Chapitre 15 : Souffrance et apparence / POV Tom Jedusor

C'était pour ce soir. Après plusieurs semaines de préparatifs, la cérémonie d'Âmogamie allait enfin avoir lieu. A part Severus, personne n'était en courant, ce qui était préférable, on ne sait jamais comment la cérémonie peut tourner et je ne tiens pas à avoir l'air faible devant mes partisans …

Aujourd'hui devait être une journée tout ce qu'il y a de plus calme et je comptais bien là-dessus pour me reposer au maximum. Après la destruction des Horcruxes, il y a quelques jours déjà, je m'étais pratiquement écroulé de fatigue, et ces derniers jours n'avaient guère été mieux : entre maux de têtes et fatigue croissante, les réunions avaient été difficiles à tenir. J'espérais bien pouvoir régler tout ça ce soir grâce à la cérémonie.

Après une rapide toilette, je me retrouvais à déambuler dans le manoir et particulièrement dans les jardins. Contrairement à ce que l'on aurait pu penser venant de moi, il s'agissait d'un endroit vraiment magnifique, avec beaucoup de fleurs différentes, aux senteurs exquises, avec des arbres fruitiers et des buissons touffus un peu partout. C'est l'endroit préféré des sœurs Black qui, je l'avoue, s'en occupent plus que moi. Bah quoi ? On ne peut pas et conquérir le monde et avoir un beau jardin ! Enfin bref. Après avoir observé le travail qui avait pu être fait pour conserver les fleurs (nous sommes en décembre, je vous rappelle), je décidais de m'installer sur mon banc, un peu en retrait du passage. Je me pris alors à méditer quant à ma futur apparence avant d'être interrompu par Bella.

« Maître, fit-elle en s'agenouillant.

« Qui y-a-t-il ? Demandais-je alors qu'elle se relevait en époussetant sa robe

« Je tenais à vous rappeler que les « bébés Mangemorts » arriveront ce soir, et je …

Ah oui, j'avais zappé ça …

« Oui, continue, l'incitais-je alors qu'elle s'était arrêtée en plein milieu de sa phrase et qu'elle regardait à présent ses pieds.

« Je … (elle reprit contenance et riva ses yeux dans les miens) Je voulais savoir si le marquage aurait également lieu ce soir ?

Non mais pourquoi tout vouloir faire ce soir au juste ?!

« Non. Le marquage n'aura pas lieu ce soir, je suis indisponible. Mais tu peux d'ores et déjà informer Narcissa qu'il aura bien lieu, mais pas maintenant.

A l'évocation de sa sœur, Bella avait blanchi. Non mais c'est à croire qu'on me prend vraiment pour un idiot ici …

Elle ferma son visage, et n'ajouta rien d'autre. Elle s'inclina respectueusement avant de quitter le jardin.

Je passais une bonne partie de l'après-midi ici, à méditer. En fin d'après-midi pourtant, je me forçais à aller dormir un peu.

Je dormis très mal, secoué par des cauchemars dans lesquels tout le monde se retournait contre moi alors que je n'étais qu'un adolescent : j'étais trahi par mes amis, abandonner, abattu (moralement), … Il ne me fallut pas longtemps après mon réveil en sursaut pour comprendre qu'il ne s'agissait pas de mes souvenirs, mais de ceux de quelqu'un d'autre, en l'occurrence ceux de Potter. Je ne savais pas ce qui avait bien pu se passer pour qu'il soit dans cet état, mais j'espérais bien l'apprendre ce soir lorsque Severus me donnerait son rapport.

Je fis monter mon dîner dans ma chambre avant de me préparer pour la cérémonie. Vers 21h, je quittais ma chambre pour rejoindre la réserve. Severus était déjà là.

« Maître, fit-il en s'inclinant, tout est près, on peut commencer.

En effet, un pentacle avait été tracé avec en son centre un chaudron bouillonnant. Severus s'activait autour de plusieurs chaudrons en même temps dont les couleurs tiraient un peu trop vers le noir. Quant aux ingrédients, je n'en voyais aucun, mis à part le flacon de souvenir. Ils devaient déjà être dans les différentes potions.

J'avais lu en détail la cérémonie, aussi je me dévêtis entièrement et entrait dans le chaudron du pentacle. Malgré son aspect brûlant, la potion à l'intérieur se révéla tiède et parfaitement agréable au toucher, si l'on exclu l'odeur de moisissure qui s'en échappait. Une fois totalement immergée, j'eus l'impression d'être dans une énorme bulle d'air. Mon corps semblait s'être rétréci et j'avais l'impression de me trouver non pas dans un chaudron mais dans un lac, un lac vert émeraude avec quelques bulles qui s'échappait. Je perdis rapidement la notion de l'espace et du temps, jusqu'à ce qu'une douleur fulgurante me brise de ma quiétude. Celle-ci semblait venir de mon cœur, comme si l'on venait de m'enfoncer une seringue de venin. La douleur se propagea rapidement à tout le corps. J'étais comme rongé par l'acide de l'intérieur. C'était au delà du supportable, à côté même un doloris à pleine puissance était indolore. Je me mis à hurler, à me débattre, je voulais que ça s'arrête. La sueur perlait de tout mon corps malgré le fait que j'étais dans un liquide et je me recroquevillais un peu plus en position fœtus lorsqu'elle commença enfin à diminuer. Pourtant, à peine m'étais-je remis de la vague de douleur qui m'avait presque terrasser qu'une deuxième arriva. Je hurlais à m'en déchirer les cordes vocales. J'avais l'impression que j'allais m'arracher les yeux. Mes ongles m'étaient rentrés dans la peau et le sang coulait abondamment par les blessures. Pendant un moment de lucidité, à travers mes cris et la douleur toujours plus forte, je pus discerner dans mon esprit une personne qui s'évanouissait. Je ne pus vraiment réfléchir à ce que je venais de voir, la douleur recommença. J'eus l'impression que cela durait des heures et des heures. Je ne perdis pas conscience, pas une seule fois, comme si mon corps refusait que je me soustraie à cette douleur que je méritais. Puis d'un seul coup tout s'arrêta. J'eus du mal à réaliser au début, tellement mon corps était meurtri par les crampes et secoué par les spasmes. Alors que ma respiration revenait peu à peu, j'aperçus un mince filet blanc s'enrouler autour de ma bulle. Celui-ci la perça et me foudroya littéralement. J'eus un flash de lumière aveuglant et puis plus rien.

Lorsque je me réveillais, j'étais dans mon lit. Inquiet, je me relevais précipitamment avant de me ré-écraser dans mes oreillers à cause du violent mal de crâne que je venais d'avoir. Je vis Severus arriver à ce moment là de la salle de bain.

« Maître, ne bouger pas, vous aller rouvrir les plaies.

« Quelles …

Je n'eus pas le temps de finir ma phrase, Severus avait fait apparaître un miroir devant moi. Mon visage était ravagé par des griffures et j'avais effectivement essayé de m'arracher les yeux comme le montraient les griffures autour de ceux-ci.

« Je vous laisse imaginer le reste du corps … Dit Severus.

Pourtant, malgré le fait que, pour le moment j'étais totalement défiguré, ce qui me frappa le plus fut mon visage : il était humain ! Toujours aussi pâle, ma peau n'avait pourtant plus cet aspect de reptile qu'elle avait avant. Je remarquais aussi que j'avais retrouvé mes cheveux noirs un peu court même si j'avais du en arracher un certain paquet vu les trous sur mon crâne, de même, j'avais retrouvé mes yeux onyx bien que tirant un peu vers le rouge sang.

La cérémonie était donc un parfait succès … si on supprime la douleur occasionnée et l'aspect d'automutilé que j'ai actuellement.

D'ailleurs, une question me brûlait les lèvres.

« Severus … (ma voix ressemblait plus à un gargouillis qu'à une voix)

« Oui Maître ?

Il était occupé à changer mes bandages sur le visage.

« Pourquoi n'utilises-tu pas un sort pour faire ça ?

Il ne répondit pas tout de suite. A la place, il recula et prit sa baguette en la pointant sur moi.

« Mais qu'est-ce que tu … Commençais-je.

« Je vais vous montrez pourquoi … Expelliarmus !

Je m'attendais un être expulsé contre le mur, mais à la place un immense bouclier vert se matérialisa et aspira le sort.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? Demandais-je ahuri

« Je n'en suis pas sûr, mais j'ai une théorie.

« Et tu attends quoi pour la dire ?!

« D'après moi, la cérémonie a dut vous vider de pratiquement toute votre magie, je dirais qu'à la fin, il vous restait à peine 1% de magie …

« Tu veux dire que j'étais à la limite d'être un Cracmol ?!

« Plus ou moins, en tout cas, à ce moment là, un énorme dôme de lumière s'est formé autour de vous. Impossible de lancer un sortilège, même pour vous déplacer. Je pense que votre magie était en train de se reconstruire d'elle-même. Lorsque le dôme a disparu, je vous ai amené ici, discrètement évidemment, mais je ne peux toujours pas vous lancer de sort, même pour vous soigner.

« Je vois …

Je n'arrivais pas à savoir si c'était ou non une mauvaise nouvelle. Après tout, j'avais une défense inviolable pour le moment.

Severus continua les soins. Lorsqu'il enleva la couette qui me recouvrait, je pus voir l'ampleur des dégâts : pour faire simple, mon corps entier était recouvert de bandages. Severus répondit à ma question muette.

« En plus de vous être mutilé avec vos ongles, la douleur a également causé de sacrés dommages sur vos os. En clair, vous avez tous les os des jambes brisés. Je vous ai administré du Poussoss mais même avec ça, et surtout si je ne peux vous soigner que sans magie, ne comptez pas pouvoir remarcher avant au moins une à deux semaines.

Sa phrase me laissa sans voix et de toutes façons j'étais trop éreinter pour ne serait-ce que réagir. Les soins continuèrent encore un moment avant que Severus finisse par se relever.

« Autre chose Maître. J'ai les informations sur Potter que vous souhaitiez (il déposa un parchemin sur la table de chevet avant de se diriger vers la porte). Sachez que c'est M. Malefoy qui s'est acquitté de cette mission et ce, avec beaucoup de sérieux, bien qu'ignorant les motivations de son acte.

« Très bien, je saurais m'en souvenir.

« Je reviendrais demain pour les soins. Maître (il s'inclina).

« Une dernière chose …

« Maître ?

« Désobéit-moi encore une fois et je ferais une potion avec tes ossements. Ais-je été assez clair ?

Il savait que je faisais référence à Malefoy, et il savait aussi que, malgré mes blessures et ma nouvelle apparence je restais Lord Voldemort. Aussi il hocha simplement la tête avant de quitter la pièce.