Ceci est une REPUBLICATION (2010) de ma fan-fiction basée sur la saga Twilight de Stephenie Meyer. Je ne touche AUCUN argent dessus. Sachez que ses personnages, les rares fois où ils interviendront, lui appartiennent totalement. Je me suis contenté d'emprunter son univers vampirique et y placer mes propres personnages. Je n'étais pas satisfaite de la gentillesse avec laquelle elle dépeignait les vampires, véritables mythes littéraires, alors j'avais décidé d'en faire une histoire sensiblement plus… dure.
Je ne l'ai pas touchée depuis que je l'ai retirée il y a de ça quelques années. Il y a des fautes d'orthographe, de grammaire, et pas mal de clichés au niveau de l'histoire. Je commençai à peine à écrire à l'époque. Je n'ai malheureusement pas le temps de l'éditer (le travail, mon propre roman en cours, tout ça, tout ça) mais comme j'ai eu plusieurs demandes (en passant par des « supplications » et des « menaces » hé hé) de republication, je me décide à la remettre avec plaisir.
Des anciennes seront peut-être contentes de replonger dans l'histoire. Et la bise aux nouveaux/nouvelles venu(e)s.
Je publierai un ou deux chapitres par semaine (maximum 15 jours de trou entre chaque).
Bonne lecture.
Votre dévouée,
Kimy Green.
Note importante : C'est normal qu'Arthur ne brûle pas au soleil. Ça fait, en quelque sorte, partie de son pouvoir. Bonne lecture.
1.
THIS MEANS WAR
Même si ces instants me semblaient désagréables sur le coup, je ne peux m'empêcher d'y songer avec une certaine douceur, aujourd'hui.
Ce n'était rien en comparaison de ce qui nous attendait.
Lily Constance.
— Lily ! Dépêche-toi de descendre ! Sale gamine tu veux vraiment tout faire pour m'énerver, hein ? Lève-toi !
Je soupirai et ne bougeai pas immédiatement face aux cris de mon père, restant sur le toit de ma maison : j'étais passée par la fenêtre de ma chambre laissée ouverte et pouvais parfaitement entendre les jolies phrases que mon géniteur me « chantait » depuis le rez-de-chaussée.
— Ferme-la, soufflai-je tout en recrachant la fumée de ma cigarette dont je balançai la fin dans le petit jardin d'en bas.
J'escaladai avec facilité le rebord du toit pour atterrir en souplesse sur le carrelage glacé. J'allumai ensuite ma chaîne hi-fi, faisant résonner un air rock plutôt stimulant afin que mon père comprenne que j'étais levée sans que je n'aie à descendre du premier étage.
Inutile de songer à me laver ou à m'habiller, c'était chose faite depuis bien longtemps. Je me réveillais toujours une heure avant l'aube, que je me couche tôt ou tard, je n'arrivais pas à m'enlever cette manie que m'avait donnée ma mère : toujours debout pour voir le soleil se lever.
Mon père pensait sans doute que, depuis la mort de maman, j'avais oublié notre ancienne habitude. Grossière erreur. J'aurais pu le lui avouer pour éviter qu'il ne me hurle dessus chaque matin mais j'aimais le provoquer.
Il était loin d'être un père modèle et je n'étais pas non plus une enfant adorable. Alors je continuais mon manège en quittant ma chambre toujours à la dernière minute.
Je pris mon sac et sorti de la chambre, descendant l'escalier sans me presser, et me dirigeai d'un pas lent vers mon père.
Je retins un rire amer. C'était fou comme chaque scène pouvait inlassablement se répéter dans ma vie. Il me faisait face, furieux, et semblait prêt à hausser encore une fois le ton.
Fuyant son regard noir, je laissai traîner mes yeux au hasard et m'arrêtai en tombant sur mon reflet dans le large miroir trônant au milieu du salon.
Mes longs cheveux roux flamboyant encadraient mon visage couleur crème, faisant ressortir mes yeux gris bleu. J'avais échappé aux taches de rousseurs, ce dont j'étais particulièrement reconnaissante envers mère nature. Rousse, pâle ET avec des taches de rousseurs, j'aurais été un cliché ambulant.
J'étais jolie, pas d'une beauté exceptionnelle mais cela ne me dérangeait pas. J'aimais bien trop pouvoir me moquer des filles soit-disant parfaites.
Je remontai discrètement mon jean qui descendait trop bas, à mon goût. En vérité, j'étais loin d'être en surpoids. Je mangeais pourtant comme un ogre.
Mon père claqua ses doigts devant mon visage, me faisant sursauter et attirant à nouveau mon attention sur lui.
— Ça t'amuse d'être si insupportable ? siffla-t-il, me dominant de toute sa hauteur.
— Non.
Je retenais à grand peine un soupir exaspéré face à sa colère : quand comprendrait-il enfin que cela faisait bien longtemps que je ne l'écoutais plus ? Mon impassibilité, du haut de mes dix-sept ans, pouvait surprendre. Cependant, lorsque vous êtes habitués à être traité comme une moins que rien vous avez deux options. Soit vous vous laissez abattre, soit vous vous battez. Moi, je n'avais jamais été du genre à fuir un combat.
– Tu ne traînes pas ce soir comme tu en as l'habitude ! Je ne pourrais pas venir te chercher...
– …Comme si tu venais d'habitude, le coupai-je avec une amertume mal contenue. Je prenais le bus depuis mon entrée au lycée, et j'étais actuellement en première.
– Je sais que tu finis à dix-sept heures alors pas d'entourloupes en me disant que tu finis plus tard pour te balader un peu partout à ta guise !
– Oui, papa.
Il m'observa un bon moment, cherchant la moindre faille dans mon expression puis se recula, satisfait. Il se retourna pour prendre le sac qu'il emportait toujours avant d'aller au travail.
Je le quittai sans un « au revoir » et je repoussai ce sentiment gourd, un peu désespéré, qui précédait sans arrêt la question « Comment en étions-nous arrivés là depuis la mort de maman ? »
J'ouvris la porte d'entrée et m'élança dehors, ayant un certain besoin d'air frais. La porte claqua derrière moi dans un bruit sourd et une légère brise fit doucement voleter quelques mèches devant mes yeux.
J'avais parcouru plusieurs mètres lorsque trois coups de klaxon me firent sortir de ma torpeur.
– Hé ! Belle rousse ! Je peux te déposer quelque part ? s'écria une voix féminine enjouée qui m'était très familière.
Je me retournai lentement, sourire aux lèvres, afin d'apercevoir Elena Pellissi, jolie blonde aux yeux bleus qui me servait d'amie.
– Encore un peu et je me tapais tout le chemin à pied. Bon sang, Lena, ça t'arrive d'être une fois à l'heure dans ta vie ? grognai-je plus pour la forme que pour autre chose, tout en avançant vers la voiture rouge à moitié cabossée, héritage de son grand frère.
– Oui je vais bien, merci de t'en inquiéter ! Bien le bonjour à toi aussi ! répliqua-t-elle vivement, affichant un sourire narquois, en retirant son sac du côté passager pour que je puisse m'y installer.
Je lui lançai un regard amusé qu'elle me rendit et la voiture continua sa route vers le lycée dans un silence paisible. Les vitres ouvertes faisaient virevolter ses cheveux bouclés dans tous les sens et ça la faisait rire.
Elena avait dix-huit ans et nous nous étions rencontrées lors de notre année de seconde. Notre amitié n'avait pas vraiment commencé dès le premier regard. Nous avions toutes deux de –très– forts caractères et, une fois entrés en collision, les étincelles avaient été nombreuses. Le temps avait toutefois fait son œuvre et avec lui s'en était allé notre méfiance et nos carapaces respectives. Nous ne nous étions plus quittées un seul instant.
Malgré la ressemblance de nos tempéraments explosifs, un léger détail nous différenciait néanmoins : son penchant pour la bagarre. Elle pratiquait régulièrement la boxe en dehors des cours, son grand frère enseignant cet art depuis des années.
Elena adorait frapper et s'était faite une réputation de cogneuse hors pairs.
Je souriais en pensant aux nombreuses personnes qui s'étaient fiées à son air angélique et à sa bonne humeur constante. Ceux qui avaient osé la défier étaient repartis avec des bleus en plus et de la fierté en moins.
Je n'aimais pas spécialement la violence, préférant manier sarcasmes et ironie. Ainsi, les gens me fuyaient, craignant que je leur rabatte le caquet.
Moi, faire peur aux gens ? Ça m'amusait.
Nous n'étions pas méchantes mais nous savions nous défendre en cas de besoin. Nos enfances assez catastrophiques nous avaient appris à nous protéger toutes seules, d'une manière ou d'une autre. C'était précisément ça qui nous avait rapprochées. Et puis j'admirais la grande gueule d'Elena tout autant qu'elle ne pouvait plus se passer de mes commentaires mordants.
– Tu sais que la dispute que tu as eue hier avec Arthur a fait le tour du lycée ? Déclara-t-elle d'un ton trop détaché pour ne pas être intéressé.
Oh non. Pas encore lui. C'était officiel : Arthur O'Brian était mon Enfer personnel.
Depuis que son secret ne m'était plus secret, il avait eu l'idée, fort fâcheuse je dois bien l'avouer, de me martyriser. Comme pour me rappeler ce qui me pendait sous le nez si j'osais révéler qu'il était un vampire. Allons bon, c'était évident qu'on aurait prit ma déclaration au sérieux et qu'on l'aurait capturé. La bonne blague, j'en riais encore. Jaune le rire, bien sûr.
Ma vie était merveilleuse. À la maison, mon père ; au lycée, Arthur O'Brian. Chouette tableau, non ?
– Laisse-moi deviner... Tu as parlé à Vincent ? Lançai-je de mauvaise humeur.
Elle éclata de rire en évitant soigneusement de renverser une grand-mère qui était entrain de traverser. Vincent était la pire commère de toute la France entière et, accessoirement, c'était aussi mon meilleur ami que je connaissais depuis la maternelle. Nous étions tous les deux dans la même classé, séparés d'Elena. De ce fait, elle n'avait pas pu assister au charmant échange qui avait eut lieu entre le suceur de sang et moi la veille.
Je me mordis les lèvres.
– Je l'ai eu au téléphone hier et je dois dire que je suis fière de toi ! Il était grand temps que tu réagisses, Lily. Je n'ai jamais compris pourquoi tu ne l'as pas envoyé balader auparavant.
Mon silence face au mauvais traitement d'Arthur à mon égard en avait surpris plus d'un. Elena en tête. À un tel point qu'elle avait voulu lui casser de nombreuses fois la figure. J'avais joué des pieds et des mains pour l'en empêcher. S'attaquer à un vampire n'était pas une bonne idée : l'ivrogne décédé sous mes yeux il y a deux mois pouvait en témoigner.
– Ça ne t'es jamais arrivée de te réveiller un beau matin et de te dire « je vais essayer d'être un peu plus mature et arrêter de me battre avec le monde entier ? » ?
– Si. Généralement je me recouche et ça passe, répondit-elle franchement et je ne pus m'empêcher de sourire.
– Je ne voulais pas me disputer avec lui parce que j'avais déjà assez de problème comme ça.
Elle me jeta un regard sceptique, ne croyant pas un seul instant mes paroles.
– Lily…
– Ne va pas là. On a déjà eu cette discussion des centaines de fois et tu sais que ça ne finit jamais bien.
– Tu ne sais même pas ce que je voulais dire ! s'offusqua-t-elle faussement. J'allai te proposer de venir quelques temps chez moi. Mon frère se fera une joie de parler à ton père si jamais il refuse, reprit-elle plus sérieusement.
– Je sais, Lena. Merci mais je n'ai pas besoin de ça pour l'instant. Je vais bien, je t'assure.
– Et moi je ne trouve pas que tu aussi bien que tu le prétends, dernièrement. Tu es trop calme.
– Tu te plains que je me sois assagi ? demandai-je, amusée.
– Parfois ça me manque de ne plus te voir te disputer avec les imbéciles du lycée, admit-elle et mon sourire se fanât. C'est comme si tu t'étais éteinte. Comme si tu avais peur.
Ma gorge se serra et mon cœur rata un battement.
Il ne fallait pas qu'elle aille dans cette direction qui la conduirait immanquablement à Arthur. Au vampire.
Cela faisait deux mois que je déambulais dans une sorte de floue étrange. J'acceptais le fait qu'Arthur était un monstre. Ce qui ne fut pas facile à faire car j'avais toujours crus que les vampires n'étaient que des songes sortis tout droit de l'imaginaire de personne farfelus ou dérangées.
Je ne parvenais pourtant pas à réaliser à quel point cela bouleversait ma vision du monde. C'était comme si mon esprit était endormit, refusant d'affronter totalement cette vérité terrifiante. D'autres que moi auraient pu être plus qu'intéressés par la situation malgré la peur. Mais voilà : je ne faisais pas partie de ces gens, étant habituellement extrêmement terre à terre.
– Tu es sûre que tu n'as rien fait pour l'ennuyer ? continua-t-elle, ignorant ma mine renfrognée. Tu n'as pas refusé ses avances sans même t'en apercevoir ? Du jour au lendemain il a commencé à te faire vivre un Enfer alors que vous ne vous étiez jamais vu.
– Techniquement, si. Nous sommes dans la même classe.
– Ne joue pas sur les termes, m'intima-t-elle, ses sourcils blonds se fronçant imperceptiblement.
– Non, il ne s'est rien passé entre nous.
Il a juste assassiné – pardon, sucé le sang – d'une personne pour m'éviter une agression. Bonjour la crédibilité.
Mes mains devinrent moites lorsque le bruit de succion sembla résonner dans mes oreilles. Il m'arrivait de me réveiller en sursaut avec ce bruit jouant dans ma tête, depuis cette nuit. Je devais souvent dormir toutes lumières allumées, au grand désespoir de mon père, persuadé que je faisais ça pour l'exaspérer davantage.
– Tu ne t'en es peut-être pas rendu compte ? insista-t-elle.
– Je te dis que non, lançai-je plus fermement, agacée qu'elle se pose trop de question sur ce monstre.
Je préférerai finir sous ses crocs plutôt que de laisser Elena attirer son attention.
Un frisson glacé me parcourut l'échine rien qu'à l'idée qu'une telle chose puisse se produire.
– Quelque chose est arrivé, assena-t-elle, têtue. Et il a dû te faire des menaces, sinon tu ne serais pas aussi sage ! Tu sais que je peux lui casser la gueule si c'est le cas ! Ce n'est pas parce qu'il est assez flippant ou populaire que je reculerais, tu sais.
Je me mis à rire, essayant de cacher ma peur.
– Tu te fais des films. Mais je t'assure que si un jour il me menace, je te tiendrai au courant.
Elle me fixa un long moment, suffisamment long pour que je me fasse du souci pour les automobilistes arrivant en sens inverse.
– Très bien. T'as intérêt à ne plus te montrer soumise avec lui, ma belle. Parce que c'est terminé. Je ne le laisserai plus, lui ou ses suiveurs stupides, te manquer de respect.
Je hochai la tête alors qu'un déclic se produisait dans ma tête. Je ne m'étais pas battue depuis la mort de ma mère pour me laisser intimider par un vampire. J'étais absolument terrifiée, certes, mais je n'allai pas mettre Elena en danger. Mon inaction provoquerait sa colère, justement dirigée sur le vampire.
Ça allait changer.
– Tu ne te mêleras pas de cette histoire. C'est à moi et à moi seule de la régler, compris ? Jure-moi que tu ne t'en mêleras pas et ce, peu importe ce qui arrivera, d'accord ?
Elle se gara avec facilité à quelques mètres de notre café favori et soupira.
– Ne te laisse plus maltraiter et je ne m'en mêlerai plus.
Elle ne me donna pas le temps de lui répondre et descendit de la voiture en claquant violemment la portière.
– Je vais lui montrer ce que ça lui coûte de s'en prendre à Lily Constance, murmurai-je d'un ton bourru pour me donner du courage et dissiper mon angoisse.
Je descendis à mon tour et nous empruntâmes le chemin jusqu'à notre café dans un silence tendu.
Notre café : Le Café de Lou. Il se situait près du lycée et nous allions souvent y déjeuner.
J'étais parfois bien obligée d'y aller puisque mon père ne tolérait pas que je déjeune à la maison lorsqu'il commençait son travail plus tard que moi. Elena m'y accompagnait toujours. Ce fut d'ailleurs dans ce lieu que nous avions appris à nous apprivoiser et ça lui conférait un air familier, c'était notre coin à nous.
Sa décoration dans les tons rouges et dorés, ainsi que ses tables en bois, donnaient une impression de chaleur qui, généralement, enlevait toutes mauvaises pensées de mon esprit.
Nous n'étions pas les seules clientes : Arthur avait également choisi ce lieu pour attendre le début des cours. Bien sûr, toute sa bande d'admiratrices et d'admirateurs avaient suivis.
Arthur attirait les gens comme une fleur attire les abeilles. Il ne s'en plaignait absolument pas et profitait de ce statut privilégié. La moitié des garçons du lycée voulaient s'asseoir à ses côtés parce qu'il était Arthur O'Brian : LE mec à fréquenter par tous les moyens s'ils voulaient avoir une chance de se faire draguer par les plus belles filles du lycée. Et ce, même si elles les draguaient uniquement pour se rapprocher du vampire. Et il semblait s'en amuser. Briser les cœurs devenait courant avec lui.
Ce qui me rassurait, dans un certain sens. Je ne voulais pas qu'une de ces idiotes se fassent sucer le sang.
Rien n'avait filtré quant à la disparition de l'ivrogne. Ni dans les informations, ni dans le journal local : j'avais guetté ces faits. Et pas de meurtre dans notre ville. S'il tuait, Arthur demeurait extrêmement prudent.
– Voilà le roi et sa cour ! déclara Elena avec un ton pompeux après avoir jeté un coup d'œil à travers la vitre.
Moi j'aurai plutôt dit « le vampire et ses cruches » mais bon, je préférai pousser la porte.
– Ah ! Les plus belles ! s'exclama le propriétaire, tout heureux de nous voir.
Le plaisir était partagé. Il était devenu un peu comme notre grand-père au fils des années.
Son visage rond, sa bonne humeur contagieuse, et sa grosse voix l'avait rendu célèbre dans la ville entière.
– Bonjour Lou ! le saluai-je avec un grand sourire.
– Ouais, salut le vieux !
– Appelle-moi encore une fois comme ça, Elena, et je peux t'assurer que tu auras des doutes sur la prochaine composition de ton café habituel.
J'explosai de rire devant la mine déconfite de ma blonde. J'aimais vraiment Lou pour ça : c'était le seul qui arrivait à clouer le bec d'Elena du premier coup. Mis à part moi, bien entendu.
– Comme d'habitude, je suppose ?
– Tu supposes bien.
– Ça arrive tout de suite alors, me répondit-il avec un clin d'œil.
Nous allions nous installer à notre table habituelle, au fond du café. Elena pouvait observer à loisir Arthur et sa cour de là où nous étions. Moi j'étais de dos : ce spectacle me coupait l'appétit.
Je n'avais pas besoin de voir Arthur O'Brian pour constater sa présence. Je le sentais. Ça ne datait pas de la révélation. Ce sentiment étrange et oppressant avait opéré dès le premier jour de notre rencontre, lorsqu'il s'était avancé dans la classe lors de ma rentrée en première.
Il était impressionnant de bestialité, une sorte d'aura sombre, étouffante, se propageant sur son passage. Sa présence parmi de simples adolescents semblait déplacée.
Quel dommage que je fus la seule à m'en rendre compte.
– Voyons Arthur ! Il faut que tu manges ! Tu ne manges jamais, ce n'est pas bon. Regarde comme tu es pâle !
Je reconnus sans problème la voix de Laurie Pacard, admiratrice numéro un du vampire. Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire sous l'œil surpris d'Elena. C'était trop fort ! Si cette idiote savait que son chéri ne se nourrissait que d'hémoglobine prise à la source.
Il y eut un bref silence devant ma soudaine hilarité. Je sentis un petit objet me percuter le dos et je me retournai pour apercevoir un Arthur au sourire ravageur qui jouait innocemment avec les sucres posés sur la table. Inutile de préciser qu'il m'en avait balancé un et que personne n'avait rien remarqué. Je lui lançai un regard glacial et me tâtai pour lui envoyer mon propre pot de sucre à la figure mais l'arrivée du serveur me coupa dans mon élan suicidaire.
– Et voilà.
– Merci Romain, déclara Elena en balançant ses superbes cheveux blonds derrière son épaule.
Le jeune homme rougit vivement et s'en alla d'un pas mal assuré devant le sourire éblouissant de ma meilleure amie.
– Tu es cruelle, lâchai-je avant d'entamer mon croissant, mon pain au chocolat, et mon chocolat au lait.
– Pourquoi ça ? Demanda-t-elle avec une moue qui frisait presque l'innocence.
– Il est amoureux de toi depuis un an et tu prends plaisir à t'amuser avec lui.
— Je ne vois absolument pas de quoi tu parles.
– C'est ça, fais l'autruche ma belle.
– Aller mange, ma grosse.
Je lui lançai un regard outré avant d'avaler goulûment mon déjeuner. Son expression amusée se teinta d'un voile de tristesse.
– Tu n'as pas mangé hier soir. Pas vrai ?
– Non. Il gueulait trop alors j'ai préféré m'enfermer dans ma chambre.
Il y avait bien longtemps que je ne mentais plus à Elena sur la situation avec mon père. À quoi bon avoir de la fierté avec ceux qui lisaient en vous comme dans un livre ouvert ?
– Bon sang cette fille n'a aucune tenue. Vous avez vu tout ce qu'elle mange ?
Laurie, le retour.
Elle essayait toujours d'attirer l'attention d'Arthur et, comme c'était chose connue que notre entente n'était pas vraiment au beau fixe, ne se gênait pas pour me critiquer pour lui faire plaisir depuis quelque temps.
Manque de chance pour elle qu'elle se manifeste aujourd'hui, vraiment.
Je me retournai avec un sourire hypocrite au possible accroché aux lèvres et déclarai d'un ton mordant :
– Tu sais, je préfère aisément manger comme deux et avoir un joli petit cul comme le mien plutôt que de m'envoyer tes salades et me retrouver avec ton tour de cuisse.
Il y eut un petit silence, le temps pour les gens d'assimiler la phrase que j'avais dite, et Elena explosa de rire, suivie par la moitié des personnes présentes dans la salle. Même les prétendues amies de la petite brune cachèrent des sourires derrière leurs mains. Ce qui m'étonna le plus, toutefois, fut le regard franchement amusé d'Arthur à mon encontre. Il avait eu un sourire bref mais bien présent.
– Tu crois que tu m'impressionne ? Cracha-t-elle, honteuse, comme en témoignaient ses joues colorées de rouge.
– Et toi, Pacard ? Tu crois que tu nous impressionne ? siffla Elena, le regard meurtrier.
Laurie ne répliqua pas. Pas devant Elena qui avait une trop belle réputation avec sa fameuse droite. Elle connaissait le tempérament dangereux de la blonde. Comme tout le monde, d'ailleurs.
– Les jeunes ! Pas de bagarre dans mon café, je vous préviens, intervint Lou en fronçant ses sourcils broussailleux. Les cours vont commencer alors : Dehors !
Nous nous retirâmes après avoir payé dans un raclement de chaises sonore. Laurie ne nous lança pas un regard et s'éloigna avec ses amies tandis que je retenais tant bien que mal Elena par la main, la connaissant par cœur.
– S'il te plait, Lily. Je ne veux pas lui faire de mal ! Juste lui casser une ou deux dents.
Je levai les yeux au ciel, exaspérée. Ce n'était pas de tout repos d'avoir une meilleure amie comme Elena.
Après avoir salué Lou, qui interpella la blonde pour la raisonner sur son comportement trop intenable, je commençai à traverser la route. Un brusque coup de klaxon et un cri me firent brusquement sursauter. Une main ferme s'empara de moi et me tira en arrière, me faisant atterrir contre un torse puissant. La voiture passa devant moi, au volant se trouvait une femme âgée d'une quarantaine d'années.
– Bon sang ma petite ! On n'a pas idée de traverser sans regarder !
– Je... Je suis désolée, fut la seule chose que je parvins à murmurer, sous le choc.
– Je ne t'ai pas fait mal ? s'enquit-elle tout de même devant mon état.
Je secouai la tête et elle marmonna quelques phrases sur «le comportement irresponsable des jeunes d'aujourd'hui» et continua sa route.
Deux mains fermes me firent lentement pivoter et je me retrouvai face à Arthur, mâchoire contractée, qui me dominait de toute sa taille.
– Il faudrait corriger ces élans suicidaires, Constance. Avant que je ne sois tenté d'y participer.
Je ne regardai pas son air froid. Je ne regardai pas non plus son mépris ni ne prêtai attention à son ton furieux, non. Je vis à travers tout ça et je constatai une chose :
– Ça fait la seconde fois que tu me sauves la vie.
Il demeura là, impassible, ses mains toujours autour de mes poignets.
– Qu'est-ce que je vais faire de toi ? déclara-t-il sombrement, ses yeux profonds plongés dans les miens.
– Merci, c'était gentil, chuchotai-je, reconnaissante malgré moi.
Il eut enfin une réaction. Ses yeux s'agrandirent doucement et il allait me répondre lorsqu'une furie blonde se jeta sur moi.
– Tu es complètement inconsciente ou quoi ? J'ai crus que j'allai avoir un arrêt cardiaque ! Ne me refais plus jamais ça sinon je te jure, Lily Constance, que je te tue !
Elena s'accrocha à moi et m'arracha à Arthur, par la même occasion, me faisant reprendre mes esprits. Maintenant que je réalisais ce qui venait de se passer j'eus une folle envie de vomir mon précédent déjeuné.
– Je ne pensais jamais dire ça de ma vie, O'Brian. Mais merci ! Merci beaucoup ! s'exclama Elena avec force.
Il hocha sèchement la tête et rejoignit ses inséparables : deux garçons du nom de Valentin Cooper et Alexandre Sanders.
Elena m'attrapa le bras, m'entraînant vers le lycée malgré mes jambes tremblantes, alors que je ne pouvais m'enlever ce foutu vampire de l'esprit.
Fin du chapitre 1
Votre dévouée,
Kimy Green.
kimy - green . e-monsite . com
