Note de l'auteure : Normalement, cette histoire a deux autres parties mais je ne sais pas si je vais les poster. L'une des parties concerne Sirius qui se retrouve projeté dans une autre réalité et l'autre est au sujet du retour d'Harry/Nikita dans sa réalité. Enfin, je ne sais pas quoi faire. Je prendrais plus de temps pour y réfléchir.

Merci à ma bêta Miss Homme Enceinte 2 pour avoir repéré mes fautes.


Tu trouveras, dans la joie ou la peine,

Ma triste main pour soutenir la tienne

Mon triste cœur pour écouter le tien.

Extrait du poème d'Alfred de Musset « Quand bien même une amère souffrance ».

22

Ta souffrance est mienne

Severus se demanda si son cœur pouvait être encore plus meurtri qu'à l'instant, si son corps serait capable de produire encore longtemps le flot de larmes qui se déversait continuellement depuis une bonne demi-heure.

La douleur du jeune homme qu'il tenait avec fermeté dans ses bras, blottit contre sa poitrine, avait déchiré son âme et broyé son cœur sans aucune pitié. Il avait encaissé les émotions sans flancher, les émotions qui se livraient bataille dans l'esprit du garçon et à la fin, après avoir rassuré cette âme torturée par la vie, éprouvée par le destin, il avait été balayé par tous ces sentiments et n'avait plus eu assez d'air pour respirer convenablement.

En silence, une larme s'était échappée de ses yeux, bien vite suivie par une autre. Un horrible chagrin le poigna en pleine poitrine et il chancela sous le poids de cette souffrance, de cette douleur, de cette haine qui ne lui appartenait pas.

Contre le mur de la Tour d'Astronomie, ses cheveux d'ébène collés contre son front, Severus avait le regard voilé par un déchirement indescriptible. C'était tout bonnement atroce. Il ne pensait pas que quelqu'un puisse vivre avec autant d'émotions contradictoires en lui. C'était insoutenable, invivable mais surtout… douloureux.

Il rapprocha le corps qu'il tenait dans ses bras un peu plus contre lui, voulant apporter un peu plus de réconfort à cette âme en peine et esseulée. Il souhaitait faire disparaître la noirceur qui abritait le cœur de ce jeune adolescent. Il voulait éteindre cette haine qui détruisait avec une lente agonie, cette si jeune âme innocente et fragile.

Severus passa une main dans la chevelure blonde et fredonna à nouveau. Une chanson cette fois-ci mais à ses oreilles, elle ressemblait plus à une complainte qu'à toute autre chose. Il embrassa les cheveux presque blancs et ne cessa de pleurer. Il souffrait autant que cette âme. Une partie des ténèbres qui enveloppait l'adolescent l'avait recouvert et il avait l'impression que jamais plus, il ne pourrait retrouver la lumière dans laquelle il baignait auparavant.

Sa main trembla alors qu'il caressait la joue pâle et presque froide du garçon.

— Sev ?

Il releva la tête avec lenteur et plongea son regard dans celui inquiet et interrogateur de son meilleur ami. Il suivit le lycanthrope des yeux qui s'approchait d'eux.

— Qu'est-ce qui se passe ? l'interrogea Remus.

— Il a mal, Remus, tellement mal…

Severus ferma ses paupières avec force, souhaitant faire disparaître cette souffrance qui s'était à présent logée dans son cœur mais c'était impossible. Elle était là et y resterait pour un long moment. Aussi longtemps que lui souffrira alors il souffrira aussi.

Des larmes perlaient au coin de ses yeux alors qu'il les relevait avec difficulté vers Remus.

— Il n'est que douleur, Rem'. Ténèbres, douleur et haine. Il est si ravagé…si…

Severus hoqueta un instant et enfouit son nez dans la chevelure de Nikita comme pour se rassurer qu'il tenait bien l'adolescent dans ses bras, comme pour le retenir auprès de lui.

— Il souffre, Remus. Il faut faire quelque chose car il souffre tellement qu'il pourrait définitivement basculer dans les ténèbres.

— Je ne comprends pas, dit le serdaigle, perdu.

— Son enfance, Remus. Oh Merlin ! J'étais loin d'imaginer que papa avait autant souffert lorsqu'il était enfant. Ils lui ont fait tellement de mal, Rem'. Ils l'ont laissé avec ces horribles personnes ! Par Salazar ! Aujourd'hui, je comprends mieux pourquoi papa était aussi réticent à l'idée de faire de Pétunia une sorcière. Je comprends maintenant pourquoi il avait été aussi distant avec elle pendant les deux premières années, ne s'attardant jamais dans la même pièce qu'elle.

— Sev, si tu n'es pas plus explicite que ça, je doute pouvoir comprendre quoi que ce soit.

— J'ai vu ses souvenirs, Remus. J'ai tout vu et tout ressenti…

Severus raconta tout ce qu'il savait au sujet de Nikita, de sa véritable identité ainsi que celles de Masha et Leonid. Il se confia à son meilleur ami et n'omit aucun détail. Il parla de la relation qu'entretenait cet Harry et le Snape de son époque ainsi que la dispute et la disparition de Sirius Black qui avaient certainement dû précipiter le voyage du trio vers leur monde à la recherche du parrain du survivant.

— Comment cela est-il possible ? Enfin, ce que je veux dire c'est… comment as-tu pu savoir qui il était vraiment ? demanda le loup-garou.

— Tu as un odorat plus aiguisé que la moyenne mais moi j'ai une magie beaucoup plus sensible que la normale. Je connais la signature magique de mes parents ainsi que celles de tous mes proches. J'ai pu l'identifier grâce à sa signature mais je n'étais pas certain de moi jusqu'à ce qu'il ait mal et que du sang apparaisse sur son front, dessinant un éclair. Mes doutes furent dissipés à cet instant-là, répondit Severus d'une voix rauque.

— Hum, fit Remus pensif. Il est clair qu'il a la même odeur que ton père mais elle est clairement différente car il est imprégné d'une autre odeur.

— Une autre odeur ? releva Severus, intrigué.

— Oui, la tienne, dit Remus. C'était comme s'il avait trois parents. James, Lily et… toi.

— Cela doit venir du fait que Snape soit devenu son tuteur légal.

— Probablement, convint Remus. Mais, il y a quelque chose qui me chiffonne dans cette histoire.

— Quoi ?

— Pourquoi le passé de cet Harry est aussi éloigné du nôtre ? D'après ce que tu m'as raconté, ton père n'a jamais été récupéré par Snape. Son professeur de potions l'a toujours haï en public et protégé en secret, donnant sa vie pour lui. Alors, pourquoi leur passé diverge-t-il autant ? questionna Remus.

— Bien que leurs signatures magiques soient identiques, elles divergent légèrement l'une de l'autre. Assez pour les dissocier et faire d'eux des personnes distinctes. Je ne crois pas me tromper en affirmant que l'odeur de mon père et celle d'Harry soit aussi légèrement différente, n'est-ce pas ?

Remus hocha simplement de la tête pour confirmer la déduction de son meilleur ami.

— Je ne voudrais pas m'avancer mais je pense qu'ils pourraient provenir d'un Autre Monde, d'une Autre Dimension et que d'une manière ou d'une autre, au lieu d'être envoyés dans leur passé, ils ont été expédiés dans notre monde, dans notre présent, poursuivit Severus.

— Ils proviendraient d'une Autre Réalité ? fit le serdaigle, dubitatif.

— Sinon comment expliquerais-tu leur présence ici ? répliqua l'héritier du trône Sorcier. Comment expliques-tu leur passé si diamétralement opposé ? Mon père n'a jamais été sous la tutelle de Severus Snape et pourtant cet Harry, lui, si. Papa n'a jamais traversé le voile avec ses deux meilleurs amis et pourtant, lui, si. Ils ont indéniablement le même patrimoine génétique, à savoir qu'ils sont les fils biologiques d'un James Potter et d'une Lily Evans, mais ils ne sont pas une seule et même personne. Ils ne vivent pas dans la même réalité. Papa est retourné dans le passé pour changer nos vies, pour m'assurer un meilleur avenir, pour permettre à Potter et Lily de ne pas se faire tuer par Voldemort, empêcher Pettigrew de trahir les Potter, éviter Azkaban à Black et t'empêcher de perdre les seuls amis que tu aies jamais eu. Papa a révolutionné notre monde, notre passé et il nous permet de vivre un avenir différent de celui qu'il a vécu. Dans ce monde, je suis son fils et son héritier. Ici, il est un roi, un adulte et un sorcier accompli qui a vaincu le mage noir. Dans une autre réalité, il n'est qu'un adolescent de seize ans qui a perdu ses parents et qui a été placé sous la tutelle de Severus Snape à l'âge de douze ans. Ils n'évoluent pas dans le même monde, bien que leurs réalités soient presque similaires mais les similitudes s'arrêtent là. Grand-père m'a expliqué que la Magie était une force infinie et qu'il existait autant de réalités différentes qu'il y avait d'êtres vivants sur la terre. Qu'il existait une multitude de dimensions aussi similaires et éloignées les unes des autres. Qu'il était possible pour un sorcier de se perdre dans l'une de ces dimensions et que le retour à sa réalité pouvait être difficile.

— Donc tu penses que cet Harry viendrait de l'une de ces dimensions, résuma Remus.

— Oui, acquiesça Severus. Et surtout, contrairement à papa, son Sirius est toujours vivant.

— Comment ça ? demanda Remus, l'esprit embrouillé par les explications peu claires du prince.

— J'ai pu pénétrer dans son esprit. J'ai pu parcourir ses souvenirs et contrairement au parrain de papa, son Black à lui n'a fait que traverser le Voile de la Mort tandis que…

— … le parrain de ton père avait reçu le sortilège de mort avant de traverser le Voile, termina Remus à sa place.

— Effectivement, dit Severus. Le parrain de papa est mort mais celui de cet Harry, non.

Remus lâcha un profond soupir, soudainement las. Il baissa son regard vers l'adolescent qui reposait paisiblement dans les bras de son meilleur ami et essaya d'imaginer des cheveux noirs à la place de la chevelure blonde. Il essayait d'imaginer un Harry Caledonensis, beaucoup plus jeune, à la chevelure aussi en bataille que celle de James et aux yeux d'un vert émeraude aussi éclatant que celui de Lily mais il n'y arrivait pas à cause du parfum qui se dégageait du jeune homme. L'odeur de son meilleur ami – enfin celle de Snape – était trop imprégnée sur le garçon pour l'imaginer sans une ressemblance avec son nouveau tuteur. Cet Harry n'avait pas deux mais trois parents.

Le serdaigle se rapprocha de son meilleur ami et s'assit à ses côtés, s'adossant contre la paroi de la Tour d'Astronomie. Severus se laissa glisser tout contre lui et posa sa tête sur son épaule.

— Il faut l'aider, Rem'. Nous devons lui venir en aide.

— Devrions-nous en parler à Lily et Pétunia ? questionna Remus.

— Certainement pas ! répondit Severus d'un ton sec. Elles n'ont pas à le savoir et nous n'avons aucun droit de leur parler de ce qui se passe avec … Nikita et son frère et sa sœur.

— Très bien, soupira à nouveau le loup-garou.

Il passa son bras autour des épaules de Severus et malaxa le cuir chevelu du brun pour lui apporter un peu de réconfort. Il espérait pouvoir apaiser les craintes de son meilleur ami par sa seule présence et souhaitait plus que tout aider à soulager la souffrance du jeune Nikita.

— Nous ferions peut-être mieux de rejoindre notre dortoir, suggéra-t-il. J'ai été prévenir le professeur Flitwick que nous ne pourrions pas assister aux cours de la journée et il a promis de signaler notre absence aux autres professeurs.

— Hum… que ferais-je donc sans toi ?

— Absolument rien, rigola Remus. Je suis indispensable, mon ange.

Severus leva la tête et plongea son regard dans celui doré du loup-garou.

— Tu es plus qu'indispensable, Rem'. Tu es essentiel dans ma vie. Tu es plus que précieux, tu es vital.

— Tu es en train de verser dans le sentimentalisme, Sev, fit-il remarquer d'un ton taquin. Pour peu, je serais prêt à croire que tu es tombé amoureux de moi.

— Mais je t'aime, Rem. Il n'y a pas de doute à avoir là-dessus, je t'aime. Quant à tomber amoureux de toi, ne pousse pas ta chance trop loin. Tu es peut-être irrésistible mais je suis immunisé depuis le temps face aux charmes des lycanthropes un peu trop sexy dans ton genre.

— Quel dommage ! Et moi qui croyais avoir été assez sage pendant toutes ces années pour pouvoir finir dans ton chaudron comme tu me l'avais promis il y a de cela si longtemps, susurra Remus.

Severus se retint d'éclater de rire et à la place, il afficha simplement un sourire amusé. Il se souvenait parfaitement de leur discussion dans le Poudlard Express. Ils avaient à l'époque onze ans et Remus ruminait de sombres pensées alors il avait essayé de rassurer le jeune garçon. Et aujourd'hui, c'était le loup-garou qui se chargeait de le réconforter et d'apaiser ses inquiétudes.

Il posa son front sur celui de son meilleur ami et murmura quelques remerciements. Il se sentait moins désemparé que tout à l'heure grâce à Remus.

— Viens ! Nous avons un jeune garçon à mettre au lit, dit Remus. Et toi aussi, tu sembles avoir besoin de repos.

Severus ne protesta pas et se redressa simplement. Remus se releva et prit Nikita dans ses bras avec une facilité déroutante. Le blond poussa des gémissements plaintifs dans son sommeil mais se calma bien vite lorsque Severus caressa son visage avec tendresse.

Nikita finit par trouver ses marques dans les bras du lycanthrope et se cala contre le torse du serdaigle. Severus et Remus quittèrent la Tour d'Astronomie pour celle de Serdaigle, n'ayant pas remarqué l'ombre qui s'était tapie dans un coin.


James marchait tel un automate à travers les couloirs du château, le regard perdu dans le vide. Son esprit était en pleine ébullition tandis qu'il considérait les implications de ce qu'il venait d'apprendre. Il avait connu le nom d'Harry Uther Caledonensis à l'âge de onze ans et depuis, le nom de l'homme faisait partie intégrante du monde sorcier puisqu'il était le souverain de leur communauté. Alors même qu'il était toujours vivant, il était très vite devenu une légende, une figure historique dans leur société. Il faisait certainement partie des sorciers les plus célèbres de tous les temps et il était clair et net que son nom était entré dans l'histoire sorcière à tout jamais.

Il avait même eu droit à quelques proverbes sorciers que tout le monde utilisait sans y penser : « Par la queue de Caledonensis ! » ou : « Nom d'un dragon de Caledonensis ! » ou encore : « Harrypopette ». Bien sûr, rien de tout cela n'indiquait quelle personne était le grand sorcier mais pour tout le monde, il était le sauveur, le souverain bien-aimé, le sage roi.

Personne n'aurait pu douter de l'authenticité de l'histoire racontée par le roi et ses proches puisque beaucoup de témoignages avaient corroborés le récit du souverain au sujet de sa vie passée.

James ne pouvait y croire et ne voulait tout simplement pas y croire. Si c'était l'entière et stricte vérité alors, il avait été aveugle pendant de nombreuses années.

Le gryffondor accéléra le pas et serra les dents. Depuis qu'il avait entendu cette histoire, elle lui paraissait de plus en plus plausible au fil des minutes. Parce que ça expliquait que la facilité avec laquelle leur bien-aimé souverain s'était débarrassé du mage noir alors même que Dumbledore n'y arrivait pas et encore moins l'ancien Ministère de la Magie. Cela expliquait pourquoi leur communauté avait évolué drastiquement en si peu de temps et pourquoi le nouveau gouvernement avait pris de telles mesures au sujet de la pureté du sang chez les sorciers.

Le cœur de James battait très vite tandis que les idées se bousculaient dans sa tête. À qui pourrait-il parler de sa découverte ? Aux maraudeurs, bien sûr. Non, il lui était impossible de révéler quoi que ce soit à ses amis. Il passa une main sur son visage et décida d'y réfléchir un peu plus tard. Il ferait mieux de rejoindre ses camarades en salle de classe. Il avait déjà raté une heure de cours et doutait fortement que sa directrice de maison ne laisse passer un tel retard, surtout qu'il était Préfet-en-Chef et qu'il était supposé montrer le bon exemple.

Il se rendit en cours de Métamorphose et encaissa sans broncher les réprimandes de la directrice adjointe de Poudlard qui retira une vingtaine de points à Gryffondor et lui assigna une retenue pour le week-end avec le concierge de l'école.


Severus et Remus s'étaient enfermés dans leur dortoir et n'en étaient pas ressortis de la journée. Ils avaient tous deux souhaité veiller sur Nikita qui dormait profondément entre eux. La tête du blond reposait sur le bras de Severus et l'une de ses jambes était posée sur celle du prince héritier. Remus s'était collé au dos de Nikita et son bras enserrait la taille du blond. Ils formaient tous trois un magnifique tableau qui attendrirait toute personne posant le regard sur eux.

Ils avaient tous les trois besoin de repos car la matinée avait été quelque peu riche en émotions.

Severus plissa légèrement son front dans son sommeil et son esprit glissa lentement vers une destination bien connue de la famille Caledonensis : Le palais principal d'Apries.

Le palais royal de l'ancien pharaon d'Égypte était construit sur une éminence, au cœur de la ville. Pour accéder aux appartements privés du souverain, il fallait traverser des jardins disposés sur trois terrasses qui montaient vers la lumière. Construit en brique, l'immense édifice avait un caractère aérien, presque irréel.

Severus s'émerveillait toujours à chaque fois de la beauté des lieux et avait l'impression de redécouvrir à chaque visite le palais où avait grandi son aïeul. Mais il était aussi impressionné par la puissance qui se dégageait de l'homme pour pouvoir être capable de créer un monde aussi vrai que nature. C'était comme faire un saut dans le passé.

Comme à chaque fois, le majordome du palais vint à sa rencontre et le conduisit vers ses propres appartements pour qu'il puisse être préparé à une visite avec le pharaon. Severus ne comprendrait jamais l'importance de ce rituel dans le monde créé par son grand-père mais il s'y pliait de bonne grâce.

— Sa Majesté vous attend, prince, dit le majordome.

Severus acquiesça avant d'emboiter le pas au majordome qui le mena jusqu'à la terrasse supérieure du palais où l'on pouvait découvrir un vaste jardin s'étendant en direction du Nil. Sur les berges, des jardiniers entretenaient des parterres de fleurs.

Severus aperçut son grand-père sur la terrasse, adossé contre la balustrade d'où il contemplait les jardins inondés de soleil. Apries sentit sa présence et se tourna vers lui. Il sembla au jeune prince que son ancêtre avait perdu énormément de poids. Il avait une silhouette émaciée et le visage creusé. Des pommettes saillantes et des yeux profondément enfoncés dans leurs orbites soulignaient l'aspect maladif d'un être qui, quelques semaines plus tôt, affichait une superbe qui imposait à tous le respect. La sclère des yeux de son aïeul était encore plus sombre qu'à son départ du manoir Caledonensis.

— Grand-père, est-ce que…

— Tu n'as pas à t'en faire pour mon état de santé, Severus, le coupa Apries d'une voix douce. Et si tu me parlais un peu du bouleversement que j'ai ressenti dans la Magie ?

— Tu l'as senti ? demanda Severus, estomaqué.

— Oui, répondit Apries en hochant de la tête. J'ai pu entendre le cri déchirant qui explosa dans la Magie. Ce fut si puissant que même Lily-Luna en ressentit les effets.

— Comment va-t-elle ? s'inquiéta Severus.

— Elle a beaucoup pleuré et tes parents ont eu du mal à la calmer mais les protections érigées par Harry sur son esprit ont suffi à l'apaiser et à la plonger dans un sommeil réparateur. Elle n'en gardera aucune séquelle, ne t'en fais pas, le rassura Apries.

Severus soupira de soulagement et s'avança vers son grand-père pour se placer à ses côtés. Il posa son regard sur le splendide décor qui les entourait et ferma les yeux alors qu'un vent d'ouest se mit à souffler, soulevant sa chevelure d'ébène dans une légère brise.

— Severus.

Le jeune homme se tourna vers Apries et au lieu de parler il choisit de montrer à son ancêtre ce qu'il avait vu tout à l'heure et baissa ses protections pour que l'homme puisse pénétrer dans son esprit. Il grimaça lorsqu'il sentit une intrusion et se força à garder son calme pour ne pas éjecter son grand-père de son esprit.

Un long moment passa avant qu'Apries ne ressorte délicatement de son esprit et qu'il ne puisse replacer ses barrières de protection tout autour de son esprit.

— Alors ? demanda-t-il, brisant le silence inquiétant qui s'était installé entre eux.

Apries ne répondit pas tout de suite. Il était en train de prendre le temps qui lui était nécessaire pour répondre aux interrogations de son petit-fils.

— Tu sais qu'elles sont les conséquences d'une telle haine et d'une telle souffrance.

Bien évidemment qu'il le savait. Il avait vu son père être ravagé par ces sentiments et ils avaient failli le perdre si Apries n'était pas intervenu. Même si son regard était toujours hanté par la guerre qu'il avait dû mener lorsqu'il n'était encore qu'un adolescent, il était heureux. Il avait appris à vivre avec sa douleur, ses craintes et ses regrets pour finir par accepter de vivre enfin sa vie, de faire son deuil et de tourner la page. Il n'oubliait pas mais il continuait à avancer.

« Il ne faut jamais regarder en arrière » disait toujours son grand-père lorsque la culpabilité et les regrets refaisaient surface dans l'esprit de son père. Alors chaque jour, son père s'évertuait à ne plus se retourner et toute la famille le soutenait dans ce sens.

— Que dois-je faire pour lui venir en aide ? questionna-t-il d'une voix suppliante.

— Cet enfant a un père qui est bien trop ancré dans sa propre douleur pour percevoir la sienne. Ce Snape souffre tellement qu'il projette sa douleur vers le gamin.

— Cela ne répond pas à ma question, grand-père.

— Au contraire, répliqua Apries d'un ton sec. Bien que Snape aime ce garçon comme son propre fils, il n'arrive pas à créer de lien avec lui car à chaque fois qu'il pose son regard sur cet enfant, ses yeux sont hantés par une profonde tristesse. Il est empli de remords, d'amertume et de culpabilité. Il aime l'enfant mais ce n'est pas suffisant pour lui assurer un foyer stable et aimant. Tous les deux souffrent et qu'importe ce qu'ils disent ou croient, c'est leur souffrance qui les unit l'un à l'autre et une relation basée sur la douleur…

— …ne peut qu'engendrer la douleur, l'interrompit-il.

Apries hocha la tête.

— L'enfant ressent les émotions de son tuteur et croit être un fardeau pour l'homme, aussi, il s'évertue à ne pas trop s'attacher car il a peur de souffrir un peu plus. Ils sont tous les deux dans une relation dévastatrice et rien n'en sortira de bon s'ils ne commencent pas à faire leur deuil et n'enterrent définitivement leur passé pour se projeter vers l'avenir, poursuivit Apries. Snape doit dépasser sa peine pour pouvoir être un bon père et ce Potter doit apprendre à ne pas culpabiliser pour tous les morts ou toutes les souffrances qu'engendreront la guerre à laquelle il sera confronté tôt ou tard.

— Que me préconises-tu dans ce cas ?

— Même si cet enfant vient d'une Autre Réalité, inconsciemment ou pas, il te considère et te voit comme son tuteur, son père. Il te sera donc facile de gagner sa confiance, dit Apries. La suite des évènements ne dépendra plus que de toi.

— Mais…mais il ne pourra pas rester ici. Il n'a pas sa place dans ce monde. Ce que je veux dire c'est que…que s'il s'attache trop à moi ou que je m'attache trop à lui, nous ne soyons en mesure de faire ce qui est juste, s'exprima Severus.

— Tu as raison, il n'a pas sa place ici, concéda Apries. Mais s'il est ici, c'est pour une bonne raison et lorsque le moment sera venu, lui et ses amis rentreront chez eux. Pour l'instant, tu as un enfant à remettre sur pieds, un enfant à qui tu donneras tout l'amour dont il aura besoin, un enfant à qui tu enseigneras tout ton savoir, un enfant dont tu sauras apaiser les craintes et les peurs. Tu as un enfant à guérir et quand ce sera fait, il pourra rejoindre son monde.

— Je ne suis pas son tuteur. Je ne suis pas Snape, fit Severus en secouant la tête.

— Effectivement, tu n'es pas Snape et tu ne seras jamais son tuteur et encore moins son père mais que tu le veuilles ou non, tu es une partie de cet homme et à cause ou pour cela, ce gamin te fait inconsciemment confiance et recherche ta présence.

— Je ne sais pas si je pourrais l'aider. Je…je ne sais pas si je pourrais être à la hauteur…je… confia Severus, apeuré.

— Aie confiance en toi, Severus. Aie tout simplement confiance en toi, conseilla Apries.

— Et comment se passera son retour ? Et si jamais j'envenimais sa relation plus que bancale avec Snape ? Ils ont une relation déjà assez difficile comme ça alors inutile d'en rajouter une couche non ?

— Je te l'ai déjà dit, Severus, ce garçon te voit inconsciemment comme son tuteur, sa version la plus jeune mais son tuteur tout de même. Au contraire, tu leur permettras de consolider leur lien. À travers toi, le gamin découvrira des facettes cachées de son tuteur et même s'il sait que tu n'es pas vraiment Snape, il lui sera difficile de faire la différence, expliqua Apries.

— Mais lorsqu'il rentrera, il pourrait être déçu du comportement qu'adoptera son tuteur puisque je ne suis pas lui ! Snape, même s'il tient beaucoup à lui, est distant et presque froid.

— Ne t'inquiète pas pour ça. D'après ce que j'ai pu voir, il est prêt à se montrer plus ouvert si cela peut rassurer son pupille. De plus, tu oublies une chose.

— Quoi ? le questionna Severus.

— Le pupille de Snape a disparu, répondit Apries. Et le temps que le gamin passera ici à tes côtés permettra à Snape d'angoisser et d'imaginer les pires scénarios de l'univers. Lorsqu'il retrouvera l'enfant, il sera nettement plus ouvert aux sentiments, crois-moi.

Severus plissa les yeux et scruta son grand-père du regard avec suspicion.

— Grand-père, si je ne te connaissais pas aussi bien, je pourrais presque affirmer sans aucun doute que la situation de Snape t'amuse au plus haut point.

Apries esquissa un sourire narquois et Severus leva simplement les yeux au ciel. Il avait oublié que son grand-père pouvait être un grand sadique lorsqu'il le souhaitait.

— Merci pour tes précieux conseils, grand-père, le remercia-t-il avec sincérité.

— C'est toujours un plaisir pour moi.

Severus pencha la tête sur le côté et dévisagea son ancêtre avec inquiétude. Il était capable de sentir l'obscurité qui atteignait tout doucement l'âme du pharaon et cela l'inquiétait grandement car il savait que lorsque les ténèbres recouvriraient totalement son grand-père alors, il serait trop tard pour faire quoi que ce soit.

— Je ne sais ce que nous réserve l'avenir, Severus, mais veille bien sur l'enfant. Tu dois le protéger et lorsque le moment sera venu, laisse-le affronter son destin.

— Qu'est-ce qui se passe, grand-père ? Saurais-tu quelque chose que nous devrions savoir ? l'interrogea Severus.

Apries secoua la tête et s'éloigna de son petit-fils, prenant le chemin de ses appartements.

— Qu'Aton éclaire ton chemin, mon garçon, lança-t-il en s'en allant, laissant derrière lui un Severus complètement abasourdi.

Apries alla s'enfermer dans ses appartements et un rictus méprisant déforma les coins de sa bouche. Il s'affala sur un divan et ferma ses paupières alors qu'il repensait aux souvenirs qu'il avait pu visionner dans l'esprit de son petit-fils. Puis, il repensa à son fils, à Harry.

— Ainsi donc la prophétie était en train de se réaliser, murmura-t-il.

Il éclata soudainement de rire et ce son emplit toute la pièce puis finit par résonner dans toutes les pièces du palais royal.

— Par tous les dieux ! s'exclama-t-il en riant.


James était allongé sur le dos, le regard rivé sur le plafond, un poids reposant sur son torse et un autre sur son épaule gauche. Il n'arrivait toujours pas à dormir et le sommeil lui échappait à chaque fois qu'il essayait de fermer les yeux. Il se tortilla tant bien que mal pour s'extirper des poids qui reposaient sur lui mais n'y arrivait pas. Il était presque pris en sandwich.

Il lâcha un profond soupir et ferma les yeux pour essayer de s'endormir, calant sa respiration sur celles des deux personnes qui dormaient presque sur lui. Au bout de cinq minutes, il laissa tomber et retint un grognement irrité. Il n'y avait rien à faire, il ne dormirait pas cette nuit.

Il tourna la tête sur sa gauche et souleva délicatement son bras pour extirper son épaule de la tête de Simon. Le serpentard remua dans son sommeil mais ne se réveilla pas. James se tourna à présent vers l'autre forme endormie et s'extirpa avec difficulté du lit. Sirius s'accrochait fermement à lui lorsqu'ils dormaient et même dans le sommeil, sa poigne était toujours forte.

Il s'assit au coin du lit et passa une main dans sa chevelure en bataille. Il se leva et se tourna pour jeter un coup d'œil à ses deux amis.

Simon s'était rapproché de Sirius et avait enfoui son visage dans la nuque du lion, passant son bras autour de sa taille. James ne put s'empêcher de sourire, attendri devant un tel spectacle.

Ils dormaient tous les trois ensembles depuis des années. Il avait commencé par dormir avec Sirius dans le même lit la deuxième semaine de leur arrivée au château, après que ce dernier ait fait un horrible cauchemar. Puis, à chaque fois que Sirius faisait un mauvais rêve, il venait rejoindre James dans son lit. Très vite, ils prirent l'habitude de dormir ensemble et Sirius cauchemardait de moins en moins, endormi dans les bras de son meilleur ami.

Leurs habitudes changèrent lorsque Simon intégra leur groupe et comme ils ne souhaitaient en aucune façon être séparés, le serpentard les rejoignait dans le dortoir des griffons à l'heure du couvre-feu, dissimulé sous la cape d'invisibilité de James. Sirius et James avaient regroupés leur lit pour qu'ils ne fassent qu'un et l'avaient agrandi magiquement pour qu'ils puissent accueillir trois personnes. Depuis, ils dormaient désormais toutes les nuits ensemble, Frank préférant son lit au leur.

James enfila une chemise et récupéra sa cape d'invisibilité ainsi que la carte du maraudeur dans sa malle.

— James ? l'appela une voix ensommeillée. Où vas-tu comme ça ?

James se tourna vers son meilleur ami qui s'était redressé sur son coude pour mieux le voir, les paupières à moitié ouvertes.

— Rendors-toi, Siri. Je vais juste faire un tour, je ne dure pas, dit-il.

— Il est trois heures du matin, James !

— Je sais, je sais, grommela-t-il. Mais je n'ai pas sommeil.

Sirius se redressa complètement et s'assit dans le lit, veillant à ne pas déranger le vert et argent qui dormait tout près de lui.

— Qu'est-ce qui se passe, James ? lui demanda Sirius. Tu as été distrait toute la journée et tu as fait perdre cinquante points à notre maison en seulement deux heures !

— Je vais rattraper les points perdus lors du match de ce week-end contre Poufsouffle, assura-t-il.

— Là n'est pas la question, James, rétorqua froidement Sirius, à présent bien réveillé. Que se passe-t-il ? Tu m'as l'air préoccupé, reprit-il d'une voix douce.

— …'qui se passe ? marmonna une voix somnolente.

— Il n'y a rien, Frank, répondit James. Tu peux te rendormir.

Le blond ne se le fit pas dire deux fois et se rendormit aussitôt que sa tête eut à nouveau touchée l'oreiller.

— C'est à propos de Caledonensis ?

— Oui et non, répondit James dans un soupir. J'ai appris tellement de choses en une seule journée que… eh ben, j'ai du mal à les digérer. Je suis perdu et je me pose plein de questions qui n'auront peut-être jamais de réponses.

— Qu'as-tu appris ? l'interrogea Sirius.

— Je ne peux pas te le dire, répondit James d'un air désolé.

Sirius fit un geste de la main qui balaya les excuses du brun.

— Tu as le droit d'avoir tes propres secrets, James, dit-il. Du moment que ces secrets n'impliquent pas de faire exploser le château avec Caledonensis ou encore de conquérir l'univers avec lui.

James sourit, amusé par la répartie de son meilleur ami.

— J'aime trop Poudlard pour le voir réduire en poussières et concernant la conquête du monde, tu es un bien meilleur partenaire en élaboration de mauvais coups que Caledonensis.

— Je savais déjà que j'étais le meilleur, Prongs. Tu ne m'apprends rien de nouveau.

James roula des yeux alors que Sirius reprenait son sérieux.

— Si jamais tu as envie d'en parler, sache que je suis là, dit Sirius.

James se dirigea vers son meilleur ami et le serra fermement dans ses bras puis il rompit leur étreinte et encercla le visage de Sirius avec ses mains avant de déposer un baiser sur son front.

— Merci, Padfoot.

— Mais de rien, camarade.

— Maintenant, dors, dit James. Je vais juste faire un tour et je reviens.

Sirius se mit à bailler et acquiesça, se recouchant sans protester.

— Ne traîne pas trop, Prongs, lâcha-t-il en étouffant un bâillement.

— Promis.

James embrassa à nouveau le front de son meilleur ami et quitta leur dortoir, dissimulé sous sa cape d'invisibilité. Il sortit la carde du maraudeur de sa poche et l'activa aussitôt. Il jeta un œil au dortoir des aigles et l'un des noms qu'il lut sur la carte le fit lâcher le parchemin.

Il était devenu brusquement livide et sa respiration se fit hachée. S'il avait encore des doutes, ils venaient tous de se dissiper à l'instant. Il ramassa la carte et relut encore et encore le nom affiché aux côtés de Remus Lupin. Harry Potter.

Il resta figé un instant avant de reprendre ses esprits et de sortir de sa torpeur. Il fronça les sourcils en constatant que Severus ne se trouvait dans le dortoir des aigles. Il le chercha dans le dortoir des serpents mais il n'y était pas et encore moins dans celui des lions. Il finit par le repérer sur la carte. Il était au bord du lac. Il sourit et se mit en chemin pour le rejoindre.

Il rangea la carte lorsqu'il s'approcha du lac et retira sa cape d'invisibilité pour ne pas effrayer le jeune homme.

Severus était allongé au pied d'un arbre, le regard fixé vers le ciel étoilé. James s'allongea à ses côtés et contempla le firmament lui-aussi.

— Que fais-tu là, Potter ? le questionna Severus.

Sa voix n'était pas sèche ni froide comme à l'accoutumée lorsqu'il s'adressait au gryffondor. Elle était quelque peu lasse.

— Apparemment tout comme toi, je n'arrivais pas à dormir, répondit James.

Severus poussa un long soupir de lassitude et se remit à contempler les étoiles. Le calme, l'absence de babillage, de défis ou de remarques désobligeantes… tout cela était perturbant pour lui. D'habitude, Potter aurait agi autrement, il l'aurait lancé une pique qui aurait déclenché une énième dispute entre eux, un nouveau duel. Mais là, il était complètement silencieux… calme. Et c'était la chose la plus déroutante de sa vie. Potter, calme et silencieux.

— Comment va le petit nouveau ? l'interrogea le gryffondor.

— Il dort actuellement avec Remus dans le dortoir de Serdaigle, répondit Severus.

— Ils dorment ensemble ? Sur le même lit ?

— Oui, Potter, ils dorment ensemble sur le même lit, dans les bras de l'autre ! répondit Severus d'un ton sec. Si tu veux tout savoir, nous dormons tous les trois sur le même lit. Ai-je satisfait ta curiosité ou veux-tu des détails plus croustillants ? Plus…hum…salaces !

Severus s'était redressé dans sa tirade et incendiait le gryffondor du regard. Il ne savait pas pourquoi mais il était irrité et comme toujours, c'était de la faute de Potter. Sans qu'il ne vienne le rejoindre et polluer l'air parfaitement sain qu'il respirait, il était serein et loin de toute colère. Il était en train de réfléchir à sa nouvelle situation mais surtout à la conversation qu'il avait eue avec Apries lorsque le Préfet-en-Chef avait pointé le bout de son nez.

James s'assit en tailleur et haussa simplement un sourcil, d'un air blasé.

— Détails croustillants ? releva-t-il, amusé. Ne me fais pas rire, Caledonensis. Il ne s'est jamais rien passé entre toi et Lupin et il ne se passera jamais rien entre vous et encore moins avec le petit nouveau.

— Et qu'est-ce qui te fait croire ça ? Je viens à l'instant de te dire que je passais mes nuits dans les bras de Remus donc il se pourrait que nous ayons franchi le cap, tu ne penses pas ? répliqua Severus.

— Oh s'il te plaît, Caledonensis, arrêtons avec ce petit jeu, veux-tu ? Que tu dormes dans les bras de Lupin ne signifie absolument rien. C'est ton meilleur ami.

— Parce que tu en connais, toi, des mecs qui dorment avec leur meilleur ami, qui est beau à faire damner un saint et qui ne pensent pas à passer au cap supérieur ? Tu en connais, toi, beaucoup de mecs qui accepteraient de dormir avec leur meilleur ami sans que les limites ne soient franchies ?

— Oui, répondit James, Lupin et toi.

— Potter…

— Oh ça suffit, Caledonensis ! l'interrompit le lion, agacé. Tu veux savoir pourquoi je sais qu'entre toi et Lupin, ça n'ira jamais bien loin ? Pourquoi j'en suis absolument sûr et certain ?

— Vas-y Potter, éclaire-moi.

— Je comprends votre relation parce que j'entretiens la même avec Sirius et Simon. Eh oui, tout comme Lupin et toi, nous dormons tous les trois, ensemble, dans le même lit. Sirius et Simon ont constamment besoin d'être rassurés et je ne sais pas ce qu'ils trouvent dans mes bras mais mes étreintes suffisent à apaiser leurs tourments. Sirius et Simon ont été maltraité dans leur enfance par leurs parents biologiques et même après toutes ces années, ils en gardent toujours des séquelles. Sirius est quelqu'un de très tactile. Il a un besoin constant d'être touché pour être rassuré donc c'est devenu pour moi un automatisme de prendre sa main quelques secondes ou de passer mes mains dans ses cheveux ou encore de l'étreindre. Cela le rassure et ça me fait plaisir car il est apaisé. Simon est beaucoup plus réservé et déteste tout contact en public, par pudeur certainement, mais lorsque nous sommes seuls, il devient aussi collant que le maléfice de Glu Perpétuelle. Tous les deux ont eu un passé difficile et ils cherchent à combler un vide, à refermer une plaie qui cicatrise lentement. Je suis là pour ça, pour les aider à cicatriser. Donc, je sais parfaitement quelle relation te lie à Lupin. Tout comme je le fais avec Simon ou Sirius, ses bras éloignent les fantômes de ton passé, sa chaleur réconfortante apaise tes cauchemars et sa présence suffit à te rassurer. J'aime énormément Sirius et Simon mais je ne suis amoureux d'aucun d'entre eux et ne ressent aucun désir à leur contact. Frank nous rejoint quelque fois dans notre lit mais ce n'est que rarement et uniquement lorsque les cauchemars de Simon ou Sirius sont plus intenses. Frank est toujours embarrassé par ce genre de contact. Une conséquence de son éducation, je suppose.

Severus ne l'admettrait jamais à voix haute mais il avait été chamboulé par les paroles de Potter. Il avait visé juste et avait parfaitement compris quelle relation le liait à Remus. Et il était encore plus surpris d'apprendre que le lion entretenait ce même genre de relation avec Avery et Black. Ils étaient très proches mais jamais il n'aurait pu se douter qu'ils entretenaient un lien similaire à celui qu'il avait avec son meilleur ami.

Potter le surprenait de plus en plus ce soir et il ne voulait pas creuser plus loin pour l'instant les émotions qui s'étaient emparées de lui. Il ne voulait pas réfléchir sur cette relation plus qu'étrange qu'il entretenait avec le préfet-en-chef.

— Et le nouveau ? Il pourrait m'intéresser. Après tout, il est mignon, lança Severus.

— Pfff, j'ai vu le regard que tu as posé sur lui dans la Grande Salle et la façon dont tu t'es comporté avec lui me font croire qu'il ne t'intéresse pas. Du moins, amoureusement parlant ! répliqua James avec un sourire narquois.

Severus se rallongea sur l'herbe et fut imité par James qui se rapprocha de lui, jusqu'à ce que leurs épaules puissent se toucher.

— Je t'interdis de faire quoi que ce soit contre Nikita. Si jamais tu…

— Ne t'en fais pas, Caledonensis. Je ne comptais pas à m'attaquer au nouveau, le coupa-t-il.

Severus tourna la tête vers lui, dubitatif.

— Il ne bave pas sur toi comme les autres mecs qui s'approchent un peu trop près, expliqua James. Donc, tu n'as pas à t'en faire pour ton petit protégé. Mes maraudeurs et moi ne le toucheront pas.

— Comme c'est aimable à toi, fit Severus sarcastique.

— Tu trouves aussi ?

James affichait un sourire malicieux qui exaspéra Severus. Le prince héritier donna une tape sur la tête du gryffondor qui s'esclaffa bruyamment.

— Tu n'es qu'un sombre crétin, Potter, lança-t-il, un léger sourire flottant sur ses lèvres.


Réponses aux reviewers anonymes :

Le poussin fou : Pourquoi Harry/Nikita devrait-il rencontrer Harry ?

Juliana : Salut ! Tu as parfaitement raison. Sev a reconnu la signature magique de son père et ainsi il a pu connaître l'identité d'Harry/Nikita.

Regina Lily Swan : Coucou ! Oui, les deux Harry ont réagi presque pareillement mais comment faire autrement ? J'espère que le nouveau chapitre t'aura plu. A la prochaine, j'espère !


Alors ? Vos avis sur ce nouveau chapitre ? Que peut bien signifier la dernière phrase d'Apries ? Comment trouvez-vous James ?