Chapitre 4

Princeton Plainbsoro Hospital.

Wilson avait peut-être des défauts, mais c'était un gentil garçon.

Après avoir soigné trois cancers incurables, il se sentit un peu coupable d'avoir fait un coup de tête balayette à Cuddy, la veille. Elle l'avait mérité certes, mais elle était plutôt à plaindre dans le fond. La pauvre, ça devait être dur d'avoir un poste à responsabilités quand on est une femme, surtout dans le milieu scientifique.

Mortifié et plein de bons sentiments, il sortit de son bureau pour aller proposer à House d'aller déjeuner, et se promit de présenter ses excuses à la doyenne la prochaine fois qu'il la verrait. Il en profiterait pour lui expliquer pourquoi le féminisme et le fait d'avoir une femme présidente était quelque chose d'important – il avait lu un super livre à ce sujet récemment.

En arrivant dans le bureau de son meilleur ami, il fut très étonné de voir ce dernier écroulé de rire sur sa table, assis à face à un grand type en manteau noir et au visage tranchant et très pâle.

« House, qu'est ce qui se passe ? »

Son ami agita faiblement la main avant de repartir en fou rire, incapable d'articuler une phrase.

« Je suis Sherlock Holmes, dit Sherlock Holmes (no shit Sherlock- oh wait). Et vous êtes Wilson.

- Oh. Vous êtes vraiment venu.

- Vous en doutiez ?

- Je pensais que House faisait encore une de ces blagues que je ne pige jamais.

- C'est peut-être dans sa nature de faire des blagues, mais ce n'est pas mon cas.

- #Surprenant. Toussota Wilson en se parlant à lui-même.

- Que dites vous ?

- Moi ? Rien. »

Le détective haussa un sourcil, signe d'une intense réflexion dans son palais spirituel. Visage banal, chaussures ternes, les épaules légèrement baissées, le diagnostic était formel : Wilson n'était ni plus ni moins qu'une carpette humaine.

De son côté, House avait arrêté de rigoler, enfin calmé. Il prit une dernière gorgée de café et dit :

« Tu devrais sortir, Wilson.

- Pourquoi donc ?

- Il vaut mieux que tu n'entendes pas ce qu'on s'apprête à dire. Tu en sais déjà trop.

- Oui, mais non, chouina Wilson, je suis sûr que vous allez en profiter pour bitcher sur moi.

- Il peut rester, s'il en est, s'impatienta Sherlock en tapotant la table du bout des doigts.»

Ravi, l'oncologue s'assit en bout de table en jetant un regard de victoire à son meilleur ami.

« J'en suis. »


Au même moment

Palais de l'Elysée, Paris.

« Bon, tu sors oui ou merde ?

- Laisse-moi tranquille, pleurnicha la voix derrière la porte du petit cabinet.

- Putain, ça fait vingt-quatre heures que t'es là-dedans ! Sors, ou j'enfonce la porte avec le 49.3 !

- Je t'ai déjà expliqué que ça ne marchait pas comme ça. Et fous-moi la paix ! »

Ainsi conversaient François Hollande, Président de la République Fronçaisse, et son Premier Ministre Manuel Valls et Il Y a Trop De Majuscules Dans Cette Phrase. Le ministre fixa la porte derrière laquelle son président s'était enfermé et essaya de la brûler avec son regard de braise, mais ce ne fut pas très efficace. Excédé, il s'écria :

« J'enfonce la porte, je te préviens ! Et sans 49.3, j'y vais à la démocrate !

- Tu n'oserais pas ! »

Manu prit son élan et enfonça son épaule dans la porte, une fois, deux fois, et réussit à rentrer.

Ce qu'il vit était absolument pathétique. François Hollande, chef du gouvernement, était enroulé dans un plaid, écroulé dans son canapé. Il mangeait du Nute-pas-là à la petite cuillère, des mouchoirs inondés de...larmes jonchant le sol et « When we were young » d'Adele passant en boucle sur sa radio portative.

« Non mais sincèrement, François...

- Ils vont voter LePen, sanglota le président en reprenant une bouchée de pâte choco-noisettes. Ils vont voter extrême-droite, comme les américains. Ils...ils vont venir me chercher...

- Bon, ça suffit les conneries maintenant ! Personne ne va voter FN. Et tu sais pourquoi ?

- Non ?

- YOU STILL SOUND LIKE A SON- chantait Adele.

- Parce qu'ils vont voter pour moi, répondit Valls en coupant la musique d'un geste rageur. »

Pour des raisons très obscures, cette affirmation fit pleurer le président de plus belle. De toute façon c'était dans sa nature à ce type-là, il n'était jamais content. Typiquement frenchy, tiens.

Néanmoins, le premier ministre décida de prendre les choses avec philosophie et de rester patient. Les affaires n'allaient pas fort ces derniers temps, c'est vrai. Et qui jouait les psy (ophlà gangnam style) pour François quand les affaires allaient mal ? C'était Bibi. Il s'assit à côté de lui.

« Tu veux que je prolonge l'Etat d'urgence de trois, quatre mois pour te remonter le moral ?

- Mais pourquoi tu ferais une chose pareille ?

- Je sais pas, ça me fait du bien, pas toi ?

- Bah euh, non, pas trop. Les journaux ont tendance à nous descendre en flammes quand tu fais ça en fait, et bon tu sais, c'est pas comme si je me faisais déjà victimiser tout le temps quoi...

- Foutus journalistes, siffla Manuel. Au prix où tu les payes !

- De quoi tu parles ? Qui paye les journaux ?

- Ben, toi.

- Mais non, je pensais que c'était toi !

- Attends, attends, ça veut dire que BFM TV est en roue libre depuis le début ?

- Ha, meeerde. »

Les deux hommes se regardèrent d'un air catastrophé. François voulut dire quelque chose, mais il fut interrompu par un secrétaire qui entra en panique dans la pièce :

« Monsieur le Président, nous- c'est quoi tous ces mouchoirs ?

- Venez-en aux faits, Arthur.

- On a un problème. Dit Arthur en transpirant très fort.

- On peut pas être tranquille deux minutes dans ce pays ! Hurla Hollande. Quelle connerie ce métier, je vous jure, c'est quoi encore cette fois, les chiottes de l'Elysée sont bouchées, mon ex a écrit un nouveau bouquin, Cécile Duflot a mis une jupe, c'est quoi ?

- C'est un peu plus compliqué que ça, Monsieur le Président. Dit Arthur qui frôlait l'état liquide. Donald Trump vient de déclarer la guerre à la Corée du Nord. »


Pendant ce temps, à Washington.

« Ha ouais quand même.

- Avoue, t'as bien le seum de pas avoir déguisé la Maison-Blanche en mosquée maintenant. »

Barack Too Fab 4 You Obama ne crut pas nécessaire de répondre à son vice-président. Il se mit à tourner dans la pièce, les mains croisées dans le dos, tellement vite que son meilleur ami eut du mal à le suivre des yeux.

« Le Congrès ne peut pas laisser passer ça, c'est du bluff ! Il ne ferait jamais une chose pareille !

- Quel Congrès ?

- Quoi, quel Congrès ? S'emporta l'ex-Président. Les deux chambres qui m'ont pété les c- hrrrm qui se sont mises en travers de mon chemin pendant huit ans ?

- Il n'y a plus de Congrès, Barack. Trump l'a dissous dès qu'il est arrivé au pouvoir.

- Non, il l'a dissolu. C'est pas grammaticalement juste, sinon.

- Non, il l'a dissous.

- Dissolu.

- Solu.

- Put- non mais attends, il a le droit de faire ça ?! »

Joe fit le smiley déso pas déso avec les mains, c'est-à-dire qu'il leva les avant-bras et tordit la bouche l'air de dire « eh poto me regarde pas comme ça, j'y peux rien si ce monde part en live. » Barack s'écroula dans son canapé, effondré.

« C'est quoi, notre marge de manœuvre ?

- Proche de zéro. On est hors du game, frère.

- Bullshit. J'ai pas fait huit ans de mandat pour rien. Y a des gens qui bossent encore pour moi. On a combien de temps pour agir ?

- Connaissant Trump, je dirais 48 heures, maxi.

- Appelle la team.»

Joe resta planté au milieu de la pièce sans rien faire. Barack releva la tête vers lui et répéta :

« Y a un problème ?

- J'ai jamais compris de quoi tu parlais quand tu me demandais d'appeler la team, en fait.

- Ben, Hollande, Merkel, Trudeau, les autres chefs d'Etat ! La team, quoi !

- Haaaa, d'accord, fallait le dire. »

Barack se fit un facepalm et en profita de ce rapprochement fort opportun de son poignet pour regarder sa montre. Soupira.

Quarante-huit heures.


Quelques heures plus tard

Princeton Plainsboro.

La nouvelle avait fait l'effet d'une déflagration dans la salle de brainstorming de Dr House. Wilson avait été bombardé de notifications Twitter pour lui annoncer la déclaration de guerre, contrairement à House et Sherlock parce que ces derniers n'avaient pas d'amis.

« Ha.

- Oui, ah, s'impatienta Sherlock. Raison de plus pour agir vite. Notre plan est infaillible.

- Pouce, dit Wilson, on a vraiment un plan ou c'est encore l'auteur qui dit qu'on a un plan en se disant qu'il arrivera bien à bricoler un truc tout pété d'ici deux chapitres ?

- Non non, on a vraiment un plan.

- Sans déconner ? »

Malgré lui, House ne pouvait s'empêcher d'être inquiet, quoiqu'il serait mort plutôt que de l'admettre. D'accord, il avait failli se faire amputer d'une jambe, il s'était fait tirer dessus deux fois, il était allé en prison, en cure de désintox, il s'était électrocuté, il avait eu un accident de bus et survécu à une maison en flammes, il avait même mangé un yaourt périmé depuis deux jours une fois, mais la guerre à la Corée du Nord, c'était quand même une autre histoire.

« Bon, et bien, on ne va pas rester assis tout la journée, abrégea Sherlock en se levant. Allons-y avant qu'il ne soit trop tard.

-Quoi, maintenant ? Bredouilla Wilson, pris de court.

-Oui.»

Tous trois se levèrent en même temps sur ces paroles sans appel (à ne pas confondre avec les étudiants sans APL- non rien). House mit ses lunettes de soleil, et le trio quitta l'hôpital au ralenti sur une musique métal stylée, prêt à maraver des tronches.

Au même moment, non loin de l'hôpital, une voiture aux vitres teintées s'élançait sur la nationale à toute vitesse.

« Cliff, on ne peut pas lui dire de la fermer ? Demanda la personne assise sur le siège passager d'un ton excédé.

- C'était ton idée, Hanger. Répondit l'autre sans quitter la route des yeux. Tu assumes.

- Je sais bien, mais au bout d'une heure ça commence à être pénible, là. »

On entendit alors le bruit de poings et de pieds frappant avec vigueur depuis le coffre de la voiture depuis plus d'une heure.

« Laissez-moi sortir ! Hurla Watson. Laissez-moi sortir ! »