Chapitre 7

12 novembre, Hôtel Matignon, Paris

« Hé mec, j'ai un jeu : on boit un shot dès que Sarkozy dit qu'il arrête la politique.

- Oulà, non, j'ai pas envie de finir dans un coma éthylique, très peu pour moi. »

Tout en parlant, Manuel Valls s'était resservi un verre de whisky McAllan cinquante ans d'âge bien de chez nous et hétérosexuel, qu'il avala cul sec comme un vrai bonhomme qu'il était.

Après leur désastreuse et assez perturbante réunion chez Obama, le premier Ministre et le Président étaient retournés en France. Les primaires de la droite n'étaient que dans une semaine, et la perspective d'un Sarkozy vs Le Pen au second tour les déprimait tellement qu'ils avaient décidé de se bourrer la gueule au rhum-coca pour oublier. Comme l'alcool était définitivement plus efficace que la justice française, ils en ressentaient déjà les effets – ce qui est une manière comme une autre de dire qu'ils ricanaient comme des idiots.

« Hé, Manu, Dit François en lui tapotant l'épaule, j'ai une blague.

- Pfff. Soupira le Premier Ministre, peu enthousiasmé par les blagues nulles de son boss. Vas-y ?

- Alors en fait on est en 2016 et des politiciens disent oklm que la colonisation c'était cool.

- Prrr ha ouais, pas mal pas mal.

- C'est Fillon qui me l'a racontée.

- Oh le con.

- Je sais, j'étais mort mon gars. Hé, hé, imagine il gagne aux primaires à la place de Juppé parce que tous les vieux qui sont bientôt à la retraite vont voter pour lui en scrèd' ?

-Oulàààà, t'emballe pas frère, faut pas déconner non plus. Tempéra Valls en tapotant la table en bois par superstition.

- Mais imagine les gens décident de fuck up les sondages ?

- Ben si ça arrivait on serait vraiment dans la merde. Heureusement, on ne risque rien.

- C'est clair.

- Bon, à moi, à moi : c'est l'histoire de mecs, ils sont députés, ils commettent des agressions sexuelles et détournent des fonds, et en fait ça passe crème et ils continuent de représenter les citoyens sans aller en prison ni rien.

- Louuurd, à moi, j'en ai une : t'imagines si dans notre pays les gens pêtaient des câbles dès qu'on mettait des affiches avec des gens gays dessus ?

- Prrft, excellent ! Sérieux, ce serait tellement le bordel hahaha- hé attends une minute, ça existe vraiment tout ça, en fait.

- Ha ouais, merde, j'avais failli oublier tiens. C'est scandaleux, tout ça.

- Il faut absolument que les gens fassent quelque chose, on ne peut pas laisser passer ça dans notre pays !

- Ben je sais pas, c'est notre job de demander aux gens de régler ce genre de trucs, non ?

- ...

- ...Hé, je déconne.

- ...Pfraahahaha, mec tu m'as fait trop peur ! »


Washington, USA

Pendant que l'élite de la nation bien de chez nous et hétérosexuelle cuvait du rhum-coca pour oublier à quel point leur pays était fucked up depuis plusieurs décennies, Barack Obama sortit de la Maison-Blanche, prêt à monter dans sa voiture privée (parce qu'on peut être un démocrate en cours de déconstruction et avoir des voitures de fonction super chères) pour aller parler au Cheetos parlant qui avait été élu à sa place.

Et Dieu sait qu'il n'en avait pas envie. Pourtant, il s'était motivé à fond avant de sortir, notamment en visionnant une rap battle de lui en train de défoncer Mitt Romney par son flow, secondé par Abraham Lincoln. C'est donc relativement motivé qu'il approcha de la voiture. Seulement, trois policiers l'empêchèrent de monter. Ils avaient l'air assez embêtés et furieux.

Obama retint un soupir. On ne pouvait pas sauver le monde tranquille, dans ce bled.

« Monsieur Obama, dit l'un des policiers. Veuillez nous suivre.

- Quoi ? Que se passe-t-il ? Vous êtes mes nouveaux gardes du corps, c'est ça ?

- Non, monsieur, vous êtes en état d'arrestation. Vous pouvez garder le silence jusqu'à l'arrivée de votre avocat.

- Je suis avocat, you genius. S'impatienta le Président en luttant contre l'envie de lui maraver la tronche à coup de treizième amendement. De quoi m'accusez-vous ?

- Conformément au nouvel amendement de la Constitution Américaine, proposée par le Président Trump, rédigé par le Président Trump et voté par le Président Trump, lui-même représenté par...ben par le Président Trump, vous-

- Venez-en fait.

- Vous êtes accusé de terrorisme, de crime contre l'Humanité et de haute trahison.

- ...Vous plaisantez, je suppose ?

- Monsieur Obama, votre second prénom est Hussein. Expliqua le flic d'un air très embêté. Barack Hussein Obama. Par conséquent, et conformément au nouvel amendement, vous êtes soupçonné de terrorisme et de trahison envers les Etats-Unis. Je suis vraiment désolé, monsieur, mais il faut me suivre maintenant. »

Tout d'abord, il pensa à une mauvaise blague de Joe – c'était tout à fait son style, il en avait fait une du même genre pour son anniversaire l'an dernier, ils avaient drôlement bien rigolé d'ailleurs. Pourtant, les trois gaillards à la mine patibulaire (t'as pas connu ça toi, l'envie de distribuer des patates ~) n'avaient pas l'air d'avoir un sens de l'humour très très poussé non plus – c'était un peu les Robert Ménard américains. Aussi, il décida de ne pas faire d'histoires et accepta de les suivre.

Le pire dans cette histoire, c'est que l'idée de Trump faisant voter une loi pour interdire le prénom Hussein était tout à fait plausible. L'American Dream venait de s'en prendre un coup, et pas des moindres. Il eut un rire jaune. Quelle idée avaient eu ses parents de le nommer ainsi ! Ils auraient pu manquer d'imagination et l'appeler David ou Mike, mais non, bien sûr, c'était trop facile.

« Vous avez le droit de passer un coup de téléphone. L'informa le policier.

- Vous avez vu trop de films, répliqua Obama qui en avait marre que l'auteur mélange le droit français et américain n'importe comment pour faire semblant de s'y connaître. »

Cependant, l'information était intéressante. Il appelerait Michelle. Elle était étrange, ces derniers temps, moins présente, un peu moins fabulous que d'ordinaire. Il haussa une épaule alors que la voiture de police l'emmenait loin de la Maison-Blanche. Ce n'était sans doute que les conséquences de l'élection de novembre. Il n'allait pas s'inquiéter pour si peu.

Alors que la voiture l'emmenait, un regard qui se voulait discret avait espionné la scène depuis une des fenêtres de la Maison-Blanche. La main laissa retomber le rideau devant la vitre. C'était Alexander Hamilton, et derrière lui l'ensemble de son crew entassé dans le bureau ovale de manière beaucoup trop comique et adorable, qui attendait qu'il raconte ce qu'il venait de voir.

« Ils l'ont emmené, pas vrai ? Devina Elizabeth, sa femme.

- Oui. Mais je n'ai pas compris pourquoi.

- Ils vont peut-être l'emmener en prison et tuer tous ses amis et sa famille ? Suggéra Georges en remettant sa couronne en équilibre précaire sur le sommet de sa tête.

- Ce n'est pas une réponse à tout, Majesté.

- Bien sûr que si. Vous dites ça parce que vous êtes des tape-

- Ha ok l'homophobie, merci bien, s'agaça Hamilton qui se sentait curieusement visé.

- Homopho-quoi ?

- On s'égare ! Revenons en à notre problème initial, les recadra Lafayette qui était trop stylé. »

Un silence. Tout le monde s'entre-regarda sans oser s'avancer. Ce n'était pas leur époque, pas leur monde. Ils étaient venus combattre l'esclavage et rendre l'Amérique indépendante et voilà qu'ils étaient cachés par un président noir comme de vulgaires immigrés sans-papiers. Président qu'on venait d'emmener on-ne-savait-où pour des raisons inconnues, de surcroît. Ça faisait quand même un choc, sur le coup. Seuls, ils ne survivraient pas une seconde en 2016, avait expliqué Obama. (Même David Bowie n'a pas tenu le coup, le pauvre, avait-il mystérieusement ajouté).

« Mes amis, commença Hamilton, je n'ai qu'une chose à dire...

- Et allez, il recommence. Baïlla ostensiblement Georges.

-Je n'ai qu'une chose à dire : nous sommes en vie, et prêts à nous battre. Cet homme (il désigna la fenêtre qui lui avait permis d'observer la scène) cet homme, aussi improbable qu'il soit, nous a donné son toit et sa protection, les bras et le compte en banque grands ouverts. Et nous lui avons promis notre aide. Rappelez-nous notre accord d'hier : nous devons le protéger envers et contre tout contre ce tyran orange qui menace la liberté de notre belle et naissante nation qui-

- En résumé ? Abrégea Angelica Schuyler, la sœur d'Eliza.

- Aux armes !

- Haaaaa tout de même !

- Dégageons le potiron dictateur, et sauvons notre ami Brak..Bare..Bera...notre ami au nom impossible !

- Mes amis ! S'écria Lafayette qui était définitivement beaucoup trop stylé. Au nom de la France tout entière, je me joins à vous contre la tyrannie !

- Vive Lafayette ! Vive l'Amérique ! Aux armes, aux armes !

- Ça va chier de la marmotte ! »


Et pendant ce temps dans les hautes sphères de la politique française

« Oui, allô ?

- Hé Jean-François, tu préfères dire pain au chocolat ou chocolatine ?

- Vous êtes relous là, ça fait trois fois que vous m'appelez ce soir !

- Hé, j'espère que tu vas pas é-coppé d'une peine de prison.

- T'es chiant François.

- On peut dire que tu n'es pas très coppé-ratif aujourd'hui.

- Bon ça y est, oui ?! »

NA : Merci pour les reviews et tout ça. Il reste un dernier chapitre o/