Comme dirais l'autre "I'm back !"
Chapitre 16 Le jour d'après
Titubant et maudissant les trop nombreux verres d'alcool bus le soir, Éric s'équipa pour la bataille. Un de ses subordonnés était venu le chercher. Les rebelles avaient lancé un assaut sur plusieurs fronts, à savoir le QG des audacieux, le centre-ville et les rues. Il s'administra un sérum pour se remettre les idées en place et commença à organiser leur défense. Max et les autres lieutenants faisaient de même.
– Éclaireurs, je veux un rapport dans les 5 minutes, pour connaitre la position, la force, l'armement et le nombre d'ennemis, go !
– Les snipers, en embuscade et en surveillance sur les points hauts. Ne tirez qu'à mon commandement !
– Chaque division, mettez-vous en rapport avec votre capitaine, certains sont déjà partis sécuriser la ville, les autres en défense !
Les différentes escouades partirent aux points stratégiques. Éric avait pris le commandement de l'une d'elle.
En embuscade sur une balustrade, ils observèrent les sans-factions venir vers eux. Arrivés à l'escalier, ces derniers semblèrent se désolidariser. Un flottement parcouru leurs rangs. La majorité se mit en marche vers l'étage tandis qu'un petit groupe se détacha pour partir dans une autre direction. Le leader du petit groupe s'égosilla pour rappeler les autres vers eux, mais voyant qu'ils étaient incontrôlables, abandonna et partit avec son escouade.
Éric lança l'assaut. Piégé dans l'escalier, les rebelles n'eurent aucune chance et se firent descendre comme des lapins. Un retardataire arriva en bas des marches. Éric le reconnu immédiatement : mat de peau, brun, l'allure fière d'un homme de tête ; c'était Quatre. Décontenancé face à la mêlée, il s'enfuit par le même chemin que le petit groupe. Éric hurla de rage :
« TOBIAS ! »
Il se fraya un chemin dans les escaliers, écartant les derniers survivants comme s'ils étaient des fétus de paille. L'un d'eux brandit un couteau et lui taillada le dos. Éric se retourna pour voir un sniper abattre le rebelle. Il se lança à la poursuite de Quatre mais fut stoppé par d'autres combats. Consumé de rage, il massacra tous les sans-factions qui eurent le malheur de se trouver entre lui et sa proie mais c'était peine perdue. Il lui avait échappé.
Lorsqu'il n'eut plus de balles, il récupéra une lame rebelle et taillada les membres, les visages, les corps qui passaient à sa portée... Il perdit finalement son couteau en poignardant un ennemi, mais continua avec ses poings. Il frappait mécaniquement, presque chirurgicalement pour se venger de la perte de son ennemi. L'absence d'adversaire à combattre le laissa désemparé et couvert de sang à la tombée de la nuit. Tous les assaillants étaient morts ou en fuite.
Porté par l'euphorie de la bataille il ne s'était pas rendu compte qu'il avait parcouru une grande distance et qu'il se trouvait maintenant dans les rues menant au centre-ville.
Il releva la tête et parcouru le champ de ruine en face de lui. Au loin une jeune fille blonde lui faisait face. Malgré la distance entre eux la haine se lisait sur son visage. Elle disparut dans les décombres. La rage remonta en lui.
– Tris…
Éric se réveilla en sursaut. Le réveil indiquait 3 heures du matin. Sa blessure dans le dos le faisait souffrir. Avec une délicatesse qu'il ne se connaissait pas il décala doucement Aliénor pour ne pas la réveiller et sortit du lit. Un verre d'eau, un antalgique, et la douleur ne serait plus qu'un souvenir. Son verre à la main, il contempla la jeune fille qui occupait son lit. Les bras écartés elle prenait quasiment toute la place. En temps normal, il aurait réveillé sa compagne d'une soirée et l'aurait jetée à la porte pour finir sa nuit tranquille. Mais pas elle. Cette casse-pied d'un niveau olympique arrivait à le toucher comme nulle autre avant elle. En sa présence il recommençait à avoir peur. Peur de perdre un être cher s'il s'attachait trop, peur de s'écarter du chemin qu'il s'était tracé, peur de changer.
Il retourna se coucher, se mit sur le côté pour soulager son dos douloureux et glissa un bras sous la tête d'Aliénor. Du bout des doigts, il joua avec les cheveux bruns de la jeune fille. Les images de la bataille lui revenaient en tête.
Aliénor le frappa involontairement en bougeant, mettant fin à sa rêverie macabre.
Elle respirait paisiblement.
Il huma le parfum de sa peau. Il y avait plus que de l'attirance physique entre eux, lui l'éternel tombeur de filles, était en train de tomber amoureux. Sa fierté en prenait un coup. Elle n'était pas la plus jolie, pas la plus forte et n'avait même pas les qualités d'un leader. Mais elle s'était accrochée, quitte à être agaçante et ne s'était jamais laissé faire. De plus la façon qu'elle avait de rougir à chaque fois qu'il la regardait le faisait sourire. Contrairement aux autres filles elle ne faisait pas semblant de ne pas être impressionnée devant lui.
Pour une fois il ne regretta pas d'avoir bu plus que de raison. Sans ça, il ne serait jamais allé la trouver et elle aurait dû se battre. Il refusait de l'imaginer la peau blanchie par la mort, baignant dans son sang mélangé à celui de l'ennemi. Il ne voulait pas revivre une deuxième fois la perte de celle qu'il aimait.
Une pulsation douloureuse de sa blessure lui rappela l'enfer de la veille. Il rejoua le scénario de la bataille. Une chose lui échappait. Si seulement les rebelles avaient formé un groupe uni, ils auraient pu gagner en comptant sur l'effet de surprise. Pour un observateur lambda cette attaque pouvait paraître structurée. Mais son œil de guerrier averti avait décelé une faille derrière leur apparente organisation. Les rebelles formaient bel et bien deux groupes. Intuition confirmée par un rapport de fin de journée. Des petits commandos avaient pillé quelques magasins et entrepôts. Ils manquaient donc de nourriture, de médicaments et d'armes.
Cette bataille aurait donc servi à cacher leurs vols ? Cela ne tenait pas debout, c'était un trop grand sacrifice de vies humaines. D'autant plus que l'affrontement avait dégénéré. Des individus sous armés et incompétents s'étaient joint aux combattants et avaient payé le prix fort.
Oui, quelque chose lui échappait. Il inspira profondément et souffla doucement. Il devait dormir.
– Tais-toi, lui intima la voix endormie d'Aliénor.
– Je n'ai rien dit !
– Hmmm, c'est tout comme, tu réfléchis tellement que je t'entends presque. Dors.
– Tu prends toute la place.
Elle se redressa et regarda le lit.
– Ah oui.
Elle retomba sur les coussins sans modifier sa position pour autant.
– M'en fous. Tu n'avais qu'à choisir une chambre avec un lit king-size.
– Mon lit me convient très bien merci. Tu t'adaptes ou tu t'en vas… et tu dois aussi s'adapter à son propriétaire…
Avec un sourire rusé il se plaça au-dessus d'elle et commença à l'embrasser dans le cou.
– Attend… On est dans ta chambre là ?!
Surpris, Éric arrêta ses caresses.
– Mais… Où croyais-tu être ?!
– Bin… Je croyais que tu avais choisi une chambre au hasard, moi ! On est vraiment chez toi ?
– Il faut bien que je vive quelque part idiote, et je n'entre pas chez les gens comme ça pour accrocher un prisonnier au radiateur ! Réfléchis !
– Je sais pas, j'ai toujours cru que tu vivais dans ton bureau, il y a un lit après tout !
– Oui, pour les fois où je travaille tard ! Je ne suis pas un sauvage, j'ai également besoin d'un chez-moi ! J'apprécie vraiment la façon dont tu me vois, merci !
Il claqua un baiser faussement énervé sur les lèvres de la jeune fille et recommença à descendre dans son cou en l'embrassant.
– Mais alors… C'est toi qui a décoré cet appart' ? Parce que c'est vraiment trop beau ! Et pour un audacieux les couleurs ne sont pas représentatives ! Entre nous, le tapis… il est en vraie fourrure ?
Éric se laissa retomber sur Aliénor.
– Peux-tu au moins faire semblant d'être concernée par mon charme ?! Je suis en train de t'embrasser et tu parles chiffons !
– Ton charme ?! Tu te surestimes mon cher !
– Vraiment… ?!
Il approcha ses lèvres de celles de la jeune fille mais ne l'embrassa pas. Il chuchota :
« Non ce n'est pas de la vraie fourrure, j'ai autre chose à foutre que de tuer des ours pour me faire une descente de lit… mais cette fourrure synthétique est presque aussi douce que de la vraie…» il caressa les cheveux de la jeune fille.
« Et ses rideaux, en soie… sont d'une douceur incomparable… » Sa main s'égara sur le ventre d'Aliénor et remonta vers sa poitrine en une caresse sensuelle.
« Et les coussins… sont fermes et rebondis… » Ce faisant, il attrapa brusquement les fesses de la jeune fille, ce qui rapprocha un peu plus leurs corps. Ses lèvres se posèrent sur la joue rose d'excitation d'Aliénor.
« J'aime y déguster un bon whisky à la saveur… sucrée et enivrante… »
Haletante, elle attendait le baiser final. Mais rien. Elle ouvrit un œil puis l'autre. Éric souriait de toutes ses dents comme un gamin ravi de sa blague.
– Alors ? Tu trouves toujours que je surestime mon charme ?!
– Sale… Sale traître ! Je te hais !
Elle agrippa un coussin et le lança contre son visage hilare.
– Tu t'enfonces toute seule à chaque fois ma belle !
Elle se retourna bras croisés en boudant.
Toujours en souriant, il s'allongea derrière elle et l'entoura de ses bras puissants, puis ramena la couverture sur eux. Il déposa un baiser léger sur sa nuque et s'endormit.
…
Les jours suivants furent consacrés au nettoyage, à l'inventaire et à l'évaluation des pertes. Pour ma part, j'aidais à l'infirmerie. Seuls les blessés légers ou ceux en voie de guérison étaient présents. Les autres étaient à l'hôpital.
Cette tâche me permettais de réfléchir à ma relation. Je ne savais pas trop comment la qualifier. Mon instinct me disait qu'un cap avait été franchi et je savais qu'Éric s'en était rendu compte également. Je l'avais vu repousser les avances d'une stupide bimbo brune, ce qu'il n'aurait jamais fait avant.
Criais-je victoire trop tôt ? Je ne savais pas quoi penser.
Je repensai aussi aux rebelles. Ces derniers étaient vraiment dangereux et prêts à tout. Pire, ils n'avaient rien à perdre. Cela démultipliait leur dangerosité.
Ce futur incertain ne m'enchantait pas.
Mouais… Une autre journée chez les audacieux… La routine habituelle quoi…
…
Éric était partagé. D'un côté il était troublé par ce qu'il éprouvait pour Aliénor, de l'autre il était en quelque sorte soulagé d'avoir quelqu'un sur qui compter. Il mourrait d'envie de se dévoiler à elle mais son ego meurtri et emprisonné dans une carapace d'acier l'en empêchait. De plus cela le rendait faible et l'empêchait de réfléchir correctement. Cette relation ne devait pas être rendue publique.
Il était en route pour voir Aliénor. Un haut responsable sincère avait eu une idée que Jeanine s'était empressée d'approuver.
« Cela nous arrange… Au mieux elle réussit sa mission, au pire elle se fait tuer… Dans les deux cas c'est bénéfique pour nous, n'est-ce-pas Éric ? Voilà quelque chose qui devrait te ravir ».
Evidemment en façade et fidèle à lui-même il avait acquiescé. Mais pour la première fois de sa vie, la foi inébranlable qu'il avait envers Jeanine avait flanché. Il mourrait d'envie de claquer du poing sur la table et de refuser.
Ce qu'il ne pouvait décemment pas faire.
Il trouva Aliénor agenouillée devant un jeune audacieux. Elle avait fait un bandage à l'ours en peluche que le petit garçon tenait dans ses bras.
« Tu vois ? Il est guéri ! Il a été très courageux. A toi maintenant. Je suis sûre que tu es aussi fort ! »
Éric leva les yeux au ciel. Jamais il n'aurait eu la patience de faire cela. Il était plutôt du genre direct. Marche ou crève. La douleur n'est qu'une information après tout, il suffit de passer outre.
Il attendit qu'elle finisse pour la rejoindre. Le petit garçon, tout sourire la remercia et s'en alla avec sa mère.
Aliénor se tourna vers Éric un peu surprise.
– Ça va ?
– Moi oui. Toi en revanche… Les leaders t'assignent une nouvelle mission.
La jeune fille fronça les sourcils.
– Tu es envoyé en infiltration chez les sans-factions.
