16

De l'Égypte antique au 20ème siècle

Apries avait une démarche majestueuse et gracieuse. Il y avait en lui une élégance et un raffinement qui ne pouvait laisser personne de marbre. Il était la personnification même de la splendeur. Tout en lui criait à la haute noblesse.

Il s'avança d'un pas fier dans la pièce et posa son regard sur la forme endormie dans un grand lit à baldaquin. Il contempla longuement la personne et s'approcha silencieusement. Il s'accroupit, son visage à la hauteur de l'individu qu'il observait depuis quelques minutes déjà. Il leva fébrilement la main vers le visage pâle et effleura d'un doigt le nez de l'homme qui dormait d'un sommeil paisible.

Apries imprima dans son esprit chaque détail du visage de l'homme qu'il avait juste en face de lui, si proche du sien qu'il pouvait sentir son souffle chaud venir s'échouer contre sa figure. Il passa une main dans les cheveux de jais mi- longs de l'homme et sourit en sentant des boucles sous ses doigts. Il se redressa et releva tout doucement le haut du pyjama du brun, recherchant une marque bien précise dans le bas du dos de l'homme. La marque était bien là, vive et précise.

Il fit léviter le corps du jeune homme et lança un regard à la femme allongée aux côtés du brun. Il fixa le ventre arrondi de la femme et haussa fièrement un sourcil. Il ne saurait dire pourquoi mais un sentiment de fierté gonfla soudainement son cœur. Il contourna le lit et se trouva à contempler la femme aux cheveux bruns ébouriffés. Il posa sa main au-dessus du ventre de la brune et murmura quelques incantations dans une langue ancienne, une langue oubliée depuis plusieurs millénaires déjà.

Il ramena le corps en lévitation du jeune homme vers lui et disparut dans la nuit froide et sombre avec son fardeau.

La brune sentit un courant d'air frais caresser sa peau mais ne se réveilla tout de même pas pour autant, changeant de position dans son sommeil pour ne pas écraser le bébé dans son ventre avec son poids.


Harry remua légèrement et sentit la lumière du jour à travers ses paupières closes. Une légère brise vint caresser son visage. Il poussa un soupir de bien-être et se positionna sur le côté. Il tâta de sa main la place à ses côtés et ouvrit lentement les paupières, confus.

Il papillonna plusieurs fois des yeux et constata qu'il n'y avait personne sur le lit avec lui. Il se redressa et chercha son épouse du regard mais ne la trouva nulle part. Il fronça subitement les paupières en ne reconnaissant pas l'endroit où il se trouvait. Il était certain qu'il ne se trouvait pas dans sa chambre au manoir Caledonensis.

Il darda son regard émeraude dans la pièce et y vit la plus somptueuse des salles. Il se trouvait dans une chambre de prince comme il n'en avait jamais vu auparavant, que ce soit dans la vraie vie ou dans des bouquins. L'architecture de la chambre était soigneuse et élégante. Il n'y connaissait pratiquement rien à l'architecture mais il était sûr que le bâtiment dans lequel il se trouvait était un bâtiment très ancien.

Il rencontra des yeux d'un vert tendre et recula brusquement dans un coin du grand lit, dévisageant d'un œil perdu, une magnifique jeune femme brune, au corps mince et élancé. La jeune femme était vêtue d'une courte tunique de lin blanc, pieds nus.

— Bon matin à vous, Prince Amset, Adjib [1].

Harry regarda la brune, éberlué. Où avait-il donc atterri ? Il jeta des coups d'yeux à gauche et à droite, se demandant si la femme ne s'adressait pas quelqu'un d'autre mais il n'y avait personne d'autre dans la pièce, à part lui et cette inconnue qui sortait de nulle part.

— Qui êtes-vous et où suis-je ? demanda-t-il.

La brune lui lança un regard perplexe.

— Je suis Héria, prince, votre servante. Vous êtes dans vos appartements au palais royal du Pharaon Apries, Akhouthotep [2].

— Quoi ? s'écria-t-il, ahuri.

— Vous devez être prêt avant la première audience du jour, prince.

D'autres servantes firent leur apparition et Harry recula un peu plus, voulant mettre une certaine distance entre lui et ces femmes qu'il ne connaissait ni de Merlin ni de Morgane.

Les servantes l'attrapèrent et le menèrent dans la salle de bain. La pièce était immense, bien plus grande que sa salle de bain et sa chambre réunies. La baignoire était une piscine aux dimensions raisonnables. Il se laissa docilement faire, chamboulé par ce qui était en train de se passer.

Il se demandait s'il n'était pas en train de rêver car cela ressemblait plus à un rêve qu'à la réalité. On frictionna le corps d'Harry avec des herbes fraîches, il fut épilé et ses cheveux coiffés. Il fut revêtu de vêtements de lin royal et oint d'huile d'onction.

On maquilla longuement son visage, appliquant des fards blancs pour blanchir un peu plus la peau de son visage et une ligne de fard noir lui fut appliquée pour souligner la courbe parfaite de ses sourcils.

Héria, l'une des servantes tendit un miroir à Harry qui se contempla dans la glace tandis qu'une autre servante s'occupait de ses mèches brunes avant de les recouvrir d'un némès. Harry ressemblait à un pharaon dans un tel accoutrement.

La porte s'ouvrit sur un serviteur du palais.

— Sa Majesté vous attend, prince Amset.

Harry emboita le pas au serviteur qui emprunta un long corridor baigné d'une lumière passant par d'innombrables ouvertures. Le serviteur s'arrêta devant l'entrée du cabinet particulier d'Apries où nul, à l'exception des membres de la famille royale, n'avait le droit de pénétrer.

Le serviteur poussa la porte en cèdre et Harry entra dans le cabinet particulier du Pharaon. Le bureau du pharaon était à l'image de son palais, somptueux et luxueux.

Apries était un homme grand, mince et élancé, qui affichait une superbe qui imposait de suite le respect.

Harry referma silencieusement la porte derrière lui. Apries ne semblait pas s'être aperçu de sa présence, plongé dans ses pensées, le regard vide. Sur le bureau, un rouleau de papyrus où, de sa fine écriture, le pharaon avait dessiné plusieurs colonnes de hiéroglyphes.

Harry dévisagea l'homme, cherchant dans sa mémoire s'il le connaissait mais le visage du pharaon ne lui disait absolument rien. Il était sûr de ne l'avoir jamais vu.

Harry attendit que l'homme en face de lui s'intéresse enfin à lui. Il avança de quelque pas avant de s'immobiliser au milieu de la pièce. Apries releva la tête, le regardant enfin. Un sourire attendri éclaira son visage et il se leva pour se diriger vers Harry.

— Mon fils, dit-il ravi de le voir.

— Euh, vous devez sûrement faire erreur, répliqua Harry.

— Un pharaon ne commet point d'erreur, jeune Potter.

— Où suis-je ? Qui êtes-vous ? Pourquoi m'avez-vous enlevé ? Qu'est-ce que je fais ici ? l'interrogea Harry.

Apries ouvrit la bouche pour répondre aux questions du jeune sorcier mais il fut interrompu par l'entrée d'un jeune garçon vêtu tout comme Harry.

— Sev ? fit Harry, surpris.

— Papa ! s'exclama Severus.

Le jeune élève de Poudlard courut se jeter dans les bras de son père, heureux de le retrouver dans ce monde qu'il ne connaissait pas.

Harry poussa un soupir de soulagement et embrassa les cheveux de son fils, le retenant dans une étreinte puissante. Il avait son fils avec lui et il était heureux d'avoir une présence familière à ses côtés.

— Que nous voulez-vous ? Et qui êtes-vous ? demanda Harry d'un ton sec.

Il détestait se trouver dans ce genre de situation et n'aimait guère que l'on touche à son fils.

Apries esquissa un sourire, amusé par le comportement offensif du jeune homme.

— Vous êtes en Égypte en 3165 avant votre ère dans la grande cité de Thinis [3], répondit le pharaon.

— Vous…vous…voulez…dire que nous…nous sommes dans…dans l'Égypte antique ?! bredouilla Harry, stupéfait.

— Plus ou moins.

— Comment ça « plus ou moins » ? demanda le roi d'Angleterre, suspicieux.

— L'ère qui m'a vu naître, comme vous le savez, a disparu depuis des millénaires. Nous nous trouvons dans un monde né de mes souvenirs et de mes pouvoirs.

— Né de vos souvenirs et vos pouvoirs ? reprit Harry, confus. Que voulez-vous dire par-là ?

— Je suis un sorcier, leur révéla Apries. Et il m'est possible de créer un monde illusionnaire à partir de mes souvenirs.

Harry parut surpris par la révélation de l'homme et resserra son étreinte autour de son fils. Il n'aimait pas ça. Il plaça Severus derrière lui, le protégeant ainsi de son corps en cas d'attaque.

— Pourquoi nous avez-vous enlevé ? Que nous voulez-vous au juste ?

— Comme je l'ai dit, un peu plus tôt, tu es mon fils tout comme ton fils est mon fils.

Le jeune roi d'Angleterre en perdit son fourchelang avec une telle réponse et ouvrit la bouche, dérouté.

— Je suis Apries, Akhouthotep, Pharaon d'Égypte, se présenta-t-il. Je suis ce que vous appelez dans votre monde, votre ancêtre.

Harry lança un regard incrédule à Apries tandis que Severus pencha légèrement la tête pour observer cet homme qui se disait être leur ancêtre.

— Venez, dit-il.

Aucun des deux bruns ne bougea. Apries roula des yeux et agita sa main droite dans l'air, faisant apparaître des coussins sur le sol. Il désigna les coussins à Harry et Severus qui finirent par s'y asseoir.

Apries s'assit sur le dernier coussin et observa attentivement le visage d'Harry ainsi que celui de Severus.

— Que connaissez-vous de votre histoire familiale ? demanda-t-il.

— Que nous sommes des descendants de Merlin, répondit Harry.

— De qui était-il l'enfant ?

— D'une certaine Australis, mais d'après les textes, la mère biologique de Merlin serait morte à sa naissance et il aurait été recueilli par un couple de paysans, les Caledonensis.

— Merlin, murmura Apries.

Le pharaon dévisagea Harry comme s'il essayait de voir à travers le jeune homme. Son regard se voila un instant de tristesse avant qu'il ne redevienne neutre.

Il avait eu un fils. Merlin. Il répéta en boucle ce prénom dans sa tête, savourant avec tendresse cette nouvelle information. Son fils s'appelait Merlin. Il crispa la mâchoire, maudissant cette traitresse d'Australis. Elle paiera pour cette trahison et la tuerait une seconde fois dans d'affreuses tortures. Il n'aurait aucune pitié pour elle. Il s'en faisait la promesse.

— Merlin est mon premier fils, reprit Apries.

— Australis était votre femme ? l'interrogea Severus, curieux.

Apries éclata de rire à la question du gamin. Lui, marié à Australis ? Il rit jusqu'à en pleurer. C'était la première fois qui riait autant depuis des millénaires et étrangement, ça faisait un bien fou.

— Australis n'a jamais été mon épouse, poursuivit-il. Je l'ai séduite uniquement pour le pouvoir qu'elle représentait car je souhaitais avoir un héritier.

— Nous ne comprenons pas, avoua Harry, penaud.

— J'ai cinq mille ans. À l'époque où j'ai connu, Australis, j'en avais quatre mille. J'ai passé quatre mille ans de mon existence à rechercher une personne qui serait assez puissante pour mettre mon héritier au monde. Quatre mille ans à voyager à travers le monde, à la recherche de cette personne. Puis, j'ai rencontré Australis, raconta-t-il.

Apries fit apparaître une sorte d'hologramme d'Australis sous les yeux ébahis d'Harry et de Severus. Le prince héritier du trône de Grande-Bretagne s'approcha de l'hologramme et fit passer sa main à travers l'image.

— Australis était une belle femme. J'en avais vu des plus belles mais Australis avait quelque chose que les autres femmes n'avaient pas. Une beauté froide. Australis me faisait penser aux déesses nordiques. Elle était séduisante et incontestablement intelligente mais surtout, elle avait la puissance que je recherchais. Sa puissance mêlée à la mienne aurait créé le parfait héritier, continua-t-il.

— Vous l'avez séduite, déduisit Harry.

— Ce ne fut pas facile mais oui, j'ai réussi à la séduire, confirma Apries. Australis était une femme indépendante qui aimait sa liberté. Elle souhaitait acquérir plus de connaissances pour étoffer ses pouvoirs. Elle souhaitait devenir aussi puissante que ses géniteurs, voire plus.

— Comment se fait-il que vous ayez cinq mille ans ? Pourquoi recherchiez-vous une femme puissante ? l'interrogea Severus, désorienté.

Apries posa un regard doux sur le jeune héritier de la Grande-Bretagne. Il était heureux de se trouver en compagnie de ses fils, qu'importe le nombre de générations qui les séparaient. Apries se leva du coussin et alla se poster devant une large fenêtre d'où il pouvait contempler les jardins inondés de soleil.

— Un jour, peut-être, vous conterai-je l'histoire de mon immortalité et vous ferai-je découvrir les trésors cachés de mon cœur brisé, dit-il presque comme un murmure.

Harry contempla le pharaon, fasciné par cet homme qui devait en imposer plus d'un rien que par sa prestance.

Le visage d'Apries était sans âge, ni jeune, ni vieux, bien que le souvenir de nombreuses choses y eût été gravé, autant gaies que tristes. Le pharaon se retourna et croisa le regard émeraude du jeune roi d'Angleterre. Harry put voir cette lumière qui brillait dans le regard d'Apries, semblable à celle des étoiles. Apries paraissait vulnérable, tel un roi couronné de maints hivers, mais vigoureux néanmoins, tel un guerrier endurci, dans la force de l'âge. Si vulnérable que fût son enveloppe charnelle, elle servait encore de réceptacle à une formidable puissance créatrice qu'Harry n'avait jamais rencontré chez aucun être.

Il y avait aussi dans la voix du pharaon, une douce gravité, presque chantante, résonnant comme une mélopée qui charmait l'âme et l'envoûtait. Il pouvait aisément comprendre pourquoi son ancêtre avait été charmé par un tel homme, aussi réticente fut-elle au début car il était évident que personne ne résistait longtemps à sa séduction.

Il émanait de sa personne un fluide magique et une telle capacité de conviction qu'il convertissait les plus méfiants à sa parole.

— Je ne cherchais pas une femme mais une personne assez puissante pour me donner un héritier. Homme ou femme, peu m'importait. Seule le potentiel magique comptait, reprit Apries. J'ai parcouru le monde avant de m'arrêter sur les terres de la Grande-Bretagne et de faire la connaissance d'un jeune homme nommé Salazar Serpentard.

— Vous avez connu Salazar Serpentard ?! s'exclama Severus, ahuri.

Apries esquissa un sourire amusé.

— J'ai connu beaucoup de monde, chair de ma chair, sang de mon sang.

Apries riva son regard au loin, se perdant un instant dans l'infini de ses pensées. Il y avait bien longtemps qu'il ne s'était pas replongé dans ses souvenirs.

— Avant de fasciner Australis, j'ai tenté de séduire Salazar Serpentard mais malheureusement pour moi, son cœur s'était épris pour quelqu'un d'autre et malgré toute ma bonne volonté, il n'aimait qu'un seul homme : Godric Gryffondor.

— Serpentard aimait Gryffondor ?! s'écria Harry, éberlué.

— Ils s'aimaient d'un amour incommensurable.

— Ils s'aimaient ? répéta Harry, ahuri.

Apries sourit tendrement comme touché par l'amour que les deux hommes ressentaient l'un pour l'autre.

— De leur amour est né, Australis.

— Godric et Salazar sont les parents de la mère de Merlin ?! s'exclamèrent père et fils, stupéfaits.

— Personne ne vous a donc conté l'histoire de votre famille ? les interrogea Apries, étonné.

— Salazar et Godric sont devenus des légendes dans notre monde. Nous ne savons que très peu de choses sur eux et encore moins sur notre famille, expliqua Harry.

Apries afficha un air ahuri. Jamais il n'aurait pu laisser ses enfants sans connaissances de leur histoire familiale. Il était important non seulement de conter les récits du passé mais aussi de les écrire pour que la prochaine génération puisse suivre le chemin tracé par leurs aînés.

Il revint s'asseoir et darda son regard sur ceux qu'ils considéraient comme ses fils.

— Salazar et Godric sont les parents d'Australis. Ils ont donné naissance qu'à un seul enfant, poursuivit-il. Australis était la personne que je recherchais depuis des millénaires. Nous avions essayé d'avoir un enfant mais elle ne tomba jamais enceinte. Furieux de n'avoir aucun héritier, je décidai de déverser ma fureur sur les sorciers. Je fis des milliers de morts dans beaucoup de pays, massacrant hommes, femmes et enfants. Je souhaitais avoir un héritier et la personne puissante qui devait me le fournir était dans l'incapacité d'enfanter !

— Vous avez tué des milliers de personnes parce que vous ne pouviez pas être papa ? hoqueta Harry, choqué.

— J'ai tué bien plus de personnes pour moins que ça, répliqua Apries.

— Vous êtes un meurtrier !

— Je n'ai jamais prétendu être quelqu'un de bien, protesta le pharaon.

Harry se releva brusquement et tira son fils vers lui, l'éloignant le plus possible d'Apries.

— Comment part-on d'ici ? questionna-t-il.

— Vous ne partirez que lorsque je l'aurai décidé, répondit Apries.

— Stupéfix ! lança Harry.

Apries ricana avec mépris, l'attaque d'Harry n'ayant aucun effet sur lui.

— Il te faudra bien plus que ça pour pouvoir espérer me blesser, dit-il.

Apries eut un sourire en coin et d'un simple geste élégant du poignet, il envoya Harry valser à l'autre bout de la pièce.

— Papa !

Severus se précipita vers son père qui était légèrement assommé à cause du choc qu'il venait de recevoir.

— Tu n'es encore qu'un enfant, sang de mon sang. Tu es incapable de pouvoir te dresser face à ton père, dit Apries d'un ton froid. Il m'est possible de te tuer d'un seul battement de cil ou de t'élever de ma main au rang de dieu.

Severus aida son père à se redresser en position assise. Harry releva la tête et plongea son regard dans celui de son ancêtre.

— Je ne te tuerai pas. Pas pour le moment, informa Apries.

— Que nous voulez-vous ?

— Vous m'avez appelé. Vous avez supplié mon aide et me voilà devant vous.

— On ne vous a jamais appelé, déclara Harry sûr de lui.

— Tu m'as appelé, fils, répliqua Apries d'un ton plus doux. Lorsque tu as cru ta femme morte, tu m'as appelé.

Apries détourna son regard pour le poser sur Severus.

— Lorsque tu as cru ta mère morte, tu m'as appelé. Vous m'avez tous les deux appelé à l'aide, me délivrant sans le savoir de la prison dans laquelle je fus enfermé par Australis.

— Nous n'avons pas besoin de vous, cracha Harry.

— Vous aurez besoin de moi si vous espérez me tuer un jour.

— Qu'êtes-vous en train d'insinuer ? demanda Harry, les sourcils froncés.

— Je n'insinue rien, fils. Je vous mets en garde. Je suis une menace pour vous tout comme pour le monde auquel vous appartenez. Je suis le fléau de cette terre et détruirai tout sur mon passage. Je tuerai des milliers de personnes voire des millions. Je vous arracherai vos amis, vos proches, votre famille dans le seul but de vous faire souffrir.

— Pourquoi feriez-vous une chose pareille ? Pourquoi ? l'interrogea Harry, perdu.

— Parce que vous devrez me tuer, répondit Apries. Si vous voulez sauver les personnes que vous aimez, vous allez devoir me terrasser sinon ils mourront tous !

— Vous êtes un grand malade, constata Harry.

— Un honnête homme, protesta Apries.

— Vous venez de dire que vous tuerez des milliers de personnes voire des millions juste pour que l'on puisse vous tuer ! Alors non, vous n'êtes pas un honnête homme mais un grande malade doublé d'un psychopathe sanguinaire !

— Je suis honnête lorsque je dis que je tuerai des gens si vous ne faîtes rien pour m'en empêcher. Je vous préviens que le malheur s'abattra sur vous si vous ne me tuez pas. C'est de l'honnêteté, fils.

— Pourquoi souhaitez-vous que l'on vous tue ? demanda Severus.

— Beaucoup d'Hommes recherchent l'immortalité. Ils frémissent de peur à l'idée de mourir mais n'ont aucune idée du poids d'une vie sans mort. Ils ne se doutent pas une seule seconde que l'immortalité représente l'enfer. L'immortalité est un lourd fardeau à porter et je souhaite m'en débarrasser, répondit Apries, sincère.

— Pourquoi ne vous suicidez-vous pas ? suggéra Severus.

Apries lança un regard incrédule au gamin en face de lui avant d'éclater de rire. Harry et Severus échangèrent un regard perplexe.

— Je suis certainement le seul homme sur cette terre à avoir tenté de se tuer plus d'un million de fois sans jamais y parvenir, confia le pharaon.

— Nous sommes vos descendants, pourquoi essaieriez-vous de nous faire du mal ? le questionna Harry, dérouté.

— Le jour de l'affrontement n'est pas encore venu, Harry. Vous n'êtes pas prêts mais sachez que je vous y préparerai.

— Et si nous refusons de vous combattre ?

— Je vous y contraindrais, répliqua Apries.

— En faisant du mal à nos proches, supposa Harry.

Le regard d'Apries parla pour lui. Harry s'adossa contre le mur tout en poussant un profond soupir de lassitude. Il se demandait ce qu'il avait bien pu faire pour hériter d'un ancêtre aussi machiavélique. Il venait d'affronter un mage noir pour en affronter un autre qui semblait plus dangereux et bien plus puissant que le précédent. De surcroît, il était âgé de cinq mille ans et c'était son ancêtre.

Il avait vraiment une vie de merde. Ne pourrait-il jamais être heureux et profiter un tant soit peu de son existence ?

Apries se rapprocha d'eux et Harry se raidit brusquement en se sentant aussi proche du pharaon. Il avait vu de quoi il était capable et savait qu'il n'était pas de taille face à un tel sorcier.

— Je ne vous ferai aucun mal, promit Apries. Pas pour l'instant.

Le pharaon se rapprocha encore plus et posa sa main sur le torse d'Harry, tout près de son cœur. Apries pouvait sentir les battements du cœur de son descendant sous ses doigts.

— Ton cœur est remplit d'amour mais aussi de chagrin et de haine. L'amour que tu ressens pour tes proches et qu'ils ressentent pour toi ne te permet pas de guérir totalement, constata Apries.

Apries remonta sa main sur la joue d'Harry et obligea le jeune homme à plonger son regard dans le sien.

— Cette haine et cette tristesse que tu caches tout au fond de toi, je peux t'en délivrer.

— Comment ? fit Harry incrédule mais plein d'espoir.

— En devenant ce que tu as toujours désiré sans jamais le dire à haute voix. Je serai cette personne, si seulement tu m'en laisses l'occasion.

Harry fut surpris qu'Apries ait pu deviner aussi facilement son vœu, son souhait le plus cher. Il le devinait. Il le comprenait sans qu'aucun mot n'ait pu être prononcé. Il lisait dans son âme.

Mais comment pourrait-il laisser cet homme entrer dans sa vie alors qu'il menaçait la vie de ses proches ?

— Je te préviendrai lorsque je passerai à l'attaque mais avant, je vous formerai pour que vous puissiez être capables de m'affronter. Je ne ferai rien sans prévenir, jura Apries.

— Je ne vous connais pas.

— Nous aurons tout le temps pour nous connaître.

Harry n'était pas sûr de son choix mais il voulait tout de même y croire. Il acquiesça d'un simple hochement de tête et se retrouva en quelques secondes dans des bras puissants, entouré d'une douce chaleur.

Apries émit quelques cris semblables à ceux qu'avait émis Harry après la mort de son épouse. Apries était un dragomage tout comme l'était son descendant.

Aussi longtemps que tu auras besoin de moi, je serai là.

C'était une promesse. Une promesse en laquelle Harry voulait croire de toutes ses forces. Pouvait-on l'empêcher d'espérer que quelqu'un soit là pour lui ? Uniquement pour lui ?

Severus recula légèrement pour laisser un peu d'intimité aux deux adultes. Il ne comprenait pas trop ce qui était en train de se passer mais apparemment son père se trouvait dans les bras d'un homme qui disait être leur ancêtre et qui menaçait de détruire la terre s'ils n'arrivaient pas à le tuer.

Soi il était dans un rêve, soit il était dans un cauchemar. L'un comme l'autre, ce ne pouvait être réel. Personne ne pouvait vivre aussi longtemps à moins d'être un vampire mais ce n'était pas le cas du pharaon qui ressemblait à un être humain comme un autre, hors mis sa beauté presque surnaturelle. Il pouvait assurer qu'Apries était un être humain comme lui. Plus puissant que son père mais tout de même un être humain.

Alors il était clair qu'il faisait un rêve et qu'il se réveillerait dans peu de temps dans le dortoir de Serdaigle à Poudlard et ne se trouverait certainement pas en Égypte antique.


Apries déposa délicatement le corps du jeune roi sur le grand lit à baldaquin et le recouvrit avant de déposer un baiser sur son front. Il contempla un instant son fils avant de s'évanouir dans la nuit qui ne tarderait pas à laisser place au jour.

Il réapparut comme une fumée noire dans le dortoir de Serdaigle et déposa un Severus endormi aux côtés d'un jeune homme aux cheveux châtains qui dormait à poings fermés. Il caressa le visage de l'enfant et déposa un baiser sur sa joue avant de quitter le dortoir aussi silencieusement qu'il était venu.

Il quitta le château de Poudlard et alors qu'il allait rejoindre son antre secret, il entendit le bruit caractéristique du transplanage. Nul besoin pour lui de se retourner pour savoir qui se trouvait actuellement dans son dos.

— Australis ! fit-il, sarcastique.

— Apries, le salua la femme d'un ton dédaigneux.

Il se retourna et fit face à une femme au visage osseux, dur, avec de hautes pommettes et un menton pointu. Une écharpe était nouée en turban sur sa tête, et lui cachait les cheveux.

— Je me demandais justement combien de temps cela te prendrait-il pour venir te confronter à moi.

— Ne t'approche pas d'eux, lança Australis d'un ton menaçant.

— Sinon quoi ? siffla Apries d'une voix dangereusement basse. Tu me tueras ? Tous les deux savons très bien que tu en es parfaitement incapable.

— Je n'ai peut-être pas pu te tuer mais j'ai pu t'enfermer pendant mille ans, rappela Australis.

— À quel prix ? rétorqua-t-il, hautain.

— Je sais pourquoi tu voulais un héritier.

— Héritier dont tu m'auras caché l'existence pendant mille ans ! tonna Apries en colère.

— Il était hors de question que tu te serves de mon fils comme d'une arme ! répliqua Australis sur le même ton que le pharaon.

— Ton fils ? ricana Apries avec mépris. C'était aussi mon fils ! Et qu'importe ce que tu peux penser de moi, je l'aurai aimé et chéri comme tout père chérirait son enfant.

— Un enfant que tu n'aurais pas hésité à tuer !

— Qu'en sais-tu ? Il aurait très bien pu me vaincre. Il aurait pu me tuer et débarrasser la terre de son pire fléau. Il serait peut-être sorti vainqueur de ce combat.

— T'entends-tu parler, Apries ? Tu aurais obligé notre enfant à combattre son père ! s'insurgea Australis.

— C'est bien plus que tu ne peux le penser. Bien plus complexe que tu ne l'imagines ! s'énerva le pharaon.

— Alors explique-moi ! Tu me le dois, Apries. J'ai droit à des explications après tout le mal que tu m'as fait. J'ai bien droit à cela.

— La malédiction aurait dû se terminer avec lui !

— Quelle malédiction ? De quoi parles-tu ? le questionna Australis, perdue.

— Ma descendance est condamnée à avoir un destin tragique. Tous ceux dont mon sang coulent dans leurs veines sont maudits. Tous, sans exceptions, révéla-t-il.

— Quoi ?

— La malédiction aurait dû prendre fin avec notre fils. Il devait me tuer pour mettre fin à la malédiction qui frappe notre famille depuis des millénaires. Mais tu l'en as empêché en me cachant son existence. Par ta faute, mes enfants sont maudits.

Australis écarquilla les yeux, bouche-bée.

— Ils devront me tuer pour être heureux. S'ils n'y parviennent pas, je détruirai la terre entière, n'épargnant aucune âme sur mon passage, prévint-il.

— Je t'en empêcherai !

— Tu es morte, Australis. Et aussi puissante sois-tu, tu n'es pas de taille à m'affronter, lança-t-il avec mépris.

— Ce sont nos descendants, Apries. Tu ne peux pas leur faire ça !

— Contrairement à ce que tu peux penser, j'aime mes enfants bien plus que tu ne peux l'imaginer. Je leur donnerai les moyens pour pouvoir m'affronter. Je les formerai pour qu'ils puissent me vaincre. La guerre n'est pas encore déclarée et elle ne le sera que lorsqu'ils seront prêts. En attendant, je veillerai sur eux. S'ils ne parviennent pas à me tuer, j'anéantirai l'humanité. Il ne restera plus aucun homme ni femme ni enfant sur cette terre.

— Pourquoi ?

Apries ancra son regard onyx dans les prunelles sombres et froides d'Australis.

— Telle est ma nature, répondit-il.

— Fadaises ! contesta Australis. Tu ne m'as jamais aimé mais je sais que ton cœur déborde d'amour. Qu'il fut un temps où tu étais quelqu'un de bien et de doux. Je le sais et je peux toujours sentir cet amour émaner de ton être. Qu'importe les murs que tu as érigés autour de ton cœur, je sais que quelque part, se trouve le vrai Apries, celui plein de bonté et d'amour. Tu aimes nos enfants et c'est une preuve que tu sais encore aimer. Que tu n'es pas un meurtrier comme tu veux bien le faire croire.

— Je suis un meurtrier, Australis.

— Tu es un homme meurtri, répliqua-t-elle en secouant la tête. Tu es un homme qui souffre et qui ne sait comment surmonter sa douleur. Je peux t'aider, Apries, si seulement tu m'en laisses l'occasion. Cette malédiction, nous pourrons trouver une solution pour la retirer. Ensemble.

Apries eut un rictus méprisant.

— Tu ne me connais pas, Australis. Tu ne sais rien de moi.

— Alors laisse-moi te connaître. Laisse-moi découvrir qui tu es. Que caches-tu au fond de toi, avec tant d'acharnement, Apries ? Pourquoi as-tu peur que l'on s'approche de toi ? Je veux apprendre à te connaître. S'il te plaît. Je t'en prie.

Apries la dévisagea longuement, les yeux fixés sur celle qui fut un jour son amante à défaut d'être son épouse. Il n'avait jamais aimé Australis mais l'avait considéré comme une amie, une personne avec qui il pouvait entretenir des conversations longues et passionnées.

— Tu devrais cesser de m'aimer, conseilla-t-il.

Il lança un dernier regard à la femme avant de s'élancer dans les airs.

— Comment ? cria-t-elle. Comment suis-je censée faire ça ?! Apries !

Elle hurla incessamment le prénom du père de son enfant et finit par éclater en sanglots lorsqu'elle finit par se rendre compte qu'il était bel et bien parti. Elle en voulut à Apries de la faire autant souffrir. Elle se laissa tomber sur l'herbe fraîche du parc de Poudlard et pleura toutes les larmes de son corps.

— Australis, l'interpella-t-on.

Elle leva la tête et rencontra les prunelles de son papa.

— Papa !

Elle se précipita sur son papa et se jeta dans ses bras. Salazar referma ses bras autour de sa fille et échangea un regard interrogateur avec son époux. Godric haussa simplement les épaules, ne connaissant pas la cause de l'état de leur fille, même s'il avait sa petite idée.

Salazar caressa le dos de sa fille, tentant de l'apaiser.

— Que faisons-nous ? demanda Helga.

— J'en viens toujours à me demander comment avions-nous pu te nommer Grande Sorge, railla Armand, sarcastique.

Helga ne s'offusqua pas de la remarque du blond et l'ignora simplement. Il valait mieux pour elle et sa santé mentale, oublier le blond. Elle n'avait aucune envie d'engager une dispute puérile avec le sorge. Il était clair pour elle qu'il souhaitait simplement la faire sortir de ses gonds et elle ne lui donnerait pas cette satisfaction.


[1] Adjib : En égyptiien antique, est le nom d'Horus du sixième souverain de la première dynastie qui veut dire : Cœur vaillant. Je vous suggère d'utiliser google pour le nom d'Horus.

[2] Akhouthotep : C'est le nom d'Horus d'Apries qui signifie en égyptien antique : Les bienheureux (ancêtres) sont satisfaits.

[3] Thinis : Est une ville de l'ancienne Egypte de la première dynastie des Pharaons.

Réponses aux reviewers anonymes :

Ano : Coucou. Je te renvoie au chapitre 15 de SMC.

Juliana : Salut ma belle, ça faisait longtemps ! Merci beaucoup pour ton commentaire et encore désolé pour la suppression. A la prochaine ! Gros bisous.


Note de l'auteur : Il y a un passage dans le chapitre que j'ai marqué en italique. J'ai pris ce passage dans le livre de Tolkien lorsqu'il décrit Elrond. J'ai trouvé que le seigneur de Fondcombe ressemblait beaucoup à mon personnage.

Bisous à vous.