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Chapitre 19 45 Secondes d'avance

Je me réveillai un peu avant l'aube. Le temps dehors était maussade. Un brouillard lourd et épais montait du sol détrempé. Le genre de temps qui donne envie de rester en jogging devant une cheminée ronflante de chaleur.

Mes mouvements avaient dû réveiller mon compagnon de plaisir, car Éric se retourna. Les yeux gonflés de sommeil, il se battit maladroitement avec les draps pour pouvoir s'asseoir au bord du lit. Le dos voûté, il passa sa main dans ses cheveux frisottés puis me regarda.

Je le fixai également, une fois de plus hypnotisée par ses muscles parfaits recouverts de lignes et de formes géométriques noires. Ces tatouages me rendent vraiment folle.

– Quoi…? me dit-il d'une voix rauque.

– C'est dégueulasse. Ça fait je ne sais combien de temps que je m'entraîne, j'ai eu des courbatures qui m'ont fait découvrir des muscles dont je ne soupçonnais même pas l'existence, mais mes bras restent d'une épaisseur affligeante. Alors que toi…

Je passai mes doigts sur ses pectoraux parfaits avec un soupir contrit.

Il leva la tête pour me regarder et enserra le bas de ma taille dans ses bras.

– Crois-moi ces petits seins que j'aperçois ici sont bien plus sexy que des pectoraux gonflés… Et les poignées d'amour c'est bien plus pratique qu'un ventre plat…

– J'espère bien que mes seins sont plus sexy qu'un torse de mec ! J'aurais de quoi me poser des questions sinon !

Il déposa un baiser sur mon nombril.

– Je vais m'habiller ma belle.

Les seuls vêtements que j'avais étaient ceux de la veille et encore vu leur dispersion je n'étais pas sûre de tous les retrouver…

Merde. Mais j'ai rien à mettre moi !

– Euh… Éric je dois retourner dans ma chambre, je n'ai que les habits de la soirée d'hier.

Je me remémorai la soirée d'hier. Notre dispute, ma mise au point, l'aveu d'Éric à propos de ses sentiments pour moi et… notre nuit d'amour.

A la chaleur de mes joues, je pouvais deviner qu'elles étaient rouge vif.

Éric sortit de la salle de bain tout en enfilant un marcel noir.

– Non bébé, je vais te donner de quoi t'habiller, tu pars aujourd'hui tu te souviens ? Tu dois être convaincante.

Ce terme me prit de court. Je n'étais déjà pas fan de ce genre de surnoms alors dans la bouche d'Éric c'était bizarre à entendre. Devant son air nonchalant et rêveur, je compris avec une pointe de jalousie qu'il devait souvent appeler ses conquêtes par des surnoms affectueux.

Inconscient du trouble qu'il venait de provoquer en moi, il me tendit une sorte de combinaison verte flashy avec un numéro dessus.

– L'uniforme standard des détenus, précisa-t-il.

Je l'enfilai et l'assortit d'une paire de basket à élastique du même ton.

– Ignoble. Votre but est de détruire psychologiquement vos prisonniers avec une telle couleur ?

Il pouffa.

– Tu restes sexy même la dedans, ça me donne envie d'abuser de toi…

Je levai les yeux au ciel.

– Tu ne penses vraiment qu'à ça, dis-je en le repoussant.

– Que veux-tu je suis un éternel insatisfait…

– Moui et bien tu vas le rester, un prisonnier n'est pas censé arriver en transe avec un sourire béat le jour de son exécution !

Je posai un doigt impérieux sur ses lèvres et donnai une pichenette sur son nez.

Sa moue boudeuse était semblable à celle d'un enfant dont les parents refusent de satisfaire le caprice. Je secouai la tête.

– Tsss, mais comment veux-tu que je fasse avec une tête pareille aussi… Tu es trop mignon !

Je déposai un baiser mouillé sur ses lèvres et il me prit dans ses bras.

– Je ne suis pas mignon Al, je suis un leader charismatique et dangereux.

– C'est ça. Un pervers sadique au cœur de pierre tu veux dire… On va devoir y aller je crois.

Je me dirigeai vers la porte mais soudain avec un regain de confiance qui m'étonna moi-même, je fis demi-tour et me collai contre son torse. J'attrapai fermement son entrejambe et portant ma bouche au niveau de son oreille, je lui susurrai d'une voix qui se voulait suave :

« Garde ça au chaud pour moi, pour le jour où je rentrerai de cette stupide mission… »

Et le laissant bouche bée devant mon audace je partis vers le point de rendez-vous.

Une maquilleuse me fit un teint pâle et tiré et la coiffeuse… me décoiffa.

Un tacticien me briefa pour m'expliquer la marche à suivre et le déroulement des opérations. Il me donna le plan à mémoriser puis un infirmier s'approcha.

– Tous les prisonniers sont pucés pour faciliter leur capture au cas où ils s'évaderaient. Il va falloir faire croire que tu l'as arrachée, malheureusement je n'ai pas le temps de t'anesthésier, désolé.

Je hochai la tête, appréhendant la douleur. Il se plaça derrière moi et fit une rapide incision dans ma nuque.

La douleur m'arracha un cri.

– Désolé, dit-il avec un air pas désolé du tout, n'oublie pas de demander aux rebelles de désinfecter et recoudre cette plaie. Je l'ai volontairement faite de façon imprécise, tu auras une cicatrice, mais au moins ils croiront que c'est toi qu'il l'a enlevée.

Il prit une grosse seringue et m'injecta autre chose dans le poignet.

« Une autre puce qui nous permettra de savoir où tu te trouves et nous transmettra également tes constantes vitales ».

Je sentais le sang couler et la douleur me cisaillait le cou.

Mission de merde… La colère monta en moi. Tout dans ce plan était idiot et bancal et j'en voulais de nouveau à Éric d'avoir accepté de me vendre ainsi aux sans-factions.

Pourtant dès qu'il arriva, son visage prit un air concerné et inquiet pour moi. Furtivement bien sûr, car son habituel masque de froideur réapparut bien assez tôt, mais cela suffit à tempérer mes ardeurs.

On m'apporta un plan. Un officier pris la parole.

– Seuls le gens dans cette pièce savent ce qu'il se passe. Tous les autre croiront que tu es une divergente pourchassée. Une course poursuite est prévue, à l'issue de laquelle Finn doit venir te récupérer. Une fois la mission commencée, aucun contact ne sera possible, surtout pas avec tes amis, alors interdiction d'essayer de leur faire passer des messages c'est bien compris ? De toute façon ils te renieront sûrement une fois qu'ils sauront pour ta prétendue divergence.

Devant mon air blessé, il crut bon d'ajouter avec une mimique agacée :

« Désolé».

Un autre continua.

– Ce n'est seulement une fois la mission terminée qu'on détrompera tout le monde. Si tout se passe bien… Il te faudra donc attendre l'assaut final contre les sans-factions.

Si tout se passe bien ?

Donc en gros si j'échoue je reste coincée avec les rebelles ? Merci mais je n'ai pas vraiment envie de passer des années pourchassée comme une paria !

– Ça n'arrivera pas, les rebelles sont acculés et ce n'est qu'une question de temps avant qu'on ne les arrête. On a juste besoin de tes renseignements.

– Soit, admettons. Mais si jamais ils me mettent une arme dans les mains avec l'ordre de tirer sur des audacieux ou pire des innocents je fais quoi moi ?!

– Si tu te comportes comme tu le faisais ici, c'est-à-dire en parfaite idiote incapable, il n'y a pas de risques qu'ils t'enrôlent dans les rangs des soldats…

Cette remarque acerbe ne pouvait évidemment venir que d'Éric. Tandis que les audacieux riaient à gorge déployée, il m'adressa un petit clin d'œil.

J'avais tout de même envie de me venger. Avec un air innocent je demandai des précisions.

– Très drôle. A part ça j'ai carte blanche ? Enfin je veux dire que je peux tuer des rebelles ou me servir d'éventuelles relations amoureuses pour atteindre mes objectifs ?

L'officier sourit d'un air pervers.

– Couche avec le chef des rebelles si ça te chante, après tout il n'y a pas de raison de ne pas en profiter… Mais ne t'attache pas à…

Une violente quinte de toux coupa sa phrase. Éric était en train de s'étouffer de rage.

Et Bim dans ta face !

L'homme fusilla Éric du regard et reprit.

– Bref, ne t'attache pas à eux, sentimentalement parlant. Quant à tuer, seulement si tu n'as pas le choix, je préférerai que tu t'adresses à Finn, il est discret et sait couvrir ses traces.

Éric me fit une petite mimique discrète signifiant clairement « tu te fout de moi ?!» à laquelle je répondis par mon plus beau sourire.

La petite troupe d'audacieux s'équipa. L'un d'eux fit circuler les gilets pare-balles.

– Bien. Si tout le monde est prêt, on rejoint le couloir de sortie.

Nous nous dirigeâmes donc vers la porte en silence. Un rai de lumière orangée filtrait par-dessous. L'aube venait de se lever.

Éric me prit le bras et me donna les derniers détails avec sa morgue habituelle.

– Tu auras 45 secondes d'avance sur nous, alors ne foire pas ta course on ne doit pas te rattraper avant le cul-de-sac. Autre chose, claque la porte en sortant cela fera plus vrai.

Discrètement il me caressa le poignet en me relâchant.

« Prête ? » me souffla-t-il.

« On est partit » répondis-je avec un hochement de tête pas très convaincu.

Je reculai de trois pas, fixai la porte et couru vers elle.

D'un coup d'épaule, la porte s'ouvrit en claquant et je m'engouffrai dans un hangar désaffecté. Je sprintai aussi vite que mes poumons et mes jambes me le permettaient.

L'adrénaline fit monter en moi un rire nerveux qui me déconcentra ; ratant un virage je cognai mon épaule contre un coin de mur. J'entendis des bruits de course derrière moi. Des cris et des appels aussi. Une dernière porte et je me retrouvais dans une ruelle.

– Arrêtez-la !

Quelqu'un se trouvait devant moi. Un audacieux.

L'angoisse me tordit la gorge.

Merde ! Il va tout faire foirer ! Tant pis je le dégage !

Au moment où il tourna sa tête vers moi je reconnu Will. Seule la vitesse qui m'entraînait m'empêcha de m'arrêter. Paniquée je profitai de l'angle mort généré par son œil invalide pour le frapper à pleine puissance.

J'hurlai un « désolée ! » sans me retourner et continuai ma course. Me souvenant du plan je tournai de justesse à ma gauche pour me retrouver face à un mur de brique. Les audacieux m'avaient finalement rattrapée et bloquaient toute retraite.

Éric s'avança les bras écartés, un sourire victorieux sur le visage. Toute la situation était plus que convaincante et je commençai à avoir peur.

– Frapper un aveugle ? Cria-t-il, Tsss… Même moi je trouve que c'est petit sale traîtresse !

Je reculai devant lui et trébuchai. Recroquevillée par terre, je ne savais pas quoi faire. Je n'avais vraiment pas besoin de simuler car la peur me tordait les entrailles.

– On dirait que… Tu as perdu ! Tu vas disparaître et personne ne s'en souciera…

Avec un sourire cruel il pointa le canon de son arme sur moi. Seul une petite étincelle au fond de ses yeux me soutenait que c'était bien l'homme que j'aimais en face de moi. Elle me confirmait qu'il jouait un rôle, et même s'il était terriblement convaincant, je connaissais la vérité. D'une voix sarcastique il me demanda :

« Une dernière volonté salope? »

Je frissonnai sous cette terrible – mais fausse – insulte. C'est alors qu'une salve venant d'un étage plus haut cueillit Éric en pleine poitrine. Un hurlement de douleur et de terreur m'échappa ; j'essayai de me ruer sur lui pour voir l'étendue de ses blessures mais un bras me saisit par la taille et m'entraîna à l'abri.

– Si tu tiens à la vie suis moi et fait ce que je te dis !

Les hommes d'Éric le tirèrent derrière de vieilles bennes. J'eu le temps d'apercevoir ses lèvres me murmurer un « bonne chance » silencieux et des coups de feu nous obligèrent à nous replier.

Je regardai mon sauveur. C'était Finn et il jubilait.

– Il était moins une beauté !

S'ensuivit une longue course dans les petites ruelles, puis dans des bâtiments. Hébétée, je perdis complètement la notion de temps et d'espace. Je n'étais certaine que d'une chose, nous étions descendus sous la surface de la terre.