Chapitre 8
« Libérez-le.
- C'est hors de question ! »
A peine arrivés sur le territoire français, Sherlock, House et Wilson s'étaient précipités pour retrouver John Watson. Enfin après quatre passages de douane, un taxi, un RER, deux métros, et un contrôle dans le métro où ils n'avaient pas de titre de transport (mais comme c'étaient des hommes cishets blancs, on ne les a pas emmenés au poste. Merci police française, merci).
Bref, ils avaient fini par aller libérer John en Uber.
Trouver Marine Le Pen et sa nièce n'avait pas été difficile, il avait suffi de suivre les affichettes pro-FN placardées partout dans la rue, tel un petit poucet raciste. Et c'est ainsi qu'ils s'étaient retrouvé face à la seule femme candidate aux présidentielles à qui les médias donnaient un minimum de crédit – ce dont on aurait pu se passer, pensa Wilson qui suivait la politique européenne de près.
Sherlock, fidèle à lui-même, était entré en faisant voler les pans de son grand manteau. Il n'avait pas souri, pas tenté de négocier, pas sorti d'arme. Juste un regard à l'insoutenable insolence et ces deux mots : Libérez-le, prononcés comme si c'était son dû, comme une formalité. Dans son idéal, les deux kidnappeuses lui auraient apporté Watson (son John Watson) en tremblant et en demandant pardon. Mais c'était trop simple.
« Hors de question, reprit Marine Le Pen. En tout cas, pas gratuitement. Renoncez à votre projet, et je vous rends votre ami.
- Ouais, c'est hors de question, répéta Marion.
- Gratuitement ? Répéta Sherlock en promenant un regard éloquent sur l'appartement luxueux.
- Un projet ? répéta House d'un air ahuri.
- Qui, nous ? renchérit Wilson, dont le visage était l'innocence même.
- Vous voulez assassiner Donald Trump ! Et par pitié, arrêtez de faire semblant de ne pas comprendre. Tout le monde est sur écoute maintenant. Y compris votre ami. Je sais que vous êtes impliqué dans cette affaire.
- Ouais, on sait que vous êtes impliqués, répéta Marion.
- Du coup s'il était sur écoute on peut dire que c'est…le Watsongate, se marra House dans l'indifférence la plus totale. »
Sherlock secoua vaguement ses boucles brunes, tentant de faire le lien entre les données contenues dans son palais spirituel. Environ sept possibilités lui vinrent à l'esprit, mais il ne sut déterminer laquelle était exacte. Ça n'avait pas de sens. En quoi Trump…
« Que cherchez-vous à obtenir, exactement ? Intervint Wilson, confus.
- La garantie que Trump restera en vie jusqu'à son arrivée définitive au pouvoir américain. J'ai attendu trop longtemps pour ça, je ne vous laisserais pas tout détruire maintenant.
- Lui aussi il veut tout détruire, si je peux me permettre.
- Non. Il veut reconstruire un pays glorieux qui… »
L'expression de House devint glaciale.
« Vous employez des mots que vous allez regretter dans un instant, dit-il. Mais vous vouliez la paix, vous vouliez la paix. On peut en sortir très rapidement.
- Qu'est-ce que tu racontes encore ?
- Imaginez deux minutes ! Si Trump est élu, ça veut dire que c'est dans la boîte pour mon parti ! Et quand je serais à la tête de la France, je pourrais compter sur le soutien de la plus grande puissance mondiale.
- Oui alors, géopolitiquement parlant, ce n'est pas aussi simple. »
Mais Marine balaya ces considérations pourtant éthiques et responsables d'un revers de la main.
« Je vous assure que, d'ici quelques mois, le monde aura changé de visage grâce à moi. En attendant, je vous garde avec moi, et mon senpai va diriger la première puissance mondiale.
- Jamais ! Hurla House.
- Jeanne ! Cria Marine. Au secours ! »
Il y eut quelques secondes d'un insoutenable silence, puis la porte s'ouvrit sur…John.
« Vous m'avez appelé ? Qui a besoin d'aide ?
- Non, j'ai appelé Jeanne, une de mes fidèles.
- Ha pardon, vous avez dit John ! protesta le médecin. Une seconde. Sherlock ? Et…House ?
- On est venu te sauver. Expliqua sobrement Sherlock. »
Une lueur de reconnaissance et d'amour parfaitement brosexuel illumina le visage du médecin. Mais ce pur moment d'émotion fut ruiné par les deux françaises qui se placèrent devant la seule issue possible, prêtes à se défendre.
« On ne vous laissera pas faire !
- House, on ne peut pas se battre avec, s'affola Wilson. Ce sont des filles.
- Si c'étaient des hommes, tu les cognerais ?
- Sans hési- »
House fit volte-face, flanqua leurs ennemies par terre en deux temps trois mouvements avec sa canne, et se tourna pour faire face aux autres.
« Problem solved. Dit-il. Allons-y. On a perdu trop de temps, déjà. »
Le lendemain, à Washington
Obama ne resta pas longtemps en prison. Il en était déjà à choisir quel tatouage on allait lui faire quand un des gardiens était venu le chercher pour lui annoncer qu'on avait payé sa caution. En sortant, il réalisa que c'était Alexander Hamilton et toute sa troupe. Ce père fondateur était visiblement incapable de se déplacer seul, mais Obama s'en moquait pas mal puisqu'il était libre.
« A votre service, sir, avait répondu Hamilton lorsqu'il l'avait remercié. Et maintenant ?
- On rejoint Trump à la Maison-Blanche. Je veux lui parler avant qu'il ne soit trop tard. »
En arrivant sur place, ils avaient eu une drôle de surprise : non seulement Trump était là, mais également Poutine, Hollande et Manuel Valls. En voyant arriver tout le cast de la comédie musicale, le dirigeant russe eut un mouvement de recul.
« Qui sont ces…jeunes gens ?
- Longue histoire, soupira Obama. Ils sont avec moi.
- Tu as perdu l'esprit, Barack ! Tu n'as pas conscience du risque que tu as pris en les amenant ici ! Je suis sûr que c'est des terroristes qui viennent menacer la paix du monde occidental !
- Je vous demande pardon ? Demanda Lafayette, interloqué.
- Ouais, on ira vous buter jusque dans les chiottes s'il le faut ! Martela Poutine.
- Oh, dit Laurence, je vois. Tu dis ça parce que tu as été conçu dedans ?
- OOOOH, fit François qui s'amusait beaucoup. »
C'était la première fois que quelqu'un remettait Poutine à sa place aussi brusquement. D'habitude, on le craignait trop pour ça. Il était si peu habitué qu'il resta bouche bée pendant trente secondes avant de fondre en larmes.
« Maman, chouina-t-il tandis que Valls lui tapotait le dos.
- Bon, on peut s'occuper de moi ? Demanda Trump.
- Oui, justement ! Enchaîna Obama. Je suis venu ici pour te raisonner, pas pour t'affronter. Tu as remporté l'élection, très bien. Mais tu ne peux pas déclarer la guerre à la Corée du Nord, Donald. C'est très grave, ce que tu es en train de faire. Tu mets en péril la sécurité internationale.
- Mais au Moyen-Orient ils sont déjà-
- La sécurité internationale de tous les pays du monde entier de l'univers est menacée, reprit Obama en fusillant Trudeau du regard. Alors je te conjure d'utiliser la raison et de renoncer à cette guerre fratricide qui ne nous mènerait nulle pa-
- Ok, si tu veux.
- …Pour de vrai ?
- Ok, j'annule la guerre avec la Corée.
- Mais j'avais préparé un discours et tout !
- En fait tu n'avais pas besoin de me convaincre parce que je ne suis pas Donald Trump. »
A la surprise de tous, Donald Trump leva le bras et tira sur une fermeture Eclair astucieusement placée le long de son flanc. L'assemblée découvrit alors avec une stupeur indescriptible que Donald Trump n'était qu'un déguisement porté par…la première dame des Etats-Unis.
« What the fuck ?! S'écrièrent toutes les personnes de la pièce et les deux lecteurs de cette fic.
- C'est qui ? Demanda Sherlock.
- Michelle Obama, Sherlock. Soupira Watson, au bord de l'infarctus.
- C'est qui ? »
Après que Sherlock se soit pris un pain par son meilleur ami, ce qui fit redoubler les larmes de Poutine, on réclama des explications en bonne et due forme.
« C'est simple, expliqua Michelle Queen Obama en passant une main fab dans ses cheveux fab. Je voulais être présidente. Mais je connais bien mon pays, et surtout ses citoyens. Voter pour une femme noire, c'était inenvisageable. Par contre voter pour un type de soixante-dix piges grotesque, raciste, homophobe, accusé de harcèlement sexuel et qui se fout ouvertement de la gueule du monde, pourvu qu'il soit blanc et riche, là y a aucun problème. Du coup j'ai pris son apparence le temps de la campagne électorale, et tout le monde a voté pour moi. Cheh.
- …Mais le vrai Donald Trump alors ?
- Lui ? Il est mort.
- Mort, c'est impossible !
- Vous vous rappelez quand Alan Rickman et David Bowie sont tous les deux morts à soixante-neuf ans au début de 2016 ?
- J'ai pleuré pendant deux jours, sanglota Poutine, inconsolable.
- Tout le monde espérait que Trump y passe aussi à ce moment-là, puisqu'il avait soixante-neuf ans. Et ça a été le cas !
- Mais comment…
- Crise cardiaque en regardant un épisode de Glee, le pauvre.
- Wow. C'est si mauvais que ça comme série ?
- Là n'est pas la question, Dr Wilson. C'est juste, vous comprenez, il y a beaucoup de personnages racisés et LGBT dans cette série. Trop de minorités en même temps. Il n'a pas tenu le choc. Bref, toujours est-il que j'ai empêché la nouvelle de circuler et que j'ai pris son identité le temps de la campagne. Voilà.
Il y eut un grand silence, et Michelle commença à se marrer toute seule.
« Comment je vous ai fait cavaler, n'empêche !
- Mais Mimine, bredouilla Barack Obama, pourquoi tu m'as jeté en prison alors ?
- Oh, ça ? Je voulais juste te troller un peu. Pas pu résister.
- T'es pas sérieuse.
- C'est Joe qui m'a donné l'idée ! »
Tous les regards se tournèrent vers Joe.
« Tu...tu étais au courant depuis le début ?! S'étrangla Obama.
- Il fallait bien quelqu'un pour garder son secret, se défendit son ami.
Il y eut un moment assez confus où Joe manqua se prendre une baffe lui aussi, parce que c'est ce que fait l'auteur quand elle n'a plus d'idées de vannes, mais le vice-président fut sauvé par le gong en se souvenant d'un détail essentiel :
« Sherlock. C'est vous qui avez voulu tuer Donald Trump en premier, n'est-ce pas ?
- Oui, pourquoi ? Répondit le détective comme si c'était bien naturel.
- Donald Trump qui est en fait Michelle Obama.
- Oui.
- Donc si vous aviez mis votre plan à exécution vous auriez assassiné la première dame des USA
- Je ne pouvais pas savoir !
- Non c'est vrai, il ne pouvait vraiment pas, intervint Watson, il ignorait même qu'on vivait dans un système solaire, vous voyez le niveau. »
Il y eut un silence gênant. Sherlock ouvrit la bouche pour se défendre et expliquer qu'étant le plus grand génie de cette planète et un spécialiste dans l'élasticité des fibres et les différentes sortes de cendres, c'était tout de même la moindre des choses de ne pas prêter attention à ce que tout le monde sait déjà- mais Obama le vit venir et parla le premier :
« Du coup, si tu es au pouvoir, ça veut dire que le mariage gay reste légal ?
- Mais…bien sûr !
- Tant mieux, parce que je te quitte.
- Attends, quoi ? »
Obama traversa la pièce, prit le visage de Joe dans ses mains et lui roula une pelle qui fit pâlir de jalousie toutes les personnes présentes dans la pièce, indépendamment de leur genre, orientation et situation amoureuse.
« Mais…Barack, balbutia Michelle, prise au dépourvu.
- J'ai moyennement apprécié que tu me jettes en prison à cause de mon second prénom. Même pour moi, le troll a des limites. Cheh.
- Putain, enfin, fut le seul commentaire de Joe. »
Et c'est ainsi que le monde ne sombra pas dans la Troisième Guerre Mondiale, contrairement à ce que les Simpson avaient prédit, et pourtant les Simpson c'est une valeur sûre, c'est bien connu.
Avant de conclure cette histoire beaucoup trop longue pour ce que c'est, une question se pose tout de même : que serait-il arrivé si Donald Trump n'avait pas été Michelle Obama déguisée, mais bien l'homme qu'il prétend être ? Que serait-il arrivé au plus commun d'entre nous, si House, Sherlock, ou si le cast d'Alexander Hamilton n'avait pas été là pour intervenir au moment critique ? Hé bien, nous aurions agi exactement pareil, on aurait continué à écrire des fictions débiles et faire des memes absurdes, parce que c'est une manière comme une autre de réagir, je suppose.
Sherlock et Watson retournèrent à leurs enquêtes londoniennes, et House et Wilson à leurs cas médicaux insolubles. Holmes a voulu écrire son fameux livre pour critiquer le féminisme et apprendre comment régler les crises politiques internationales mais selon Watson, son manuscrit a été égaré et effacé de son disque dur « par mégarde » ce qui n'est peut-être pas plus mal. De son côté, Hollande reprit sa place au gouvernement français, enfin pour le moment, hashtag 2017 toi-même tu sais.
Hamilton et ses compagnons trouvèrent enfin la direction de New-York et y créèrent le quartier gay. Ils sont d'ailleurs restés en contact avec Obama et Joe Biden qui filent la parfaite queer platonic relationship, loin de la vie politique et de ses tourments.
Poutine sécha bravement ses larmes et repartit semer la terreur à travers le monde occidental. Mais c'était beaucoup moins efficace qu'avant, parce que Valls l'avait filmé en train de pleurer et avait posté la vidéo sur Twitter avec la légende « get a guy who can do both » ce que Vladimir a moyennement apprécié.
Michelle Obama ne se remaria avec personne, parce que tu n'as pas besoin d'un homme dans ta vie pour être une femme forte et épanouie, que tu sois mondialement connue ou non. Cela étant dit, elle continua d'inviter son ex-mari et l'ex-vice-président aux dîners officiels de la Maison Blanche pour qu'ils mettent l'ambiance. Freestyles de rap battle entre le fromage et le dessert, les secrétaires d'Etat n'avaient jamais vu ça.
Concernant Marine Le Pen et sa nièce, je n'ai aucune idée de ce qui a pu leur arriver, et je ne vais même pas essayer d'inventer quelque chose de crédible parce que je ne peux pas me les voir. Cependant, la légende raconte que Marion est allée au Franprix acheter un paquet de farine avant de disparaître dans la nature sans laisser d'explications.
Le mystère demeure entier.
Fin.
