Ne vous inquiétez pas la fic est finie ! Je publie tranquillement mais il n'y aura plus de pause vous aurez le dénouement ;)
Chapitre 27 Le fils perdu
Finn croupissait dans une prison depuis deux jours, et ses dégâts furent rapidement réparés. Avec une journée supplémentaire, les sans-factions réussirent à s'introduire dans le système avec ravissement. Jamais ils n'auraient imaginé avoir une telle chance tout en restant parfaitement à l'abri.
Will enregistra un message à destination des audacieux et Sara un autre à destination de la population. Nous n'aurions droit qu'à un quart d'heure de diffusion avant coupure d'après les ingénieurs. Mais diffusé à midi sur les écrans géants de toute la ville, le message aurait largement le temps de toucher un maximum de personnes. Sans compter que tous les réseaux pirates se chargeraient de démultiplier et relayer l'information.
…
Je rentrai dans ma petite chambre pour réfléchir. Je devais trouver un moyen de parler avec Éric. Il me semblait si proche et pourtant si inaccessible… Une armée de gardes, des barreaux et un fort ressentiment nous séparaient, mais je devais le voir.
Quelqu'un tapa doucement à ma porte.
– Entrez !
Une dame élégante mais émacié entra dans ma chambre. Elle me sourit. Ses yeux gris acier me fixèrent avec gentillesse.
– Bonjour. Je suis Sophia. Nicholas m'a raconté que tu faisais partie de l'escadron qui l'a libéré. Je voulais te remercier…
–Oh… Pas la peine… J'ai fait ce qui m'a semblé juste.
Je lui fis signe de s'asseoir. Je repensai au livre sur ma table de nuit. Peut-être serait-elle contente de le récupérer ? De toute façon il lui appartenait. Je l'attrapai et lui tendit.
– Je crois que ceci vous appartient. Éric a dû le voler à votre fils. Il me l'a transmis mais je pense que la bonne chose à faire serait de vous le rendre.
Elle fronça les sourcils mais à la vue de la couverture ses yeux s'embrumèrent légèrement.
– Mon vieux livre… Ma mère me l'a donné quand j'étais jeune afin de me faire comprendre qu'il fallait combattre pour éviter de se retrouver dans un monde comme celui qui est dépeint dedans… Je l'ai à mon tour transmis à Éric en pensant qu'il comprendrait et suivrait le même chemin que nous mais… Pourquoi dis-tu qu'Éric l'a volé ? Et de quel fils parles-tu ?
Je ne comprenais pas.
– Vous l'avez donné à Éric ? Mais votre mari m'a dit que vous l'aviez transmis à votre fils ?
Elle me regarda avec un drôle d'air.
– Oui. Notre fils. Éric.
Je mis de longues secondes à comprendre.
– Oh. Oh ! Éric est… votre fils ?! Mais…
– Oui. Mais lorsque je lui ai donné ceci, Jeanine avait déjà empoisonné son esprit avec ses discours abjects.
Je compris soudain ma méprise. Éric n'avait pas véritablement tué le fils de Nicholas et Sophia. Il était ce fils, mais Jeanine avait transformé Éric à tel point que son propre père le considérait comme mort.
– J'aurais aimé qu'il comprenne… Et maintenant ma famille est éclatée et je m'apprête à perdre mon fils une deuxième fois… Jamais ils ne le laisseront survivre. Pas après ce qu'il a fait.
Elle baissa les yeux.
Prise d'une profonde émotion je lui saisis la main.
– Je connais Éric. A mon arrivée ici, il m'a traitée comme une moins que rien, mais ensuite je l'ai découvert. ON s'est découverts, corrigeai-je, et j'ai vu ce qu'il était vraiment. Il est juste perdu, mais je vous jure qu'il n'est pas le monstre qu'il laisse paraître. Jeanine ne l'a pas transformé totalement.
Sophia me sourit faiblement et posa sa main sur ma joue. Je plantai mes yeux dans les siens.
– C'est totalement cliché de dire ça mais… Gardez espoir. Tout n'est pas perdu.
…
Liste des priorités :
- tuer cette salope de Jeanine
- éviter un bain de sang
- sauver les sans factions
- rester en vie
- convaincre Éric
- convaincre les chefs des sans-factions de laisser la vie sauve à Éric
- et donc sauver Éric
- rester en vie
- réconcilier tout le monde
- et rester en vie
Charmant programme. Pas irréaliste du tout.
…
Je devais gagner du temps. Reléguer Éric au second plan aux yeux de l'état-major des sans-factions.
La première étape consistait à aller voir Tris. Elle était la seule qui pourrait me permettre d'accéder à Lui.
– Tris. Tu sais que j'étais un agent double. Je sais que c'est beaucoup demander et que ça a peu de chances d'aboutir mais… Éric était en partie à l'origine de mon arrivée chez les sans-factions. J'aimerais le voir. Je pense pouvoir lui soutirer des informations. S'il pense que je suis toujours un agent double il pourrait me révéler des choses. Je pense que ça vaut le coup d'essayer.
Tris était très contrariée par cette demande.
– Aliénor, tu as cessé de communiquer avec les audacieux depuis longtemps. Jamais il ne te croira. Au mieux il te croit morte, au pire il pense que tu as retourné ta veste. Ce que tu as fait.
– Je sais Tris ! Mais peut-être que dans un accès de rage il laissera passer quelque chose… Rien qu'une bribe d'information… Je veux tenter quelque chose. Toi seule peux convaincre les gardes de me laisser accéder à lui.
Tris croisa les bras.
– Je ne vois pas ce que cela apportera à notre cause. Si ça ne tenait qu'à moi, il serait déjà mort. Et puis rien ne dit qu'il sera en état de parler. Il a sûrement été torturé, ce qui est inutile soit dit en passant puisqu'il ne lâchera jamais rien sous la contrainte.
Mon cœur se serra.
– Enfin. Si tu y tiens tant. Essaie. Même si je pense que tu en sortiras frustrée. Je veux bien t'aider à deux conditions.
Elle leva un doigt, puis l'autre.
– Promets-moi de ne pas le laisser t'atteindre avec ses paroles haineuses, et mets lui une putain de droite dans sa mâchoire de ma part.
J'acceptai en cachant mon soulagement et mon excitation.
– Bien. En avant.
…
Tris m'amena aux abords du quartier sécurisé ou était enfermé Éric. Elle parlementa avec le chef des gardes pour me laisser entrer. Celui-ci hésita puis me fit un signe de tête entendu. On me fouilla pour me retirer tout ce qui aurait pu tuer ou aider Éric (on m'enleva même les lacets de mes boots) puis un garde me guida dans un dédale de couloirs puants et humides. L'air était tellement fétide qu'une infection devait se propager en un temps record ici. Pas étonnant que les prisonniers soient retenus en ces lieux.
Enfin il ouvrit une porte en fer et me fit signe d'entrer. Puis il referma derrière moi.
– Tape quand tu as fini. Mais sache que si pour une raison ou une autre il se libère et te prends en otage, nous le laisserons te tuer. Pas question de le laisser marchander. On prend zéro risque.
J'attendis qu'il s'éloigne avant de me retourner.
Une forme se découpait dans un rai de lumière. Éric était là, suspendu par les mains à une chaîne scellée dans le plafond. Ses pieds touchaient à peine le sol de façon à ce qu'il soit obligé de se maintenir sur la pointe des pieds. Cette position était barbare car il ne pouvait pas s'appuyer sur ses pieds pour soulager ses épaules, et le poids de son corps tombant vers le bas le condamnait à une respiration difficile. Si ses orteils n'étaient pas en contact léger avec le sol, il se serait étouffé lentement sous son propre poids.
Je m'approchai en ravalant mon sentiment d'horreur.
Il était dans un état pitoyable, comme si chaque sans faction lui avait donné un coup pour se venger.
Il semblait avoir perdu connaissance. Une larme glissa sur ma joue et je posai ma main sur sa pommette éclatée. Il était glacé.
– Mon Dieu…
Son œil droit s'ouvrit lentement. L'autre resta collé par du sang séché. Ravalant mes larmes, j'humidifiai un mouchoir sorti de ma poche à un tuyau qui fuyait pour essayer de lui nettoyer le visage.
J'approchai doucement mon carré de tissu de son visage et essuyai doucement les traces bordeaux du sang caillé.
Son regard trop fatigué pour être haineux resta rivé sur moi.
– Alors maintenant ils envoient des demi-portions pour me torturer… ? souffla-t-il.
Les blessures de ses lèvres se rouvrirent et un peu de sang perla.
– Chut… Je crois qu'ils t'ont cassé la pommette.
Il me fixait maintenant avec ses deux yeux. Leur éclat contrastait avec la saleté de son corps zébré d'entailles. Une de ses chevilles était sommairement bandée.
– Tu es glacé… Promets-moi de ne rien faire de stupide contre moi s'il te plait.
Un petit rire narquois accueilli ma remarque.
Afin de le réchauffer un peu et pour le soulager de son équilibre précaire, j'entourai son torse blessé de mes bras et me collai à lui. Un gémissement plaintif accueillit mon geste.
– Pardon, tu dois avoir des côtes cassées…
– Sans blagues… 5 pour être précis. Je les ai comptées grâce au craquement qu'elles ont fait quand ils ont entrepris de les casser une par une.
Je frissonnai.
– Je suis désolée… Comment as-tu pu être pris aussi bêtement… ? Je ne comprends pas…
Il resta silencieux.
– Pourquoi étais-tu avec ta mère ce jour-là ? Et pourquoi Jeanine semble t'avoir désavoué… ?
Il vacilla.
Sa voix rauque me répondit doucement.
– Il s'avère que les traîtres que nous recherchions depuis longtemps étaient mes parents. Jeanine l'a appris et me l'a caché… Inutile de préciser que ça ne m'a pas plu. J'ai débarqué chez eux pour avoir des explications et je me suis souvenu des conneries que ma mère me faisait lire quand j'étais plus jeune. Les renseignements ont débarqué à ce moment-là et Jeanine a commencé à se méfier de moi. J'ai été évincé de toutes les décisions importantes. Mes parents ont été séparés et Jeanine a ordonné de les abattre comme des chiens dans leur cellule. J'ai libéré ma mère pour comprendre et… je ne sais pas. Mes grands-parents et mes parents après eux ont contribué à construire ce système, je ne comprenais pas comment ils avaient pu lui tourner le dos. Surtout pour soutenir ces rats de sans-faction…
Il se tu, à bout de force. J'avais collé ma joue contre son torse lacéré et me laissai maintenant bercer par les bruits de son cœur.
Je l'enserrai toujours dans mes bras.
– Il faut que cela cesse Éric. Les sans-factions sont bien plus préparés que ne l'imaginent les audacieux. Tout cela va se finir en bain de sang. Ton système est obsolète et condamné. Nous devons arrêter Jeanine et tu le sais. Son idéal corrompu l'a transformé en folle furieuse. Elle va entraîner tout le monde vers la chute.
– Qu'est-ce que ça peut faire. Je serais bientôt mort et elle va gagner. Je peux te l'assurer. Quelle que soit l'issue de la bataille finale.
Les larmes aux yeux, je déposai un baiser sur son torse.
– Je t'aime. Je t'aime tellement malgré tout ce que tu as fait…
Il leva la tête pour éviter mon regard.
– Ce peuple n'est même pas le tien. Pourquoi fais-tu ça ?
– Parce que jamais personne n'a eu le cran de mettre sa fierté de côté et de tendre la main à l'autre. Un premier pas doit être fait pour avancer vers la paix. Il est temps. Votre système doit évoluer. Alors oui il faudra accueillir des étrangers et changer, c'est difficile et cela fait peur. Mais cela est loin d'être insurmontable.
Pour la première fois son regard se radoucit.
– C'est trop tard. Que vous gagniez ou perdiez la bataille, vous perdrez la guerre. Car Jeanine va tout faire péter si vous gagnez. Elle préférera sacrifier tout le monde que perdre, soit en sûre. La ville entière est bourrée d'explosifs.
