Chapitre 3

9 novembre 2016

Princeton Plainsboro Hospital, New-Jersey.

Laissant seule Cuddy qui venait de se prendre un sacré coup, un peu comme la condition des femmes aux Etats-Unis, House boitilla à travers l'hôpital à la recherche de la chambre de son dernier patient. En chemin, il tomba sur Chase, qui faisait exactement la même tronche et avait le même accent australien depuis la saison une. A chaque seconde, House s'attendait à la voir débarquer avec une plage de surf sous le bras.

"Elles sont où, les deux minorités visibles ? Demanda House.

- Cameron et Foreman arrivent. On a un cas ?

- Oui. Mais je ne sais pas à quel étage il est."

Un flash de lumière attira son attention : une des chambres étaient emplies de journalistes qui se bousculaient pour entrer.

"Laisse tomber, dit-il, j'ai trouvé."

Chase à sa suite, le médecin joua des coudes pour entrer (utilisant un peu sa canne au besoin) et réussit à se créer un passage. Dans le lit se trouvait un petit type bien amoché et visiblement monté sur ressorts, qui répondait aux questions des journalistes.

"Qui êtes-vous ? Dit ce dernier.

- Quels sont vos symptômes ? Répliqua House, en balayant sa question de la main.

- Quels symptômes ?

- ...Je suis docteur. Vous êtes malade. Vos symptômes ?

- Je ne suis pas malade, expliqua Sarkozy en baissant la voix (eh oui, c'était lui). Mais il fallait bien qu'on parle de moi dans les journaux. Et puis la maladie peut me faire gagner des points dans les sondages, m'voyez ?"

Il se tourna alors vers la caméra du journaliste le plus proche et demanda : "Miss me ?"

Lorsqu'il tourna de nouveau la tête, House était déjà reparti.

"House ! s'écria Chase en se lançant à sa suite. C'est l'ancien Président français ! Vous ne pouvez pas le planter comme ça !

- Si, je peux. J'ai des trucs plus importants à faire.

- Du style ?

- Aller pisser, déjà. Empêcher Donald Trump d'être président, ensuite.

- D'acc- quoi ?»

House haussa une épaule et se dépêcha de rejoindre son bureau. Son collègue lui emboîta le pas.

« Quel rapport avec... ?

- Aucun. Mais je refuse que ce type soit mon président.

- Franchement, vous exagérez. Il a été élu dé-mo-cra-ti-que-ment. Les gens ont voté Trump pour contester l'érosion de la domination masculine et blanche, voilà tout. Les blancs sont en colère. Ils mènent une vie difficile, eux aussi. On va pas leur retirer leurs privilèges quand même !

- A quel moment ce genre de dialogues a cessé d'être drôle ? S'informa House.»

Il tourna les talons de manière stylée et le planta là. Une fois seul dans son bureau, il réfléchit quelques instants avant de se lever de sa chaise et de passer par la fenêtre.

Non, ce n'est pas ce que vous croyez. Il enjamba la fenêtre et se retrouva sur la terrasse. Cette dernière communiquait avec le bureau de Wilson, mitoyen au sien. Il se baissa, non sans une certaine raideur à cause de sa jambe, ramassa une poignée de petits cailloux, et la jeta contre la porte vitrée pour attirer l'attention de son ami. Ami qui roula des yeux et se leva pour ouvrir la porte.

« Qu'est ce que tu fous, House ?

- Je joue à la répression policière, répondit ce dernier en jetant un autre petit caillou.

- J'ai pas le temps pour tes discours bobo-socialo-gaucho-anarcho-communistes. Et je croyais que tu t'en foutais, de la politique ?

- Plus maintenant : j'ai un plan. Fini de rigoler, Wilson.

- Ha, c'était censé être drôle, tout ça ? »

Wilson fit hahaha, puis aïe, puis ouch, puis mais arrête de me lancer des cailloux putain de merde, puis il daigna sortir de son bureau et rejoignit House sur leur terrasse.

« C'est quoi ton plan ?

- C'est pas le mien, en fait. Un type m'a appelé pour assassiner Donald Trump.

- Je ne savais pas que tu avais « tueur à gages » dans ton CV.

- Mais non, pas pour l'argent ! S'emporta le diagnosticien (ou plutôt le diagno-cis-tien- non, rien). Il refuse que ce type gouverne le pays. C'est un acte politique, tu vois.

- Oh bah si l'avenir de la nation repose sur toi, il n'y a pas de problèmes, je suis totalement rassuré. Ironisa Wilson (qui cachait bien son sel sous ses sourires bienveillants). Et c'est qui ce type ?

- Sherlock Holmes.

- Le mec qui...

- Oui.

- Et vous allez travailler ensemble ?

- Oui.

- Ok, Dit Wilson. On est foutus. »


Pendant ce temps, à la Maison-Blanche.

« Non, Joe. Répétait Barack Golden Punchline Obama d'un ton ferme mêlé d'appréhension, je refuse de parachuter Donald Trump au-dessus de la Corée du Nord. Ils ne méritent pas ça.

- T'es jamais d'accord avec mes idées pour nous débarrasser de lui, aussi.

- Joe, pour la dernière fois, s'il y avait un moyen réaliste de le faire, je le ferais, d'accord ?"

A ce moment-là, on toqua à la porte du cabinet, qui s'ouvrit aussitôt sur une secrétaire affolée.

"Messieurs, j'ai essayé de les retenir, mais ils ne veulent pas-

- Bonjour, Monsieur Obama, Monsieur Biden. Je m'appelle Sherlock Holmes, et voici Watson.

- Mais, comment êtes-vous entré ?! S'écria Barack.

- J'ai un grand manteau, ça en jette. Et votre successeur a viré la moitié de vos agents de sécurité."

Barack regarda du coin de l'oeil Joe se marrer comme un bossu et soupira, de plus en plus voûté sous le poids de l'adversité. La journée allait être longue. Le type face à lui ne bougeait pas, ne tendait pas la main. L'autre, plus petit et plus precious, lui adressa un regard "désolé, oui il est tout le temps comme ça" qui ne présageait rien de bon.

"Je viens vous demander de l'aide, poursuivit Sherlock. Je voudrais assassiner Donald Trump.

- Ha ouais carrément. Je peux venir avec vous ?

- Stop it Joe. Et vous, je pourrais vous faire mettre en prison, vous savez ?

- Vous pourriez. Et ce serait une belle erreur.

- Vous me parlez d'un meurtre !

- Ce que mon ami essaie de dire, intervint Watson, au bord de la syncope, c'est que la personne à mettre idéalement en prison, ce serait Trump, et pas lui.

- Ils sont rigolos, tout de même. On peut les adopter, Barack ?

- Personne n'adopte personne, et personne ne commet de meurtre !

- No, we can't ? Se fit traduire Watson."

Obama, qui commençait à en avoir marre de ce dialogue qui partait dans tous les sens, s'assit dans son fauteuil et se passa une main sur la figure. Il sentit celle de Joe se poser sur son épaule (sa main, pas sa figure) (#NoHomo) et étouffa un soupir.

"Je veux juste faire en sorte que mon pays ne soit pas mis à feu et à sang. Dit-il.

- Oui, c'est ce qu'on veut faire aussi, s'impatienta Sherlock. Mais nous avons besoin de votre soutien, en cas de besoin.

- C'est non. Sortez. »

Très digne, Sherlock tourna les talons en faisant voler les pans de son manteau, se cogna dans watson qui ne savait plus où se mettre, poussa son ami un peu rudement et quitta le cabinet. Le médecin eut une mimique désolée vaguement pathétique, se confondit en excuses pour deux et le suivit - au grand regret du Vice-Président, qui s'était pris d'affection pour l'étrange duo.

"Monsieur le Président, dit la secrétaire en passant la tête par l'encadrement de la porte, y a des fans de Donald Trump qui veulent entrer dans un évènement non-inclusif comme quoi c'est du communautarisme.

- C'est la troisième fois cette semaine.

- La quatrième, monsieur le Président. Ah, et les lignes de prévention contre le suicide sont saturées depuis hier soir aussi."

A ce stade, Obama était tellement voûté qu'il aurait pu se reconvertir en chapelle gothique dans le plus grand des calmes. Il passa une main fatiguée sur sa tempe.

"Joe ?

- Oui ?

- Rappelle-les."


10 novembre

Princeton Hospital, New-Jersey

Le lendemain matin, lorsque le Dr House entra dans l'ascenseur pour aller à son bureau, il fut très étonné de croiser Sherlock.

"Je vous attendais, dit ce dernier, le regard perçant et étincelant d'intelligence.

- Dans la cage d'ascenseur ?

- Non, je voulais m'asseoir dans votre bureau pour faire une entrée classe mais vous êtes arrivé en avance aujourd'hui."

Il semblait un peu agacé d'avoir à donner cette précision. House entra dans l'ascenseur et appuya sur la touche du deuxième étage, déconcerté pour la première fois depuis bien longtemps.

"C'est étrange de vous rencontrer en vrai. Dit House pour briser un silence gênant. Si cette fanfic avait été écrite en 2015, on aurait fait une rap battle..

- Une ?

- Rap battle. Une...joute verbale, si vous préférez. Un débat.

- Je ne vois pas en quoi il y a matière à débattre. Répondit Sherlock, impassible. Vous êtes malheureux et aigri. Je ne le suis pas. J'ai gagné.

- Ça promet."

Les deux homme sortirent de l'ascenseur. Ils faisaient la même taille, avaient la même largeur d'épaule. Ils auraient sans doute marché du même pas, sans compter la claudication de House. Par chance, le bureau de ce dernier était vide. Il fit signe au détective de s'asseoir dans la salle habituellement réservée aux diagnostics avec son équipe et prépara deux cafés.

"Votre ami médecin n'est pas avec vous ?

- Watson ? Tiens, c'est vrai il n'est pas avec moi, constata Sherlock d'un ton monocorde.

- D'ac..cord...

- J'ai toujours l'impression qu'il est là, et en fait non. C'est très pénible. Et le vôtre ?

- Wilson n'est pas "le mien". Et il travaille, je suppose.

- Tant mieux. Mieux vaut être seuls pour parler de notre projet.

- Vous ne perdez pas de temps.

- Vous êtes aussi socialement handicapé que moi. D'autres remarques évidentes ?"

Le médecin se retint de sourire. Il n'avait pas l'impression de se forcer pour trouver la réplique, plutôt de faire une course de 110m haies. Il n'y avait que devant Sherlock qu'il savait se montrer fair-play.

« Vous sembliez réticent à ma proposition. Le relança Sherlock en buvant son café.

- C'est pas ça. Je suis d'accord avec votre projet. Mais sérieusement, éliminer le président de la plus grande puissance mondiale à nous tout seuls ? Je sais qu'être le pire des mégalos fait partie de mon contrat, mais là...

- House. Je suis un génie. Vous l'êtes aussi. A nous deux, nous sommes l'entité la plus intelligente du monde anglophone. Un geste de vous ou de moi, et le monde est à nos pieds.

- Rien que ça. Commenta House, que les métaphores rabâchées du détective agaçaient.

- Si personne n'arrive à éliminer Trump, personne d'autre n'y parviendra. Ceci dit, vous n'avez pas tort. D'autres nations sont concernées. Il faudrait qu'on trouve notre équivalent.

- Notre équivalent ?

- Oui. La personne la plus intelligente de France.

- ... »

House dut attendre que sa crise de fou rire incontrôlable fut passée avant de reprendre une gorgée de café, en s'essuyant les yeux. Sherlock, lui, ne riait pas. Il ne riait jamais. La dernière fois que Sherlock avait ri, son corps était si peu habitué qu'il s'était pété une côte.

« Un français intelligent, gloussa House, vous ne reculez devant rien, vous.»