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7
NO ROMANCE FOR ME
« Ça me fait rire lorsque j'y pense.
Tu sais les gens, à l'époque, ils auraient pu me traiter de folle.
Mais ça n'aurait rien changé.
Tant que tes lèvres restaient sur les miennes, j'aurais même pu affronter l'Enfer.
Chose assez ironique, puisque mon Enfer c'était toi. »
Lily Constance
Recroquevillée sur moi-même, je tentais tant bien que mal de conserver un peu de chaleur en dépit de mon corps trempé et de mes cheveux ruisselants. Les nombreux frissons et les claquements frénétiques de mes dents montraient bien que ma tentative était vaine.
Un goût amer résidait dans ma bouche, me soulevant encore l'estomac de temps à autre. Mais je serrais les dents à m'en briser la mâchoire : hors de question que je vomisse encore une fois devant lui.
— Attache ta ceinture, ordonna-t-il sans quitter la route des yeux.
Mes mains glacées et tremblantes ne me rendaient pas la tâche facile. Il eut un soupir agacé et me l'attacha lui-même.
Sitôt fait, il appuya sur l'accélérateur et le peu de lumières nous atteignant de l'extérieur devinrent des traits fugaces devant la rapidité de la voiture.
Le silence présent dans l'habitacle me dérangeait grandement. Je devais le remercier mais les mots ne parvenaient pas à franchir mes lèvres. C'était impossible. Et je savais qu'il s'en amusait. Ma fierté et la colère présente depuis notre baiser m'interdisait de prononcer une seule parole. J'aurais bien sûr pu jouer l'insolente pour me rassurer, me prouver que j'avais le dessus mais, la vérité, c'était que j'avais peur.
Pour la première fois, je sentais une peur monstrueuse m'envahir en présence du démon. Parce que je savais qu'il avait décidé de me tuer et qu'il suffirait d'une seule petite provocation, d'une seule petite étincelle, pour faire naître l'Enfer.
Alors je me taisais. Mais le silence et l'obscurité laissaient place au visage de ma mère. Un cauchemar prenait place devant mes yeux : ma mère piégée dans la voiture qui s'emplissait d'eau, ma mère paniquant, ma mère s'étouffant, ma mère comprenant qu'elle allait mourir noyée. Mon corps se contracta subitement, me sortant de ce film morbide. Arthur s'en aperçu mais ne fit aucun commentaire et je l'en remerciais.
Mon sweat trempé collait à ma peau et rendait le froid plus mordant à l'encontre de mon corps mais je n'osais pas enlever cette prison glacée de peur d'exciter le démon à la vu de mon cou. Je n'étais pas folle. Pas sur ce coup ci, du moins. Je contractais mes poings pour ne pas céder à la tentation de m'enlever le haut et de le jeter au loin.
Lorsque je sentis la crise de panique arriver, je me jetai sur le poste de musique et l'allumai sous les yeux surpris du vampire devant mon envie subite de musique. Je discernai ses sourcils qui s'arquèrent dans l'obscurité dans une question silencieuse mais je l'ignorais.
Le son s'éleva dans la Porsche et je reconnus sans peine un morceau de rock assez brutal, je montais le volume jusqu'à ce que mes oreilles crient grâce et m'installais plus confortablement sur le siège avec un soupir de soulagement. Plus de silence, plus de cauchemar. Un sourire étira mes lèvres lorsque je compris que les vampires n'étaient pas forcément amateurs de grandes musiques classiques, comme je l'avais vu dans des films ou des livres. Mais je n'allais pas me plaindre, j'aimais cette musique.
Je commençai à chantonner en anglais, ignorant royalement le sourire goguenard qui était présent sur le visage d'Arthur.
Un rire m'échappa lorsque je l'entendis subitement chanter la suite des paroles.
Sa voix grave et chaude me fit frissonner de plaisir. Les mots glissaient sur sa langue avec une sensualité intolérable, à l'accent parfait, et je me demandais alors si chaque vampire possédait une panoplie de perfections pour attirer les pauvres humains ou si toutes ces qualités n'appartenaient qu'à Arthur. Ces réflexions se stoppèrent lorsque nous entamions le refrain.
La côté absurde de la situation me frappa de plein fouet alors que nous chantions le second couplet. J'avais dix-sept ans, j'étais totalement trempée, et je me baladais en pleine nuit dans une putain de Porsche rouge en compagnie d'un vampire qui avait plus de quatre siècles, ce qui ne l'empêchait tout de même pas de chanter à tue-tête avec moi. Une chaleur inconnue se propageât alors dans mon ventre, chassant le froid qui m'enveloppait depuis ma chute dans la piscine.
Je remarquai alors qu'Arthur avait considérablement ralenti l'allure. Etait-ce parce qu'il prenait un peu de bon temps avec moi ? Voulait-il profiter de ces instants hors du temps entre lui et moi, comme je le faisais ?
Je commençai à l'observer discrètement et je constatai que lorsqu'il abaissait son masque d'impassibilité et qu'il laissait place à ce sourire moqueur, son charme brut ne s'en retrouvait que décuplé.
Je sursautai quand il arrêta subitement le poste.
— Perdue dans ta contemplation ?
— Pas du tout ! me renfrognai-je aussitôt, consciente qu'il m'avait vu entrain de le — parce qu'il n'y avait pas vraiment d'autre mot — mâter.
— C'est pour ça que tu m'as embrassé, je présume ?
— T'es toujours aussi chiant ?
— Non, je te réserve le meilleur de ma personne.
— Me voilà franchement honorée, raillai-je, ce qui accentua son sourire.
— Pour en revenir au sujet principal, j'aimerais comprendre pourquoi tu t'es jetée sur moi.
Je bénissais l'obscurité de cacher mon visage qui venait sans doute de prendre une superbe teinte carmin. Gêne et colère se mélangeaient en moi, me rendant fébrile, ce qui déclencha l'un de ses rires charmants qu'il utilisait pour séduire toutes les adolescentes qui passaient à sa portée.
— J'étais saoule et je ne savais pas ce que je faisais.
C'était une excuse idiote. J'étais idiote.
— Typique.
— Quoi ! aboyai-je, sur la défensive.
— Tu te caches derrière des prétextes vus et revus. Alors c'est typique.
— Tu n'avais pas l'air prêt à me repousser, n'est-ce pas ? soufflai-je, consciente d'être sournoise.
— Je ne voulais pas te priver d'un instant de félicité, répondit-il avec un sérieux étudié.
J'éclatai de rire malgré moi.
— Ça va les chevilles ?
— Très bien, merci.
J'entrepris de poursuivre la conversation, voulant préserver ma fierté même si je savais que je m'aventurais sur un terrain glissant.
Tout n'était que terrain glissant lorsqu'il s'agissait d'Arthur O'Brian.
— Je ne suis pas attirée par toi, ne va pas te faire d'illusion. Tu es un vampire, bon sang !
La voiture pila si violemment que sans ceinture j'aurais vraiment, mais alors vraiment, pu très mal finir. Je n'eus pas le temps de reprendre une contenance : son visage se trouvait à quelques centimètres du mien.
D'accord. Peut-être que j'avais vraiment été trop loin cette fois ci.
Mon cœur faisait des bonds prodigieux pendant que mon corps semblait vouloir s'éloigner le plus possible du démon, comprenant sans doute le risque que j'étais en train d'encourir. Ses yeux brillaient d'une sombre convoitise qui déformait l'harmonie de ses traits, le rendant sauvage, venu d'une autre époque, et j'avais l'intelligence de croire que ce n'était pas moi qu'il désirait mais bel et bien ma gorge. J'allais mourir ici à cause de ma propre stupidité. C'était vraiment très stupide.
Ne le lâchant pas du regard, je tâtai le déclic de ma ceinture de la main gauche et l'ouverture de la portière de la main droite. Ça ne servirait à rien, j'en avais bien conscience, mais au moins j'aurais essayé.
Je me mordis les lèvres en sursautant lorsque je sentis ses mains puissantes et glaciales attraper les miennes, les interrompant dans leur vaine tentative de fuite. Sur ce coup là, je ne l'avais pas vu venir puisque ses yeux étaient toujours rivés aux miens. Il m'attira vivement à lui et, cette fois-ci, un cri incontrôlable s'échappa de ma bouche.
— En es-tu sûre ?
Mes sourcils se haussèrent devant sa question que je ne comprenais pas.
— Es-tu réellement sûre de ne pas être attirée par moi ? murmura-t-il de sa voix cajoleuse pendant que ses doigts s'enroulaient aux miens dans un geste brusque qui manqua de me faire grimacer. Inconsciemment, je commençais alors à me poser réellement la question. La cruauté présente dans ses yeux me faisait frissonner à m'en crisper le corps mais l'odeur qu'il dégageait, sa voix grave qui résonnait encore à mes oreilles, faisaient battre mon cœur à un rythme effréné.
C'était de la poudre aux yeux, nom de Dieu !
Un piège, un appât pour attraper de pauvres humains totalement charmés par ces subterfuges !
Je contemplais alors sa beauté d'un tout autre œil lorsque je comprenais quelle perfidie se cachait derrière cette beauté intemporelle.
Mais il y avait aussi autre chose derrière tout ça, derrière la beauté, la cruauté. Il y avait moi. Il y avait moi qui appréciais la force de ce bras qui s'enroulait lentement mais sûrement autour de ma taille. Il y avait mes yeux qui ne trouvaient le repos que lorsqu'ils croisaient les siens. Parce qu'Arthur était la seule personne à pouvoir me comprendre. À pouvoir m'apprivoiser. À pouvoir faire partir la souffrance de mon corps en un claquement de doigt s'il l'avait décidé ou bien, au contraire, à faire naître les pires tourments dans mon âme juste parce que ça lui plaisait.
— Tu trembles mon ange, souffla-t-il tendrement. Mais je décelais aisément la moquerie et la méchanceté dissimulées au fond de ses yeux de nuit.
Je le détestais et je me haïssais aussi. Parce qu'il avait décidé d'utiliser ce pouvoir sur moi et parce que mon corps entier reconnaissait à quel point il était soumit au vampire même si mon esprit se débattait furieusement contre cette idée.
Pouvait-on haïr une personne et être attirée par elle en même temps ?
Mais ce n'était pas de l'amour ça, hein ? Non. Pas de romance. Juste de la violence et des pleurs.
— Lily.
Je sortis de mes réflexions à l'intonation de sa voix. C'était un avertissement. Je reculais et j'étais morte. Si je restais ici, indécise, il allait également me tuer.
Alors, avec difficulté, je quittai son regard brûlant et posai ma tête contre son cou. Je le sentis se crisper et m'accrochai plus fortement à lui. Même si je savais pertinemment qu'il pouvait me repousser telle une vulgaire poupée de chiffon.
— Je t'aime bien, finalement.
Ma voix me parût enfantine, dégagée. Pourtant, je tremblais de tout mon corps, attendant la mort. J'espérais que ce serait rapide. Bien sûr, je l'avais de nombreuses fois ardemment souhaitée mais mon fort caractère m'avait toujours fait relever la tête.
Mais voilà, Arthur avait la capacité de me rendre fragile et impuissante, étouffant toute volonté. Et c'était bien le seul.
— Tu vas me rendre fou, Lily, dit-il finalement et je sentis l'étau de ses bras augmenter la pression tout autour de moi. La manière dont il avait dit ça était assez étrange, comme on réprimanderait un enfant ayant mal agi.
Avais-je moi aussi un semblant de contrôle sur ses actions ?
Une lumière éclaira subitement l'intérieur de la Porsche. Une voiture arrivait lentement mais sûrement derrière nous et le vampire se replaça correctement et démarra en trombe, ne voulant pas attirer de curieux sur nous.
Je me calais contre la portière, le plus loin possible de lui, en essayant de reprendre un rythme cardiaque normal.
L'enfoiré.
Il m'en faisait voir de toutes les couleurs.
— Où m'emmènes-tu ? demandai-je brusquement, me rendant compte que cette information fort utile m'était complètement passée par-dessus la tête.
— Chez moi.
— Tu plaisantes ?
— Non.
Mon cœur fut une fois de plus mis à rude épreuve et je fis la seule chose pouvant me calmer, comme lorsque mon père tentait de me faire sortir de mes gongs : je m'enfermais dans un profond mutisme. Mes yeux dérivaient au dehors, tentant d'apercevoir où nous nous dirigions. C'était pourtant peine perdue : non seulement il conduisait avec une vitesse effarante mais, en prime, le peu de lampadaires restants avaient disparu. La seule chose que je discernais grâce aux phares, c'était les arbres. Nous avions ainsi quitté la ville pour gagner la campagne. Les collines, peut-être, si je me fiais aux nombreux virages.
Éloignée de tout avec un vampire comme escorte. Super, vraiment.
Mes sarcasmes mentaux s'arrêtèrent brusquement lorsqu'un gigantesque portail en fer forgé noir se dressa devant nous. Les pointes étaient teintes avec une couleur or et un énorme blason trônait fièrement en haut des grilles. Je ne parvins à voir ce qu'il contenait que lorsque la voiture s'approcha de quelques mètres.
Un ange se tenait la figure et son visage exprimait une telle horreur que je le quittais pour regarder ce qui le terrifiait ainsi. Au-dessus de lui se trouvait un démon hideux possédant deux grandes cornes, un rictus de cruauté massacrant ses traits.
Définitivement charmant.
Seul le ricanement d'Arthur me fit comprendre que j'avais parlé à voix haute. Il attrapa un petit boîtier noir et appuya sur un bouton. Le portail commença à s'ouvrir lentement dans un grincement sinistre.
Bienvenue en Enfer, Lily, me chantonnai-je à moi-même.
Nous traversâmes un long jardin — ou plutôt un parc, vu les nombreuses fontaines, arbres et bancs que l'on rencontrait — avant que la lumière ne vienne frapper les murs d'une énorme battisse. Il ne me fallut que quelques secondes de plus pour constater que cette grande battisse était en fait un château. Il possédait trois étages avec des rangées de fenêtres toutes plus immenses les unes que les autres. La pierre ne semblait pas le moins du monde abîmée par le temps, projetant sa couleur blanche au contact des phares de la Porsche. Un grand escalier se scindait en deux pour laisser place à un petit point d'eau artificiel entouré de diverses fleurs, rendant le lieu vraiment féerique, loin de ce que pouvait avoir véhiculé le blason.
— C'est magnifique, soufflai-je doucement, perturbée par l'émotion étrange qui m'assaillait subitement.
— C'est pratique d'avoir une force surhumaine et de ne pas pouvoir dormir, rétorqua simplement le vampire.
— Tu veux dire que c'est toi qui as construit ça ? hurlai-je, ahurie, en me tournant vers lui.
— J'ai eu de l'aide mais c'est effectivement moi qui ai réalisé les plans, je peux te l'assurer.
— Tu as un talent incroyable.
Et j'étais vraiment sincère.
— Avec un peu d'expérience, il n'est pas difficile de se forger un goût irréprochable, railla-t-il avec un rictus cynique.
Je sentis les graviers grincer sous la voiture lorsqu'il freina à quelques pas seulement de l'une des deux branches de l'escalier. Il coupa le contact et descendit rapidement avant d'ouvrir ma portière. J'enlevais ma ceinture et le repoussa lorsqu'il tenta de m'attraper.
— Ça va, je suis capable de marcher toute seule, sifflai-je en m'extirpant tant bien que mal de la Porsche, très proche du sol.
— Permets-moi d'en douter.
Sa voix claqua dans l'obscurité, froide et sèche, ce qui eut le don de m'énerver prodigieusement. Je ne supportais pas d'être un fardeau aux yeux de quiconque. Même d'un vampire sanguinaire.
L'air glacial me saisit à la gorge et me coupa le souffle : je ne m'étais pas rendue compte qu'Arthur avait déclenché le chauffage dans la voiture pour éviter que je ne gèle sur place. Je ne fis qu'un pas avant de m'écrouler lamentablement sur son torse alors qu'il avait plongé pour me soutenir. Je me débattis puérilement, ne supportant plus — ou désirant trop — son contact depuis la scène qu'il m'avait faite dans la voiture.
— Tu vas arrêter tes conneries ma belle, et vite fait, parce que j'ai autre chose à foutre que de me transformer en baby-sitter pour une gamine à la fierté surdimensionnée.
C'était dans des moments pareils qu'il dévoilait inconsciemment ses longues années d'existence.
Il m'avait déjà faite basculer sur son épaule et grimpait avec agilité sur les marches avant même que je ne finisse d'assimiler sa phrase.
— Je me sens ridicule, soupirai-je en voyant l'escalier défiler sous mes yeux. De violents tremblements me secouaient, le vent de la vitesse à laquelle se dirigeait le vampire glaçant encore plus l'eau qui imprégnait mes vêtements.
— La ferme, m'intima-t-il et je crus bon de l'écouter. J'avais compris, par expérience, qu'il ne fallait plus pousser le bouchon trop loin avec lui.
Mes yeux protestèrent vivement quand une lumière automatique se déclencha devant la porte à nos mouvements. Il me déposa brusquement sur le sol — et je manquais de peu de m'y étaler — et je le vis sortir de dessous sa chemise noire une longue chaîne en argent à laquelle pendait une grosse clé qui semblait, elle aussi, être en argent. Des pierres rouges et bleues, que je pensais être des rubis et des saphirs, étaient incrustées sur le manche et le blason que j'avais découvert en haut du portail y était finement gravé. Ignorant ma stupeur face à cette clé, il l'enfonça dans une serrure assez étrange qui était installée en plein centre d'une lourde porte en bois massif. Des fils d'argents s'entrelaçaient, partant du trou de la serrure et s'étiraient sur tout le pourtour. Il tourna la clé à droite deux fois puis une légère détonation se fit entendre, je croyais qu'il allait pousser la porte pour l'ouvrir mais il n'en fit rien : de nouveau, il tourna la clé à gauche quatre fois et attendit le petit déclic. Ensuite, il saisit la poignée ronde au dessus de la serrure et tira dessus d'un coup sec. Des détonations toutes plus bruyantes les unes que les autres résonnèrent dans le silence de la nuit. Je devinais qu'un mécanisme aussi compliqué qu'ingénieux siégeait dans cette énorme porte. Elle s'ouvrit toute seule d'un claquement sec et Arthur, cette fois moqueur devant mon air qui devait franchement être comique à voir, fit un geste élégant de la main pour que je puisse entrer la première.
— Un vampire galant, on aura tout vu, grommelai-je pendant qu'il ricanait dans mon dos.
Tout était sombre et je marquais un temps d'arrêt.
Et s'il m'avait livrée en pâture à une communauté de vampires qui m'attendait sagement dans cette pièce ?
…
Non, Arthur était décidément bien trop égoïste pour partager.
J'eus un gloussement assez stupide. D'une, parce que les moments paranoïaques se faisaient de plus en plus fréquents avec moi et de deux parce que je commençais à connaître Arthur bien plus que je ne l'aurais dû.
CLAC
Un énorme lustre en cristal s'illumina, me dévoilant une salle qui devait bien faire cinq fois toutes les pièces de ma maison réunies. Le sol sur lequel je marchai était en marbre noir, veiné de filons dorés, et de nombreuses tapisseries bordeaux recouvraient les murs. Les éclats de lumières dispersés par le lustre brillaient sur les couleurs sombres du sol et des murs, ce qui conférait à la pièce une atmosphère ancienne et mystérieuse. Des chandeliers finement taillés prenaient place sur des meubles noirs tout le long de la salle et je compris qu'Arthur préférait les bougies à l'électricité. J'avançais lentement dans la salle en tournoyant sur moi-même pendant que le démon, appuyé nonchalamment sur la porte d'entrée, mains enfoncées dans les poches de son pantalon noir, me dévorait du regard, guettant chaque réaction défilant sur mon visage.
Je ne pouvais distinguer les immenses fenêtres que j'avais aperçues au dehors : de lourds rideaux noirs avec des bordures en or me bloquaient la vue. Je laissai planer mon regard tout autour de moi et il fut aussitôt attiré par la cheminée qui siégeait fièrement au centre de la salle. Jamais je n'avais vu de cheminé aussi grande, elle devait facilement faire quatre mètres. Des anges sculptés avec précision dans le marbre vert soutenaient la poutre avec élégance. Ils semblaient si réels qu'on aurait pu croire qu'ils allaient s'affaisser sous ce lourd fardeau.
Plus loin se trouvait une belle bibliothèque en bois contenant de nombreux ouvrages, je m'y précipitais, avide de savoir ce qu'un vampire aimait comme lecture — ou plutôt ce que Arthur aimait comme lecture. D'anciennes reliures me faisaient face et, contrairement à tout ce qui m'entouraient, elles seules semblaient avoir subit l'effet néfaste du temps. Le peu de titres que je parvenais à lire sur ces ouvrages vieillis étaient en anglais ou bien couverts d'étranges dessins. J'aurais aimé parler de runes mais je n'étais absolument pas calée dans la matière.
Je tournais de nouveau sur moi-même pour constater que les seules choses modernes dans cette pièce étaient les nombreux sofas, chaises, fauteuils et canapés installés contres les murs interminables de cette pièce — cela formait un contraste saisissant, mais étonnement pas mal assorti, avec l'ancienneté non dissimulée du lieu.
— Je te présente mon salon, glissa Arthur à mon oreille, ce qui eut le don de me faire sursauter : je ne l'avais pas entendu arriver.
— Ton salon ? Mon dieu Arthur ce n'est pas un salon mais une salle de bal, ça !
Il se mit à rire devant ma surprise. Et ce n'était pas un rire mauvais cette fois, c'était un vrai rire. Cela m'amena à sourire.
— Ça peut l'être aussi en diverses circonstances.
— Tu invites des vampires ici ? chuchotai-je en me crispant légèrement.
Il n'acquiesça pas mais ses yeux se firent envahir par les ténèbres, ce que je pris pour un oui.
— Et en quel honneur les vampires se réunissent-ils ?
— Lorsque vous fêtez le vin nouveau, nous, on aurait plutôt tendance à fêter le sang nouveau.
— Très drôle, lançai-je sarcastique.
— Ah ? Parce que tu croyais que je plaisantais ?fit-il innocemment.
Je me retournais vers lui, choquée, et ce ne fut que lorsque je croisai ses yeux taquins que je compris qu'il se foutait ouvertement de moi.
— Finalement je préfère quand tu ne fais pas d'humour.
— Vraiment ?
Il se rapprocha considérablement de moi et je reculai vivement de quelque pas devant son visage impassible.
— Je parlais de ce genre d'humour, pas de ton humour en général.
— Et quel genre d'humour ai-je eu ?
— Le genre très morbide.
— Quoi de plus normal pour un vampire ?
— Ne mets plus jamais les mots « normal » et « vampire » dans la même phrase, ça sonne faux.
Ses lèvres pâles se soulevèrent un instant, le temps de dévoiler ses dents d'une blancheur éclatante. Je voulu lui demander si les vampires allaient consulter des dentistes quand il me coupa brusquement :
— Reste ici, je reviens. Et il s'en alla à la vitesse vampirique, disparaissant par la porte noire située en face de la porte d'entrée, et me laissant seule dans son gigantesque « salon ».
Le lieu avait un je-ne-sais-quoi de malfaisant sans sa présence — chose très ironique, d'ailleurs, quand on savait que le danger venait de lui — le silence pesant était accru par la grandeur de la pièce et si un fantôme avait subitement jailli de derrière l'un des rideaux, je n'aurais vraiment pas été surprise.
Je me sentais minuscule et complètement décalée en ce lieu, habillée comme l'adolescente de dix-sept ans que j'étais et trempée comme l'adolescente malchanceuse que j'étais. Le froid qui s'était éclipsé de mon corps depuis que j'étais entrée dans la demeure du vampire refaisait surface, je me sentais vraiment mal.
Un tourne disque vintage, posé sur un meuble de fer et de verre teinté, paraissait m'appeler. J'avais toujours tendance à écouter de la musique pour calmer mon anxiété. Je me forçais à détourner le regard : l'allumer aurait été mal poli et peut-être qu'Arthur ne voulait pas qu'on sache qu'il était ici, qu'on l'entende — ce qui était peu probable, vu l'immensité de la propriété.
L'envie de savoir ce qu'il pouvait écouter dans cette pièce l'emporta sur mon conflit intérieur et je me précipitai vers l'engin sur lequel trônait un vinyle dépourvu de nom. Je m'interrompis brusquement et regardai aux alentours, apeurée, comme une voleuse prise en flagrant délit.
J'étais ridicule !
Inspirant un grand coup, je mis plusieurs minutes, avec mes doigts engourdis, à comprendre comment le mettre en marche. Aussitôt fait, un air que je connaissais depuis mon enfance retentit dans la pièce et je reculai, sous le choc. Le Beau Danube bleu de Johann Strauss, cette valse si merveilleuse pour moi, emplissait les murs de ce château et toute peur se retira de moi comme par magie. Ma mère n'avait cessée de l'écouter en boucle lorsque j'étais petite et nous nous amusions souvent à danser dessus sous l'œil exaspéré — mais pourtant amusé — de mon père. Pour moi, cette valse signifiait le bonheur de mon enfance que j'avais perdu. Le fait qu'Arthur puisse l'écouter suscita une telle émotion en moi que des larmes me montèrent aux yeux.
Je me moquais de moi-même, à présent : comment avais-je pu trouver ce lieu effrayant ? Comment cette pièce avait-elle pu me faire peur ? Elle était merveilleuse, la manière dont les sons se répercutaient contre les tapisseries et les rideaux était envoûtante. Et ce sol en marbre sur lequel je commençai à glisser petit à petit, emportée par la musique. Je me mis à rire : c'était bel et bien une salle de bal ! J'imaginais à présent l'effet que ça donnerait si tous les chandeliers étaient allumés et que l'électricité fut coupée.
Sans que je parvienne à le comprendre, mes yeux se dirigèrent vers le haut et ce que j'y vis me fit arrêter ma petite valse improvisée : des centaines d'anges me regardaient, bien camouflés dans leur peinture majestueuse qui s'étalait sur tout le plafond. Je recommençai à tournoyer, mais les yeux fixés vers le haut, essayant de mémoriser chaque visage, chaque détail, chaque couleur.
Je croyais être venue en Enfer et je m'étais lourdement trompée, j'étais au Paradis.
Il avait d'abord garé la Porsche dans le garage puis avait fait couler l'eau dans l'une de ses salles de bain pour qu'elle puisse se réchauffer : il ne tenait pas à ce qu'elle s'écroule, transie de froid. Pas que sa mort l'embêterait, mais ça serait diaboliquement chiant d'avoir un cadavre trempé sur les bras.
Quelle mauvaise foi !
Ta gueule !
Allons bon ! Et voilà qu'il virait schizophrène !
Le démon poussa un soupir en entendant la musique vibrer doucement tout autour de lui. Il haïssait mettre de la musique lorsqu'il était seul. Ça rendait les lieux vraiment trop vivants, trop chatoyants. Il était mort, il n'avait pas besoin que ces pièces deviennent accueillantes.
Mais, il y pensait ! Il n'était pas seul ce soir.
— Sale gamine.
Elle avait le don de le mettre hors de lui. Ne respectait-elle donc rien ? Agacé, il prit son temps avant de retourner au salon, histoire de ne pas la tuer tout de suite. Arthur descendit l'escalier et poussa la porte mentalement avant de s'engouffrer dans la pièce.
Incongrue.
Voilà l'adjectif qu'il emploierait pour définir Lily Constance. Elle était entourée de richesses inestimables et dansait sur du Johann Strauss alors qu'elle portait un short en jean et des converses. Elle dansait sur un marbre hors de prix et d'âge en converses couvertes de boue et elle tournoyait sur elle-même, totalement trempée, sans même remarquer que de fines gouttelettes se répandaient partout sur son passage.
Et le pire, c'était qu'elle se permettait de sourire ! C'était complètement indécent.
Mais ça lui plaisait.
Arthur pouvait bien admettre que cette jeune fille avait la capacité de mettre de la magie dans chaque lieu qu'elle foulait. C'était une magicienne, il n'y avait pas d'autres explications. Ou une putain de sorcière, au choix. En un claquement de doigt elle pouvait vous retourner le cerveau.
C'était ce soir qu'il aurait dû la tuer, n'est ce pas ?
Alors qu'est ce qu'elle foutait encore en vie dans son salon à cette heure-ci, bordel ?
Le vampire se détourna un instant et ferma les yeux, tentant tant bien que mal de calmer la fureur qui grimpait en lui. Lily le faisait agir comme un adolescent. Elle le faisait penser comme un adolescent. Cette maîtrise qu'elle avait sur ses actions pouvait s'avérer très dangereuse. Il ne fallait surtout pas qu'elle s'en aperçoive. C'était lui le maître du jeu.
Il s'étira lentement, humectant doucement ses lèvres, et se retourna vers le spectacle irréel qui se jouait sous ses yeux. Arthur ne se concentra même pas pour désactiver la machine dans un bruit de disque rayé, brisant le charme.
L'adolescente pila net et se mordit la lèvre inférieure en l'apercevant.
Bien.
Apparemment la colère s'affichait sur ses traits. Parfait : ça ne lui ferait pas de mal de se rappeler avec qui elle frayait. Il s'approcha d'elle avec une lenteur calculée, aimant voir la peur s'insinuer en elle. Pourtant, lorsqu'il constata à quel point ses lèvres avaient bleuies, ses pas se firent plus pressants. Lily flancha lorsqu'elle le vit foncer sur elle de cette manière mais il ne s'en offusqua pas et attrapa doucement son visage pour le regarder de plus près.
— Merde.
Son rythme cardiaque avait considérablement baissé. Il dé-zippa son sweat avec des gestes brusques, ignorant royalement les protestations outrées — mais faibles — de la jeune fille, et l'arracha pratiquement pour le jeter à terre dans un bruit sourd.
— Mais qu'est ce que tu fais ? marmonna-t-elle, ayant même du mal à paniquer.
— Au hasard, hein, je dirais que je t'évite de faire une hypothermie.
Sans attendre, il l'enveloppa dans ses bras, évitant qu'elle ait un contact avec sa peau pour ne pas qu'elle gèle davantage.
Foutus humains, si fragiles qu'il en oubliait leurs faiblesses ridicules.
Il sortit de la salle, grimpa l'escalier qui menait au premier étage, et s'engouffra dans la seconde pièce à droite du couloir. L'eau avait atteint un stade assez satisfaisant dans le bassin trônant au milieu de la pièce.
— Ne me dit pas que c'est ça ta salle de bain, chuchota-t-elle en regardant les miroirs incrustés dans chaque murs de la pièce avec un air franchement comique.
— D'accord. Ce n'est pas ma salle de bain, c'est l'une de mes salles de bains. Ne fais pas cette tête mon cœur, renchérit-il lorsqu'il vit ses yeux s'agrandirent davantage, si c'était possible.
— Arthur, le sérieux avait envahit son visage avec une vitesse fulgurante et le vampire fronça les sourcils.C'est trop profond.
— Il faut absolument que ta température corporelle augmente Lily. Maintenant.
— Tu n'as pas une douche, plutôt ? grimaça-t-elle.
— Oui, mais le temps nous manque alors arrête avec tes caprices.
Il avait la désagréable impression de vivre une scène de couple.
— J'ai peur Arthur, le supplia-t-elle en se recroquevillant un peu plus contre lui, cherchant sans doute une chaleur qu'il ne pourrait lui prodiguer.
— Tu auras vraiment peur si tu ne va pas dans cette baignoire dans la minute qui suit, siffla-t-il.
Il n'allait pas avoir de la patience face à sa phobie de l'eau, en fait, il n'en avait strictement rien à foutre. Il n'était pas mère Térésa, merde. Il était déjà bien gentil de vouloir lui sauver la vie, une fois de plus, il ne fallait pas trop pousser non plus.
Sinon, il se contenterait de la noyer tranquillement.
— Putain, ce n'est pas une baignoire Arthur ! C'est une mini-piscine !
— Un bassin, rectifia-t-il.
Le vampire sentit qu'elle voulut répliquer mais elle s'affaissa légèrement sur lui, n'arrivant pas à prononcer un mot. Un simple humain n'aurait pas vu ce subtil changement mais il n'était pas un simple humain. Et c'était très mauvais signe.
— Déshabille-toi, souffla-t-il en la posant à terre.
— Pardon ?
Elle vacilla légèrement mais sa requête l'avait un peu requinquée.
— Non ! Je n'irais pas.
Son pied claqua sur le sol dans un geste impatient, ce qui l'amusa passablement.
Quel caractère de merde.
— Alors c'est moi qui vais te déshabiller.
Elle sursauta et recula, effrayée.
Il leva les yeux au ciel : toutes les femmes, humaines et vampires comprises, se jetaient pratiquement à ses genoux pour qu'il les déshabille et elle faisait la fine bouche ?
— Je… Je vais le faire, s'affola-t-elle en remarquant la détermination qui habitait les yeux luisants du vampire.
Ses petites mains fines tentèrent d'agripper son haut blanc trempé qui dévoilait un soutien-gorge noir. Peine perdue : ses mains étaient trop glacées pour réussir à saisir quoique ce soit. Infiniment agacé, il éloigna ses mains tremblantes et se saisit lui-même de son haut qu'il passa par-dessus la tête de la jeune fille. Il resta un instant immobile, fixant la fine dentelle de sa lingerie avec un sourire moqueur et ignorant les nombreux bleus qui s'étaient imprimés sur la peau pâle de son ventre.
— C'est drôle, tu sais.
— Quoi ? grogna-t-elle.
Il était sûr qu'elle aurait piqué un fard si elle n'avait pas eu si froid.
— Ils ne sont pas si petits que ça, finalement.
— Mais ta gueule ! s'insurgea-t-elle tandis qu'il explosait de rire.
Elle tenta de reculer mais il l'attrapa vivement par le bouton de son short en jean et la tira à lui d'un coup sec. La jeune fille poussa un petit cri lorsque leurs deux corps entrèrent en contact.
— Pas bouger, souffla-t-il même s'il avait remarqué que son propre corps venait de se crisper.
Il se baissa lentement, ne la quittant pas des yeux pour qu'elle reste sage. Le vampire avait remarqué à quel point il pouvait l'hypnotiser par son regard. Cependant, il n'avouerait jamais que contempler ces yeux gris bleu en retour ne le dérangeait pas outre mesure. Il ne le dirait même sur son lit de mort.
Ce qui tombait bien, en considérant qu'il était déjà décédé. Quel humour débordant il avait ce soir !
Il entreprit de dégrafer le bouton de son short et de baisser lentement sa braguette ce qui la fit déglutir alors qu'il s'autorisait un sourire assez pervers.
— N'en profite pas !
— Ne t'inquiète pas, chérie, j'ai connu mieux.
— Ah ouais ? Et qu'est-ce que t'en sais ?
— C'est une invitation ? demanda-t-il mielleusement en posant les deux mains sur ses cuisses, la faisant sursauter.
— T'as oublié les collants, ronchonna-t-elle, vaincue.
Il ricana, baissa le short et déchira pratiquement son collant — « Arthur ! » s'outra-t-elle —, dévoilant une surprenante culotte noire en coton sur laquelle se poursuivaient de petits chiots blancs à la truffe rose.
— Tuez-moi, gémit-elle, visiblement mortifiée.
Il s'amusa à la comparer à ses nombreuses amantes. Toutes portaient — ou ne portaient rien du tout, d'ailleurs — des tenues plus affriolantes les unes que les autres — parfois dépassant la limite du ridicule, selon son goût — mais Lily, avec sa pudeur et ses dessous dénués de séduction étudiée, s'avérait mille fois plus désirable que toutes ces camarades de baise.
Un élan de tendresse l'envahit mais il le repoussa fermement, connaissant les risques de ce genre d'émotion.
— Ce n'est pas un peu trop court, questionna-t-il en glissant un doigt en dessous du fin tissu, sur sa cuisse droite. Elle tapa sa main baladeuse, plus gênée qu'énervée, et il décela la faiblesse dans ce geste.
Il cessa ses taquineries et enleva précipitamment ses converses avant de l'entendre protester.
— Je te laisse tes sous-vêtements, arrête de faire ton effarouchée ! Je peux t'assurer que j'en ai vu, des femmes nues, alors pas la peine d'être effrayée, mon ange.
Il la sentit se détendre considérablement sous ses doigts et le démon en profita pour l'avancer un peu plus vers le bassin d'où s'échappait de la vapeur.
— Arthur, grinça la jeune femme, réticente.
— Je reste à côté de toi. Si j'arrive à t'épargner la noyade dans une piscine, je peux facilement te sauver d'un méchant bassin, n'est-ce pas ?
Elle leva les yeux au ciel même si la panique la gagnait doucement. Elle glissa son petit pied blanc contre la surface de l'eau et il la vit frissonner de plaisir au contact de la chaleur. Cette réaction lui comprima le corps sans qu'il ne comprenne pourquoi.
Après ce premier « geste » tout fut beaucoup plus simple : son corps semblait réclamer de lui-même ce bain chaud. Elle s'y installa avec un délice évident même si elle ne lâchait pas son bras.
Une sonnerie significative se fit entendre au rez-de-chaussée et il se releva prestement.
— Non ! S'écria Lily, affolée, et il dû se mettre de nouveau à son niveau pour la calmer.
— Je reviens de suite, juste une petite affaire à régler.
Il lui envoya un regard assez apaisant qui semblât la détendre légèrement et sortit de la salle de bain. En descendant il retrouva son portable qu'il avait laissé sur le petit meuble, dans l'entrée : il venait de s'arrêter de sonner. Il attendit patiemment qu'il appelle une seconde fois, le vampire n'allait pas s'abaisser à rappeler.
Quelque secondes plus tard la sonnerie entêtante résonna de nouveau. Il l'attrapa et décrocha calmement.
— Oui ?
— Où est-elle ?
— Bonsoir Valentin, comment vas-tu ?
— Arrête avec ta fausse politesse à la con !
— Tu deviens vraiment grossier lorsque tu as peur.
— Tu l'as tuée ?
— Non.
Il entendit distinctement son interlocuteur pousser un soupir de soulagement.
— Enfin, pour l'instant.
— Tu…
— Je plaisante, coupa-t-il, agacé par ces enfantillages. Tu en as mis du temps pour appeler. Trop bourré ou trop occupé par tes petites minettes en chaleurs pour le faire plus tôt ?
— Non. Juste le temps de me rendre compte qu'un connard avait crevé toutes les roues de ma voiture et qu'on avait volé mon portable. Heureusement qu'Elena m'a passé son téléphone.
Le vampire se permit d'afficher un sourire diabolique.
— Désolé, Val, mais sur ce coup là, ce n'est pas moi.
— Je sais ! Dis à Adam que si je le chope, vampire ou pas, je le démonte !
— J'en prends note, déclara le démon en s'admirant les ongles. Autre chose ?
— Elle va bien ?
— Elle s'est bien remise du choc, enfin c'est ce que j'en déduis face à sa répartie habituelle qui me casse les oreilles depuis que je l'ai sortie de la piscine.
Le blond ricana.
— Tu vas passer une sale nuit.
— Ne m'en parle même pas.
— Je paris que tu n'as même pas de quoi la nourrir.
— J'ai les putains de pâtes qu'Alex et toi vous évertuez à acheter, grimaça le vampire.
— Eh ! Il faut bien qu'on mange lorsqu'on vient chez toi ! Bref, je passerai demain matin avec le petit déjeuner !
— Hum hum, acquiesça distraitement Arthur en guettant les bruits d'eau du premier étage.
— Et… J'ai planqué des tablettes de chocolat dans la bibliothèque du deuxième étage, sous l'étagère des romans du dix-septième siècle parce que—
— Non. Laisse-moi deviner… Alex ?
— C'est un aspirateur à sucre ce mec !
— C'est de la consommation personnelle aussi, je suppose ?
— Bah j'ai souvent un petit creux la nuit…
— Certes, grinça le démon.
Il s'arrêta subitement, aux aguets, avant de quitter rapidement sa posture défensive.
— J'ai de la visite.
— L'enfoiré ! Je suis sûr que c'est lui ! ADAM VA TE FAIRE—
Le vampire raccrocha avant même d'entendre la fin de la phrase.
— J'ai toujours apprécié la poésie de Valentin, déclara une voix étouffée par la lourde porte d'entrée.
Arthur roula des yeux et alla ouvrir d'une simple pression sur la poignée pour découvrir le vampire blond, un sourire malicieux aux lèvres.
— Tu sais qu'il n'a pas beaucoup d'argent.
— J'ai déposé son portable chez lui, sur sa table de nuit, et je paierai les frais de sa voiture.
Un court silence passa.
— Tu ne me fais pas entrer ?
— Non.
— Elle est là.
Comme c'est une affirmation, il ne prit pas la peine de lui répondre.
— Tiens, soupira le blond en lui tendant un gros sac noir.
Le démon fronça les sourcils.
— C'est son sac avec ses affaires. Portable inclut. La jolie blonde qui lui sert d'amie m'a dit qu'elle les avait prit au cas où elle aurait dû dormir chez Camilla. Prévenante, la petite. Ou voyante, au choix.
Le brun attrapa le sac en affichant une mine sceptique.
— Si j'ai « empêché » Val de s'en mêler c'était pour te laisser le champ libre pour la tuer, pour éviter que tu ne sois obligé de le tuer lui aussi. Mais bon, c'était un peu inutile, j'en conviens.
— Pourquoi ?
— J'ai su dès le moment ou tu as foncé vers la piscine que tu n'allais pas la tuer.
Une minute s'écoula.
— D'ailleurs tu devrais être plus prudent, je sais qu'elle te met dans tous tes états mais ce n'est pas une raison pour utiliser notre vitesse devant les humains quand tu la vois tomber dans l'eau. Heureusement qu'ils étaient tous défoncés.
Arthur cligna lentement des yeux mais ne prononça pas un mot.
— Bon, bonne soirée. Et le blond se détourna avec un sourire accroché au visage.
— Adam.
— Oui ? demanda-t-il sans pour autant se retourner ni s'arrêter de marcher.
— Ne t'approche pas d'Elena ou je te casse les dents.
Seul un grand éclat de rire lui répondit.
Lily le tuerait si cet abruti commençait à tourner autour de son amie.
Une petite minute…
Qu'est ce qu'il en avait à foutre ?
Cette gamine avait vraiment un sale effet sur lui. Il referma la porte rageusement et balança le sac sous un meuble avant de retourner dans la salle de bain. En route il songea que Lily allait sans doute avoir besoin de ses affaires. Mais il n'avait pas envie de le lui dire maintenant. Non. Il aimerait bien la voir porter ses vêtements à lui. Un point c'est tout.
Mon dieu ce qu'un bon bain chaud pouvait faire du bien ! Surtout après avoir été frigorifiée comme je l'étais. Et puis il y avait une chose géniale que je n'avais remarqué qu'après m'être détendue : du shampoing à la mandarine ! Arthur avait du shampoing à la mandarine ! Moi qui pensais être l'une des rares à en posséder.
M'amusant avec la mousse que j'avais crée, je ne vis pas Arthur dans le reflet des nombreux miroirs et ce ne fut que lorsque je sentis quelque chose glisser derrière moi que je compris que je n'étais pas seule.
— Arthur !
— Moi-même.
— Tu m'as fait peur !
— Navré, me lança-t-il avec un sourire ravageur.
— Je peux savoir ce que tu fais ? soufflai-je, tendue, en le regardant s'installer derrière moi dans le bassin, tout habillé.
— Je prends un bain.
— Certes, j'avais bien cru le comprendre mais… Pourquoi maintenant ?
— Tu n'as pas lavé tes cheveux, indiqua-t-il paresseusement.
— Non, je n'aime pas avoir la tête sous l'eau et…
La fin de ma phrase mourut lorsque je le vis attraper le shampoing.
— Alors il faut bien que je le fasse.
Je haussai finalement les épaules : après tout, s'il avait envie de jouer à la poupée, c'était son problème.
Malgré tout, mon air je-m'en-foutiste s'en alla lorsque je sentis son bras s'enrouler autour de mon ventre et me tirer à lui. Son torse n'était pas glacé, l'eau le réchauffait, mais la proximité avec le vampire me perturbait grandement. Le liquide froid qu'il versa sur ma tête mit fin à ma transe qui reprit quelque secondes plus tard lorsqu'il passa ses doigts dans mes cheveux. Sans m'en apercevoir, je me calais un peu plus confortablement contre lui.
— J'avais prévu de te tuer ce soir.
Ses doigts arrêtèrent de jouer avec mes mèches et mon cœur rata un battement.
— Mais tu ne l'as pas fait.
— Non.
Un petit temps passa puis ses doigts recommencèrent à se mouvoir sur ma tête et mon cœur reprit un rythme cardiaque normal.
Sans même que nous le sachions, ce moment intime et agréable serait le premier d'une très longue liste.
— Donc, si je comprends bien : Valentin et Alexandre savent que tu es un vampire, mais pas Laurie.
— C'est ça.
— Pour Alexandre je comprends, vu qu'il te connaît depuis tout petit mais… Pourquoi es-tu devenu ami avec Valentin ?
Il soupira avant de me répondre.
— Alexandre l'a connu lors de sa seconde au lycée et il n'arrêtait pas de me parler de lui. J'ai voulu connaître le gosse qui avait réussit à obtenir l'estime d'Alexandre, chose très difficile à avoir. Sa perspicacité n'a pas tardée à mettre de la lumière sur ma véritable nature… J'aurais pu le tuer mais j'aimais trop sa personnalité d'écorché vif derrière sa gueule d'ange, alors je l'ai gardé.
« Je l'ai gardé ». Un terme qu'on emploierait pour un animal de compagnie. Était-ce ainsi que la plupart des vampires nous voyait ? Si on les intéressait, on pouvait ne pas finir en nourriture ? Je me tus, gênée par ce genre de pensée et étrangement peinée.
— Quoique, c'est vrai, O'Brian c'est Irlandais comme nom !
— Hm, fit-il distraitement, son nez frôlant ma joue alors que mon souffle s'accélérait.
— Raconte-moi ton histoire.
— Par où commencer ?
— Tu avais quel âge lorsque tu t'es fais transformer ?
— Je ne sais pas. Le temps ne défilait pas de la même manière, à l'époque. Vers la trentaine, je dirais.
Surprise, je me relevais d'un bond et le toisai, interdite.
— Trente ans !
Un sourire moqueur et des yeux profonds pétillants de malice me répondirent.
— Je triche sur mon âge.
— Techniquement t'as quatre-cent-neuf ans alors c'est un peu normal que tu triches sur ton âge.
— Oui, mais j'ai le corps d'un homme alors j'essaie de le camoufler pour ne pas trop attirer l'attention au lycée.
Et pour appuyer ses dires il retira sa chemise noire trempée et la jeta au sol dans un « splatch » sonore. Je contenais mon désir devant le torse finement musclé qui me faisait face.
— Tu essayes de me faire du charme, demandai-je, taquine mais mal à l'aise devant l'intensité de mon désir.
— Pas besoin de ça pour te charmer.
La manière dont il avait prononcé cette phrase me fit frissonner. Il était tellement provocateur et ses yeux me dévisageaient avec une force qui frôlait l'indécence. Ignorant son regard de braise, je posai ma main sur son torse d'une blancheur stupéfiante. Moi, j'avais déjà la peau pâle mais lui remportait le trophée haut la main. On aurait dit que j'avais de la porcelaine sous mes doigts. Cependant, au fur et à mesure que ma main glissait sur son ventre, je sentais ses muscles se contracter à mon passage. La sensation était étrange : une statue douée de vie.
— Arrête, souffla-t-il d'une voix rauque.
Mes yeux rencontrèrent les siens et l'intensité avec laquelle ses yeux de minuit me fixaient fit manquer plusieurs battements à mon cœur.
— Donc…euh… Si tu as la trentaine et que tu as été transformé en vampire en 1607 cela veut dire que tu es née en tant qu'humain à la fin du seizième siècle ?
— Tu sais compter, c'est bien, me félicita-t-il ironiquement, quittant le ton brûlant qu'il avait eut quelque secondes auparavant.
Je me félicitais aussi intérieurement d'avoir pu me concentrer dans cette situation. Je me retournai et hésitais à m'allonger à nouveau sur lui mais il coupa mes tergiversions en me calant dans ses bras.
— Ma famille faisait partie des grandes dynasties irlandaises. Je vivais dans le comté de Clare. Il était situé dans la province de Munster.
Je ne disais mot, fasciné par son histoire et par sa voix si lointaine. Il n'était plus avec moi : Il était en Irlande.
— Mon enfance s'est déroulée dans un climat de conflits permanents. Mon père m'a appris à manier les armes dès que j'ai été capable de tenir sur mes jambes.
— Pourquoi ? demandai-je doucement, consciente de passer pour une inculte.
— Comme toujours. Des problèmes de religions bien enracinés.
— Qui t'a transformé ?
— Une femme. Elle s'appelait Bronach. Ce qui est assez drôle, dans un sens ironique bien sûr, c'est que ce prénom signifie « douleur ».
— Elle s'appelait ?
— Je l'ai tuée.
Ses bras se resserrèrent autour de moi et je préférai détourner son attention.
— Tu étais amoureux d'elle ?
Il eut un rire amer.
— Non, elle me touchait mais je ne l'aimais pas. J'étais fasciné par sa beauté fatale. Très fatale pour moi, à vrai dire.
— Tu ne t'étais pas rendu compte que c'était un vampire ? Je veux dire… Vous n'étiez pas superstitieux ?
— J'étais tellement sûr de ma force et captivé par ses nombreux charmes que je ne prêtais guère attention aux avertissements. J'étais plutôt du genre à n'en faire qu'à ma tête.
Je souriais devant cette déclaration. J'aimais ce qu'il me disait : savoir comment il avait pu être lorsqu'il était humain me rassurait dans un certain sens.
— J'ai une odeur moi aussi ?
— Mandarine et lilas, parfois.
— Ça sens bon pour toi ?
— C'est entêtant.
Il avait détourné habillement la question et je ne poussais pas plus loin. Le fait que mon odeur puisse l'obséder me troublait : je ne savais comment prendre cette information.
— Tu as eu beaucoup de femmes ?
— Oui.
— Et tu n'es jamais tombé amoureux ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que je ne suis pas fait pour l'amour.
— Tout le monde est fait pour l'amour, protestai-je en riant.
— Pas moi.
— Un jour ça va te tomber dessus et, vampire puissant ou pas, tu seras quand même dans la merde, soupirai-je en étouffant un bâillement.
— Je ne suis pas du genre à m'attacher aux lieux mais celui ci était vraiment splendide.
— Je n'aime pas ça.
— Quoi donc ?
— Quand tu pars dans tes souvenirs lointains, comme ça. Je me rends compte que tu as vécu quatre siècle avant moi, et que je ne te connaîtrais jamais totalement.
— Il te faudrait plusieurs vies pour me connaître entièrement, mon cœur, railla-t-il.
Ouais, c'était précisément ça qui me faisait peur.
— T'es partis quand en France ?
— J'ai quitté l'Irlande puis j'ai visité le globe entier pendant de nombreuses années et ce n'est qu'en 1640 que je me suis définitivement installé en France.
— Tu es très connu ici, n'est-ce pas ?
— Dans chaque pays il y a un ou des vampires dominants. Moi je domine la France et l'Irlande.
— Et ceux dont on a parlé tout à l'heure, les Volturis, ne sont-ils pas censés être les « maîtres » du monde vampirique ?
— Tu l'as bien dis mon cœur : ils sont censés être.
Arthur me fit sortir du bain lorsque l'eau commença à diminuer considérablement niveau température. Je ne souffrais plus du froid et je n'aspirais qu'à une seule chose à présent : dormir. Il me passa de quoi me brosser les dents et me coiffer pendant qu'il allait chercher de quoi me vêtir. Je lui avais pourtant demandé de sécher mes vêtements avec ses pouvoirs, comme il l'avait fait la dernière fois, mais il avait été entêté au possible : ce n'était pas assez chaud. Lorsqu'il revint avec un gros pull bleu marine je m'empressais de le faire sortir pour pouvoir m'habiller après qu'il ait essoré mentalement mes sous-vêtements.
Je regardais le pull d'un œil amusé avant de l'enfiler avec plaisir. La douceur de la texture aurait pu me faire ronronner de plaisir mais ce fut surtout l'image que me renvoyaient les miroirs qui me fit le plus jubiler. Je portais un pull à Arthur. Moi, Lily Constance, simple humaine, portais le pull d'un des vampires les plus puissants de cette planète ! Finalement j'avais de quoi casser le mythe : Arthur ne portait pas que du noir ou du blanc !
Je sortis de la salle de bain à la recherche du vampire mais ne trouvais pas âme qui vive dans ce château interminable. Je découvris des pièces toutes aussi magnifiques les unes que les autres au fur et à mesure de ma visite improvisée, ce qui m'incita à aller un peu plus loin : je montais donc au troisième étage.
Il avait dû appeler cet abruti de Ronan. Heureusement qu'Adam venait de l'avertir : les massacres d'humains trop fréquents allaient finir par attirer les Volturis en France. Et Arthur ne se sentait certainement pas d'humeur à affronter Aro et ses extravagances habituelles.
Tout était arrangé, maintenant. Il avait gentiment averti Ronan que, s'il continuait à jouer les psychopathes, il allait se faire une joie de lui arracher les membres. En commençant par celui qui comptait le plus pour un homme.
Il tendit l'oreille lorsqu'il retourna à l'intérieur de la battisse pour tenter de localiser l'adolescente. Et les battements de cœur provenaient directement de sa chambre.
Il fonça vers la jeune fille avec une vitesse vertigineuse mais s'arrêta soudainement au pas de la porte. Elle dormait. Couchée tranquillement dans son lit, emmitouflée comme une bienheureuse dans son pull.
Sur sept chambres dans ce château elle avait été obligée de choisir la sienne, n'est ce pas ?
Il soupira longuement avant de s'approcher d'elle d'une démarche bestiale qui ne montrait jamais à personne. Il monta sur son lit couvert de soie sans faire le moindre bruit et commença à détailler la jeune fille attentivement. Son petit nez fin, à peine retroussé, ses yeux en amandes, et son menton bien dessiné. Sans parler de ses cheveux d'un roux éclatant qui cascadaient sur l'oreiller blanc, faisant ressortir son visage de poupée de porcelaine.
Tout ceci, il le connaissait déjà par cœur. Ce qu'il était moins habitué à observer, c'était son corps. Il glissa imperceptiblement son regard vers ses longues jambes fines et blanches qui dépassaient de son pull. Elle avait des jambes magnifiques, il devait bien se l'avouer, même si ça avait le don de l'agacer prodigieusement : le critère primordial lorsqu'il se choisissait des amantes, c'était justement les jambes. Arthur avait toujours été obsédé par ça. C'était un homme, après tout. Un vampire, certes. Mais un homme, surtout.
Il promena sa paume sur la cheville puis remonta lentement jusqu'au genou. Sa peau était douce et chaude, vibrante de sang sous sa main. Il glissa encore sa main pour qu'elle atteigne la cuisse. Il avait l'impression de toucher de la crème.
Cela n'avait rien de pervers, non. Arthur aimait la beauté, même si cela s'avérait compliqué de le toucher. Mais ce que dégageait cette fille avait tendance à lui faire perdre la tête.
En faisant bien attention à ne pas la réveiller, le vampire remonta le pull et contempla un long moment l'hématome violacé qui prenait place sur son ventre. Des marques faites par son père, bien sûr. Il soupira et, mû par une force étrange, il approcha son visage avec une lenteur calculée et posa doucement ses lèvres contre la peau de la jeune fille. L'odeur de mandarine l'assaillit alors, plus puissante que jamais. Il agrippa les couvertures dans un geste incontrôlé et ne pu s'empêcher de lécher ce morceau de peau qui lui était offert. Était-ce de sa faute s'il voulait absolument connaître sa saveur ? Non. C'était sa faute à elle, si elle était si attirante.
La limite allait être franchie : il sentait le sang, avec cette odeur si divine, pulser dans tous le corps de la jeune fille. S'il restait une minute de plus il allait la tuer.
Et puis, pourquoi pas ? Cela arrangerait beaucoup de chose, non ?
Recule, RECULE !
Il se redressa brusquement, haletant et tremblant. En un coup d'œil il constata que la jeune fille ne s'était pas réveillée. Il attendit prudemment cinq minutes avant de retourner à son exploration.
Il toucha sa taille fine et comprit, une fois encore, qu'il pourrait la briser d'une seule main tant elle était fragile. Ses mains caressèrent avec douceur les petites bosses que faisaient ses seins et il sentit le cœur de l'adolescente s'emballer. Il se retint de rire avec amertume : eh bien quoi ? Tu le sens, toi, qu'il y a un démon au-dessus de toi, n'est ce pas ?
Lentement il remonta jusqu'à sa gorge, son cou droit et fin qui semblait l'appeler de mille façons. Le vampire se mordit violemment les lèvres et remonta jusqu'aux siennes qu'il effleura du bout des doigts, comme lorsqu'on caresse les pétales d'une fleur.
Lorsqu'elle l'avait embrassé, il s'était alors demandé si elle aussi avait senti ce feu qui avait prit place entre eux deux, à ce moment là. Si elle avait senti la chaleur dévorante prendre naissance entre leurs deux corps.
Il voulait encore essayer. Juste une fois. Ça ne voulait rien dire, c'était juste une simple expérience pour comprendre pourquoi son corps le torturait ainsi en sa présence.
Ses lèvres rendues pâles par la mort frôlèrent un court instant celles pulpeuses de la jeune fille et des centaines de picotements semblèrent naître dans la bouche du vampire à ce simple contact.
Cette fois il ne se redressa pas mais recula prestement à l'opposé du lit. Le vampire ne prit pas le temps de savoir s'il l'avait réveillée. Il s'en alla précipitamment dans le salon pour finir recroquevillé contre l'imposante porte d'entrée.
— Pourquoi, haletait-il en tenant ses deux mains contre son torse, pourquoi me fais-tu ça ?
Ce n'était pas grave, ce n'était rien. Après tout, Lily était une jeune humaine désirable, quoi de plus normal que d'avoir ce genre de réaction ?
Parce que, avoir l'impression d'étouffer, c'est normal lorsqu'on ne fait que désirer quelqu'un ?
Tais-toi, tais-toi !
Il devait aller voir Jeanne et après...
Après tout irait mieux.
Fin du chapitre 7
Votre dévouée,
Kimy Green.
kimy-green . e-monsite . com
