsqu'il passa sa main dans ses cheveux. Je me rappelai vaguement de lui. Enfin surtout de sa silhouette et de ce petit bruit.
Après l'avoir chaleureusement remercié, il nous présenta à son équipe.
Plusieurs personnes me posèrent des questions, on m'apporta un verre d'une boisson sucrée délicieuse, et tout le monde se proposa pour me faire visiter. Finalement, vu que Sven m'avait trouvée en premier, il fut désigné par les autres. Avant de partir faire le tour il voulait finir son travail dans les champs ; il nous proposa donc de participer un peu au potager, le temps de terminer.
Un des fraternels avança vers nous et s'adressa à Éric.
– Puisque vous êtes ici, pourriez-vous nous rendre un service ? Rassurez-vous, avec votre carrure ce sera très simple… Nous avons besoins d'un sac et demi d'engrais en plus. Si vous pouviez aller les chercher là-bas – il pointa un entrepôt du doigt – cela nous aiderait vraiment !
Avant qu'Éric ne refuse, j'acceptai de bon cœur. Ces gens étaient tellement gentils ! Et j'avais terriblement envie de me promener. Il faisait beau, j'étais enfin sortie de l'enceinte étouffante de la ville, et ici, personne n'essayait de me tuer.
Éric leva les yeux au ciel, mais finit par obtempérer et me suivre. Il se chargea d'un sac comme s'il ne pesait rien et je pris le demi sac qui restait. Enfin, il n'avait de demi que le nom, vu qu'il était extrêmement lourd !
– Bon sang, mais ils ont mis quoi dedans ?! Ça pèse une tonne !
– Non, c'est juste toi qui a des muscles sous-développés.
Il montra mon tatouage renard.
– Au lieu d'un renard, c'est un insecte que tu aurais dû te faire tatouer, c'est ça qui aurait vraiment été représentatif au moins…
– Très drôle.
Moi je ne prends pas de stéroïdes au petit déjeuner au moins !
L'entrepôt étant assez loin du champ, je me demandai comment j'allais pouvoir ramener ce sac. Je n'avais pas fait cent mètres que mes épaules étaient déjà au bord de la rupture. Et Éric qui semblait se balader, comme si le sac était un coussin remplit de plumes…
Raaah, voilà idiote, si tu n'avais pas séché les cours de sports au lycée, tu serais peut-être un peu plus coriace !
Maudissant ma faiblesse, je décidai de me concentrer sur mes pieds, foulés après foulés.
– J'en ai assez de t'entendre souffler comme une fumeuse en fin de vie, donne-moi ça. Tu es ridicule.
Sans autre forme de procès, il prit mon sac et le rajouta sur son épaule.
Fermant les yeux, je soupirai de soulagement en m'étirant les bras.
– Ouf, merci…
Je me sentais plus légère et je pouvais enfin admirer le paysage. Dans l'ensemble, c'était assez plat, avec quelques arbres. Au loin il y avait une forêt puis une chaine de montagne. Le reste était assez désertique, avec des buissons épineux et secs. Je ne sais pas si c'était vraiment dangereux, mais cela n'avait pas franchement l'air hospitalier.
Entraînée par ce semblant de liberté retrouvée, je zigzaguais sans faire attention, puis je fini par tourner sur moi-même et sautiller, cela me faisait un bien fou. La joie de vivre de cette faction avait déteint sur moi !
Éric me regarda avec un air désespéré.
– Folle à lier…
En riant comme une gamine j'esquissai quelques pas de danse.
– Souris Éric ! Pour une fois !
Une idée idiote me vint en tête. J'attendis qu'il me dépasse puis, je pris mon élan et sautai sur son dos.
– Aliénor descends immédiatement !
Ces mots ne me firent ni chaud ni froid, j'étais stupéfaite de sa force, il n'avait pas flanché un seul instant.
– Incroyable… Tu arrives à me porter alors que tu es déjà méga chargé ! Tu crois que tu pourrais me porter encore longtemps ou tu vas t'écrouler dans quelques mètres ?
– Aliénor, ce n'est pas ces sacs qui vont m'empêcher de te mettre une raclée. Descends.
– Tu sais quoi ? Je crois que c'est la première fois que tu m'appelles par mon prénom.
Je sentis ses muscles se tendre. Mais avant qu'il ne me réponde, une nouvelle chose attira mon attention.
Du bout du doigt j'appuyai sur son biceps.
– Fioouu, c'est vraiment pas de la gonflette, c'est incroyable ce que c'est dur !
C'est alors qu'il laissa tomber ses deux sacs et m'attrapa par la peau du dos pour me faire face.
– Ça suffit ! Il t'arrive quoi là ? On dirait que tu as bu, reprends toi et arrête tes conneries !
– Bu ? Oui mais juste un verre de jus je crois !
– Un verre de… C'est pas vrai, ils ont dû mettre du sérum dedans…
J'avais l'esprit en ébullition. Une envie soudaine de montrer mes talents de lutteuse monta en moi. Je me rappelais les leçons de Kate et dans un enchaînement parfait, je fit tomber Éric dans l'herbe. Je l'avais pris totalement par surprise, il fut incapable de se rattraper.
A califourchon sur lui, je me sentais très fière.
– Bam ! Deuxième fois que je te bas !
Je déposai mes mains sur sa poitrine et approchai ma tête de la sienne. D'un air faussement méchant je lui demandai :
– Avoue que tu es dég' de te faire battre aussi facilement !
Il éclata de rire.
– Ha ha ! Dommage que je ne puisse pas filmer ça, ça ferait un super dossier pour la prochaine soirée !
Il me fit une petite clé de bras, et coinça mes jambes sous les siennes. Avec son deuxième coude il coinça ma tête contre son torse.
– Et non, je ne suis pas dég' comme tu dis, vu que tu ne m'as pas battu. Tant que l'adversaire n'est pas K.O, il ne faut pas crier victoire. La preuve.
La tête sur sa poitrine, j'avais autre chose en tête que d'écouter ses leçons. Un bruit régulier m'hypnotisait.
Toum ta, toum ta, toum ta…
– Oh ! J'entends ton cœur… Les autres ont tort finalement, tu en as bien un…
Me dégageant de son emprise je passai mes bras autour de lui comme pour lui faire un câlin. Ce son si doux et régulier était presque incongru pour Éric. Je me sentais moins euphorique. Après quelques minutes il posa avec hésitation une main sur mon dos au creux de mes reins. Je murmurai :
« Tu vois… C'est pas difficile d'être un gentil… »
Il sourit.
– Je ne suis pas censé être gentil Aliénor. Les gens comptent sur moi pour les protéger, je n'ai pas de place pour la gentillesse et encore moins pour la pitié. Je me dois d'agir avec la tête froide, sans que mes sentiments n'altèrent mon jugement.
– Peut être que ton job c'est d'être impitoyable, mais rien ne t'oblige à être un crétin en privé. En plus la méchanceté est toxique, elle t'enferme dans la solitude. Je n'y crois pas, personne ne peut vivre comme ça éternellement.
– C'est ma façon de faire. Jusqu'à présent ça n'a pas trop mal marché, je ne m'attends pas à ce que tu comprennes. Mais c'est moi et c'est comme ça.
– T'es qu'un con.
Si quelqu'un était passé à ce moment-là il n'aurait vu que deux amants entrelacés. Je venais de gagner une petite victoire. J'avais commencé à percer la carapace d'Éric. Avec regret je soupirai :
« On devrait peut-être y aller, ils nous attendent quand même… »
Éric se releva et me tendit la main pour m'aider à me redresser. Il récupéra ses deux sacs et se retourna vers moi.
– Oui.
– Quoi oui ?
– Oui, je pourrais te porter encore longtemps sans m'écrouler dans quelques mètres…
Je me sentais un peu plus calme mais curieusement je n'avais pas honte de ce que j'avais pu dire ou faire.
Éric m'expliqua que les fraternels mettaient un sérum de paix dans tout ce qu'ils mangeaient ou buvaient.
– Cela n'explique pas mon euphorie !
– Tu leur demanderas.
A l'arrivée, Sven nous remercia pour les sacs et tendis une bière a Éric en précisant qu'elle ne contenait pas de sérum. Puis il m'emmena faire un tour pour me montrer les différents légumes et les installations.
– Tout à l'heure… J'ai eu un comportement bizarre… Un peu comme si j'avais bu mais sans la démarche hésitante, ou la difficulté à réfléchir. Éric pense que ce serait dû au sérum de vérité ?
– Il a raison, chez les gens qui le prennent pour la première fois, il peut donner quelques effets secondaires. Rien de bien méchant ! Chez les gens sous pression ou stressés, et chez les gens foncièrement mauvais les effets sont également… amusants.
– Pourquoi utiliser un tel sérum ?
– Comme nous détestons la violence, cela nous aide à maintenir un climat de paix. Nous vivons plus longtemps que la moyenne de ce fait, car nous sommes constamment heureux et sans stress.
Cette douce illusion me rendait perplexe mais cela semblait marcher pour eux. Ces doux hippies n'étaient décidément pas à leur place dans ce monde violent.
Sven me présenta sa femme et sa petite fille de 3 ans. Ils nous proposèrent de partager leur repas du midi. Éric refusa (poliment pour une fois) mais j'acceptai avec joie.
C'était délicieux, les produits du jour étaient merveilleusement bien cuisinés et mon ventre s'emplissait d'une douce chaleur. Cette fois ci le sérum ne me rendit pas dingue mais la sensation de plénitude était bien présente.
Éric en fût presque déçu.
L'après-midi fut consacré aux travaux dans les champs et à la cueillette. J'étais couverte de poussière mais joyeuse comme jamais.
Malheureusement Éric était d'une humeur de chien. Il y avait un problème de métro mais les fraternels ne savaient pas pourquoi. Les seules informations dont nous disposions étaient qu'il s'était produit un incident en amont. Éric craignait un nouvel attentat. Il était comme un lion en cage, impuissant. Nous étions obligés de passer la nuit ici en espérant que tout rentre dans l'ordre le lendemain matin.
Cela ne gêna pas outre mesure les fraternels. Pour eux il n'y avait pas de problèmes et que des solutions. Sven nous mena à une maison nouvellement construite.
– Ces maisons sont pour l'instant inoccupées car elles ne sont pas terminées, il manque encore les finitions et l'électricité, mais il y a déjà quelques meubles et l'eau courante. Faites comme chez vous !
J'entrepris de fouiner pour découvrir à quoi ressemblait l'endroit. De plein pied, la maison s'organisait autour d'une pièce principale, avec une petite cuisine et une salle d'eau. Il y avait aussi… UNE chambre avec…UN lit. Double.
Éric était furieux.
– C'est une blague ?!
Une petite grand-mère arriva pour nous porter des lampes, du linge de maison et de quoi manger pour ce soir.
Un peu gênée je lui demandais pourquoi il n'y avait qu'un lit.
Avec un clin d'œil elle me dit qu'un fraternel nous avait aperçu ce matin.
– Ne vous inquiétez pas personne ne vous jugera, vous n'avez pas à vous cacher ici ! L'amour est beau et doit être préservé ! J'étais pareil à votre âge !
Avant que nous ayons pu protester elle était déjà partie.
La leçon de vie de cette petite grand-mère me fit pouffer de rire.
– Aliénor, tu fais disparaître ce sourire débile, ou je m'en charge et ça risque d'être violent.
– Je n'y peux rien c'est le sérum ! Personnellement je m'en fous, ça n'a jamais tué personne de dormir dans le même lit !
– Ouais et bien sache qu'il y a un début à tout…
Il passa sa main sur son visage.
– J'ai besoin d'un verre.
– Hum… Pas sûre que tu arrives à satisfaire ton alcoolisme chronique ici ! L'alcool rend les gens violents et ce n'est pas trop en adéquation avec le caractère des fraternels. Il y a du jus de fruits regarde ! C'est mieux non ?
– Ce sérum a vraiment des effets déplaisants sur toi… Bref, j'y vais et je ne rentrerais pas avant d'avoir bu ce putain de verre.
Je le regardai partir, nullement affectée par sa mauvaise humeur. En attendant qu'il revienne je demandai à un fraternel où se trouvait le champ de fleur dont Sven m'avait parlé plus tôt. Je me sentais d'humeur bucolique et j'avais envie de cueillir un bouquet pour remercier sa femme.
Voilà ! En espérant que cette reprise vous fasse plaisir ! (Surtout toi Nanou !)
Enjoy et à bientôt !
