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Chapitre 28 Le Code

J'avais l'impression que quelqu'un m'avait douchée à l'eau froide.

– Quoi ?!

Je me détachai d'Éric avec horreur.

– Elle me l'a avoué dans un accès de rage après la capture de mes parents. C'est là que nos opinions ont commencé à… diverger. Je ne vois pas l'intérêt de gagner si c'est pour récupérer un monde en ruine.

Je me ruai vers la porte mais avant que je ne puisse tambouriner pour qu'on m'ouvre, une escouade entra dans la cellule.

– Temps écoulé sale ordure, tu es officiellement condamné à mort. Je crois qu'on va te pendre. Histoire que tu souffres bien avant de rendre l'âme.

Éric lui cracha au visage. En réponse, le sans-faction lui broya l'estomac d'un coup de poing.

– Je suis bête… Tu n'as plus d'âme depuis longtemps, sale chien.

Éric étant trop faible pour marcher, ils le traînèrent par les aisselles vers son funeste sort. Un garde me barra la route et m'empêcha de les suivre. Je hurlai tandis qu'il s'éloignait soutenu par ses bourreaux.

– Je dois m'occuper de ça Éric, mais je reviendrai pour toi, je te le jure !

J'avais un semblant de plan pour sauver Éric et peut-être même pour éviter un bain de sang. Je demandai à convoquer les chefs. Je réussis l'exploit de réunir une réunion de crise en un temps records.

Une fois dans la salle de réunion je me lançai.

– Nous avons prévu de diffuser nos messages pirates puis de prendre la ville d'assaut. Mais une menace énorme pèse sur la ville. Nous ne pouvons pas gagner. Du moins pas sans éliminer Jeanine. Éric m'a avoué que cette folle a placé…

Un commandant tapa du poing sur la table.

– Éric ?! Comment avez-vous pu accéder à lui ?!

Un brouhaha monta comme une vague déferlante. Puis Quatre rappela tout le monde au calme.

Faisant un énorme raccourci de ma situation je leur avouai une demi-vérité.

– Tris m'a aidé à voir Éric. J'ai pu obtenir des informations en plus parce que j'ai joué le rôle d'agent double en votre faveur, Tris est au courant. Éric me faisait encore assez confiance pour m'avouer une chose. Ou peut-être se vantait-il, mais là n'est pas la question. Jeanine a fait miner toute la ville. Si nous gagnons elle fera tout sauter.

Un murmure d'effroi saisit l'assistance.

– Si nous arrivons à prouver cela, nous pouvons dénoncer Jeanine à la ville. Les factions s'allieront en notre faveur et il n'y aura pas de bataille. Il faudrait la placer sous sérum de contrôle pour la forcer à avouer et arrêter l'autodestruction.

Un silence accueillit mes paroles.

– Ton idée est bonne, mais il reste un problème. Nous ne savons ni où est Jeanine, ni comment passer ses fidèles.

Je pris une grande inspiration.

– Voilà pourquoi il est urgent de reporter l'exécution d'Éric. Lui seul peut nous mener à Jeanine à temps. Nous avons besoin d'Éric… et de Tris.

J'expliquai mon plan. Qui était tellement dingue qu'il fut refusé directement. Mais Tris appela au silence et avec une rage froide, déclara qu'elle était prête à le réaliser. Sa décision était sans appel.

Tris avançait lentement, les mains en l'air. Elle s'arrêta un instant, le pas hésitant.

Un contact froid se fit sentir dans son dos.

– Avance, fit la voix impérieuse et fatiguée d'Éric.

– Si tu fais tout foirer…

– Aucun risque avec la bombe unipersonnelle que vous m'avez enfoncé dans le crâne… Tss… Quand je pense que c'est Allie qui l'a suggéré…

Le silence retomba entre eux.

– J'espère que vos opérateurs ne sont pas trop sur les nerfs… Je ne tiens pas à ce qu'on me fasse sauter la cervelle parce qu'une mouche a volé trop près de leurs oreilles.

– Ne t'inquiète pas, s'ils ne le font pas je te colle une balle dès que tout ça est fini.

– Où alors on règle ça aux poings… Comme au bon vieux temps, hein pète-sec…

Tris se crispa.

« Du calme, pense au plan… Et après tu pourras lui faire avaler ses dents, du calme… »

Ils arrivèrent devant une porte de bunker. Aussitôt deux audacieux surgirent, les mettant en joue.

– Halte ! Pose ton arme !

Lorsqu'ils reconnurent Éric, ils parurent décontenancés.

– Sûrement pas, j'apporte un cadeau à Jeanine. Ouvrez ces putains de portes.

– Jeanine n'est pas ici, lança l'un d'eux.

– Arrêtez de me prendre pour un con, je sais qu'elle est ici, ouvrez.

Les deux gardes se jaugèrent du regard.

– J'amène Tris putain ! Ça fait des mois que Jeanine s'arrache les cheveux pour la retrouver, laissez-moi passez ou préparez-vous à passer un très mauvais moment !

Un garde s'avança.

– On te laisse passer mais tu déposes ton arme.

– Négatif. Elle est l'une des meilleures au combat rapproché, je ne prends pas ce risque. Et vous ne pourrez pas me remplacer puisque vous devez garder la porte.

Après une longue hésitation, la porte s'ouvrit en grinçant.

Éric pénétra dans un couloir sombre en entendit les gardes signaler leur arrivée dans un talkie-walkie.

– Alors comme ça je suis une des meilleures en combat. T'auraient-ils injecté un sérum de gentillesse en plus de la bombe ?

– Ta gueule.

– J'imagine que non…

Alors qu'ils atteignaient une pièce centrale, ils furent submergés par des gardes dans un bruit de cavalcade effrénée.

– STOP ! Couchez vous ! Au sol !

Éric resta droit comme un « i » derrière Tris, tout aussi stoïque.

– Pas avant d'avoir vu Jeanine ! JEANINE ! hurla-t-il.

Cette dernière apparu et stoppa son armée d'un geste.

– Éric, dit-elle froidement.

– Renvoie tes chiens. On doit parler.

Il désigna Tris du menton.

– Cadeau. Pour prouver ma bonne foi.

Jeanine hésita puis fit signe aux gardes de baisser leurs armes.

Chacun repartit à son poste et Éric suivi l'érudite avec Tris toujours en joue sur une mezzanine qui surplombait tout le poste de contrôle. L'endroit grouillait d'érudits et d'audacieux.

Éric donna un violent coup de pied dans les genoux de Tris pour la forcer à s'agenouiller, puis lui attacha les mains dans le dos avec une paire de menottes.

– Que veux-tu Éric ? cracha la leader avec sa morgue habituelle.

– Récupérer mon ancien poste. Être réhabilité.

Il posa un doigt sur sa bouche en signe de silence et s'approcha de Tris. Avec un sourire narquois et triomphant, il attrapa un bouton de sa veste et l'arracha brusquement.

Il étendit sa main d'où pendaient des fils et montra l'objet au creux de sa paume.

– Caméra, dit-il simplement.

En un mouvement de poignet il jeta l'objet à terre et l'écrasa d'un coup de botte.

Tris se releva en hurlant mais Éric l'accueillit avec un coup de crosse et elle retomba instantanément par terre à moitié sonnée.

L'image retransmise sur les écrans du quartier des sans-factions se brouilla instantanément.

L'état-major entier se crispa et Quatre retint sa respiration.

« Maintenant on peut parler ».

Jeanine toisa Éric.

– Vraiment ? Tu crois que me ramener cette petite harpie redorera ton image ? Éric, jamais plus tu n'auras ma confiance… Tes parents sont des traîtres et en libérant ta mère tu m'as prouvé que tu étais fait du même bois qu'eux…

– Je voulais comprendre ! Et j'étais prêt à abattre ma mère ! La faction avant la famille… C'est vous qui m'avez appris ça… Elle n'est rien de plus qu'un traître à mes yeux ! Et je suis là pour autre chose aussi… Votre plan B ? Ça n'arrivera pas. Jamais je ne vous laisserai tout ruiner… La fierté a ses limites !

« Maintenant » chuchota une voix chez les sans-factions.

Quelqu'un pressa un bouton dans un silence de mort.

Éric ricana.

– Vous étiez un grand chef mais je ne vois plus qu'une folle bouffie par l'orgueil… Vous menez cette nation à sa perte ! Vous êtes acculée… Et vous le savez…

Jeanine se jeta sur Éric et tendit un doigt vers lui, le visage déformé par la rage.

Elle n'avait plus rien d'humain en cet instant, si tant est qu'elle ne l'avait jamais été. Elle s'étrangla de rage et vociféra un ton en dessous de sa voix pour que sa salle de contrôle n'entende pas.

– Jamais… Jamais je ne laisserai cette ville aux sans-factions tu m'entends ?! Je préfère voir cette citée en ruine plutôt que de la voir tomber aux mains de ces parasites ! Plutôt voir des enfants démembrés que de voir le drapeau rebelle flotter ! Mes bombes exploseront et personne ne pourra m'arrêter !

Elle se tourna vers Tris avec un rictus de psychopathe et l'attrapa par les cheveux.

– Et tu sais quoi ? Tout comme j'ai placé tes amis sous sérum de simulation pour qu'ils anéantissent les altruistes ils y a quelques mois, j'ai fait de même pour placer mes bombes… Et ta chère amie Christina en faisait partie ! Ce cher petit ange broyé par la tristesse sera en partie responsable de milliers de morts, et ni toi ni personne ne pourra l'arrêter !

Éric la regarda calmement.

– Personne vraiment ?

Un silence ecclésiastique accueillit ses mots.

Jeanine se redressa troublée.

Dans la salle, tous étaient debout et fixaient la mezzanine et ses occupants avec un air horrifié. Puis dans un mouvement de panique tous se mirent à courir vers la sortie, en panique, espérant rejoindre leurs familles à temps.

Jeanine les toisa, les cheveux hérissés de colère.

– Que faites-vous ?! Remettez-vous au travail ! Vous avez des communications à surveiller !

Un des derniers audacieux débrancha son casque d'un ordinateur avant de partir, et sa propre voix revint tel un écho aux oreilles de Jeanine.

« Que faites-vous ?! Remettez-vous au travail ! Vous avez des communications à surveiller ! »

Paniquée, cette dernière se retourna vers un écran géant qui baignait la salle d'une lumière bleutée.

Elle y vit son reflet hirsute, aux yeux injecté de sang et déformé par la rage.

– Qu'est-ce que…

– Félicitation Jeanine, tu viens de passer en direct sur tous les écrans de la ville. Oh, et je pense que tu devrais appeler tes maquilleurs, tu as une mine terrible…

Mais l'érudite se retourna et pianota sur son écran tactile avant qu'Éric ne puisse l'en empêcher.

– Audacieux ! Si vous ne m'apportez pas la tête des leaders des sans factions dans les 24 heures, je n'arrête rien et tout sautera !

Elle brandit son compte à rebours.

Tris se démenotta à la vitesse de l'éclair grâce à la clef fournie par Éric dès le début et attrapa le fusil qu'Éric venait de lui lancer. Ce dernier maîtrisa Jeanine et s'adressa à la caméra dissimulée dans le fusil qui avait appartenu à Finn.

– Tout le monde se calme, j'ai le code !

Il leva les yeux en l'air et haussa les épaules.

– Enfin pas encore mais ce n'est qu'une question de temps. Mais d'abord chers petits sans-factions qui nous écoutez, déconnectez la saloperie que j'ai dans le crâne. Je crois que je l'ai mérité.

Un des chefs militaires hocha la tête sous le regard scandalisé de Quatre.

Une des leaders se tourna vers Aliénor.

– Où as-tu trouvé ce fusil déjà ?

Allie sourit.

– Un rat voyageur me l'a ramené…

La petite led qui clignotait à l'arrière du crâne d'Éric s'éteignit. Des petits crochets se relâchèrent et la petite capsule tomba d'elle-même.

– Merci.

Éric planta un injecteur dans le cou de Jeanine qui émit un gargouillis puis se raidit.

– Bien. Maintenant donne nous le code pour stopper les bombes.

Une voix monocorde lui répondit.

– Il n'y a pas de code.