Effectivement, en me relisant j'ai vu qu'il y avait un pbm de pov dans le chapitre précédent, je ne sais pas ce que j'ai trafiqué :) je corrigerai ça vite ! Merci pour les reviews !

En attendant voici la suite !


Chapitre 17 Champagne et petits fours

– Moi ?! En infiltration ?

– Oui.

– Ha ha ha ! La bonne blague !

Devant l'air sérieux d'Éric je perdis peu à peu mon sourire.

– Tu es sérieux ?

– J'ai l'air de rire ?

– Mais… Je suis incapable de mentir ! Je vais cramer ma couverture en un rien de temps ! Sans compter que tu m'as assez répété que je ne pouvais pas me débrouiller seule…

– Ecoute, ça ne me fait pas plaisir non plus mais jusqu'ici tu t'en es bien tirée non ?

– Tu parles, Jeanine m'a grillée tout de suite…

– C'est surtout moi qui… Bref, ils n'ont ni l'esprit retors de Jeanine, ni nos moyens, de plus tu n'y resteras pas longtemps, on a juste besoin d'un état des lieux pour commencer.

– Attends, attends… tu as déjà intégré l'idée ? Parce que moi je refuse d'y aller ! C'est mort ! En plus je ne vois pas comment vous allez justifier mon infiltration.

– Tu n'as pas le choix, Jeanine a laissé entendre que si tu refusais elle me donnerait l'ordre de t'éliminer. Ce que bien évidemment je ne compte pas faire.

– Trop aimable !

– Aliénor, tout le monde participe de près ou de loin au démantèlement du réseau des sans factions, il n'y a pas de raison de te mettre à l'écart, tu as été formée et tu ne connais aucun de nos secrets, objectivement tu es la candidate idéale pour cette mission ! Il faut frapper maintenant, ils prennent trop d'importance. Les laisser vivre et s'agrandir fut notre plus grande erreur.

– Ce n'est pas à moi d'en payer le prix !

Il commençait à s'impatienter, son visage changeait pour afficher cet air impitoyable si caractéristique. Comment pouvait-il accepter de me laisser courir ce risque ?!

– Tu n'as pas le choix, nous avons fait courir le bruit dans les bas fond qu'une divergente allait être exécutée ; les connaissant, ils viendront te sauver, ce qui te donne une voie royale pour entrer chez eux.

J'étais sidérée. Je levai les mains en signe de soumission.

– Tu… Ok, j'abandonne.

– Al, tu peux le faire, il suffit juste d'observer. Leurs forces, les blessés, s'ils manquent de nourriture, les principales planques…

– Bien sûr, tu veux pas cent balles et un mars aussi ?

Il s'énerva franchement.

– Quel mot ne comprends tu pas dans « mission imposée » ? Je vais être clair, tu n'as pas le choix pour cette mission, donc fait toi à l'idée.

L'arrivée d'un infirmier dans la pièce mis fin à notre dispute. Éric s'en retourna sans autre explication, me laissant les bras ballant devant son manque de compréhension.

L'après-midi fut d'une lenteur sans fin. Heureusement l'arrivée de Will mit de l'animation dans nos rangs. Tout le monde l'appréciait ici, sa bonne humeur était contagieuse et il prenait toujours le temps d'aider les novices lorsque l'un d'eux était en difficulté.

Il m'avait désigné comme son binôme pour le reste de la journée. J'aimais beaucoup aider à l'infirmerie. Will m'apprit que je pouvais suivre une formation en plus pour me spécialiser ; c'était dans les attributions des audacieux. Selon lui nous étions trop peu nombreux car lors de batailles ou pour certaines zones à risques, les médecins fraternels ne se risquaient pas à découvert, ce qui faisait perdre du temps aux blessés. Will voulait soumettre au conseil son idée de force d'intervention d'audacieux formés aux premiers soins. Il avait déjà des volontaires. Je trouvais l'idée excellente et promis de le soutenir.

Une jeune femme métisse arriva dans la pièce. Je sentis que Will était un peu contrarié. Mais cette impression fut fugace et il retrouva vite le sourire.

Il agita la main dans la direction de la jeune femme.

– Chris !

Elle se dirigea vers nous et tendit son avant-bras. Une entaille assez profonde et mal bandée saignait abondamment.

– Je me suis coupée en déplaçant des gravats.

Vu l'aspect de son avant-bras j'aurais plutôt utilisé le mot « lacéré » mais la blessure ne semblait lui faire ni chaud ni froid.

Will s'en occupa avec douceur et précision.

– Chris je te présente Aliénor, Al voici ma copine Christina.

Elle me gratifia d'un signe de tête.

– Désolée pour ta faction. Toujours pas de mémoire ?

Un instant je me demandai de quoi elle parlait. Crétine ! Elle ne sait pas elle ! J'avais oublié que seules quelques personnes étaient au courant de ma véritable identité.

– Oh ça… Non… C'est gentil d'y penser merci.

Elle me sourit faiblement.

– Je t'en prie… C'est difficile de perdre les gens qui comptent.

Son regard croisa celui de Will. L'ambiance entre eux était glaciale, je commençai à me sentir gênée.

Une fois le bandage et les injections antitétaniques effectués, Christina se releva.

– Al, suis moi, on nous attend.

– « On » ? Qui ça « on ».

– Tu verras. Mission de classe 5.

Le cinquième niveau signifiait que la mission était top-secret ; c'était le plus haut degré de classification. Mon cœur s'emballa. Un peu abasourdie, je la suivis néanmoins. Une fois seules dans le couloir, elle se retourna avec l'air de celle qui a oublié quelque chose de peu important.

– En fait c'est plutôt une mission de classe 6.

– Hein ? Mais la classe 6 n'existe pas !

– Précisément. Cette mission n'existe pas et personne n'est au courant. En gros si tu merdes, tu meurs et tout le monde s'en fout.

Super. Éric je vais t'assassiner. Lui qui m'avait assuré que cette mission ne serait qu'une simple formalité…

A mon grand étonnement, Christina me conduisit devant mon appartement.

– Change-toi, sois présentable. C'est un diner où tu vas rencontrer les leaders.

« Sois présentable ? » Je ne savais pas trop comment m'habiller. J'enfilai un chino noir, une blouse noir-corbeau un peu transparente et un blazer noir à l'encolure en cuir. Finalement, je fis un revers au pantalon pour faire moins strict. Je relevai mes cheveux en un chignon flou ce qui eut pour effet de me grandir et d'allonger ma silhouette.

Une paire d'escarpins simple compléta l'ensemble.

Je me contemplai dans une glace. Malgré mes efforts pour être simple, la tenue ne manquait pas de classe et j'avais peur d'en avoir trop fait. J'étais vraiment agréablement surprise du reflet que me renvoyait la psyché.

– Splendide ! Si avec ça les rebelles ne se rendent pas…

Je sursautai.

Un jeune homme était nonchalamment appuyé au mur derrière moi. Mal habillé, Blond, le visage taillé à la serpe mangé par une barbe de 3 jours, il avait une mèche de cheveux qui retombait devant ses yeux et un charme fou. Il attrapa mes doigts et me fit un baisemain.

– Finn, ravi de te rencontrer ! Je suis ton contact chez les rebelles. Je dois t'avouer que je suis ravi, cela fait 11 mois que je suis en infiltration et je commençai à désespérer, enfin on m'envoie une belle partenaire !

Il leva les bras au ciel dans un geste de prière.

Oh mon Dieu, pour couronner le tout il est musclé !

Il caressa ma joue.

– Joli minois mais pas très loquace…

Je sortis de ma stupeur.

– Euh… Si, je suis Aliénor…

– Je sais, détends toi ma belle, je serais là pour ta sécurité, rien ne va t'arriver !

Sans me demander mon avis, il me prit dans ses bras et me tapota le dos.

– Je serais ton contact, ton confident et ton garde du corps sexy ! Voire plus si affinité !

Il était tellement sûr de lui que s'en était stupéfiant. Il plongea son regard dans le mien.

Bien évidemment, Éric choisit ce moment pour entrer.

Je pensais connaitre toutes ses expressions, mais le voir d'un calme glacial alors qu'il avait l'habitude d'exploser à la moindre contrariété était terrifiant.

J'étais tellement gênée d'avoir été prise en flagrant délit que la photo de mon visage en cet instant aurait été parfaite pour illustrer le terme « cramoisi ». Je repoussai d'un coup sec mon prétendant et m'écartai de lui en baissant la tête.

Éric nous toisa d'un air dédaigneux.

– Désolé de gâcher votre grand moment mais quand vous aurez fini, on pourra peut-être y aller ?

Il serait tellement les poings que je pouvais presque entendre ses jointures craquer.

Finn quant à lui arborait un grand sourire. Au détour du chemin il me glissa à l'oreille.

« J'ai entendu dire qu'il avait pris un malin plaisir à te martyriser, mais il n'a pas son mot à dire sur tes relations… Ne t'inquiète pas à partir de maintenant on forme une équipe, tu n'as plus à lui répondre de tes actes… »

Il me fit un clin d'œil et envoya un baiser en l'air. Je lui répondis en détournant la tête.

Peut-être Finn mais…C'est un petit peu plus compliqué que ça vois-tu…

Tout cela me contrariait au plus haut point ; pour commencer j'étais en froid avec Éric, les leaders étaient en train de m'envoyer à la mort et un magnifique inconnu se proposait pour être mon garde du corps. Paradoxalement ce dernier point ne m'enchantait pas vraiment. La situation était déjà bien assez compliquée comme ça !

Après un nombre incalculable de portes sécurisés, on nous introduisit dans une grande pièce tapissée de tentures, de dorures et de velours. C'était un peu la représentation que je me faisais d'un bureau présidentiel.

Une grande table recouverte de mets raffinés et de champagne nous attendait.

C'est le dernier repas du condamné ou quoi ?

Finn siffla.

Fiou ! Vous avez mis les petits plats dans les grands les gars !

Cette formulation n'était manifestement pas au goût des quelques sincères présents qui pincèrent les narines. Je m'adressai à Finn :

– Tu m'expliques ? Pour vous c'est normal de faire un banquet quand vous envoyez quelqu'un en mission ? Ça doit vous coûter cher en champagne !

De nouveau il me caressa la joue. Je cru qu'Éric allait s'étouffer de rage.

– Non, on ne fait ça que pour les jolies filles !

Puis il s'en alla vers un groupe armé à qui il sera chaleureusement la main.

J'avais envie de parler à Éric mais Jeanine arriva et me l'enleva sans un regard pour moi.

Finn me présenta à ses supérieurs, une division spéciale des audacieux qui n'existait pas officiellement. Tous paraissaient décontractés mais ils avaient l'assurance des hommes surentraînés.

Il passa un bras autour de ma taille et m'entraîna dans une pièce adjacente. Max, le leader des audacieux était là avec d'autres agents. Toute la mission me fut expliquée, on me parla des protocoles et des stratégies pendant une bonne heure. Tout commencerait demain matin tôt. Finn ajouta en riant que je ferais mieux de boire car la gueule de bois me donnerait un air faible plus crédible pour commencer la mission.

Max se leva.

– Tout a été dit je crois. Mesdames, Messieurs, rompez. Et profitez de cette soirée !

Le champagne associé à la chaleur de la pièce confinée remplie de personnes dont la moitié n'était même pas censée exister me donnait le vertige. Je posai ma veste dans un coin et descendit un grand verre d'eau. La débauche de petits fours et mignardises me donnait la nausée. Pour me changer les idées je me concentrai sur ce que j'avais appris en formation. Compter le nombre de personnes, évaluer l'armement, évaluer les risques, trouver les sorties potentielles…

Avisant une porte fenêtre donnant sur un balcon, je sortis prendre l'air. Une brise fraîche glissa sur mon visage ce qui me fit le plus grand bien.

Je baillais. La fatigue combinée au stress me donnait envie de me plonger dans mon lit moelleux pour ne jamais en ressortir.

– Fatiguée ma belle ?! Tu devrais aller te coucher parce que chez les sans-factions ce n'est pas demain la veille que tu profiteras d'un lit correct…

C'était Finn. Il se rapprocha de moi et me coinça contre la rambarde.

– Si tu veux il me reste une place dans le mien… On pourrait se tenir chaud…

Un frisson parcouru mes épaules. Je sentis une veste chaude recouvrir mes bras nus, l'odeur qui s'en dégageait ne laissait aucun doute sur l'identité de son propriétaire.

Éric m'entoura de son bras et me bascula légèrement en arrière. Il m'embrassa à pleine bouche puis se tourna vers Finn. Les deux mâles se défièrent du regard. Éric brisa le silence en premier.

– Dégage.

Finn afficha un sourire charmant et provoquant à souhait.

– D'accord… Je comprends mieux… Profite en bien Éric, parce qu'à partir de demain c'est avec moi qu'elle passera ses journées, et qui sait… peut être ses nuits…

Le poing d'Éric partit en un éclair jetant Finn à bas. Il se releva en passant sa langue sur ses lèvres tuméfiées.

– Sacrée droite… Tu n'usurpes pas ta réputation… Tsss, tu es en plein syndrome de Lima* mon brave, toi le chien fidèle du gouvernement ! Honnêtement c'est assez comique !

Éric n'écouta pas la provocation et me poussa vers l'intérieur.

– On y va.

Il se retourna une dernière fois et l'avertit :

– Tu ne t'approche plus d'elle connard, ou ton équipe sera dans l'obligation de trouver un autre contact.

Finn nous regarda partir et cria :

« Génial ! J'adore les challenges ! »

Ce mec était soit très sûr de lui, soit carrément suicidaire, mais en tout cas il avait l'air redoutable et décidé à défier Éric. Résultat, j'étais coincée entre deux hommes qui jouaient à « qui a la plus grande » ce qui m'agaçait fortement. J'avais autre chose à penser que de me soucier des problèmes d'ego de deux hommes en mal de virilité.

Je filai à l'anglaise, Éric sur mes talons. J'avançai assez vite pour éviter de le regarder.

– Ne t'approche plus de lui. Sérieusement.

La colère commençait à monter en moi. Je lui fis face le doigt en l'air comme lorsqu'une mère sermonne son enfant. J'avais l'air parfaitement ridicule mais sur le moment je m'en fichai pas mal.

– Comme tu l'as si bien dit, je n'ai pas le choix, c'est mon contact sur cette mission imposée. De plus je ne t'appartiens pas, je fais ce que je veux, tu n'as pas à me dire quoi faire. Alors range ta fierté et modère toi !

Je n'eus pas le temps de comprendre la suite. Il m'accula contre un mur, les bras tendus de chaque côté de mes épaules. Son poing défonça la couche de plâtre qui recouvrait le mur et il plongea son regard acéré mais néanmoins suppliant dans le mien.

– Je ne peux pas Al.


* Minute culturelle du jour : Le syndrome de Lima est un sentiment ou un état qui fait qu'un preneur d'otage ou un tortionnaire prend en pitié ses otages et bascule de leur côté. G**gle t'expliquera ça mieux que moi je pense ! L'inverse (plus connu) est le syndrome de Stockholm.

Woilà ! La suite ! Et comme c'est noël, aujourd'hui c'est deux chapitres pour le prix d'un ! Cependant attention, le prochain chapitre est dédié aux ébats de notre cher petit couple, donc si certain(e)s ne se sentent pas à l'aise avec ce genre de scène (rated M), la lecture est facultative. Il n'y aura pas de grandes révélations et un petit rappel soft sera fait dans le prochain chapitre.