Je n'ai pas encore répondu individuellement aux reviews mais je compte bien le faire, car certaines m'ont beaucoup touchées ! Je fais donc en attendant un merci collectif : Merci à tout le monde !
Chapitre 13 Licornes et arcs-en-ciel
Je passai un moment à discuter avec la femme de Sven. Leur vie simple et enjouée me plaisait beaucoup mais ils étaient aussi déconnectés de la réalité. Ils ne voyaient pas ce qu'il se passait en ville et le fait d'avoir refusé de placer un dirigeant fraternel parmi le nouveau gouvernement était à mon sens une erreur. Je ne m'imaginais pas vivre toute ma vie dans ce délire aussi agréable qu'illusoire.
Elle tressa les cheveux de sa fille pour la nuit et insista pour faire de même avec moi. Sa bonne humeur était contagieuse. La tresse partait du haut de mon crâne et incorporait des mèches de cheveux petit à petit pour finir sur un côté. Elle coinça quelques fleurs dedans pour les parfumer ; c'était très joli.
Je ne voulais pas les déranger plus longtemps et je voulais être là quand Éric rentrerait. J'espérais pouvoir le maîtriser s'il avait bu plus que de raison.
Si seulement !
Je trouvai Éric allongé par terre dans la salle principale, un grand sourire béat sur le visage.
– Heeey ! Alors femme de peu de foi tu disais que je ne trouverais pas de bar !
– Euh... Tu es saoul ?!
– Noooon ! J'ai juste bu deux verres, c'est incroyable, je ne sais pas ce qu'ils mettent dans leur alcool mais ça me fait un effet fou !
Mon Dieu moi aussi j'avais cet air débile tout à l'heure ?!
Car en cherchant un bar fraternel, il avait oublié un léger détail. La bière qu'il avait bue plus tôt dans la journée ne contenait pas de sérum pour la simple raison qu'elle était destinée aux habitants de la ville. En revanche, l'alcool réservé aux fraternels en contenait bel et bien… C'était logique, l'abus d'alcool peut rendre les gens violent, alors histoire de ne pas s'en priver, les fraternels avaient trouvé la parade : le sérum de paix.
Il se releva et me regarda avec des yeux ronds.
– Tu as des fleurs qui ont poussé dans tes cheveux !
C'était la phrase de trop, j'éclatais de rire, j'étais en train de découvrir un Éric gentil et naïf…
Bin ça promet…
– Je crois que je vais rester ici, je change de faction, c'est trop génial… Je vois des arcs en ciels partout ! Je crois même que je vois des couleurs qui n'existent pas !
Je me rappelai les paroles de Sven :
« Chez les gens sous pression les effets sont également… amusants ». En effet, c'était quelque chose !
– Éric ? Tu es couvert de poussière, tu devrais aller te laver… Va prendre une douche fraîche.
En espérant que ça le fasse aussi redescendre…
Pendant ce temps-là, je préparais la salade composée que la grand-mère nous avait amenée, je disposais le pain et le fromage et il y avait aussi une tarte aux mûres.
Soudain j'entendis un bruit bizarre dans la salle d'eau ; plus de trace d'Éric mais la fenêtre était ouverte. Effectivement il était là dehors dos à moi, les bras écartés et… complètement nu.
– Mon Dieu ! Éric ! Qu'est-ce que tu fous ! Explique-moi pourquoi tu es…
Je passai moi aussi par la fenêtre, une serviette à la main. J'essayai de ne pas trop regarder mais j'avais une vue imprenable sur ses fesses...
S'il te plait ne te retourne pas…
– Je communique avec la nature !
– D'accooooord… est ce que tu peux le faire avec cette serviette autour des reins s'il te plait ?
– Je crois que je viens de voir une licorne ! Tu devrais essayer, on a l'impression de nager dans du coton !
– Euh… Très peu pour moi ! Merci.
Mon royaume pour un appareil photo ! Je n'étais surement pas la première fille à voir son postérieur mais je crois que ça aurait fait rire plus d'un novice traumatisé par Éric ! De quoi le faire redescendre un peu de son piédestal…
Finalement il noua la serviette autour de sa taille. Il m'attrapa la main et me fit tourner sur moi-même. Ses doigts s'entremêlèrent aux miens.
– Je crois que si des fraternels nous voient, ils vont vraiment croire que nous sommes ensemble !
– En même temps vu le boucan que tu as fait je pense que tout le monde nous as entendus !
Je le tirai vers la maison. Une fois à l'intérieur je l'obligeai à s'asseoir.
Il avait les cheveux qui frisottaient. Cela lui donnait un air angélique. Nous mangeâmes tranquillement, ce qui sembla le calmer.
– J'ai une question.
Il me fit signe de poursuivre.
– Pourquoi en as-tu tellement après moi ?
Au vu de sa bonne humeur, j'avais décidé de tenter ma chance. Il réfléchit.
– Je te voyais comme un poids au début. Comme ton histoire n'était pas claire, j'avais la désagréable impression que tu faisais partie des rebelles. Et tu me rappelais une ancienne élève.
– Tris ?
Il hocha la tête.
– Pourquoi cette haine envers les rebelles ou les altruistes ? D'accord ce sont des terroristes, mais j'ai l'impression que tu les détestais déjà avant… ?
– C'est compliqué.
Pour la première fois je voyais autre chose que de la moquerie, ou de la méchanceté sur le visage d'Éric. Il exprimait de la tristesse sincère, pas de l'ennui ou de la mélancolie, mais bien une blessure profonde.
Il se leva et se dirigea vers la chambre. J'entendis des bruits de vêtements et les grincements du lit.
Il s'était finalement rhabillé et se tenait allongé, bras croisés sur son ventre, contemplant le plafond. Je m'allongeai à côté de lui.
Après quelques minutes il se décida à parler.
– Cette haine des altruistes comme tu dis… C'est tout ce qu'il me reste. A mon arrivé chez les audacieux je n'étais pas seul. J'étais jeune et amoureux. Elle était intelligente, belle et combative. Mais pas assez pour survivre dans cette faction. Alors elle a décidé de partir chez les altruistes, à l'époque on pouvait encore choisir cette voie. C'était ça ou finir sans faction. Ça a été très dur pour nous deux, mais nous continuions à nous voir en cachette. Seulement les altruistes l'ont découvert. Cette ordure de Marcus Eaton nous a condamnés à devenir des sans factions. Les leaders audacieux m'ont protégé car j'étais un de leur meilleur élément, mais elle… Elle n'avait personne pour la défendre, et je ne pouvais rien dire ou faire. Elle a été tuée dans une bataille de sans-factions. Les altruistes sont responsables de sa mort. Ils se disent complaisants, accueillants et aimants, mais ils sont comme les autres.
Je ne comprenais pas comment leur système de faction pouvait encore tenir. Il était responsable de tellement de malheurs… les rebelles n'étaient que le début de la fin, tout allait imploser et faire d'énormes dommages collatéraux. Mais ils étaient tous trop butés pour s'en rendre compte.
Éric était silencieux. Je lui pris la main et de nouveau nos doigts s'entrelacèrent.
– Alors voilà. Son visage commence à s'estomper. La tristesse de l'avoir perdue aussi. Je n'entends plus son rire, ne me rappelle plus son parfum… La haine est tout ce qu'il me reste. Je refuse qu'elle ne soit plus qu'un souvenir. Et je refuse que d'autres subissent la même chose. Voilà ce qui me motive à supprimer cette faction, voilà ce qui fait que je déteste la faiblesse.
– Je ne sais pas quoi dire.
– Alors ne dis rien.
Il se mit sur le côté et m'enlaça. Sa tête était calée contre mon cou, je pouvais sentir sa respiration sur ma peau. Il me chuchota :
« Je trouvais ce sérum cool mais en fait il me rend mou. C'est bizarre. »
Je souris.
– Il te rend sacrément ridicule aussi.
– Ce qui est encore plus bizarre c'est que je n'ai pas honte de tout ce que j'ai pu dire ou faire. Je me sens juste bien. Le problème c'est que je me souviendrai de tout ça demain. Oh et tu veux que je dorme par terre ?
– Ne sois pas ridicule.
– Ok.
Toujours enlacée pas ses bras puissants, je me tournai également sur le côté. Son souffle me chatouillait toujours le cou.
– Je n'ai toujours pas compris comment tu avais fait pour faire pousser des fleurs dans tes cheveux. Tu sens bon. Comme un arc-en-ciel.
– C'est le sérum qui parle Éric, ça ne sent rien un arc-en-ciel.
– Ah. Ça a l'air tellement réel pourtant.
– Dors.
–Ok.
Je lui caressais doucement le dos de la main avec mon pouce.
– Tu vois… Même si c'est sous l'influence d'un sérum c'est agréable d'être gentil…
– Tais-toi donc…
– Amis ?
– N'exagère pas… Disons que je te fais confiance.
– Tu es dingue de moi avoue le…
Il s'était endormi.
…
Le lendemain matin un chant d'oiseau me réveilla. Éric me tenait toujours dans ses bras, mais j'avais bougé pendant la nuit et je lui faisais maintenant face. Je me blottis un peu plus contre lui, recherchant la chaleur de son corps, car la fraîcheur du matin imprégnait notre chambre.
– Éric ?
– Hmm.
– Tu n'es plus sous l'effet du sérum.
– Et ?
– Tu me tiens encore dans tes bras.
– …
– Tu te ramollis mon brave.
– Tu as de la chance, vu que tu as passé la nuit dessus j'ai le bras tout endormi. Autrement je t'aurais étranglée.
– C'est ça.
Le petit déjeuner nous attendait déjà dans un panier, mais Éric insista pour partir et manger en route. J'avais un peu l'impression de m'enfuir comme une voleuse sans dire au-revoir mais il ne me laissa pas le choix. Le métro fonctionnait de nouveau et il voulait rentrer au plus vite.
Le retour fut silencieux. Je faisais le bilan des factions dans ma tête. En résumé j'avais le choix entre :
- Les sincères, gardiens de la justice au rôle un peu flou et coincés comme des vieilles bigotes ;
- Les audacieux, qui maintiennent l'ordre à grand coup d'adrénaline et qui ne savent pas prendre le train comme tout le monde ;
- Les altruistes, qui aident tout le monde mais sont considérés comme des traîtres ;
- Les érudits, aux QI sur développés et en mal de pouvoir ;
- Les fraternels, sous LSD en permanence mais qui étaient les seuls à vraiment profiter de la vie.
Bien évidemment le choix était vite fait ; j'allais rester chez les audacieux, je m'étais fait des amis et je ne me voyais pas rechanger pour tout recommencer. Mais c'était vraiment frustrant de se limiter. J'avais envie d'être forte et de mettre cette force au service des autres, je voulais étudier mais avoir le choix d'aller me promener quand cela me chante.
A l'arrivée, Will et un autre audacieux nous attendaient.
– Incroyable, Éric est encore vivant après une nuit chez les fraternels ! J'avais peur que vous reveniez avec un brin d'herbe au bec et des fleurs dans les cheveux !
Il ne croyait pas si bien dire.
L'autre audacieux nous apprit que la panne d'hier était due à un problème électrique, mais que tout avait été réparé. Éric était soulagé.
– Bon Al, vu que tu as fini ton tour, on a avancé la simulation, comme ça plus vite c'est terminé, plus vite tu seras des nôtres.
On y est. La simulation de peurs.
– Jeanine a demandé à y assister, elle est curieuse. C'est bizarre c'est bien la première fois que ça arrive. Je crois qu'elle t'aime bien !
…
Une sale était dédiée à ces simulations. J'étais allongée sur une espèce de fauteuil de dentiste et reliée à des électrodes. Un écran permettait à l'observateur d'analyser mes réactions. J'espérais que ce qu'ils avaient évoqué lors de mon test au sérum de vérité – la divergence – me sauverait une fois de plus. Will me faisait passer la simulation, mais Éric était là en observateur. Jeanine était absente malgré ce qu'avait dit Will. J'aurais tout donné en cet instant pour savoir ce qu'elle avait pensé de ma lettre. J'avais espéré un tête à tête avec elle avant de vivre cette simulation. Après un temps d'attente, ils décidèrent de commencer malgré son absence.
Avant de m'injecter un produit dans le cou, Will me conseilla de réagir comme une audacieuse le ferait. Selon lui la première fois le test n'était pas concluant, et il faudrait d'autres sessions. Il me chuchota à l'oreille que tout irait bien, puis il piqua.
En une seconde tout disparu et je fus ailleurs.
Il ne se passe pas grand chose mais j'avais besoin de ces deux chapitres pour créer une sorte de climat de confiance entre les deux personnages. J'avais aussi envie d'écrire un passage plus humoristique que d'habitude, j'avais cette scène en tête depuis les débuts de ma fanfic, c'est dire !
Je compte poster le prochain chapitre demain soir si tout va bien, les choses vont s'accélérer pour Aliénor...
