Bonjour ! J'espère que la rentrée s'est bien passée pour tout ceux qui en avait une et je sais que c'est la cas de certain ! Alors comme promis voilà votre récompense, un chapitre particulièrement long, puisqu'il s'agit d'un moment assez important de l'histoire, mais chuut je n'en dis pas plus pour le moment et je vous laisse découvrir !

Bonne lecture !


Chapitre 10 : Le jour le plus long

Il était nerveux. Ça lui arrivait rarement, à vrai dire très rarement même. Car c'était aujourd'hui qu'il allait en apprendre plus sur Watanuki, à l'insu de ce dernier. Il ressentait tout de même un peu de culpabilité à cette idée, mais elle ne faisait pas le poids face à la curiosité nouvelle qui le poussait vers son camarade.

Un regard à sa montre lui fit froncer les sourcils. Le cours allait bientôt commencer. Et habituellement Watanuki, en élève ponctuel qu'il était, arrivait avec 5-10 minutes d'avance. Est-ce que quelque chose aurait pu lui arriver en chemin ? Un autre esprit ? Le prince se sentit pris d'angoisse, mais fut vite rassuré, car dans l'encadrement de la porte son binoclard préféré venait d'apparaître. Une vague de soulagement le traversa, et c'est avec un petit sourire qu'il nota le grand furoshiki qui contenait leurs bentô de ce midi. Il croisa alors le regard de son camarade, qui le regardait avec de grands yeux incrédules. Pourquoi donc ?

Mais le médium changea bien vite d'expression, affichant son habituelle moue mécontente, et se dirigea d'un pas raide vers sa place. Leur enseignante entra quelques dizaines de secondes plus tard, alors que Domeki souriait toujours, sans s'en rendre compte, à la surprise générale des camarades de classes qui avaient vue sur lui.

oOo

Quand l'heure de pause de la matinée sonna, Watanuki se tendit. Il avait réussi à faire abstraction de toutes ses prises de tête pendant les cours, mais les revoilà au triple galop. Son regard se posa avec appréhension sur le Prince à l'avant de la classe. Comme s'il avait senti l'attention qui lui était portée, Domeki se tourna vers lui et se leva pour le rejoindre. Watanuki se tendit aussitôt un peu plus. Mais heureusement pour lui, son prestigieux camarade n'eut pas le temps de faire plus de trois pas vers lui, car un groupe de filles de la classe s'agglutinèrent autour en le bombardant de questions.

Watanuki vit le visage de Domeki se fermer en quelques secondes. Le masque d'impassibilité qu'il connaissait bien avait repris sa place. Mais au fait, depuis quand n'y était-il plus ce fameux masque ? A la réflexion, il réalisa qu'il avait vu ces derniers temps un prince beaucoup plus expressif que durant tout le reste de leur scolarité commune. Probablement car ils étaient souvent tous les trois ensemble avec Himawari-chan, qui était son amie d'enfance.

Mais pas que… il y avait eu le bal bien sûr, où Himawari avait fait seulement quelques brèves apparitions... et pourtant… mais ça, ça ne comptait pas, ce n'était pas vraiment lui avec Domeki à ce moment après tout. Mais il y avait aussi cette fois-là à l'infirmerie… et puis ce regard inquiet le lendemain de l'attaque… et il y a tout juste quelques heures, ce sourire quand il était arrivé. Il y avait dans ce sourire quelque chose que Watanuki n'avait encore jamais vu. Bon, déjà, il ne le voyait pas sourire très souvent, on parlait du prince Domeki là. Mais en plus de ça il y avait dans son expression un certain… soulagement de visible ainsi que… quelque chose de lumineux ? Le mot sonnait étrangement dans son esprit, mais il ne trouvait pas de meilleur terme non plus. C'était cette lumière dans son regard qui avait le plus étonné Watanuki. Domeki ne souriait pas très souvent certes, et encore moins si on ne prenait pas en compte les sourires de politesse. Mais jamais jusqu'à présent il n'avait vu le sourire du prince faire écho dans son regard. Oui, c'était ça la différence. Jamais Domeki n'avait posé sur lui un tel regard. Ni sur personne d'autre à sa connaissance. Jamais il ne l'avait vu sourire avec ses yeux.

Il fut coupé dans le train de ses pensées par la voix aiguë d'une des filles agglutinées.

-C'est vrai que vous sortez avec la demoiselle rencontrée au bal Domeki-sama ?

Watanuki tiqua sur les mot ''fille'' et ''bal'', et eu l'impression de prendre une grande claque. Bon sang ! Mais comment avait-il fait pour ne pas y penser plus tôt ? Il avait squatté le prince pendant une bonne partie de la soirée, et s'étaient même éclipsé de la salle de réception tout les deux. Comment avait-il pu oublier que de telles choses allaient forcément faire l'objet de commérages dans tous les sens ? Bien sûr que les gens allaient poser des questions ! Il allait mourir d'embarras, terrassée par sa propre négligence.

Domeki toujours au milieu de cette marée de fille -et que question de fille-, gardait son air neutre et répondit laconiquement :

- Désolé.

Les filles se mirent à piailler de plus belle :

- Sérieusement ?!

- Alors ça veut dire que vous sortez avec elle ?

Domeki jeta un œil au medium qui fixait leur groupe d'un air vague et perdu, le visage étonnamment rouge, avant de répondre.

- C'est juste une personne qui compte pour moi.

- Kyaaa !

- Comme c'est romantique !

- Elle vit ici ?

- Dans la même ville ? Elle n'est pas de ce lycée non ?

Domeki se contenta de hausser ses épaules avant de retourner son regard vers son camarade. Qui cette fois-ci se dépêcha de tourner les yeux ailleurs. Il ne vit donc pas les sourcils du prince de froncer, pendant que la masse féminine continuait son interrogatoire.

- Attendez elle est peut être ici ?

- Mais non on l'aurait reconnue !

- Oui écoute mieux Kaede-chan, Domeki-sama n'a rien dit de tel.

- Vous n'avez pas affirmé l'inverse non plus, hein votre majesté ?

- Domeki-sama, dites nous en un peu plus, s'il vous plaiiiit !

Watanuki fixait son cahier de note, faisant mine de le relire, même si en réalité il était assaillit par l'angoisse. Ce qu'elles étaient curieuses ! Il commençait à redouter que d'une façon ou d'une autre elles découvrent le pot-aux-roses, c'est à dire que c'était lui la ''fille'' du bal, et que oui, d'une certaine façon elle était dans leur lycée, et même dans leur classe. Il se jura de tout faire pour emporter son secret dans la tombe. Si jamais une telle chose venait à se savoir au lycée… Brrr ! Il en avait des frissons ! Il jeta un nouveau coup d'œil sur le groupe, et nota que Domeki (qui heureusement n'en disait pas plus) avait l'air… agacé ? Pourtant son masque habituel était bien là, son air impassible, mais étrangement, Watanuki voyait au travers. Qu'est ce qui changeait ? C'était subtil mais ses traits semblaient plus crispés que d'habitude, et ses sourcils était peut être légèrement plus froncés. Jusqu'à ce que Kaede-san ajoute :

- C'est parce qu'elle occupait vos pensées que vous souriez depuis ce matin Domeki-sama ?

Watanuki ouvrit des yeux rond, et même Domeki eut l'air suffisamment surpris pour que tout le monde le remarque. Kaede occupait la table à gauche du Prince, elle était donc bien placée pour l'observer. Pourtant il avait du mal à y croire. Domeki l'impassible, Domeki-face-de-marbre, sourire niaisement une matinée complète ? Même le principal intéressé ne semblait pas en revenir !

Heureusement il n'eut pas à répondre, car l'arrivée de leur professeur d'anglais les interrompit. Tout le monde retourna à sa place (car tout le monde avait suivit la conversation avec attention) et Watanuki pu éviter une nouvelle prise de tête, faute de temps. Seulement juste avant que le cours commence, Domeki capta son regard, avant de le diriger successivement sur les bentô et la porte de la classe, avant de recentrer son attention sur le professeur. Le message était clair. Partir ce midi le plus vite possible pour éviter un nouvel assaut. Il comprenait tout à fait l'envie du prince d'éviter ça, surtout que cette fois-ci il risquait de s'y trouver mêlé, et ça, il ne le souhaitait surtout pas… Quoique, il pouvait peut être se carapater vite fait bien fait quand la cloche sonnerait de nouveau, et le laisser se dépatouiller tout seul... Il joua quelques minutes avec cette idée, avant de se ressaisir. Il avait déjà une dette envers Domeki, alors mieux valait ne pas se comporter ainsi... Pour cette fois ?

oOo

Il avait surveillé sa montre bracelet avec un pincement de tristesse en pensant à la belle montre à gousset qu'il avait perdue, guettant l'instant fatidique de la sonnerie. Plus qu'une minute, il se tenait prêt à attraper sa veste et le furoshiki.

Quelques sièges plus en avant, Domeki aussi guettait l'heure, tendu comme la corde d'un arc. Ce midi était un moment important pour lui, bien plus que ce qu'il pensait le jour où il avait proposé cet arrangement à Watanuki. C'était en découvrant le mélange d'émotions fébriles qui l'envahissaient au fur et à mesure que les jours passaient qu'il avait finalement compris les enjeux.

Alors hors de question de laisser des pipelettes gâcher ça !

Quand il avait été entouré par ces filles un peu plus tôt, il avait d'abord réagit avec son habituel nonchalance, malheureusement habitué à ce genre de situation. Mais quand il avait constaté qu'elles restaient, et qu'il n'allait pas pouvoir profiter de la pause pour embêter son ami, c'est l'agacement qui avait pris le dessus. Il l'avait bien sûr camouflé, mais tout de même, c'était bien la première fois qu'il avait envie de bousculer des filles. Jusqu'à ce que Kaede fasse sa dernière remarque.

Il ne s'en était pas rendu compte. C'était ça qui le choquait le plus. Lui qui habituellement avait un tel contrôle sur ce qu'il laissait transparaître de ses sentiments, il n'en revenait pas. C'est donc sans perdre un seconde mais pensif qu'il rejoint son ami, et qu'il s'éloignèrent en hâte de la salle de classe. Il jetait de fréquents coups d'œil à son camarade visiblement dans ses petits souliers, en continuant de réfléchir. Il savait que sa rencontre avec lui l'avait profondément affecté mais à ce point ?

Ils évitèrent le toit, comme toujours depuis ce lundi-là. Watanuki les mena jusqu'au rez-de-chaussé puis s'arrêta avant de tourner vers lui un regard gêné.

- On va où ?

Domeki lui indiqua une direction, et pris la tête, tandis que le médium lui emboîtait le pas. Il avait déjà réfléchis à la question du lieu quelques jours auparavant, et Himawari l'avait aidé à trouver un coin du parc tranquille et plutôt protégé du vent encore frais à cette saison.

Arrivés-là, Watanuki commença à installer la nappe et les boîtes à bentô dans un silence embarrassé.

Habituellement, le silence ne dérangeait pas Domeki, au contraire, il était de ceux qui pensait comme étant d'or, et qui se sentait vite agacé par le blabla inutile. Mais comment détendre l'atmosphère ? Que dire ? Il n'avait pas beaucoup d'entraînement en matière de conversation, d'habitude c'était Himawari qui lançait et alimentait leurs discussions. Comment faisait-elle déjà ? Ah oui, elle parlait souvent des feuilletons passés la veille à la télé.

- Hum… Alors tu a vu le dernier épisode de Rei hier soir ? (4)

Watanuki se figea net dans son installation et regarda son camarade avec de grands yeux incrédules. Est-ce-qu'il avait bien entendu ? Domeki faisait vraiment ce qu'il croyait qu'il était en train de faire ? … Naaaaan Impossible !

Ah si ! Le médium venait de comprendre ! Dans un trait de génie, tout s'éclaira : son comportement bizarre, ses sourires complètement hors du personnage et cette tentative… Il n'y avait qu'une seule explication rationnelle possible à tout cela :

- Qui êtes vous et qu'avez vous fait de ce baka de Domeki ?

(Nda : Badaboum!)

Le silence qui suivit et la moue dépité du prince était à la hauteur de la déception de ce dernier. Voilà ce qu'on appelait un échec critique.

Watanuki observa la réaction de son consort. Le dépit très clairement lisible sur ses traits ne ressemblait pas non plus à ce qu'il connaissait de Domeki. Il ne savait pas comment se comporter. Déjà, le Domeki habituel le mettait sur les nerfs et sans dessus-dessous, mais là c'était encore plus perturbant.

Mais il n'était pas au bout de ses surprises, car après le dépit, le visage du prince se métamorphosa, et il se changea en grenouille se mit… à rire !

Domeki n'en pouvait plus, il se tenait les côtes, secoué par ce rire à la fois nerveux et libérateur. Oui, ça ne lui ressemblait tellement pas de lancer des banalités comme ça, et il comprenait la réaction de son camarade, même s'il la trouvait surtout très drôle. Et quelque part, ça lui faisait également plaisir de voir que Watanuki le connaissait assez bien pour voir qu'il n'était pas comme d'habitude.

Pendant que l'un se fendait la poire, l'autre ne savait plus où se mettre, se demandant quand est ce qu'il était passé dans la quatrième dimension. Jamais, ô grand jamais, il n'avait vu Domeki rire, ni même imaginé qu'une telle chose était possible. Et pourtant. Si ça c'était pas la confirmation ultime qu'il attirait les phénomènes paranormaux !

Mais bon, pendant ce temps il se trouvait bien embarrassé, et ses joues commençaient même à lui cuire. Nerveux, il se mit à jouer avec son étui à baguette. À moins qu'il se moque de lui ? Watanuki fusilla alors le prince du regard, qui toujours hilare ne remarqua pas. Il décida donc de bouder en… continuant à jouer nerveusement avec son étui, attendant que son vis à vis retrouve son sang froid de lui-même. Ce qui prit encore une bonne minute.

Domeki finit par essuyer les larmes au coin de ses yeux, suite à son fou rire. Il ne s'était pas senti aussi léger depuis… son enfance. Peut-être. Himawari le faisait sourire, mais rire… Il avait l'impression découvrir une nouvelle facette du monde.

- Merci.

Watanuki ouvrit -une fois de plus aujourd'hui- des yeux ronds comme des flancs, et ses joues rosées prirent une teinte plus soutenue. Et Domeki trouva ça… adorable. Oui c'était le mot. L'air complètement déboussolé du médium ne méritait pas d'autres qualificatifs.

Se ressaisissant, ce dernier détourna le regard sur ses mains en répondant :

- Je ne vois pas de quoi tu parles !

Domeki senti que son camarade avait besoin de retourner à quelque chose de plus familier. Il n'allait donc pas lui refuser, désireux de le voir un peu plus détendu.

- Alors, quoi de bon à manger ?

Ah ! Se dit Watanuki, ça c'était déjà plus le Domeki que je connais. Dixit estomac-sur-patte.

- Tu va bien voir si tu es patient.

- Tu es lent.

Watanuki râla de toutes ses forces et tendit son bentô au prince, avec un petite résurgence de l'émotion de la veille lorsqu'il cuisinait les chawanmushi, le buri daikon et les petits flans au macha. Non seulement par rapport à la simplicité des mets, mais aussi cette impression d'en dire long sur lui. Mais ce n'était qu'une impression, et il la chassa en se saisissant de sa propre part, plus pour se trouver une occupation que par faim. Si Domeki trouva les plats plus simple que ce que faisait habituellement son ami, il n'en dit rien. Watanuki mangea quelques minutes en silence avant de se risquer à jeter un coup d'œil sur son voisin.

Habituellement, ce goinfre était toujours silencieux et absorbé par son repas. Mais là quelque chose le clochait. Oui, il était silencieux et concentré, et même très concentré. Trop. Mais surtout c'était cette lueur dans son regard, un air… ému ? Ok, il semblait apprécier son repas mais tout de même, de là à être ému par de la bouffe ! Cette émotion inqualifiable dans le regard de Domeki le perturbait beaucoup. Il se replongea donc vite fait bien fait dans son propre bentô pour arrêter de penser à son camarade décidément très étrange aujourd'hui. Mais l'impression tenace qui l'avait saisi la veille restait.

Finalement, la quasi totalité du déjeuner se passa dans un silence religieux, hormis quelques politesses (''passe mois la sauce'' -''non''-''s'il te plaît''- ''voilà''). Domeki ne s'était pas départi de sa concentration sans faille ni de cette lueur qui imprégnait ses prunelles. Watanuki était en train de décréter qu'il venait de vivre la pause méridienne la plus étrange de sa vie.

Et pourtant il n'était toujours pas au bout de ses surprises.

Car après tout ce repas focalisé sur le repas qu'il tenait, Domeki releva les yeux et les planta dans ceux de Watanuki.

Rien n'aurait pu le préparer à ça.

C'était comme si il se retrouvait nu, corps et âme, devant Domeki, tant son regard était pénétrant. Ce qui aurait pu être très, très désagréable, s'il n'y avait pas eu autant d'émotions qui se bousculaient dans ce regard. C'était poignant, et comme de juste, il senti son cœur s'emballer. Tant de chose dans ce simple regard ! Compréhension, solitude, compassion, respect, tendresse… Watanuki sentait presque l'air vibrer entre eux sous l'intensité du moment, et il en eu la chair de poule. C'était comme si d'un seul coup leurs deux êtres s'était mis en résonance, se faisant écho. Un peu comme sur ce balcon, ou leurs solitudes respectives s'étaient répondues, mais en plus intense. Même leurs histoires se répondaient. Lui isolé durant toute son enfance, dans la grande bâtisse de sa marraine, mis à l'écart par les autres enfants à cause de sa singularité. Et Domeki, toujours cerné de monde mais si seul malgré tout. L'un exubérant pour obtenir un peu d'attention et combler le vide qui cherchait à l'engloutir, l'autre silencieux et distant pour protéger la place vacante dans son cœur dont on cherchaient à s'emparer.

Mais cette fois, ce qui se passait entre eux ne se limitait pas à cette compréhension mutuelle du drame qui les unissaient.

Pour Watanuki, il y avait également l'ébahissement de découvrir autant de sensibilité chez un homme qu'il pensait froid. De découvrir dans ces prunelles un cœur loyal, toujours à vif après la perte de ses êtres chers, et une telle honnêteté ! Mais aussi des trésors d'affection, comme si tout ce qu'il n'avait pas pu donner avait été soigneusement conservé en attendant quelqu'un qui en soit digne. Ce regard exprimait tout ce que son visage n'avait jamais dit. Ces yeux dorés qui avaient toujours vide et ternes semblaient d'un seul coup être deux soleils. Pour la première fois, face à Watanuki, l'être impénétrable était tout à coup comme un livre ouvert.

Domeki lui cherchait à retrouver dans les prunelles de son ami ce qu'il avait ressenti du bout de sa langue jusqu'au tréfonds de son être. Il ne s'était pas attendu à un plat aussi simple de la part d'un cuisiner aussi doué, mais pendant sa dégustation, il avait compris. La simplicité était au service de l'excellence ici. Mais ce n'était pas tout. Il y avait aussi dans le choix des plats quelque chose qui évoquait l'enfance, la complicité et la chaleur d'un foyer. Autant vous dire que ça l'avait remué profondément. Mais ce qui le touchait, c'était aussi la personnalité de son camarade.

Il savait déjà que Watanuki était quelqu'un de bien, même s'il le dissimulait derrière toutes ses récriminations et sa personnalité exigeante. Le prince étant quelqu'un d'observateur, il avait déjà lu entre les lignes et en partie percé à jour son ami : sa détermination, calme mais inébranlable quand il avait pris une décision, son intelligence et son sérieux, mais aussi sa gentillesse et sa prévenance. Bien sûr comme toutes les personnes profondément gentilles, il n'aimait pas qu'on le lui dise, (5) et préférait alors minimiser son importance. Évidement Domeki avait aussi aperçu la douleur que le médium camouflait derrières ses grands gestes et ses mouvements d'humeurs en dent de scie. Il avait entraperçu tout ça, mais n'en avait jamais contemplé la profondeur, et notamment sur un point. Watanuki n'était pas seulement gentil, mais bon. Du genre à se sacrifier pour ses proches. Et il sentait que si une telle chose devait arriver, rien ne pourrait le détourner de sa décision. Domeki enrageait presque à cette idée : les personnes comme ça, il faut tout le temps veiller dessus, sans arrêt, pour qu'ils ne se jettent pas sous les roues d'un carrosse à votre place ! Le médium était typiquement le genre de personne qu'il fallait protéger, de lui-même en premier lieu.

Et Domeki voulait être ce protecteur.

C'était peut être bien ce qui le chamboulait le plus. Par la nourriture, il pouvait certes découvrir la personnalité du cuisinier, mais là il en découvrait presque autant sur lui même que sur Watanuki. Certes, il y avait des choses qu'il avait remarqué avant, étant plutôt doué en introspection. Domeki avait vu les changements qui s'opéraient en lui depuis leur rencontre. Mais il n'avait pas mesuré assez leur étendue, ni même où tous ces changements le conduisait, inéluctablement.

Mû par cette prise de conscience et l'atmosphère particulière du moment, Domeki lâcha tout ce qu'il tenait pour attraper délicatement la main de Watanuki. Ce dernier ouvrit les yeux encore plus grands, avant de fixer sa main l'air incrédule pour s'assurer que ses sens ne lui mentaient pas. Domeki raffermit sa prise et le médium fut pris de frissons. Pourtant il ne faisait pas froid. Au contraire, la tiédeur de la main de son camarade semblait irradier.

Watanuki était complètement pris au dépourvu. Les événements s'enchaînaient les uns après les autres sans lui laisser le temps de reprendre pied.

Le désarmement de son camarade attisa Domeki. Il ne pouvait pas encore mettre de mots sur ce qu'il avait compris, mais son inconscient lui savait déjà ce qu'il voulait. Pas juste le contact d'une main, aussi douce soit-elle, pas juste son air paumé, aussi adorable soit-il. Faisant fi de ce qui était posé entre eux sur la nappe, il tendit son deuxième bras pour attirer vers lui l'objet de ses pensées.

(Et il le renversa sur la nappe et pris sa virginité par terre au milieu du lycée)

- Mais… que ?! fut tout ce que pu dire Watanuki avant de se retrouver dans les bras du prince, le nez sur son col.

Domeki le tenait fermement contre lui, mais sans pour pour autant qu'il est le sentiment d'être prisonnier. Il avait un bras enroulé autour de son dos, le deuxième glissant jusqu'à sa nuque, où sa main se faufila avec douceur au travers de ses mèches d'ébène. Cette étreinte bien que complètement contre-nature en théorie, enveloppait Watanuki avec tant de tendresse et de prévenance qu'il ne pu que se sentir choyé. Un sentiment qu'il avait oublié. Et qui répondait à un besoin qu'il pensait avoir enfoui loin, très très loin. Mais voilà, la situation venait de le rappeler à la surface, et impossible de l'ignorer à présent. Alors même si sa fierté allait en prendre un coup, il ne pu se résigner à reculer. Il ferma donc les yeux, se décrispa et changea de position pour pouvoir s'installer plus confortablement, laissant pour une fois son mental de côté et écoutant son instinct, qui lui disait que sa place ici et maintenant, n'était nulle part ailleurs.

oOo

- Oy, il faut ranger.

- Je sais ! Plutôt que de me donner des ordres évidents, tu ferais mieux de m'aider !

La première sonnerie les avaient surpris toujours enlacés. A vrai dire, Watanuki semblait même sur le point de s'endormir dans les bras de son camarade. Ce dernier s'en était inquiété. Se reposait-il assez la nuit ? Faisaient-il des cauchemars ? Tout en ramassant les compartiments vides du bento, Domeki l'observait. Oui, il avait l'air fatigué.

- Il faut qu'on soit en classe dans moins de 5 minutes.

- Mais je le sais ça ! Agite-toi un peu au lieu de me sortir des évidences !

Watanuki continua de rouspéter en repliant la nappe avant de la ranger. Il avait cependant l'air d'être rassuré de retrouver leurs chamailleries habituelles. Il faut dire que au moment de sortir des bras du prince, il avait l'air très mal à l'aise. Domeki devinait qu'il craignait d'avoir trop baissa sa garde dans leur ''câlin''. Pourtant il ne regrettait pas son geste une seule seconde. Les choses avaient même été au-delà de ses espérances. Non seulement son ami ne l'avait pas frappé, mais il s'était en plus laissé faire. Le jeune souverain se remémora la sérénité qu'il avait ressenti, à profiter pendant quelques temps de la tiédeur du printemps en serrant Watanuki dans ses bras. Le calme et la joie que lui avait procurer cette simple activité étaient sans pareil. Il allait être difficile de ne pas recommencer. Souvent. Mais il se doutait que s'il recommençait, le médium ne serait probablement pas aussi conciliant. Peut-être devrait il demander conseil à Himawari ?

oOo

En rentrant chez lui, notre jeune lycéen se dit que la journée avait été longue, une fois de plus. Mais elle se démarquait des autres longues journées de bien des façons. Déjà il y avait le comportement étrange de Domeki dès le matin, puis comme apothéose du non-sens ce qui s'était passé le midi. En ensuite pour ne rien arranger le prince n'avait pas arrêter de lui jeter des regards concerné tout le long de l'après-midi. C'était déjà très irritant, et en plus bonjour la discrétion ! Ses camarades de classe allaient finir par se poser des questions…

Et malheureusement pour lui, la journée n'était toujours pas terminée, et son lot de surprises non plus.

Son univers fut un peu plus perturbé encore quand il découvrit sa marraine, non pas vautrée sur son divan dans le salon, comme d'habitude, mais dans la cuisine, en train de préparer le repas avec Mokona, Maru et Moru.

Le choc fut tel qu'il resta une minute figé, à fixer le petit groupe qui s'activait dans ce qui était normalement son domaine. Finalement Yûko lui dit sans se retourner :

- Eh bien ! Referme donc la bouche avant de gober un insecte.

- Mais ! Mais… Qu'est ce qui te prends ?

Cette fois-ci Yûko se retourna et fronça les sourcils.

-Dis donc jeune insolent, j'ai le droit de faire la cuisine dans ma maison si ça me chante. Tu n'as pas des devoirs à faire plutôt que de rester planter là ?

Watanuki, estomaqué, ouvrit deux fois la bouche sans qu'aucun son ne sorte, avant de finalement renoncer et d'aller dans sa chambre, faire ses devoirs. Après tout ça lui laissait plus de temps pour lui s'il n'était pas de corvée cuisine !

Mais tout de même, depuis qu'il vivait ici, Yûko n'avait utilisée que trois fois sa cuisine en tout et pour tout, et seulement quand lui était trop malade pour s'occuper des repas. Alors quelle mouche l'avait piquée ? Et surtout : est-ce que le dîner allait être mangeable ?

Une fois son filleul hors de portée d'oreilles, Yûko se tourna avec un sourire victorieux vers son amicale boule de poil qui s'exclama :

- Pyuuu ! Quelle autorité !

- Je crois que je lui ai laissé un peu trop de liberté, heureusement que j'ai décidé de m'intéresser de plus près à lui ! Pour son bien évidemment ! Elle appuya sa déclaration d'un clin d'œil, avant de recommencer à touiller sa casserole.

- Bon tu as bien pris la fiole que je t'ai indiquée dans la réserve, hein ?

- Bien sûr ! Tu peux faire confiance à Mokona !

Les deux complices gloussèrent avant de continuer leurs petites affaires sous les encouragement de Maru et Moru qui dansaient à côté.

oOo

Première surprise : le dîner était mangeable. Et même bon. Ne pouvant attribuer cette réussite à sa marraine, il dû en tirer la conclusion que Mokona pouvait avoir son utilité, parfois. Mais cette première étrangeté ne vînt pas seule. Yûko lui avait portée une attention toute particulière : Elle lui avait posée des questions sur sa journée, le lycée, sa classe, ses professeurs, ce qu'il avait mangé ce midi… Ce qui déjà en soit était très bizarre. Puis voyant qu'elle n'obtenait que des réponses laconiques, elle avait changé de sujet et discutait maintenant à bâtons rompus avec Mokona et les deux filles d'un drama à l'eau de rose. Et tous lui jetaient des coup d'œil toutes les 30 secondes. Agacé par leur manège, il avait finit par s'écrier :

- C'est quoi le problème avec vous ?

Ils l'avaient alors dévisagés, l'air passablement amusés. Yûko prit la parole pour le groupe.

- Hé bien ! Hé bien ! Tu m'as l'air tendu mon p'tit Watanuki ! Quelque chose te tourmente ? Une histoire de cœur peut-être ?

Mokona se mit à glousser tandis que Maru et Moru répétait ''Une histoire de Cœur ! Une histoire de Cœur !'' en se donnant les mains. Watanuki lui avala de travers. Pourquoi, Kami-sama, pourquoi, venait-il de penser à l'autre empaffé ? Chassant vite fait la question et le-dit empaffé de son esprit, il répliqua à sa tutrice qu'il était fatigué et expédia la fin du repas en deux minutes pour pouvoir battre en retraite dans sa chambre. C'était sans compter sur les deux pestes qui le suivirent jusqu'à sa chambre en dansant et en chantonnant ''Une histoire de Cœur ! Cœur ! Cœur !''. Il claqua la porte, mais entendit tout de même les gloussements du reste de la maisonnée.


(4) Rei ici fait bien sûr référence à XXX Holic Rei la suite du manga (qui n'existe pas en série que je sache mais bon là j'ai adapté pour mon besoin!)

(5) cette phrase est une référence à ce que Shaolan dit à Kurogane dans le tome 14, après avoir vu le passé de notre Kuro toutou

Et voilà, j'espère que vous avez aimé, il se passe pas mal de chose dans cette journée pour notre pauvre Watanuki, mais aussi pour Domeki ! A partir de là, il évolue pas mal à mon sens. J'espère ne pas le faire trop OOC, mais en tout franchise c'est plutôt comme ça que je le vois, comme quelqu'un qui n'est pas froid mais qui intériorise beaucoup, et même trop ! Mais grâce au soleil de son amour pour Watanuki, la glace autour de son cœur va fondre et il va s'ouvrir à la beauté du monde ~ *envolée lyrique*

Hum... oui bon je sais c'est un peu too much dit comme ça, c'est pour ça que je le met dans les commentaires et pas dans la fic ! XD

Bon allez avec tout ça j'imagine que vous allez avoir de quoi réagir en review non ? ;)