Chapitre 6
Réunion anormalement longue et inutile des chefs d'Etat qui n'ont pas eu la flemme de se déplacer, Maison Blanche de Washington
« Bon, dit Barack Obama après avoir raccroché au nez de Donald Trump, le dialogue, ça va pas le faire. Il nous faut trouver autre chose, sinon nous sommes foutus. »
Tous les dirigeants réunis autour de la table s'entre-regardèrent, hésitants et consternés. C'était bien gentil le G7 et tous ces trucs, mais quand il s'agissait de dégager le président américain avant qu'il ne fasse exploser toute la planète avec lui, c'était tout de même un problème d'une autre envergure. Ainsi, personne ne répondit dans un premier temps. Obama (more like Baerack Obaema) étouffa un nouveau soupir. Ça allait être long.
« On le BUTE. Gueula finalement Poutine qui avait visiblement envie de chercher l'embrouille. Jusque dans ses chiottes. Et à mains nues, s'il le faut !
- OUAIS. Dit Manuel Valls en levant le poing.
- Oui mais non attendez un peu, c'est quand même pas très Charlie de vouloir buter Donald Trump, Protesta mollement François Hollande. On n'est pas obligés d'en être réduits à de telles extrêmités, non plus... »
Il se fit foudroyer du regard de concert (sauf par Trudeau qui était beaucoup trop precious pour ça). Poutine haussa un sourcil glacial et ricana avant de dire, avec toute l'acidité dont il était capable :
« Ha d'accord, je vois, donc vendre des armes aux dictatures du Moyen-Orient et donner des Légion d'honneur y a pas de souci, mais dès qu'il faut se salir les mains, Môssieur Hollande-
- Messieurs, messieurs, protesta Hillary Clinton, un peu de calme s'il vous plait ! Moi aussi j'ai la haine de m'être fait gruger par cette courge à cause de ces putains de grands électeurs mais-
- Oué enfin, les grands électeurs, les grands électeurs, c'est un peu facile de dire ça. Votre courge, elle a eu des voix quand même, hein.
-...Mais votre solution n'est pas envisageable, reprit Clinton sans écouter Manuel Valls qui cherchait visiblement les embrouilles, lui aussi. On peut l'exclure de manière dé-mo-cra-tique. Et par ailleurs, il est hors de question que Barack refasse un mandat. On va pas faire comme ces dictatures qui gardent le même chef d'Etat pendant des années comme si les mandats présidentiels étaient des CDD, là.
- De qui elle parle ? Demanda Poutine à mi-voix.
- Enfin bref, c'est pour cela que je pense que le meilleur candidat pour remplacer Trump, ce soit moi, conclut Hillary sans complexes. Qui est avec moi ? »
Nouveau silence. Plus lourd. Plus gênant. Poutine frappa de la main sur la table.
« Sinon, on le BUTE.
- OUAIS, dit Valls.
- Messieurs, messieurs, s'il vous plaît, on ne résout rien par la violence, supplia Justin Trudeau.»
Mais son super-pouvoir de charisme suprême avait perdu en efficacité, et ses ondes positives n'étaient plus aussi fortes. On ne l'écoutait plus. Il s'apprêtait à élever la voix, fallait pas déconner non plus sa patience avait des limites mais, alors que Poutine et Valls allaient se rouler la pelle de leur vie, un toc-toc impétueux se fit entendre.
« On a toqué ?
- Non, ça devait être à côté.
- Toc ! Toc ! Entendirent-ils de nouveau.
- Je...je crois que ça vient de la table, Dit Biden.
- Ca doit être un esprit qui essaie de communiquer avec nous, ironisa Clinton.
- Déconnez pas avec ça, dit Poutine, soudain livide.
- Oh le bolosse, hé, il a peur des fantômes, ce con.
- Toc ! Toc ! Fit la table.
- Qu'est ce que-
- ARE YOU FUCKING KIDDING ME WITH THIS BLAH BLAH BLAH ?! »
Le doute n'était plus possible : c'était bien un esprit qui tentait d'entrer en communication avec eux. Et cette voix mélodieuse ne pouvait appartenir qu'à une seule personne. Obama la reconnut et vacilla d'émotion, une main posée sur son cœur encore pur.
« Abraham ? Murmura-t-il, extasié. C'est bien toi ?
- Ha, mon fils. Dit la voix. Toi, au moins, tu respectes tes aînés. Oui, c'est moi. Abraham Lincoln. Dis-moi, c'est quoi ce merdier que vous êtes en train de me faire, là, exactement ? Le Congrès supprimé ? Trump au pouvoir ? La Corée du Nord atomisée ? Vous seriez pas un peu en train de vous foutre de ma gueule, des fois ?
- Dites donc, restez poli, s'énerva Clinton.
- Ta gueule, toi, la rabroua Lincoln. Si tu avais fait ton job au lieu de sourire comme une creepy en envoyant tes mails de mes deux, on n'en serait pas là. Je te faisais confiance, et tu as tout fait foirer. Alors la ramène pas trop ! »
Tous les mecs cishets un peu misos, c'est à dire tout le monde, ricanèrent un peu en voyant Clinton se faire engueuler. Sauf Obama, trop subjugué par cette rencontre spirituelle avec son arrière-arrière-arrière etc prédécesseur pour penser à se moquer de qui que ce soit.
« Bon, voilà le plan. Poursuivit Lincoln. Comme je ne peux pas vous mettre de gifles, et croyez-moi c'est pas l'envie qui manque, je vais vous guider à distance. En ce moment même, deux types essaient de sauver le monde, et ils sont beaucoup plus intelligents que vous tous réunis. Donc vous allez arrêter de vous prendre le chou, vous allez retrouver ces deux types, et bosser tous ensemble. Capisce ?
- Qui c'est, ces types ? Demanda Hollande, curieux.
- Joe et Barack les connaissent déjà. Le médecin et le détective là.
- Monsieur le Président, vous êtes sûr que faire appel à deux civils soit une bonne idée ? Risqua tout de même Justin Trudeau. Et comment vous savez qui ils sont d'ailleurs ?
- Je suis un esprit. Je suis omniscient.
- Ha cool, du coup vous pouvez nous dire comment cette histoire sans aucun sens et excessivement longue pour ne rien dire va se terminer ?
- Et qui sera élu aux présidentielles de 2017 en France ?
- Et ce qui se passe dans la quatrième saison de Sherlock ?
- Euuuuh. EAGLE. »
Et Abraham Lincoln coupa la les chefs d'Etat se regardèrent, à la fois bluffés et unis à jamais par cette expérience mystique qu'ils venaient de vivre. Sauf Joe Biden, qui se mit à rigoler très fort et à glousser sans aucune raison.
« Qu'est ce qui se passe, Joe ?
- J'en peux plus, vous avez vraiment cru que le fantôme d'Abraham Lincoln était parmi nous ?
- ...Ben. C'était pas le cas ? »
Obama comprit avant tout le monde et s'écria, très mécontent :
« C'est pas encore ton numéro de ventiloque, si ?!
- Si. Pas pu m'en empêcher.
- Mais t'es trop con. Ragea Barack, vexé.»
(En fait il était carrément bluffé parce que la bromance).
Il se leva d'un coup sans rien laisser paraître de son choc et de sa déception, et annonça que la réunion d'urgence était finie, parce qu'il avait beau être patient, il en avait plus que marre de ces conneries. Trudeau eut l'air inquiet et demanda ce qu'il allait faire, finalement.
« Je vais aller parler à Trump, en personne. »
Haut-de-coeur épouvanté dans la salle. Il leva les mains en signe d'apaisement :
« Je sais, c'est risqué, mais c'est notre seule chance. C'est à moi de le convaincre. Je vous remercie d'être venus jusqu'ici. Souhaitez-moi bonne chance.»
A ces mots, il tourna les talons et quitta la pièce, de nouveau grand et superbe, sans se soucier du regard unanime d'admiration qui était posé sur lui. Oui, il allait rencontrer son ennemi, il allait sauver tout le monde, et il irait même se battre en duel avec Trump, s'il le fallait.
Il était Barack Obama, merde.
Pendant ce temps, à l'aéroport de Newark, USA.
« Sinon, il nous reste l'option la plus logique, dit House. »
Ils étaient tous les trois à l'aéroport de Newark, prêts à embarquer pour la France.
...Ha oui vous n'avez pas vu ce qui s'est passé pendant l'ellipse donc ça doit être un peu confus pour vous. Reprenons : après avoir appris par téléphone que Watson était retenu en otage, Sherlock avait aussitôt déduit qu'il avait été capturé par Marine Le Pen, et qu'il se trouvait par conséquent en France. On aurait sans doute pu invoquer son exceptionnel sixième sens qui lui aurait permis de pister l'appel rien qu'en devinant l'haleine de son interlocuteur à l'autre bout du combiné, mais la vérité était un peu différente : il avait reconnu Marine à sa voix horrible.
N'écoutant que son courage – et le fait que sa série était beaucoup moins intéressante sans John parce qu'avouons-le on regarde la série en grande partie à cause de Martin Freeman et du broship, faites pas genre – Sherlock s'était précipité vers l'aéroport le plus proche, House et Wilson sur ses talons.
« Quelle solution plus logique ? Siffla Sherlock.
- On laisse Watson où il est, on bute Trump tout de suite et ensuite on part le chercher.
- Je ne vois pas en quoi c'est plus logique.
- Si, ça nous fait quand même un aller-retour Paris-New-York en moins.
- De toute manière c'est hors de question, trancha Sherlock qui avait la flemme de débattre. Je ne vais nulle part sans lui.
- Ce que je me demande, moi, dit Wilson d'une voix très calme et pensive (Wilson parlait toujours d'une voix très calme et pensive), c'est pour quelle raison cette bonne femme a-t-elle décidé de prendre Watson en otage pour le garder avec elle ? »
Un ou une fan hardcore de Sherlock aurait répondu qu'elle n'était pas la seule à l'avoir envisagé, au contraire, mais il n'y avait aucun fan de Sherlock avec eux si ce n'est Sherlock lui-même, et il n'avait nul besoin de capturer Watson puisqu'ils vivaient ensemble. Wilson ne reçut donc aucune réponse, si ce n'est un regard irrité. A ce moment précis, on annonça qu'il était temps pour eux d'embarquer dans l'avion. Sherlock se précipita vers les portes. House roula des yeux et suivit le mouvement de mauvaise grâce, suivi par Wilson.
« J'arrive Watson, murmura Sherlock avec cette fabuleuse et fascinante inconscience des sous-entendus gays qui parsemaient 97% de ses répliques. J'arrive. »
Pendant ce temps à Washington.
Barack avait donc réussi à prendre rendez-vous avec la secrétaire de Donald Trump...Enfin, la secrétaire lui avait arrangé un rendez-vous avec Donald Trump en tête à tête, non attendez c'est encore plus bizarre en fait, disons juste qu'Obama était seul et qu'il se préparait mentalement à cette rencontre pour laquelle il n'était définitivement pas prêt, mais qui était plus qu'urgente.
Très peu de personnes, sur Terre, ont la certitude que l'avenir du monde entier reposait sur eux – des gens comme, mettons, Xi Jinping, Lady Gaga, ou les SJW sur Twitter, et Obama faisaient partie de ceux-là. Huit ans plus tard, il ne s'était toujours pas habitué. Avec un soupir, il sortit une cigarette et s'en grilla une petite. Il ne le faisait jamais devant les caméras, mais il était seul, stressé et fatigué. Il avait bien le droit.
« Look around, look around how lucky we are to be alive right now ! Chanta une voix féminine. »
Barack se retourna en écrasant sa clope par réflexe, et se retrouva face à un groupe de personnes déguisés en- en quoi, d'ailleurs ? Certaines ressemblaient à des militaires du XVIIIe, grandes bottes et longs manteaux à boutons dorés. Il y avait aussi des femmes, dont celle qui venait de chanter.
« Who are you ? Dit un des hommes.
- Who's this kid ?
- What's he gonna do ? »
D'ac-cord, pensa Obama sans savoir comment réagir – et un peu saôulé d'avoir du éteindre sa cigarette à ceuse d'eux. Qui a encore laissé rentrer le carnaval dans la Maison-Blanche, bon sang ?
« Ne les écoutez pas, intervint un jeune homme qui semblait survolté. Je m'appelle Alexander Hamilton, à votre service, monsieur.
- ...Hamilton ?
- Yes, sir. Nous cherchons la direction de l'Hudson River.
- History is happening in Manhattan, and we just happen to be in the greatest city in the world, enchaîna la voix féminine de tout à l'heure.
- In the greatest city in the world ! Approuvèrent les autres.
- Manhattan ? Mais vous êtes à Washington, là ! S'écria Barack Obama sans même s'attarder sur le fait qu'il se tapait la discute avec un type supposé être mort depuis un peu plus de deux siècles.
- ...On est pas à New-York ?
- Non, absolument pas.
- Putain, qui s'est encore gouré en lisant la carte ?! Laurens !
- Mais c'est pas moi, c'est Elizabeth qui devait nous guider !
- Ha ouaaaais, je m'en rappelle, la dernière fois on s'était retrouvés au Mexique putain.
- Non le Mexique c'était Alexander par contre.
- Mais c'était avant, on parle des Schuyler qui ont encore fait n'importe quoi, là !
- C'est bien ce que je dis : ne jamais faire confiance à une gonzess- aïe, pourquoi tu me frappes ?
- Parce que t'es un connard misogyne, Alex.
- Ouais ben en attendant, on va pas pouvoir faire la révolution avec les autres.
- C'est la faute du Frenchy, j'en suis sûr. Persifla Elizabeth en lorgnant vers Lafayette qui fit semblant de ne pas le voir parce qu'il était aussi un connard misogyne (c'était l'époque).
- Si ça se trouve, il nous ment, poursuivit Hamilton en pointant Obama du doigt de manière absolument pas subtile. Regardez-le, il est noir, c'est un esclave ! Je suis sûr qu'il nous ment.
- C'est un malentendu. Je suis le 44ème Président des Etats-Unis.
- ...Ha ouais, les mentalités évoluent vachement vite, en fait.
- Non, pas vraiment, soupira Barack en pensant à son successeur.
- On avait un président ? Mais on n'a même pas encore fait la guerre d'indépendance !
- Immigrants, we get the job done, chantonna une voix inconnue dans l'assistance.
- Des immigrants ? Gueula Manuel Valls depuis la fenêtre ouverte de sa suite présidentielle sans absolument aucune raison logique. Où ça ?!
Cette intervention toute en subtilité et en finesse sortit Obama de sa torpeur. Il se demanda ce qui s'était passé dans sa vie pour qu'il se retrouve avec un date- hrrm un rendez-vous avec Trump à la tête des Etats-Unis, le casting d'une comédie musicale sur les pères fondateurs dans son jardin et un ministre français constipé gueulant à ses fenêtres.
Le karma est parfois un gros troll.
Près de lui, les nouveaux venus avaient continué à se prendre la tête sur si oui ou non Obama pouvait réellement être président, débat qui fut coupé par la jeune fille qui décidément n'avait qu'un seul refrain à la bouche :
« Look around, look around, how lucky we are to be alive right now. »
Barack se sentit inexplicablement touché par ces paroles. Vivants. Bien sûr. C'était peut-être ça le plus important, au final. Le monde n'avait aucun sens, mais ils étaient vivant. Ils avaient encore la possibilité de changer les choses, puisqu'uils étaient là, et que leur existence leur appartenait pleinement. Ils étaient vivants, conscients, et prêt à tout changer. Et ça, c'était beau. Obama sourit.
« Dites. Si je vous aide à aller à New-York, vous pourriez me rendre un service ?
