14

La répartition

Severus avança lentement sur le quai étroit, tirant son chariot devant lui, observant la foule compacte qui se pressait le long du quai. Il vit une locomotive rouge et au-dessus de sa tête, une pancarte signalait : « Poudlard Express – 11 heures ». En jetant un coup d'œil derrière lui, Severus vit une grande arche de fer forgé à la place de la barrière et des tourniquets. Un panneau indiquait: « Voie 9 ¾ ».

De la fumée s'échappait de la locomotive et se répandait au-dessus de la foule, des chats de toutes les couleurs se glissaient çà et là entre les jambes des passagers et la rumeur des conversations était ponctuée par le bruit des valises traînées sur le quai et des ululements que les hiboux échangeaient d'un air grognon.

Les premiers wagons étaient déjà pleins d'élèves. Certains, penchés aux fenêtres, bavardaient avec leurs parents pendant que d'autres se battaient pour une place assise.

Severus admirait la locomotive faisant fi des personnes qui murmuraient tout en passant devant lui. Il avait appris à ne plus faire attention à ces personnes qui essayaient d'en savoir un peu plus sur la famille royale. Il avait fini par accepter son rang de prince et héritier du trône. Son père lui avait dit qu'il était inutile de se voiler la face et de vouloir se terrer quelque part dans un coin perdu du monde. Cela ne changerait rien au fait qu'il était un prince et qu'il avait des devoirs vis-à-vis de la communauté sorcière.

Severus détourna son attention de la locomotive lorsqu'il sentit une main se poser sur son épaule. Il se retourna et observa son père qui regardait d'un œil songeur le train qui le mènerait vers Poudlard. Un coup d'œil vers sa mère et il constata que cette dernière semblait elle-aussi perdue dans ses souvenirs.

— C'est dans ce train que j'ai rencontré pour la toute première fois ton père, dit Hermione d'une voix rêveuse.

— Et déjà, ta mère me déballait tout son savoir, lança Harry d'un ton moqueur.

Hermione feignit d'être vexée et Harry déposa un baiser dans son cou faisant rire son épouse. Severus leva les yeux au ciel et chercha ses amis parmi la foule.

Après sa visite au domicile des Lupin avec ses parents, il s'était lié d'amitié avec Remus qui était venu passer quelques jours au manoir. C'était ainsi que Severus put présenter son nouvel ami à Lily et Pétunia. Les sœurs Evans avaient tout de suite intégré Remus à leur groupe et ils formaient désormais un quatuor.

— Sev !

Severus chercha la personne qui avait hurlé son nom et vit une tête rousse se frayer un chemin parmi la foule dense. Il reconnut sans mal sa meilleure amie qui courut se jeter dans ses bras. Il manqua de tomber en arrière mais heureusement qu'il avait l'habitude. Il ne comprenait jamais pourquoi Lily avait besoin de se jeter sur lui à chacune de leurs retrouvailles. Un jour, il finirait à Ste Mangouste à cause d'elle.

— Oh Sev ! Qu'est-ce que tu m'as manqué ! s'exclama-t-elle.

— Nous nous sommes quittés, il y a deux jours, rappela-t-il.

— Deux jours c'est long, répliqua Lily.

— Si tu le dis.

Pétunia qui suivait Lily derrière avec leurs parents les rejoignirent et ils se saluèrent tous, ravis de se revoir.

Pétunia n'arrêtait pas de sautiller sur place tout comme sa cadette. Pétunia, un peu plus que sa sœur car elle n'aurait jamais pu imaginer qu'elle pût être admise à Poudlard. Avant sa rencontre avec les Caledonensis, aucune magie ne coulait dans ses veines et maintenant, la voilà sorcière, prête pour la plus belle aventure de sa vie. Tout ça, elle le devait aux Caledonensis.

— Remus ! héla Severus.

Le jeune garçon délaissa Lily et se précipita vers Remus qui marchait tranquillement aux côtés de ses parents tout en se dirigeant vers eux. Severus fit comme Lily un peu plus tôt et sauta sur le jeune loup-garou qui fut surpris par son assaut.

— Je suis content de te revoir, avoua-t-il avec un franc sourire.

— Je vois ça, sourit Remus qui était toujours prisonnier des bras de Severus.

Severus rougit jusqu'à la racine des cheveux lorsqu'il se rendit compte qu'il tenait toujours Remus dans ses bras et le relâcha promptement avant de s'éloigner un tout petit peu, l'air embarrassé.

Espérance engagea aussitôt la conversation avec le jeune prince pour faire passer son malaise et très vite, Severus reprit sa teinte normale. Les parents se mirent à discuter entre adultes, échangeant quelques anecdotes du week-end. Lily avait englouti Remus dans une grande étreinte et ne l'avait lâché que seulement au bout de quelques minutes lorsque le jeune lycanthrope fut à bout de souffle. Pétunia fit comme d'habitude et serra simplement la main à Remus.

Pétunia n'était pas du genre extraverti comme sa sœur cadette. Elle n'aimait pas les effusions affectives. C'était sa nature. Elle était ainsi faite.

Severus écouta d'une oreille distraite ses amis discuter entre eux. Il n'avait pas tellement envie de prendre part à la conversation. Il se sentait terriblement mal. Il avait l'estomac noué et douloureux, comme s'il avait avalé une pastille de Vomi des Dragées surprises de Bertie Crochue. Il était nerveux, affreusement nerveux.

Un sifflet retentit. C'était l'annonce du départ.

Severus déglutit péniblement et voulut tout d'un coup retourner au manoir, retrouver sa chambre. Il n'y avait qu'au manoir qu'il se sentait en sécurité, loin de tous ces regards qui les dévisageaient avec persistance et curiosité.

— Tout va bien, mon grand ? s'enquit Harry remarquant le teint verdâtre de Severus.

Severus se tourna vers son père et secoua la tête. Il n'allait pas bien. Mais alors pas du tout. Il se serra contre son père et inspira fortement l'odeur musquée d'Harry.

— Et si je suis à Serpentard ? demanda-t-il dans un murmure.

Il avait peur de la répartition qui l'attendait à Poudlard et ne souhaitait nullement décevoir ses parents. Ils avaient tous deux été à Gryffondor donc cela voudrait dire qu'ils étaient courageux. De cela, il n'en doutait pas. Il savait à quel point ses parents étaient des personnes courageuses et qu'ils appartenaient bel et bien à leur maison. Mais lui, il ne l'était pas. Il n'avait pas le courage de ses parents, même pas le millième.

Alors comment ferait-il pour être réparti à Gryffondor ?

Harry savait que seul le moment du départ pouvait forcer Severus à révéler à quel point sa peur était profonde et sincère.

Harry s'accroupit, le visage de son fils un peu au-dessus du sien. Le visage de Severus s'était adouci et ses traits étaient moins durs qu'auparavant grâce aux compétences d'Hermione. L'ancienne gryffondor avait réaligné les dents du jeune garçon et les avaient blanchi grâce à un sort de détartrage. Pour le visage, elle avait usé d'une magie ancienne dont elle avait découvert quelques sortilèges dans les manuscrits de Merlin.

Severus n'avait plus le teint cireux mais le teint pâle. Il avait pris quelques couleurs lors de leurs vacances au soleil mais rien de bien remarquable. Severus n'était pas beau mais plutôt mignon. Hermione avait vraiment fait du bon boulot et Harry s'étonnait toujours de ce que l'on pouvait faire avec un peu de magie.

— Severus Merlin, dit-il.

Il parlait à mi-voix pour que personne ne puisse l'entendre en dehors d'Hermione. Elle eut le tact de faire semblant de ne pas écouter, adressant des signes de la main aux sœurs Evans et Remus qui étaient montés dans le train.

— Tes deux prénoms, poursuivit Harry, étaient ceux de deux grands sorciers. Tous deux étaient à Serpentard et j'ai connu l'un d'eux. Il était sans doute l'homme le plus courageux que j'aie jamais rencontré.

— Mais dis-moi simplement

— …si c'était le cas, alors Serpentard gagnerait un excellent élève, n'est-ce pas ? Pour nous, ça n'a pas d'importance, Sev. Tu n'es pas Severus Snape et tu ne le seras jamais parce que toi, tu es Severus Merlin Caledonensis, notre fils. Mais si ça en a pour toi, tu pourras choisir Gryffondor plutôt que Serpentard. Le Choixpeau magique tiendra compte de tes préférences.

— Vraiment ?

— C'est ce qui s'est passé pour moi, dit Harry.

Il n'en avait jamais parlé à son fils jusqu'à maintenant et lorsqu'il prononça ces mots, il vit sur le visage de Severus une expression émerveillée. Mais déjà, les portes claquaient tout au long du convoi écarlate et les silhouettes floues des parents se massaient devant les wagons pour un dernier baiser, une dernière recommandation.

Severus alla embrasser sa mère avant de sauter dans le train et Hermione ferma la porte derrière lui. À côté d'eux, des élèves étaient penchés aux fenêtres. De nombreuses têtes, dans les wagons et sur le quai, semblaient s'être tournées vers le couple Caledonensis.

— On t'aime, mon chéri, déclara Hermione.

Severus tendit la main depuis la fenêtre de son compartiment vers sa mère et sourit douloureusement, le regard embué.

— Moi aussi, je vous aime.

Hermione sourit, les larmes roulant sur ses joues. C'était toujours déchirant un départ.

— Tiens ! J'ai failli oublier ! s'écria Harry qui sortit un livre de sa veste et le remit à son fils.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda Severus en tournant l'ouvrage pour lire le titre du livre.

Le guide des farces pour sorciers facétieux, répondit Harry un sourire en coin.

— Harry ! s'indigna Hermione.

— C'n'est pas moi, se défendit derechef Harry, c'est un cadeau de la part de Ron.

— Cool ! s'exclama Pétunia.

— Ah non ! Pas de bêtises, jeune fille, la houspilla Victoria.

— Mais j'ai rien fait !

— Lily veille à ce que ta sœur ne fasse pas de bêtises, recommanda Victoria.

— Maman, je suis la grande sœur de Lily et non l'inverse, rappela Pétunia.

— Excuse-moi mais il m'arrive parfois d'en douter, répliqua Victoria.

Severus, Lily et Remus éclatèrent de rire tandis que Pétunia fit une moue boudeuse, croisant les bras sur sa poitrine. Le train s'ébranla et Harry le suivit le long du quai, observant le visage mince de son fils, les joues déjà rouges d'excitation. Harry agitait la main et lui souriait, même s'il ressentait un peu comme un déchirement le fait de voir son fils s'éloigner ainsi de lui…

La dernière trace de vapeur se dissipa dans l'atmosphère de l'automne. Le train disparut dans un virage. Harry levait toujours la main en signe d'adieu.

— Tout se passera bien pour lui, murmura Hermione.

Harry la regarda et fit glisser ses yeux sur le ventre bien arrondi de sa femme. Bientôt l'accouchement et il avait hâte d'accueillir leur fille. Il passa son bras autour de la taille d'Hermione et l'attira tout près de lui, déposant un baiser sur sa joue.

— J'en suis sûr.

Il veillait sur famille et mettait tout en place pour qu'il ne leur arrive rien. Il était en train de bâtir un nouveau monde pour que ses enfants puissent y vivre dans la joie et la sérénité mais aussi dans la paix.

Severus agitait sa main, le regard fixé sur ses parents aussi longtemps que possible. Ils disparurent tandis que le train prenait de la vitesse. Severus regarda encore un moment des inconnus massés sur le quai, puis le train passa sous un tunnel, et quitta la gare.

Il essuya les larmes qui avaient roulé par mégarde sur ses joues et lâcha un soupir avant de s'écrouler dans un siège près de Lily en face de Remus.

Severus jeta un œil à la cage dans laquelle reposait Rafiki. Le Demiguise était en train de faire la sieste comme à son habitude. Lorsqu'il ne faisait pas de bêtises, il dormait. Severus s'était très vite attaché à l'animal et il aimait bien lorsque Rafiki venait le rejoindre dans son lit la nuit même si ses parents n'appréciaient guère cela. Lorsqu'il emportait Rafiki avec lui où qu'il aille, c'était comme si il emportait un petit bout de ses parents car après tout, Rafiki avait été à eux avant de lui appartenir.

— Ce manuel est trop génial ! s'enthousiasma Pétunia qui feuilletait Le guide des farces pour sorciers facétieux. Imaginez le nombre de trucs que l'on va pouvoir faire avec !

— Maman a dit pas de bêtises, Tunia, lui rappela Lily d'un ton réprobateur.

— Je ne suis pas un bébé, Lil', grogna Pétunia.

— Nous ne sommes même pas encore arrivés à Poudlard que déjà tu prévois de nous faire avoir des ennuis ! s'écria Lily.

— Ce n'est pas mon livre, okay !

— Justement, répliqua sèchement Lily.

La rouquine se tourna vers son meilleur ami et lui lança un regard empli de promesses de mort.

— Si jamais on a des ennuis à cause de ce maudit guide, je te jure que je te le ferai payer très très cher ! promit Lily d'une voix doucereuse.

— Quoi ? s'écria Severus estomaqué. Mais je n'ai rien fait moi ! Pourquoi tu ne menaces pas, Pétunia ? C'est elle qui prévoit de faire des bêtises, pas moi !

— C'est ton manuel, rétorqua Lily.

— Et c'est Pétunia qui veut s'en servir.

— Pour faire des bêtises, ajouta Lily.

Severus soupira, exaspéré. Il adorait Lily mais elle commençait sérieusement à lui courir sur la mandragore. Il savait qu'elle était tout aussi stressée que lui mais ce n'était pas une raison pour s'en prendre à tout le monde.

Lily savait mieux que quiconque que Pétunia ferait des bêtises et que rien ni personne ne pourrait l'en empêcher. Elle adorait ça, faire des farces.

Et Severus venait à se demander si son père n'avait pas fait exprès de lui remettre ce manuel sous les yeux de Pétunia. Severus connaissait son père et il ne faisait jamais rien au hasard. Il n'était pas aussi tête en l'air qu'il voulait bien le faire croire.

Il secoua la tête, chassant ces pensées de son esprit. Il était sûrement en train de se faire des idées.

— Qui voudrait qu'on fasse une partie de bataille explosive ? proposa-t-il pour apaiser un peu les nerfs de sa meilleure amie.

Tout le monde leva la main et Severus sortit son jeu cartes. Ils entamèrent plusieurs parties et leur compartiment fut empli de rires et de quelques cris. La bonne ambiance qui régnait dans le compartiment suffit à apaiser les nerfs de tout le monde car ils étaient tous les quatre stressés mais aussi impatients de découvrir Poudlard.

Le train était sorti de Londres, à présent. Pendant un long moment, ils restèrent silencieux, contemplant les vaches et les moutons qui paraissaient dans les prés, le long de la voie.

Vers midi et demi, ils entendirent un chariot tintinnabuler dans le couloir du wagon et une jeune femme souriante fit glisser la porte du compartiment.

— Vous désirez quelque chose, les enfants ? demanda-t-elle en montrant les marchandises disposées sur le chariot.

Pétunia et Lily se levèrent d'un bond, friandes des gourmandises. Mais en examinant les friandises que vendait la jeune femme, elles s'aperçurent qu'elles lui étaient totalement inconnues. Jamais elles n'avaient entendu parler des Dragées surprises de Bertie Crochue, des Ballongommes du Bullard, des Chocogrenouilles, des Patacitrouilles, des Fondants du Chaudron ou des Baguettes magiques à la réglisse.

— Votre altesse royale, voulez-vous bien nous offrir quelques friandises ? demanda Pétunia faussement révérencieuse.

— Plaît-il ? fit Severus.

— Allez, Sev ! S'il te plaît ! le supplia Lily en battant des cils, une moue chagrinée sur le visage.

Remus ricana, amusée par le comportement des sœurs Evans tandis que Severus leva les yeux au ciel, habitué aux facéties des deux filles.

Il avait une bourse pleine d'argent qui lui avait été remise par son père peu de temps avant leur départ du manoir. C'était la première fois de sa vie qu'il se retrouvait avec une telle somme d'argent. Il n'en avait jamais eu autant. Jamais. Il décida donc de faire plaisir à ses amis mais aussi de se faire plaisir. Contrairement aux autres enfants, il mangeait des sucreries occasionnellement. Sa mère avait banni les friandises de son alimentation et il n'en touchait que lorsqu'elle lui en donnait l'autorisation. Heureusement, il avait son père et son oncle Ron pour lui faire passer quelques petites gourmandises en toute discrétion sans que sa mère ne le sache.

L'oncle Dray était d'accord avec l'éducation de sa mère tandis que l'oncle Neville avait bien trop peur de sa mère pour oser faire quoi que ce soit dans son dos. Sa tante Luna était, de toute façon, toujours dans les nuages à parler de choses qui n'avaient ni queue ni tête.

Il acheta un peu de tout et donna à la jeune femme les vingt Mornilles et neuf Noises qu'elle lui demanda.

Lily et Pétunia sautillèrent de joie et écarquillèrent les yeux lorsque Severus étala les acquisitions sur la banquette.

— Ça m'a l'air délicieux tout ça ! s'exclama Lily.

— Surtout, ne vous faîtes pas prier et servez-vous, dit Severus.

Pétunia se jeta aussitôt sur des Baguettes magiques à la réglisse tandis que Lily se servait de quelques Patacitrouilles.

Severus secoua la tête, amusé. Il était facile d'avoir Lily et Pétunia. Elles étaient différentes au premier abord mais se ressemblaient tellement au fond. Severus s'était rendu compte qu'il avait jugé Pétunia un peu trop vite et qu'elle n'était pas aussi mauvaise qu'elle avait voulu le faire croire. Elle avait juste souffert de cette différence qu'il y avait eu entre elle et Lily mais maintenant qu'elle était une sorcière elle-aussi, tout c'était arrangé.

Severus s'assit aux côtés de Remus puisque Lily et Pétunia occupaient l'autre banquette. Remus était bien calme depuis le début du voyage et ne parlait que très peu.

— Tu ne manges pas ? l'interrogea Severus.

— Je n'ai pas très faim, répondit Remus.

— Je sais que tu raffoles du chocolat alors vas-y !

Remus ne souhaitait pas abuser de l'amitié de Severus mais aussi du soutien que les parents du jeune prince lui apportaient. Ils avaient été très généreux envers lui et il ne méritait pas autant de bienveillance. C'était beaucoup trop.

— Je t'entends penser, Remus, siffla Severus fâché. Tu ferais mieux de retirer toutes ces pensées noires de ta tête et de manger ces chocogrenouilles sinon je te promets que tu finiras la nuit dans un chaudron.

— Dans ton chaudron ? lança Remus d'un ton taquin.

Severus parut un instant surpris par la réplique du loup-garou mais finit par éclater de rire. Il aimait ce Remus-là, celui qui affichait une mine innocente alors qu'il ne l'était pas tellement. Le Remus taquin et enjoué. Il n'aimait pas le Remus maussade et triste. Encore moins le Remus qui souffrait.

D'ailleurs, il appréhendait un peu la prochaine pleine lune du loup-garou. Une semaine avant la pleine lune, il userait de ses pouvoirs d'enchanteur sur Remus et il avait peur que cela ne puisse pas fonctionner. Il ne souhaitait pas voir Remus souffrir.

— Oui, répondit-il, tu finiras comme ingrédient.

— Moi, je te parlais d'un autre chaudron, répliqua Remus.

— Oh !

— Oui.

— Si tu es sage, peut-être finiras-tu un jour dans ce chaudron, dit Severus avec un petit sourire.

Remus rigola à la réplique de Severus et prit le paquet de chocogrenouille que lui remit le jeune prince. Il ouvrit le paquet et trouva une carte. Elle montrait la photo d'un homme avec des lunettes en demi-lune, un long nez aquilin, une chevelure argentée, une barbe et une moustache. Sous le portrait était écrit le nom du personnage: Albus Dumbledore.

— Mais c'est Bubus ! s'écria Pétunia en pointant la carte du doigt.

— Qu'est-ce-que c'est ? demanda Lily, intriguée.

— Une carte, Lil', railla Pétunia.

— Je ne suis pas aveugle, Tunia ! grogna Lily.

— Dans chaque paquet de chocogrenouille se trouve une carte d'un personnage célèbre du monde sorcier, expliqua Remus. Certains en font collection.

Lily prit la carte, la retourna et lut :

« ALBUS DUMBLEDORE, ACTUEL DIRECTEUR DU COLLEGE POUDLARD.

Considéré par beaucoup comme le plus grand sorcier des temps modernes, Dumbledore s'est notamment rendu célèbre en écrasant en 1945 le mage Grindelwald, de sinistre mémoire. Il travailla en étroite collaboration avec l'alchimiste Nicolas Flamel et on lui doit la découverte des propriétés du sang de dragon. Les passe-temps préférés du professeur Dumbledore sont le bowling et la musique de chambre. »

Lily regarda à nouveau la photo et fut stupéfaite de constater que Dumbledore avait disparu.

— Il est parti ! s'écria-t-elle.

— Il va revenir, dit Remus qui ouvrait un autre paquet de chocogrenouille.

— C'est le même système que les portraits au manoir des parents de Sev, n'est-ce pas ? questionna-t-elle.

— Oui, répondit Remus.

— C'est qui Grindelwald ? interrogea Pétunia.

— Tu m'as dit que tu avais lu Grandeur et décadence de la magie noire ! s'insurgea Lily.

— Quel rapport avec ma question ? demanda Pétunia, perdue.

— Si tu avais vraiment lu Grandeur et décadence de la magie noire, tu n'aurais certainement pas posé ta question ! persiffla Lily.

— Excuse-moi si je ne suis pas une boulimique de la lecture tout comme toi ! ironisa Pétunia.

— Je ne suis pas boulimique ! protesta Lily. J'aime me cultiver, c'est tout !

— Puisque tu es si cultivée, chère petite sœur, qui est Grindelwald ? la nargua Pétunia.

— Grindelwald était l'un des sorciers les plus connus de son temps mais également l'un des plus dangereux. Il fut battu en duel par Dumbledore, un duel devenu légendaire. Il est emprisonné depuis 1945 à la prison de Nurmengard, prison qu'il avait lui-même créée pour enfermer ses opposants, raconta Lily.

— Merci, Lil', la remercia Pétunia avec un sourire victorieux.

Lily cligna plusieurs fois des paupières et ouvrit la bouche puis la referma avant de se rendre compte qu'elle avait été dupée, une fois de plus, par sa sœur aînée.

— Tu m'énerves !

— Et moi, je t'adore, répliqua Pétunia, un sourire dans la voix.

Severus et Remus haussèrent les épaules et reprirent la dégustation de leurs chocogrenouilles. Lily collectionna les cartes qu'elle trouva, fascinée par les portraits des sorcières et sorciers célèbres tandis que Pétunia lisait le manuel que Ron avait offert à Severus.

Severus et Remus s'amusèrent à manger des Dragées surprises et se moquaient de la tête que faisait l'autre lorsqu'il tombait sur une dragée au goût horrible.

Après avoir traversé des paysages de campagne aux champs bien dessinés, le train abordait à présent une région plus sauvage, avec des forêts, des collines, des rivières qui serpentaient parmi les arbres.

Quelqu'un frappa à la porte du compartiment et Killian entra. Severus se leva d'un bond de la banquette et alla se jeter dans les bras du jeune homme qu'il n'avait pas revu depuis leurs vacances aux îles vierges.

— Kil !

— Bordel, Sev ! T'es lourd ! marmonna Killian.

— Tu devras faire avec, répliqua Severus.

Killian ébouriffa les cheveux d'ébène du garçon et le reposa au sol.

— Comment vas-tu ? demanda Killian.

— Bien, répondit Severus. Tu m'as manqué.

— Toi aussi, tu m'as manqué, Sev.

Et c'était vrai. Severus était devenu comme un petit-frère pour Killian et ne pas le voir durant toute la fin des vacances fut assez triste pour lui.

Il avait dû s'éloigner un peu de la famille Caledonensis. Nessa vivait avec eux et il était difficile pour lui de cohabiter avec son ex et son nouvel amant. La distance lui avait fait beaucoup de bien car il avait pu se retrouver avec ses parents, chose qu'il n'avait pas pu faire depuis que la métamorphomage avait fait irruption dans sa vie.

Il s'était aussi éloigné d'Alexein mais c'était un mal nécessaire. Bien que le blond ait tenté plusieurs fois de le voir, il n'avait pas voulu le rencontrer. Il ne savait plus trop où il en était concernant ses sentiments pour Alexein. Il était perdu et il avait besoin de faire le point tout seul.

— Salut, la compagnie, lança-t-il aux trois autres.

— Salut.

— Tout à l'heure, Sev.

— Ne pars pas, s'il te plaît, le retint Severus.

— Je ne suis pas loin. Je vais juste rejoindre mes amis, dit Killian.

— Je ne t'ai pas vu pendant deux semaines !

— Eh ben, moi aussi, fit Killian déconcerté.

— Alors, reste.

— Je passerai le week-end avec toi, marchanda Killian. Est-ce que ça te va ?

— Et je dormirais avec toi dans ton dortoir ? Qu'importe la maison dans laquelle j'atterrirai ?

Killian lâcha un soupir et hocha simplement la tête.

— Marché conclu, accepta-t-il.

Severus le gratifia d'un sourire ainsi que d'une accolade.

— Merci.

— À plus tard, lança Killian.

Et il sortit du compartiment.

— Il n'aurait pas un peu changé ? demanda Pétunia.

— Comment ça ?

— Son visage rayonne, dit Pétunia.

— Il ne rayonnait pas, contesta Severus.

— Si, rétorqua Pétunia, il a le visage qui rayonne.

— Comme celui de ta mère, ajouta Lily.

— Je ne comprends pas, confia Severus.

— Moi non plus, dit Remus.

Severus et Remus échangèrent un regard avant de hausser les épaules.

— Encore un truc de filles, lâcha Severus.

Remus sortit un magazine intitulé Quidditch-Magazine. Severus connaissait ce magazine car c'était l'un des préférés de son père avec Balai-Magazine.

Son père était un fan de quidditch et un excellent joueur. De ce que lui avait dit son oncle Ron ainsi que l'oncle Dray, Harry avait été un grand attrapeur à leur époque à Poudlard, l'un des plus grands mais aussi l'un des plus jeunes car il avait intégré l'équipe de quidditch de gryffondor à seulement onze ans.

Lui, il n'excellait pas en quidditch mais se débrouillait pas mal sur un balai. Il espérait que cela suffirait à intégrer l'équipe de quidditch de sa maison car il comptait rendre son père, fier de lui. Il ne serait pas le meilleur joueur de Poudlard mais il ferait partie d'une équipe et il espérait sincèrement que cela suffirait à son père car il ne pourrait en faire plus.

Severus se perdit dans ses pensées et regarda le paysage de la campagne anglaise défiler sous ses yeux, écoutant Lily et Pétunia discuter entre elles.

La porte de leur compartiment s'ouvrit à nouveau. Cette fois-ci, ce n'étaient ni la marchande, ni Killian.

Deux élèves de Poudlard entrèrent et Severus plissa les yeux tout en détaillant le garçon aux cheveux noirs ébouriffés et aux yeux marron. Il lui disait quelque chose. Il était sûr d'avoir vu ce garçon quelque part mais où, il ne s'en rappelait plus.

Aux côtés du garçon, un autre aux cheveux bruns lisses et bouclés et aux yeux d'un gris lunaire.

— Ainsi, c'est donc ici que se trouve son altesse royale ! lança le garçon aux cheveux ébouriffés d'un ton sarcastique.

Il s'avança dans le compartiment et reluqua Severus de la tête aux pieds avec un dédain non dissimulé.

— T'es qui toi ? l'interrogea Pétunia presque agressive.

— James Potter, répondit-il. L'authentique et l'unique !

Il adressa un sourire charmeur à Pétunia qui lui renvoya une grimace de dégoût.

— Et voici mon ami, Sirius Black.

— Mesdemoiselles, fit Sirius d'une voix de velours.

Un éclair de compréhension traversa le regard de Severus lorsqu'il posa à nouveau son regard sur James Potter. Le visage du garçon lui disait quelque chose parce qu'il ressemblait beaucoup à son père. Ils étaient pratiquement identiques, à la différence près que son père était un adulte et qu'il avait de longs cheveux qui lui arrivaient jusqu'aux épaules ainsi que des yeux vert émeraude.

— Comment va votre meurtrier de père, votre altesse royale ? le questionna James.

— Mon père n'est pas un meurtrier ! protesta derechef Severus.

— Aux dernières nouvelles, il aurait tué une dizaine de mangemorts avec ses dragons, répliqua James.

— Des mangemorts qui avaient assassiné d'autres personnes auparavant et dont l'un avait porté la main sur ma mère ! rétorqua furieusement Severus.

— Si je suis ta logique, altesse royale, le meurtre serait légal et tout le monde serait autorisé à tuer qui il veut.

— Je n'ai pas dit ça, démentit véhément Severus. Voldemort et ses mangemorts étaient des meurtriers et ils étaient venus pour tuer ma famille. Mon père n'a fait que se défendre !

— Se défendre ? ricana James. Ton meurtrier de père était un monstre qui abattait tout sur son passage avec ses dragons. Un homme tel que lui n'aurait jamais dû devenir roi ! D'ailleurs, on ne s'est même rien de lui ! C'est un étranger qui pourrait bien être tout aussi dangereux que Voldemort. Ton père est un tueur et un monstre. Sa place est à Azkaban !

Severus se leva d'un bond et sortit sa baguette magique en même temps que James.

— Répète un peu pour voir, siffla lentement le jeune prince.

— Tu veux te battre ? lança James avec mépris.

— Rangez vos baguettes, ordonna une voix glaciale dans leur dos.

Severus regarda par-dessus l'épaule de James et vit Lucius Malfoy se tenir debout derrière James et Sirius. Severus grinça des dents et serra son poing gauche avant de finir par baisser son bras.

James et Sirius jetèrent un coup d'œil au blond et remarquèrent l'insigne qu'il portait sur son uniforme puis James rangea lui-aussi sa baguette.

— Black, prend ton ami et fichez le camp ! dit Lucius d'un ton froid.

Les deux s'éclipsèrent immédiatement, ne voulant pas s'attirer les foudres d'un préfet, de surcroît un serpentard.

Severus regarda Lucius, interloqué. Pourquoi le blond était-il intervenu ? Ils vivaient dans la même maison mais ne se parlaient pratiquement jamais. Il ne faisait que croiser le blond dans les couloirs du manoir ou à la bibliothèque. À de rares occasions, ils mangeaient tous ensembles à table mais aucun mot n'était échangé entre eux.

— Vous feriez bien de vous changer, dit Lucius. Nous serons à la gare dans peu de temps.

Lucius lança un dernier regard à Severus avant de sortir du compartiment. Severus cligna plusieurs fois des paupières et soupira de lassitude. L'année commençait bien.

— Quel connard ce Potter ! lâcha Pétunia, furieuse. Je lui ferai avaler ses couilles à cet arrogant avant la fin de l'année. Il n'était même pas là le jour de l'attaque de Voldemort. Oser dire que ton père est un meurtrier ! Mais il se prend pour qui celui-là ?

— Il ne vous dit pas quelque chose ce Potter ? demanda Lily, intriguée.

Severus se raidit brusquement à la question de sa meilleure amie.

— Ouais, dit Pétunia, pensive, son visage m'est familier.

— J'ai l'impression de l'avoir vu quelque part mais je ne sais pas où exactement, poursuivit Lily.

— On ferait mieux de se changer, suggéra Remus.

— Ah oui ! s'exclama Pétunia.

Lily et Pétunia firent sortir les deux garçons en attendant qu'elles puissent se changer.

— Severus ?

Severus se tourna vers le loup-garou et attendit qu'il poursuive.

— Sommes-nous amis ? le questionna Remus.

— Oui, répondit Severus. Pourquoi cette question ?

— Tu connais ce Potter ?

— Que… euh… je…c'est… bafouilla Severus.

— Son odeur ressemble pratiquement à celle de ton père et ton père a une odeur qui ressemble étrangement à celle de Lily et de ce Potter, expliqua Remus. Si tu ne veux rien me dire, sache que je respecterai ton choix mais surtout, ne me mens pas.

Severus se passa une main sur le visage et laissa échapper un rire nerveux.

— Nous savons tous les deux que tu as déjà tout compris, Remus, dit-il.

— Ce n'est pas faux, confirma Remus, mais je n'arrive pas à comprendre.

— Ils viennent du futur, confia Severus. L'élément qui te manquait c'est cette information. Mes parents ainsi que leurs amis viennent du futur.

— Vraiment ? fit Remus, étonné.

— Oui, acquiesça Severus, sauf Nessa, Killian et Alexein.

— C'est à vous les garçons, lança Lily.

Les filles sortirent et ils rentrèrent dans le compartiment pour se changer à leur tour.

— Je ne dirais rien, jura Remus.

— Je sais.

Remus lui adressa un grand sourire. Dehors, la nuit commençait à tomber. Des montagnes et des forêts défilaient sous un ciel pourpre et le train semblait perdre de la vitesse.

Severus et Remus enfilèrent leur robe de sorcier puis ils firent rentrer Lily et Pétunia au même instant où une voix retentit dans le train :

— Nous arriverons à Poudlard dans cinq minutes. Veuillez laisser vos bagages dans les compartiments, ils seront acheminés séparément dans les locaux scolaires.

Severus sentit son estomac se contracter et il vit Lily et Pétunia pâlir sous leurs taches de rousseur. Lily serra la main de Pétunia dans la sienne et ils rejoignirent la foule des élèves qui se pressaient dans le couloir. Lorsque le train s'arrêta enfin, tout le monde se précipita vers la sortie et descendit sur un quai minuscule plongé dans la pénombre.

Les premières années furent guidées par le demi-géant Hagrid. Severus avait entendu parler, de nombreuses fois, de ce qui l'attendait à l'arrivée du train. Ses parents lui avaient raconté plusieurs histoires sur Poudlard, leur arrivée à l'école, la gare, Hagrid, la joie de découvrir ce merveilleux endroit…

Il savait donc que les « première année » seraient emmenés au château en barque, à travers le lac. Il avait vu Poudlard dans certains souvenirs de ses parents. Et pourtant, il découvrit que rien de ce qu'il avait appris ne l'avait réellement préparé à la grandeur solennelle du moment. Tandis que les petites barques traversaient le lac, en créant un sillage en V sur l'eau étincelante, Severus regarda, émerveillé. Le spectacle lui parut encore plus superbe que ce qu'il attendait. Le château était énorme, et surplombait un énorme monticule de roche. Il s'étendait très largement, avec ses tours et ses remparts, chaque détail de sa structure souligné d'un côté par les ombres de la nuit qui tombait, et de l'autre par les derniers rayons du soleil couchant. Une multitude de fenêtres apparaissait sur les murs du château, brillant d'une lumière jaune et accueillante, qui renvoyait des éclats d'or. L'ensemble était massif, énorme, et Severus en sentit le poids tomber sur lui avec une expectative agréable. Tout son corps en fut traversé, et eut la sensation de s'enfoncer, profondément, comme un reflet, dans le miroir du lac.

Tout à coup, il réalisa quelque chose auquel il ne s'était pas attendu. Après le premier moment de surprise, alors que les conversations reprenaient parmi les nouveaux élèves qui s'interpellaient d'une barque à l'autre, et faisaient de grands gestes, Severus remarqua une autre embarcation sur le lac. Contrairement aux petites barques sur lesquelles lui et ses amis se trouvaient, ce bateau inconnu n'était pas éclairé par une lanterne. De plus, il ne s'approchait pas du château. Au contraire, il semblait s'en écarter. Et l'embarcation était plus importante, mais néanmoins petite, et presque perdue dans l'ombre à l'autre bout du lac. Il n'y avait qu'une seule personne à bord, très mince, presque squelettique. On aurait dit une araignée. Severus pensa qu'il s'agissait d'une femme. Et au moment où il apprêtait à se détourner de cette vision, après tout sans importance, la silhouette leva les yeux et le regarda, comme si elle avait remarqué sa curiosité. Dans le clair-obscur qui s'assombrissait, Severus fut presque certain que leurs yeux se croisèrent. Tout à coup, de façon inattendue, un grand froid le traversa. C'était bien une femme. Elle avait la peau sombre, et le visage osseux, dur, avec de hautes pommettes et un menton pointu. Une écharpe était nouée en turban sur sa tête, et lui cachait les cheveux. Tout en le regardant, le visage de cette inconnu ne démontrait ni peur ni colère. En fait, on aurait dit un masque sans expression. Puis elle disparut.

Severus cligna des yeux, surpris, avant de réaliser que cette disparition était en réalité due à une haie de roseaux derrière laquelle le bateau s'était glissé. Il secoua la tête, avec un sourire moqueur envers lui-même. Comme toutes les « première année », il était plutôt nerveux. Puis il tourna les yeux vers le château qui approchait.

Les élèves de première année débarquèrent dans la cour dans un brouhaha d'excitation et de bavardage. Severus fut bousculé et poussé en avant par le reste du groupe tandis que tous montaient les escaliers dans un corridor largement éclairé.

Hagrid frappa trois fois à la porte du château et celle-ci s'ouvrit immédiatement. Une grande sorcière aux cheveux noirs, vêtue d'une longue robe jaune canari se tenait dans l'encadrement.

— Professeur McGonagall, voici les élèves de première année, annonça Hagrid.

— Merci, Hagrid, dit la sorcière, je m'en occupe.

Le hall d'entrée du château était immense et le plafond si haut qu'on n'arrivait pratiquement pas à l'apercevoir. Des torches enflammées étaient fixées aux murs de pierre et un somptueux escalier de marbre permettait de monter dans les étages.

Guidés par le professeur McGonagall, ils traversèrent l'immense salle au sol dallé et entrèrent dans une petite salle réservée aux élèves de première année. Severus entendait la rumeur de centaines de voix qui lui parvenaient à travers une porte située sur sa droite. Les autres élèves devaient déjà être là. L'exiguïté des lieux les obligea à se serrer les uns contre les autres et ils restèrent debout en silence, lançant autour d'eux des regards un peu inquiets.

Le professeur McGonagall leur fit un petit discours sur l'école et les quatre maisons avant de leur dire d'attendre sagement qu'elle revienne les chercher.

— J'ai peur, avoua-t-il à Remus dans un murmure à peine audible.

Remus prit sa main et la serra fortement dans la sienne. Severus adressa un petit sourire, nerveux, à son ami.

— Allons-y, maintenant, dit une voix brusque. La cérémonie va commencer.

Le professeur McGonagall était revenue.

— Mettez-vous en rang et suivez-moi, dit le professeur aux élèves.

Severus éprouvait une sensation bizarre, comme si ses jambes s'étaient soudain changées en plomb. Il se glissa entre Remus et un garçon aux cheveux blonds et la file des élèves quitta la salle, traversa à nouveau le hall, puis franchit une double porte qui ouvrait sur la Grande Salle.

L'endroit était étrange et magnifique. Des milliers de chandelles suspendues dans les airs éclairaient quatre longues tables autour desquelles les autres étudiants étaient déjà assis, devant des assiettes et des gobelets d'or. Au bout de la salle, les professeurs avaient pris place autour d'une autre table.

Le professeur McGonagall aligna les première année face à leurs camarades derrière lesquels se tenaient les professeurs. Dans la clarté incertaine des chandelles, les visages les observaient telles des lanternes aux lueurs pâles. Dispersés parmi les étudiants, les fantômes brillaient comme des panaches de brume argentée. Gêné par les regards fixés sur les nouveaux, Severus leva la tête vers un plafond d'un noir de velours, parsemé d'étoiles.

Il savait que c'était un plafond magique. Il l'avait lu dans L'Histoire de Poudlard.

Severus regarda à nouveau ce qui se passait devant lui lorsque le professeur McGonagall installa un tabouret à quatre pieds devant les nouveaux élèves. Sur le tabouret, elle posa un chapeau pointu de sorcier. Le chapeau était râpé, sale, rapiécé.

Tout le monde, à présent, avait les yeux fixés sur le chapeau pointu. Pendant quelques instants, il régna un silence total. Puis, tout à coup, le chapeau remua. Une déchirure, tout près du bord, s'ouvrit en grand, comme une bouche, et le chapeau se mit à chanter.

Lorsqu'il eut terminé sa chanson, des applaudissements éclatèrent dans toute la salle. Le chapeau s'inclina pour saluer les quatre tables, puis il s'immobilisa à nouveau.

Le professeur McGonagall s'avança en tenant à la main un long rouleau de parchemin.

— Quand j'appellerai votre nom, vous mettrez le chapeau sur votre tête et vous vous assiérez sur le tabouret. Je commence: Aesalon, Alice.

Une fille au visage rond avec une queue de cheval blonde sortit du rang d'un pas mal assuré. Elle alla mettre le chapeau qui lui tomba devant les yeux et s'assit sur le tabouret.

— Gryffondor ! cria le chapeau après un instant de silence.

Des acclamations et des applaudissements s'élevèrent de la table des lions et Alice alla s'y asseoir, parmi les autres étudiants de Gryffondor.

— Aubrey, Bertram.

— Poufsouffle ! cria le chapeau.

Bertram se hâta d'aller s'asseoir à la table de sa maison.

— Avery, Simon ! appela le professeur McGonagall.

— Serpentard !

Severus ressentit comme un léger frisson lui parcourir l'échine en observant les élèves de Serpentard. Peut-être était-ce dû à ses préjugés mais il y avait comme une ambiance lugubre autour de leur table.

Black, Sirius, l'élève qu'il avait rencontré dans le Poudlard Express fut envoyé à Gryffondor et une ovation monta de la table située à l'extrême gauche de la salle. Bones, Amélia rejoignit les Poufsouffle. Cadwallader, Pandora fut envoyée à Serdaigle.

— Caledonensis, Severus !

Severus sursauta, et regarda le professeur McGonagall éberlué, comme s'il avait oublié son existence. Severus déglutit difficilement et sortit du rang tandis que des murmures s'élevèrent dans toute la salle.

— Vient-elle de dire Severus Caledonensis ?

— Regardez ! C'est le prince !

— Le prince !

Severus s'apprêtait à avancer et à monter les quelques marches, quand soudain il y eut un bruit derrière lui. Il se figea, à la fois surpris et inquiet. Les étudiants de Poudlard le huaient-ils à cause de l'attaque du chemin de traverse ? Le voyaient-ils tous comme le fils d'un meurtrier ? Mais ce n'était pas une huée mais un applaudissement, poli et continu, en réponse à l'appel de son nom. Severus se tourna et observa les élèves de toutes les maisons l'applaudir.

— Oui. Merci, cria le professeur McGonagall pour couvrir le bruit des applaudissements. Ça suffit maintenant. Nous sommes tous très – euh – heureux de recevoir parmi nous cette année son altesse royale. Veuillez reprendre vos places…

Severus monta lentement vers l'estrade tandis que les applaudissements cessaient. Il se tourna pour faire face à la Grande Salle, et s'assit sur la chaise. Il ferma les yeux très fort, et sentit une douceur fraîche lui tomber sur la tête, glissant sur son front.

Tout à coup, le brouhaha disparut.

— Caledonensis, Severus. Je t'attendais, dit une petite voix dans sa tête. Hum, intéressant ! Tu as une histoire vraiment fascinante. Je vois tellement de courage en toi. Pas étonnant venant de la part du fils de Harry James Potter connu à cette époque sous le nom de Harry Uther Caledonensis. De l'intelligence, oui ! Aussi doué et vif d'esprit que ta mère. D'ailleurs, ta mère aurait eu sa place à Serdaigle mais finalement Gryffondor fut le bon choix. Hum.

Severus crispa les doigts sur ses genoux, attendant avec impatience que le chapeau le répartisse dans une maison. Tout sauf Serpentard. Il ne souhaitait pas commettre les mêmes erreurs que son ancien lui.

— Tu n'es pas Severus Snape, jeune prince, dit la petite voix. Tu devrais accepter que ce passé qui fut un jour, tien, est révolu à jamais. Tu es Severus Caledonensis et nul autre que le fils d'un puissant roi.

Severus se détendit légèrement et acquiesça de manière imperceptible. Il comprenait ce que voulait dire le vieux chapeau. Lui et son père en avaient déjà parlé bien avant son entrée à Poudlard.

— Tu as beaucoup de qualités. Difficile de choisir une maison.

Severus pensa fortement, « Pas à Serpentard, pas à Serpentard ». Son père lui avait dit que s'il ne souhaitait pas y aller, le choixpeau en tiendrait compte.

— Pas à serpentard ? répéta la petite voix. Tu es sûr ? Cette maison te conviendrait parfaitement, tu sais. Elle t'aiderait singulièrement sur le chemin de la grandeur, ça ne fait aucun doute. Tout comme ton père, tu aurais fait un excellent serpentard. Mais hum...tu ferais aussi un bon poufsouffle. Tu es un véritable ami et tu défendras toujours tes amis. Une grande qualité ! La loyauté. Alors ? Hum…oui ! Bien sûr ! Je suis sûr que tu y feras de grandes choses, tout comme elle le fit avant toi !

Severus n'eut pas le temps de se questionner sur la dernière phrase du chapeau qu'il entendit le nom de sa maison résonner dans la Grande Salle.

— Les quatre maisons ! Gryffondor ! Poufsouffle ! Serpentard ! Serdaigle !

Quand on lui ôta le choixpeau de la tête, Severus croisa le regard stupéfait du professeur McGonagall. Un lourd silence régnait dans toute la salle et certains élèves avaient la bouche entrouverte, éberlués.

Il venait d'être réparti dans les quatre maisons de l'école. Comment cela pouvait-il être possible ?

— Allez prendre place, monsieur Caledonensis, dit le professeur McGonagall.

— Où ? demanda-t-il.

— Vous appartenez aux quatre maisons, monsieur Caledonensis. N'importe quelle table conviendrait, répondit la sorcière.

Severus hocha la tête et se dirigea les jambes tremblantes, vers la table des Serdaigle. Il rejoignit Killian qui le prit dans une étreinte presque étouffante et remarqua à peine qu'on lui réservait la plus longue et la plus grande ovation de la soirée. Il était non seulement applaudi par tous les élèves mais aussi par tous les professeurs.

Severus ne s'en rendait pas compte mais il venait d'accomplir un exploit en étant réparti dans les quatre maisons de Poudlard.

Killian finit par le relâcher et déposa un baiser sur son front puis il fut enlacé de toute part par d'autres élèves de Serdaigle et d'autres maisons puisqu'il appartenait à toutes les maisons de l'école.

Lorsque le calme revint dans la salle, la répartition des élèves put continuer.

Les Carrow furent envoyés à Serpentard.

— Evans, Lily !

— Gryffondor !

Lily retira le choixpeau et sourit à sa sœur aînée avant de rejoindre la table des rouges et or.

— Evans, Pétunia !

Pétunia courut presque jusqu'au tabouret et enfonça frénétiquement le chapeau sur sa tête.

— Serpentard !

La mine satisfaite, Pétunia alla rejoindre la table des Serpentard et s'assit tout près de Lucius qui hocha simplement la tête, le visage impassible.

Lestrange, Rabastan fut envoyé à Serpentard.

— Longbottom, Frank !

— Gryffondor !

Lockhart, Gilderoy fut réparti à Poufsouffle tout comme Lovegood Xenophilius.

— Lupin, Remus.

Remus s'approcha du tabouret et croisa un instant le regard de Severus avant de mettre le choixpeau sur sa tête. Le choixpeau mit longtemps à se décider. Enfin, il cria : « SERDAIGLE. » Remus se précipita aussitôt vers ses camarades et fut accueilli chaleureusement par Severus ainsi que les autres membres de leur maison.

Pettigrew, Peter fut envoyé à Serpentard.

Lorsque son nom fut appelé, Potter s'avança d'un pas conquérant vers le tabouret. Dès qu'il lui eut frôlé la tête, le chapeau s'écria :

GRYFFONDOR !

Avec un sourire aguicheur, Potter alla rejoindre son ami Black qui était dans la même maison que lui. Rosier, Evan alla à Serpentard.

Lorsque tous les élèves eurent été répartis, le professeur McGonagall roula son parchemin et emporta le choixpeau. Severus contempla alors son assiette d'or et lâcha un soupir. Il avait été réparti à gryffondor comme dans toutes les autres maisons. C'était loin de ce qu'il s'était imaginé mais au moins, il avait la certitude qu'il était courageux et par conséquence qu'il était vraiment digne d'être le fils d'Hermione et d'Harry Caledonensis.

Il secoua la tête, ébahi. Il avait été réparti dans les quatre maisons de Poudlard. Les quatre.

Décidément, les Caledonensis ne faisaient jamais rien comme les autres.


Réponses aux reviewers anonymes :

Juliana : Bonsoir, ma belle. Comment se déroulent tes vacances ? Moi, quelques soucis familiaux mais à part ça, tout va bien. Merci pour le compliment. J'espère que la fic continuera de te plaire. A la prochaine !

Sabi1301 : Salut et merci pour ton commentaire. J'espère que tu seras là pour le prochain chapitre. Bises.

Lily : Coucou, ma jolie ! Alexein et Killian finiront par le trouver, peut-être dans les bras de l'un et de l'autre ou dans ceux d'une autre personne. Oui, je continuerai ces autres histoires. Pour l'instant, elles sont en cours d'écriture, les chapitres ne sont jamais finis car j'efface toujours tout pour recommencer mais ça finira par venir. Merci beaucoup et bonnes vacances à toi aussi.

Guest : Salut et merci pour le commentaire. J'espère que le nouveau chapitre t'aura plu. A la prochaine !