Ceci est le groooos morceau du bal, savourez le c'est tout ce que vous aurez ce soir, la suite dans quelques jours !
Chapitre 6: La Valse improbable
Watanuki se demandait bien ce qu'il avait pu faire pour se mettre le destin à dos. Depuis l'incident avec le présentoir à gâteaux, Domeki ne l'avait plus lâché d'une semelle et Himawari n'avait pas fait d'apparitions non plus.
Et quand Yûko passa non loin, en grande conversation avec Tomoyo, Watanuki ne trouva rien de mieux à faire que de chercher à se cacher derrière Domeki. Mais c'était pas sa faute ! C'était juste un bête…réflexe. Réflexe qui ne manqua évidemment pas d'interpeller son camarade.
-Quelque chose ne va pas ?
Évidemment, il ne put absolu rien faire pour empêcher ses joues de rougir à ce moment là. Bon sang ! Que répondre ? Et puis il ne voulait pas parler ! Et surtout, surtout, qu'est ce que c'était que cette expression presque inquiète collée sur la face de l'autre là ?! Et pourquoi il se mettait à sourire en le regardant, hein ?
-C'est mignon.
Watanuki fit la moue. C'est tout ce qu'il pouvait se permettre de faire sous cette identité et dans ce lieu, même si à cet instant son envie la plus viscérale était d'assommer ce prince à la noix, ou de prendre un des gros gâteaux à la crème sur le buffet et d'entarter sa tête de gniouf !
Mais il ne pouvait pas. Et, comme vous le savez, un malheur n'arrivant jamais seul, c'est à ce moment précis, la tête baissée et les joues brûlantes, qu'Himawari revînt, tout enthousiaste. Elle salua chaleureusement la 'demoiselle' qui accompagnait son ami, et sans lui laisser le temps de répondre, elle se tourna vers Domeki pour lui lancer :
-Et bien Shizuka-kun, tu n'invite pas ta charmante cavalière à danser ?
Et après un clin d'œil taquin, elle les planta là, disparaissant de nouveau dans la foule d'invités.
Le rouges des joues de Watanuki profita de l'occasion pour s'étendre jusqu'à ses oreilles, et il crut faire une syncope quand après quelques secondes d'un silence lourd, il sentit une main se saisir de la sienne et qu'il entendit :
-M'accorderiez vous cette danse ?
Relevant difficilement la tête, il pu alors voir que Domeki se tenait galamment incliné, attendant sa réponse. Et comme pour lui mettre un peu plus la pression, une bonne partie de la foule avait les yeux rivés sur eux. Mais encore pire ! Watanuki reconnu notamment la grand-mère de tout à l'heure qui lui adressait un regard complice.
Damned. Il était acculé. Ça serait une insulte de refuser l'invitation à danser d'un prince, hein ? Soit.
-Oui…
Il avait pris soin de modifier sa voix et avait parlé tout bas. Mais il n'avait pas dit son dernier mot. Oh, ça non !
Domeki se redressa, et, sans lâcher sa main, l'entraîna vers la piste de danse, au centre de la salle, pendant que Watanuki bouillonnait intérieurement. Lui ! Devoir danser avec lui ! Grrr ! Il l'étranglerait s'il le pouvait. Mais pire que tout, c'était sa précieuse Himawari qui l'avait précipité dans cette horrible situation ! Watanuki avait du mal à ce remettre de cette trahison. (Car oui, c'était une trahison ! Comment appeler ça autrement ?) Mais rien ne l'horrifia plus que la révélation qui le frappa quand ils arrivèrent sur la piste.
Il n'avait jamais dansé de sa vie.
Une bouffée de panique l'envahit soudainement tandis que les premières mesures de la valse se faisaient entendre, et sans hésitation, Domeki commença à le faire tourner. Fixant résolument le col de son cavalier Watanuki fit ce qu'il put, mais inévitablement il fini par écraser un pied princier. Pourtant ils continuaient de 'danser'. Watanuki essaya d'éviter ses orteils, une fois, deux fois, mais les piétina de nouveau.
Et pas de réaction de son vis-vis.
Encore quelques pas, un nouvel accident. Mais aucune réaction de son cavalier.
Ooooooh… mais voilà qui est intéressant…
Watanuki renouvela l'expérience une quatrième fois pour être sûr… et toujours rien. Un sourire satisfait faillit lui échapper. Il tenait sa vengeance. Il bénit même ses longs et amples pans de son kimono qui cachait ses méfaits aux yeux de la foule. Il comptait bien s'en donner à cœur-joie !
Et 1, 2, 3…crac ! Pour l'avoir inviter à danser. 1, 2, 3… crac ! Parce que Himawari l'appelle 'Shizuka-kun' ! 1, 2, 3… crac ! Pour avoir essayé de l'assassiner avec des gâteaux ! Et 1, 2, 3… crac ! Pour oser lui faire subir un bal pareil ! 1, 2,3… crac ! Pour toutes les fois où il avait eu de meilleures notes que lui. 1, 2, 3… crac ! Pour toutes fois où il avait piqué dans son bentô ! 1, 2, 3…
Affichant un petit sourire qui se voulait timide et innocent, Watanuki prenait en fait un malin plaisir à malmener les orteils royaux, et jubilant, il énumérait tous ses griefs contre Domeki. Il en aurait presque souhaité que cette danse ne finisse pas !
Mais s'était surestimer la patience de son partenaire, qui, fatigué de ces petits 'accidents', y mit fin : raffermissant sa prise sur Watanuki, le rapprochant de lui, il le suréleva de quelques centimètres au dessus du sol.
Paniqué par ce revirement de situation, Watanuki dut se raccrocher à l'épaule de son cavalier, de peur de tomber, et fut affligé d'entendre quelques gloussements et soupirs derrière eux au moment où ils s'étaient rapprochés. Ah ! Dans quel pétrin c'était il mit encore ? Aveuglé par la vengeance, il avait omis qu'il aurait sûrement des comptes à rendre à la fin de la valse. Maintenant il ne lui restait plus qu'à cacher son visage contre le buste de Domeki pour dissimuler son malaise. Même s'il avait conscience que ça leur donnait un terrible air de couple.
Beaurg
Mais le coup de grâce lui fût porté quand il vit passer à côté d'eux Himawari et Yûko qui dansaient toutes les deux en riant comme des gamines.
Nan vraiment, tout semblait se liguer contre lui ce soir.
La valse continua ainsi encore de longues minutes. Depuis que Domeki l'avait 'surélevé' ils tournoyaient avec beaucoup plus d'élégance que lorsque que Watanuki piétinait. Et pour cause. Ce dernier s'interrogeait d'ailleurs : depuis quand cet imbécile savait danser ? Quoique en tant que prince et membre de la haute, il avait sûrement reçu des cours. Par contre il était vraiment étonné de sa force : ça faisait déjà un moment qu'il le portait tout en continuant à danser, et il ne semblait même pas essoufflé. Il avait beau le savoir doué en sport, Watanuki ne s'y attendait pas. Mais au final, que savait-il de lui ? Bien peu de chose. Pas plus que ce que tout le monde savait déjà. Mais en même temps pourquoi il s'en occuperait, hein ? Il avait déjà bien assez avec ses problèmes !
Mais il était difficile de faire abstraction d'une personne quand on est collée à elle. Et ses pensées continuaient de défiler.
Pourquoi avait-il toujours un air aussi impassible ? Était-ce sa vraie nature ou juste une façade ? Avait-il toujours été comme ça ? Ou avait il changé après le décès de ces parents ? Comment avait pris l'annonce de leur mort ? Qui avait été à ses côtés pendant ces moments difficiles ?
Toutes ces interrogations tournoyaient dans son esprit comme eux dans la salle. Soudainement mu par une impulsion, il releva la tête, sur le point de poser une de ces questions, mais oublia aussitôt laquelle quand il croisa le regard de Domeki, fixé sur lui. Et très près.
Il détourna aussitôt son regard et remit sa tête là où elle était avant. Bon sang ! Avec toutes ce fichu bordel dans sa tête, il avait oublié qu'ils étaient si proches l'un de l'autre. Et puis pourquoi il le regardait comme ça aussi, hein ? Voilà qu'il sentait de nouveau ces joues chauffer alors qu'il repensait à combien sa situation était embarrassante. D'ailleurs, ce n'était pas normal qu'il rougisse autant ce soir. Il ne faisait pourtant pas si chaud dans la salle ? Ou bien il couvait une maladie ? À moins que ça ne soit encore un coup de la boule de poil…
Soudainement perturbé en sentant de nouveau le sol sous ses pieds et Domeki qui s'écartait de lui après que les dernières notes de musiques se soient tues pour laisser place aux applaudissements, Watanuki eu le tournis un instant et fut obligé de s'appuyer sur le bras de Domeki. Fichtre ! Mais à peine remis, il dut affronter le choc plus grand encore en voyant Domeki lui faire un baise main élégamment. Arg ! Qu'il était embarrassant d'être une fille !
-Vous désirez peut être prendre l'air un instant ?
Oui ! De l'air ! ! Pour un fois qu'il avait une bonne idée celui-là ! Après toutes ces éprouvantes péripéties, un peu d'air lui ferait certainement le plus grand bien !
Aussi, il hocha de la tête et Domeki, qui n'avait pas lâché sa main, lui fit traverser la foule de la grande salle tant bien que mal pour se diriger vers les balcons.
Quand ils en sortirent enfin, Watanuki fut surpris par le changement d'éclairage. La salle de bal était tellement illuminée que la transition avec le corridor le laissa dans l'obscurité le temps que ses yeux s'adaptent.
D'ailleurs était-ce un tour de sa vision que cette silhouette identique à celle de Yukito-sama de dos, s'enfuyant derrière quelqu'un de plus grand et de brun ? De même que le grognement étouffé qui avait précédé leur fuite ? En y repensant, ça lui paraissait tellement étrange, qu'il préférait croire n'avoir rien vu.
Ils arrivèrent enfin sur un balcon qui surplombait le parc du château, et, appuyés sur la balustrade, ils laissèrent leurs regards et leurs pensées divaguer.
Et Domeki avait lâché sa main, enfin. Parce que mine de rien, c'était très embarrassant comme contact !
Face à ce calme, toutes les interrogations précédentes de Watanuki revinrent à la charge, même si la principale pour l'instant restait : Pourquoi est ce que Domeki ne l'avait pas quitté depuis plus d'une heure ? Il n'était pas sensés se connaître, alors il ne voyait pas pourquoi il préférerait sa compagnie à celle de Himawari… Ou alors ce pourrait-il que, comme il était travesti en fille, Domeki soit…
Naaaaaaaaaaan ! Impossible.
Watanuki se gourmanda pour avoir eu une telle idée, et finalement se contenta de l'envoyer valser plus loin, tandis qu'il se plongeait dans l'observation du parc.
Tout en écoutant le son apaisant d'un shishi-odoshi (3) qui résonnait régulièrement au loin, il contemplait les montagnes à l'ouest argentées sous les rayons du croissant de lune qui dominait le ciel nocturne. Il baignait également le jardin de sa lumière évanescente. Les reflets argentés de la pièce d'eau centrale renvoyait une lumière tamisée, conférant un aspect surréaliste à la végétation alentour. Nombres d'arbres et d'arbustes étaient à leur pleine floraison et parsemaient la surface de l'eau de leurs pétales, qui voyageait doucement et tourbillonnaient dans la petite cascade quelques mètres en aval du pont au dos arrondi. Il distinguait également quelques sentiers aménagés qui serpentaient dans la végétation abondante, menant vers une petite bâtisse perdue dans cet océan de vert sombre, vers le temple du palais, ou se perdant dans le paysage.
La sérénité et l'harmonie qui se dégageaient de l'endroit apaisèrent Watanuki, qui ne s'était pas senti aussi bien depuis une éternité. La plénitude qu'il éprouvait le ramenait à de lointain souvenir, bien avant qu'il ne soit confié à Yûko. À l'époque où il avait une famille.
A peine cette pensée formulée, une profonde mélancolie l'envahie. A son grand désarroi, il n'avait gardé que très peu de souvenirs de son enfance, et les visages de ses parents, aussi fort qu'il les ait aimés, restaient désespérément flous dans sa tête. Il se souvenait pourtant de la chaleur des bras de sa mère et des baiser qu'elle posait sur son petit front, de son père qui le soulevait pour le faire tourner autour de lui en riant aux éclats. Il se souvenait de longue promenades à trois, de la fois où il s'était fait gronder parce qu'il avait renversé la table et cassé tout les couverts…
Il poussa un profond soupir, pour essayer de relâcher une partie de la tension qui l'envahissait. Ses souvenirs étaient les siens, il le savait, mais ils étaient tellement lointain, comme si ça avait appartenu à une autre vie, ou une autre personne. Comment avait il pu passer de tout ça à sa situation actuelle ?
Sans un bruit, il sentit une main tiède se poser sur la sienne.
Curieusement, il ne hurla pas. Il n'en eu même pas envie à vrai dire. Il avait suffit d'un rapide coup d'œil en coin à la mine tout aussi mélancolique de Domeki pour savoir que leurs pensées étaient de nature similaires. Quelque part, il avait l'impression qu'il aurait dû s'en vexer. Pourtant, il n'en ressentit qu'un grand soulagement. Aussi bête que ça puisse paraître, savoir qu'il n'était pas le seul à pouvoir comprendre la douleur et le vide que pouvait laisser une telle tragédie dans sa vie le soulageait. Même si cette personne était Domeki.
Surtout si cette personne était Domeki ?
L'espace d'un instant, il se sentit vaciller, comme au bord d'un gouffre.
Puis il fut interrompu dans ses pensées par des bruits, juste en dessous de leur balcon.
-Attend ! Yû ! Où est ce que tu m'emmènes ?
-Chut !
-Mais… Aaah !
Les yeux rond comme des flans, Watanuki pu voir en contrebas un jeune homme aux cheveux curieusement pâle se faire planquer contre un arbre par un autre jeune homme, plus grand, aux longs cheveux sombre ramenés en queue.
-Ah ! Nan… pas ici… Yû...
Et il frôla la syncope en voyant le plus grand des deux commencer à embrasser passionnément son vis-à-vis tout en laissant glisser ses mains à des endroits…très… très…
Soudain, le contact de la main de Domeki sur la sienne parut lui brûler, et il la retira vivement, fuyant littéralement du balcon… Mais pas sans entendre un dernier gémissement monter du parc, un peu surpris et très, très appréciateur.
C'est pas vrai ils sont tous fous ou ils se sont donnés le mots ?!
oOo
Il s'arrêta juste avant d'entrée dans la salle de bal. Il ne se sentait pas d'humeur à affronter qui que se soit, encore rouge, tout perturbé parce qu'il venait de voir. Pourtant Domeki arriva presque aussitôt derrière lui, l'air imperturbable. Watanuki lui tourna le dos pour dissimuler son visage cuisant.
Domeki eu le tact de lui laisser quelques instants pour se reprendre, avant de poser la question :
-Tu t'en remettras ?
Il allait lui répondre furieusement quand une clameur retenti dans la grande salle.
-Qu'est ce qui se passe ? Interrogea finalement Watanuki.
Domeki haussa les épaules, avant de répondre :
-Bah, ça doit être minuit ou presque.
-Ah… AAAAH !
Minuit ? Déjà ?! Oh bon sang ! Par tout les Kami en caleçons, il faut que je m'en aille ! Et vite !
-Bon, y a quelque chose que je voulais te dire…
Watanuki ne laissa pas le temps au prince de finir sa phrase. Ni une ni deux, il souleva le bas de son kimono pour ne pas se prendre les pieds dedans et traversa la salle en courant, sous le regard interloqué des invités.
Quand il arriva dans le vestibule, juste avant la porte de sortie, il relâcha les pans de kimono pour pouvoir pousser les lourdes portes, repartit en courant, et s'emmêla les pieds dans le tissus et tomba sans grâce. Avec un juron sonore, il se releva et reprit sa fuite, sentant autour de lui une bourrasque tiède s'agiter, signe que les enchantements de Mokona touchaient à leur fin.
Sans remarquer le petit objet qu'il avait laissé à terre.
Trente secondes plus tard, Domeki se pencha pour le ramasser et l'examina. Il s'agissait d'une montre à gousset en bel argent ouvragé. Sur le dessus, deux colombes aux ailes déployées se faisaient face dans une attitude emprunte de tendresse. Il leva les yeux au ciel avec un sourire en coin, glissa la montre dans son obi, et retourna parmi ses invités.
(3) Un shishi-odoshi est un bambou à fond bouché placé en équilibre. Une conduite d'eau le remplit, puis il bascule en avant, se vide de son eau, et claque sur une pierre en revenant à sa position d'origine, faisant ainsi un battement régulier, sensé repousser les mauvais esprits.
Voilàààà ! Je vous laisse mariner quelques jours (en espérant que mes rares lecteurs ne soit pas mort de vieillesse depuis la dernière fois) n'hésitez pas à reviewer, c'est toujours une élément décisif dans la motivation à écrire ! :3
