Chapitre 5 : Le Bal des Fous

Watanuki tourna son regard vers la piste de danse en priant pour que cette vielle dame ne parle surtout pas de lui à Yûko. De nombreux couples évoluaient au centre de la salle, essentiellement des visages inconnus. Mais il pu reconnaître néanmoins la Princesse Sakura aux bras du jeune homme brun de tout à l'heure. Il reconnut aussi les seigneurs Ashura et Yasha. Leur histoire avait pas mal fait parler une certaine catégorie de presse. Ils étaient chacun rois de deux pays en guerre l'un contre l'autre depuis des générations. Mais ils étaient tombés amoureux on ne sait trop comment et avaient fini par ramener la paix dans leurs deux pays maintenant devenus alliés. Ça faisait un peu trop histoire à l'eau de rose au goût de Watanuki. Et il ne pu s'empêcher de ses sentir gêné à l'idée de deux hommes qui dansent ensemble. Mais il fut vite surpris de constater qu'ils n'étaient pas les seuls dans ce cas.

Un peu plus loin il y avait également cette jeune fille au long cheveux brin, qui tournait au bras de son cavalier enthousiaste. Elle avait une expression assez sévère, mais pourtant adouci par le sourire tendre qui étirait ses lèvres.

Les musiques et les danseurs se succédaient sous les yeux du jeune médium. Les air enjoués remplaçaient les air plus lent, et inversement. A cet instant c'était deux jumelles aux long cheveux blonds et aux yeux noisettes qui avait captés son regard. Elle dansaient toutes les deux joyeusement, l'une vêtue de blanc, l'autre de noir, leur visages joyeux se répondant dans une drôle de symétrie. Puis dans leur tournoiement elles disparurent derrières d'autres danseurs.

Juste devant lui venait de passer deux jeunes hommes aux cheveux noirs. Le plus grand avait des yeux qui oscillaient selon la lumière entre noisette et or, portait des lunettes et abordait un grand sourire victorieux, en passant son bras autour des épaules du second qui lui était plus petit et d'une carrure beaucoup plus fine. Il avait des cheveux plus long aussi, ainsi que des yeux bleus, un air de félin vexé.

Un peu gêné, Watanuki jeta d'abord un coup d'œil vers la grand-mère, qui était maintenant en grande conversation avec Yûko, avant de tourner son regard vers le trône. Himawari n'était plus là, il ne restait plus que Domeki, qui fixait sa part de gâteau d'un air las. Non mais qu'est ce qu'il avait à tirer une tronche pareille celui-là ? Ce Bal n'était il pas censé être en son honneur ? Il le vit alors poser ses yeux sur les deux sièges vides à sa gauche, qui auraient normalement dû être occupés par son père et sa mère. Ce regard rappela à Watanuki qu'ils partageaient tout les deux un bien triste point commun.

Ils étaient orphelins.

« Tu n'es pas le seul à devoir surmonter la mort de proches »

Alors que la phrase de Yûko faisait écho en lui, pour la première fois, Watanuki éprouva de la compassion à l'égard de Domeki. Et il le vit soudainement sous un jour un peu différent. Il n'était plus seulement cet imbécile de Prince qui ruinait sa vie, il était aussi un 'ami' bien mystérieux, qui cachait sûrement plein de chose sous son air placide.

Décidément cette soirée bouleversait la perception qu'il avait de son entourage.

Domeki se décida à manger le gâteau dans son assiette. Rien dans ce fait qui ne surprenne autant Watanuki, après tout il traitait Domeki de goinfre tous les midis ces derniers temps. Mais pourtant quelque chose clochait. Curieusement, et malgré l'air toujours impassible du jeune Prince, Watanuki savait que Domeki appréciait le goût de ce qu'il mangeait. Il ne l'avait pourtant jamais dit, ni pris d'air épanoui en mangeant sa cuisine. Mais d'une certaine façon, ça se voyait, ou du moins ça se sentait. Là pourtant, Watanuki avait l'impression qu'il tirait à peu près la même tête que s'il mâchonnait un bout de carton. Qu'est ce qu'il n'allait pas chez lui ? Était-il triste ?

Il replongea vivement son regard vers ses pieds quand Domeki se tourna dans sa direction. Il fixait le prince depuis bien trop longtemps. Avait-il été repéré ? Domeki l'aurait il reconnu ? Non pas dans cette tenue. Mais il était assez perspicace, non ? Watanuki recommença à picorer dans son assiette sans la quitter des yeux de peur que son camarade ne lui prête un peu trop d'attention. Cependant, et malgré son regard baissé obstinément sur son assiette, Watanuki pu discerner le prince qui se levait de son siège et avançait dans sa direction. Mince que devait il faire ? Il n'aurait pas du le regardez fixement et aussi longtemps, il aurait du se douter que c'était pas du tout discret et que ça allait finir par attirer l'attention sur lui ! Que faire ? Fuir ? Ses mains devinrent moites. Non, il ne pouvait pas se permettre des réactions aussi disproportionnées dans un endroit comme celui-ci, il avait déjà fait suffisamment de bourdes. La seule solution était de faire comme si de rien était. Oui ! Il devait l'ignorer. Un peu de discrétion ne lui ferait pas de mal pour une fois.

Un léger soupir de soulagement lui échappa lorsqu'il réalisa que Domeki visaient le buffet à dessert à côté plutôt que lui ou son divan. Il devait cependant rester méfiant, car Domeki était quand même à un mètre de lui.

Et malheureusement pour le médium, Domeki, qui se resservait en gâteau un peu trop pensivement, ne vit pas que d'un geste malencontreux il percuta un présentoir à dessert qui chuta en direction du divan voisin. Watanuki voyant la catastrophe arriver, et tout nerveux qu'il était, bondit comme un chat en criant pour éviter in extremis les gâteau qui menaçaient son kimono, et bascula en arrière avec grâce et élégance –ou pas.

Et on repassera pour la discrétion.

Centre de tous les regards, et ridiculisé de surcroît, Watanuki ne put empêcher ses joues de le brûler violemment. Le Prince s'approcha alors galamment de lui et lui tendis une main pour l'aider à se relever.

-Pardonnez ma maladresse mademoiselle, vous allez bien ?

Toute rêveries et question à propos des véritable pensée du princes s'étaient envolées bien loin. Watanuki mourrait d'envie de repousser cette main et d'incendier cet imbécile à l'origine de son déshonneur, de le traiter de tous les noms d'oiseaux en le secouant comme un prunier. Mais sa situation ne lui permettait pas. Il dû alors ravaler son orgueil et sa colère et accepter l'aide de Domeki pour se relever.

Et alors qu'il allait répondre que ''oui merci, il allait bien'' il fut frappé : si son déguisement le faisait assurément passer pour une fille, il n'en serait pas de même pour sa voix. Il pouvait toujours essayer de la moduler, mais il n'était vraiment pas sûr d'obtenir le résultat escompté, et dans le doute...

Il se contenta donc de hocher la tête pour répondre au prince, maudissant intérieurement tous les Domeki et tous les Mokona du monde qui semblait s'être ligués pour lui pourrir l'existence.

-Je n'ai pas endommagé votre kimono j'espère ? Il vous va si bien.

Un frisson étrange le traversa et lui donna la chaire de poule. Il n'avait jamais entendu le prince faire une phrase aussi longue, et franchement, il n'aurait jamais pensé que si un jour tel événement se produisait, se serait pour le…complimenter. Il lui fallut quelques secondes pour se reprendre et secouer la tête négativement. Kami-sama ! Dans quel pétrin venait-il de se mettre. En plus Domeki souriait ! De tout les trucs bizarre qu'avait pu voir Watanuki ce soir, le sourire collé sur la face de son vis-à-vis remportait la palme d'or. Mais peut-être était-ce que parce qu'il ne s'agissait que d'un sourire de courtoisie, forcé, qu'il avait l'air si bizarre ?

Son regard se fixa alors sur celui de Domeki. Non ses yeux, contrairement à sa bouche, ne souriaient pas...

Ce fût le un grand éclat de voix qui explosa derrière Domeki, qui détourna l'attention de Watanuki. Domeki lui, le fixa encore quelques secondes, avant de se tourner vers la scène que toute la salle contemplait : Un jeune homme blond, élancé et élégant, tenait littéralement collé sous le nez d'un autre homme, brun, plus grand et plus costaud, une petit gâteau à la crème. Il ne manquait qu'un centimètre pour que le plus grand se retrouve avec le nez dans le gâteaux, et cet état de fait n'avait pas l'air de l'enchanter.

-Mais LACHE-MOI espèce de mage débile ! J'en veux pas de tes machins !

-Allons Kuro-chan ! Tu n'as pas le droit de dire que tu n'aime pas tant que tu n'as pas goûté ! Et il essaya sur ce d'avancer la sucrerie vers la bouche du brun, qui tourna la tête et essaya de la repousser.

-Prétexte ce que tu veux, je refuse de manger ça !

-Mais enfin Kuro-pon, tout le monde aime les gâteaux.

-Je ne suis pas tout le monde !

-Allez, Kuro-wanwan ! Juste une bouché et je te laisse tranquille ! Sur ce, le blondinet essaya de nouveau de manœuvrer la pâtisserie vers la bouche du plus grand, mais ce dernier avec un énervement croissant, attrapa la main offensante et l'obligea à reposer le gâteau sur la table à côté d'eux en haussant le ton. Et sans lâcher sa main :

-NON ! Et arrête tout de suite avec ces surnoms débiles ou je te découpe en morceaux !

-J'arrêterais peut être les surnoms, Kuro-puu, si tu accepter de gouter à ça! Il reprit le gâteau avec son autre main Allez Kuro-miu, fais 'aaaah'…

-Je ne céderais pas à ce chantage, et la prochaine fois que tu me donne un surnom je t'étrangle !

-Ah ? Je croyais que t'allais me découper en morceau Kuro-chu ! »

Ce fut la fois de trop pour le grand brun. Il voulu se jeter sur le blondinet qui le taquinait. Vu sa carrure et son humeur, Watanuki aurait cru qu'il étranglerait effectivement le magicien en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Mais avec une agilité surprenante se dernier se débarrassa du gâteau et libéra ses mains, et évita l'assaut avec une aisance surprenante avant de s'enfuir en rajoutant :

-Hyuuuu ! Je crois que j'ai un peu énervé Kukunéné !

Le grand brun partit à sa poursuite avec un juron sonore, la main sur la garde de son sabre. Il n'était pas à prendre avec des pincettes visiblement, et le blond devait être suicidaire pour lui chercher des noises ainsi.

Mais y a que des fous ici ?!

-Qu'est ce qu'ils sont bruyants.

Domeki avait dit ça en ce grattant l'oreille avec le petit doigt dans un geste désinvolte. Pas très classe pour un Prince. Mais tout à fait naturel chez lui. Que se soit sur un toit de lycée ou lors d'un bal de la haute société, ce type ne changeait décidément pas d'un iota.