Chapitre 20 : Retrouvailles / POV Harry Potter
Les jours précédant mes retrouvailles avec Sirius passèrent à une vitesse extrêmement lente. Ayant cette fois-ci définitivement fini mes devoirs pour la rentrée, je me contentais désormais d'errer dans le château. Voldemort ne m'avait pas recontacté et je ne savais pas si ça m'enchantait ou si ça m'agaçait … Après tout, ça me faisait toujours quelqu'un avec qui parler. Non non j'suis pas du tout désespéré …
Enfin bref, les jours finirent par passer et mercredi arriva. J'étais vraiment stressé, surtout que Sirius ne m'avait rien confirmé ... J'allais donc voir en arrivant là-bas. Je n'avais quasiment pas dormi de la nuit et je n'avais rien put manger ni ce matin ni ce midi. Au lieu d'errer sans fin dans le château, j'avais pris ma cape, ma carte, et m'étais rendu dès le début d'après-midi à Pré-au-lard. Les confiseries de chez Honeyduck me redonnèrent de l'appétit alors que je ressortais avec un paquet de Chocogrenouille et différentes sucettes colorées. Il devait être 16h lorsque je me dirigeai vers la grotte. Elle était vide ... Le stress commença à monter alors que les minutes défilaient. Et si ma lettre avait une nouvelle fois été interceptée ? Et si Sirius s'était fait arrêté à cause d'elle ? Et si ... Et si ... Mes ongles allaient finir par être rongés jusqu'au sang si je ne me détendais pas rapidement ...
Une ombre noire passa soudain devant l'ouverture. Un gros chien noir fit son entrée en s'ébrouant vivement. Avant même que Sirius n'ait repris forme humaine, je m'étais déjà jeté sur lui, l'étreignant à plein bras, le faisant sourire.
« Harry ! Tu m'étouffes un peu là !
« Excuse-moi ! Lui répondis-je en le relâchant ... un peu. C'est juste que ... ça me fait tellement plaisir de te voir !
« Mais moi aussi, moi aussi, surtout qu'il me semble que nous avons pas mal de choses à nous dire non ? On s'assoit peut-être ?
On s'assoit tous les deux l'un en face de l'autre. Sirius a meilleure mine : il a repris du poil de la bête (sans mauvais jeu de mots ...) et ses cheveux sont lavés et coiffés, révélant de longues boucles brunes, non perceptibles il y a encore un an. Ces yeux bleus pétillent comme jamais : il a vraiment l'air heureux d'être ici.
« Tu as meilleure allure, commençais-je assez maladroitement non pas que je sois intimidé, non c'est juste que je ne sais pas quoi dire, je ne sais pas par où commencer ...
« Toi par contre tu as une mine affreuse (il me regarde d'un air accusateur, la tête légèrement penchée sur le côté). Tu as arrêté de dormir ou quoi ?
« Pas exactement non, juste que je n'ai pas très bien dormi cette nuit vu que je n'avais pas reçu de nouvelles de ta part, je n'étais pas sûr que tu viennes, ni même que tu ailles bien ...
« Si tu n'as rien reçu, c'est qu'il n'y avait rien à recevoir : je suis désolé mais je n'ai pas voulu prendre le risque d'être intercepté. J'ai brûlé ta lettre dès que je l'ai reçu, quitte à devenir limite parano ...
« Bienvenue dans mon monde ... Murmurais-je alors.
« Harry, il faut que tu m'expliques deux-trois petites choses : c'est quoi cette histoire de mission pour l'Ordre ? Et puis qu'est-ce qui s'est passé avec Ron et Hermione ? Parce que Dumbledore ne veut rien dire donc ...
« Ca va être long à raconter, j'espère que tu n'es pas pressé ...
« J'ai tout mon temps. Mais avant que tu ne commences, j'aurais une simple question à te poser ...
Avant que je n'aie pu faire le moindre mouvement, il pointe sa baguette droit sur moi, à l'emplacement de mon cœur qui s'accélère à une vitesse vertigineuse.
« Sirius ! Qu'est-ce que tu fabriques !
Sa baguette s'enfonce dans mon tee-shirt alors que mon parrain est toujours assis à mes côtés, mortellement calme.
« Comment me suis-je échappé d'Azkaban ?
« Sirius ! Arrête !
« Réponds !
« Tu ... tu as quasiment arrêté de manger et t'as perdu du poids ce qui t'as permis de passer au travers des barreaux sous ta forme de chien ! C'est bon maintenant ou tu as besoin d'autres questions pur être sûr que je suis bien moi ?!
« Excuses-moi Harry (il baisse sa baguette). Je devais être sûr que c'était bien toi ...
« Pourquoi ?! (Mon ton est plus agressif que je ne l'aurais voulu) Parce que je n'ai pas reçu tes lettres ? Ou parce que tu crois que je n'ai pas voulu venir passer les vacances chez toi ?! Ou encore parce que Ron, Hermione ou même Dumbledore refusent de te parler de moi ?! Hein ! C'est ça ?!
« Harry calme-toi. En effet, il y a des rumeurs qui circulent à ton sujet au sein de l'Ordre et je souhaitais mettre au clair l'une d'entre elles ...
« Et je peux savoir ce que l'on raconte sur moi au juste ?!
Il fallait que je me calme je sentais déjà ma magie crépiter autour de moi et ce n'était pas bon ... Je respirais profondément ... plusieurs fois de suite.
« Je ne t'en ferais part que lorsque j'aurais eu ta version des faits.
« Très bien !
Je m'adosse contre la roche et je déballe tout, n'omettant aucun détail : je commence par la relation entre Ron et Hermione, qui me mettait de plus en plus à l'écart, puis par leur « trahison » lorsqu'ils avaient appris que j'étais gay je lui parlais aussi de Draco et des Serpentards, des excuses du premier et mon acceptation au sein de la maison. Le visage de Sirius eut un tic de mécontentement pourtant il ne dit rien, ne fit aucune remarque et me laissa continuer. Je lui parlais de la solitude que j'avais pu ressentir avec ceux qui se disaient être mes amis, des regards noirs qu'avaient pu me lancer les élèves de ma propre maison lorsque j'avais rejoint les Serpentards, du soutien que j'avais pu recevoir de mes anciens ennemis, des moments de joie que j'avais partagé avec eux. Je lui dis qu'ils m'avaient rendu le sourire, ce qui le fit grimacer de plus bel. Je lui parlais de la lettre que je lui avais écrite, de la réponse assez sèche que j'avais reçu de Dumbledore, de la mission pour l'Ordre que celle-ci évoquait et de l'interdiction à peine voilée qu'elle comportait sur le fait de lui écrire de nouveau. Je terminais sur la trahison de Draco, sur la douleur que j'avais ressenti, sur l'immense sentiment de culpabilité qui m'avait envahi lorsque j'avais compris que j'avais permis cette récolte d'informations, et sur la solitude qui m'avait retrouvé et qui ne semblait plus vouloir me quitter depuis. Je lui expliquais que j'étais perdu, que je n'avais plus foi ni en Griffondor ni en Serpentard. Je lui dis que je me sentais abandonné par l'Ordre et surtout par Dumbledore. La seule chose dont je ne lui parlais pas c'était ma rencontre nocturne de la veille avec Voldemort, parce que je me sentais déjà assez idiot d'y être allé seul et ensuite parce que notre conversation avait été trop ... surréaliste et que je ne savais toujours pas quoi en penser. Par contre, je lui parlais de l'épisode « Hedwige » en omettant toutes fois de lui faire part des accusations que je portais sur Dumbledore et Voldemort. Il y eut un petit silence à la fin de mon récit et, pendant quelques secondes, j'eus l'impression qu'il allait se mettre à hurler, à propos du fait que je sois gay, que j'ai tourné le dos à ma propre maison pour rejoindre les Serpentards, que j'ai été un abruti de me laisser assez manipuler pour que l'on puisse exploité des informations sur moi, ... Pourtant, mon argumentation devait être assez convaincante, mes sentiments assez bien exprimés, car Sirius demeura muet. Il esquissa un mouvement après de longues minutes silencieuses et ... m'attira dans ses bras.
« Oh Harry ! Je suis tellement désolé, désolé que tu es pu penser que tu étais seul ... Je croyais pourtant que tu savais que je serais toujours là pour toi ...
« Alors tu ... tu n'es pas fâché ou ... déçu ?
« A propos de quoi ?
« Du fait que je sois gay ou ... ou que j'ai pu rejoindre les Serpentards ?
« Écoute Harry, étant moi-même gay, je n'y vois aucun problème quant aux Serpentards, d'après ce que tu m'as dit, tu étais dans un état que je qualifierais de « psychologiquement instable » et t'es donc tourné vers ceux qui auraient pu t'accorder du réconfort avec leurs belles paroles empoisonnées. Personne ne peut t'en vouloir pour ça, Harry. En tous cas, cela me permet de mieux comprendre certaines choses ...
« Comme quoi ?
« Comme le fait que Dumbledore pense que tu es possédé ...
« QUOI ?!
Non mais c'est une blague ! Je dois faire une tête de six pieds de long alors que j'attends une explication qui ne semble pas vouloir venir. Sirius ne semble pas fier de ce qu'il a dit : il fixe le sol comme si celui-ci venait subitement de s'illuminer.
« Harry, j'ai bien dit que c'était l'idée de Dumbledore. Je voulais attendre de t'avoir parlé pour savoir quoi en penser ...
« Attends parce que tu penses que c'est vrai en plus ?! Mais je suis pas possédé, merde !
« Comprends-nous Harry : on croyait que vous vous aimiez Ginny et toi, et voilà que tu nous annonces être gay, ce à quoi je ne vois aucun problème bien sûr ...
Bizarrement, c'est pas l'impression que ça me fait ...
« ... ensuite tu me dis que Ron et Hermione t'ont quasiment viré de la maison Griffondor alors qu'eux répètent à corps et à cris qu'ils ne te reconnaissaient plus et qu'il commençaient à avoir peur de toi : Tu-sais-qui quitte une bataille en t'apercevant, tu dis être gay alors que ta relation avec Ginny était plus qu'explicite, tu fais la paix avec Draco Malefoy et vous devenez amis, et tu finis par carrément intégrer la maison Serpentard alors qu'il n'y a pas plus Griffondor que toi ! Tu ne crois pas qu'il y ait matière à s'interroger ?
Je suis sûr le cul : j'hallucine que l'on ait pu utiliser tous mes faits et gestes contre moi et ainsi faire croire que je suis possédé. Et ce sont mes anciens meilleurs amis qui ont fait ça ?! Comment peut-on ainsi jouer avec la vérité et se dire de Griffondor ?!
J'ai les poings serrés à m'en faire péter les ligaments : je n'ai jamais eu autant envie de tuer Ron et Hermione ...
« ... et puis, continue Sirius, il y a mes lettres auxquelles tu n'as pas répondu ...
« Je t'ai déjà dit je n'avais rien reçu ! Elles ont du être interceptées !
« Entre nous Harry, qu'est-ce qui est le plus facile à croire : que quelqu'un ne veut pas que l'on communique, pour une raison X ou Y, ou que tu as « délibérément » choisi de ne pas y répondre ?
« Je ne peux pas croire que tu puisses penser ça ...
Mes yeux commencent à me piquer : la colère a laissé place à la colère. Pourquoi Sirius ne comprend-t-il pas que l'on peut changer ? Comment peut-il choisir de croire Ron, Hermione et Dumbledore plutôt que moi ?
« Je ne pense rien Harry (il soupire), je ne fais que constater les faits ...
« Tu as une manière bien arbitraire de constater les faits alors ...
« Harry ...
« Et puis je pense que je le saurais si j'étais possédé !
« Pas forcément Harry ... Si tu acceptais juste que Dumbledore recherche des traces de sortilèges sur toi, tu ...
« Attends ! Ne me dis pas que tu es venu ici dans le simple but que j'accepte de me faire examiner par Dumbledore ?!
« Bien sûr que non. Mais ça pourrait t'aider si jamais ...
« C'est hors de question !
Je me suis relevé, littéralement hors de moi. Moi qui avait déjà l'impression d'être « l'objet » du camp de la lumière, là on me le fait carrément comprendre. C'est comme si j'étais « cassé », « hors d'usage » et que l'on souhaitait me réparer. Et bah cette fois je dis stop : la marionnette en a ras-le-bol d'être tiré par ses ficelles ! Je veux pouvoir faire ce que je veux sans avoir besoin de me justifier sans cesse, surtout auprès de ceux qui se disent mes amis ou même ma famille ...
« Tu n'arranges pas ton cas en disant ça, tu sais ...
« Écoute Sirius, si chacun de mes actes ou de mes choix doit être calculé, analysé, critiqué voire même corrigé simplement parce que je suis l'élu alors je dis stop. Je n'ai rien demandé de tout cela et tu le sais parfaitement ! Personne ne devrait faire ce qu'il ne veut pas faire !
Sirius est abasourdi, la bouche grande ouverte. Lorsqu'il reprend la parole, je suis à l'entrée de la grotte, près à partir je ne me retourne même pas.
« Tu as changé Harry je ne sais juste pas encore si c'est en bien ou en mal ...
« C'est vous tous qui m'y avait poussé. Vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même.
Je quitte la grotte sans un regard en arrière. Je tiens dis pas avant de fondre en larmes. Je ressers les pans de ma cape et me dirige vers le château, plus seul que jamais.
