Salut !
Merci à Orellia et Luna dans les Etoiles pour leurs reviews. Les suppliques de cette dernière m'ont émue, je publie donc la suite tant attendue.
Disclaimer : Le Seigneur des Anneaux ne m'appartient pas, il est à Tolkien. Et Final Fantasy 7 est à Square Enix.
Bonne lecture !
Aveux et confidences
Miriel avait lu et entendu de nombreuses histoires sur Mirkwood. Haldir avait déjà visité ce royaume et lui en avait parlé.
Mais rien n'avait préparé la jeune fille à ce qu'elle voyait. Tandis que les elfes marchaient à travers le palais, la jeune fille admirait les lieux. Taillés à l'intérieur de la montagne, les couloirs étaient éclairés par des lanternes des torches.
De nombreuses cascades coulaient le long des murs, diffusant une atmosphère fraîche et agréablement humide. Des tapisseries et des statues ornaient également certains endroits.
Les elfes qui habitaient ici portaient tous des vêtements tirant sur le vert et le brun. Les gardes avaient un air plus imposant et effrayant que ceux de la Lothlorien. Armés de grandes lances, ils portaient d'épaisses armures dorées et leur visage était caché par des casques voilés.
Tout y était beau et incroyable, mais c'était une beauté froide et dure comme la pierre. Alors que la Lothlorien dégageait une atmosphère de lumière douce et éthérée. Miriel se dit qu'elle n'aurait peut-être pas dû venir, mais il était désormais trop tard pour faire marche arrière.
Les elfes finirent de gravir un grand escalier pour traverser un pont fait de grandes racines d'arbres souterraines. La salle du trône était plutôt petite et sans murs. Située au centre de la montagne, sur une esplanade de pierre et de bois rond, elle s'arrêtait devant un escalier conduisant à un immense trône orné d'andouillers au sommet. Le roi Thranduil y siégeait.
Grand, vêtu d'une tunique argentée striée de fils dorés, ses doigts étaient ornés de nombreuses bagues. Une couronne de branches d'arbre noir ornait sa chevelure blond pâle, et des feuilles d'automne l'ornaient. Son visage était un masque froid, impassible, mais Miriel y discernait une forme de mépris.
Legolas inclina la tête devant son père.
"Majesté, voici les émissaires de la Lothlorien", dit-il.
Thranduil se tourna vers les nouveaux venus. Miriel regarda Orophin s'avancer puis s'incliner en posant la main sur sa poitrine. Miriel serra les poings. Même si Orophin avait été mort, il marchait normalement et parvenait à parler. Mais elle savait qu'il souffrait. Comme tous les elfes, elle avait le don d'empathie.
"Roi Thranduil, au nom des miens, je vous remercie de nous accorder cette audience", dit-il.
"Soyez tous les bienvenus à Mirkwood. Nous discuterons plus tard des nouvelles que vous nous apportez. Pour l'heure, vous devez être las de votre voyage, surtout après avoir été attaqués par des Orques. Mes guérisseurs sont à la disposition des blessés. Des serviteurs vous conduiront à vos appartements", dit le roi.
Miriel en fut soulagée. L'entretien avec Orophin et le roi se ferait donc en privé, sans elle !
Elle suivit donc les autres à travers les couloirs. Orophin prit le chemin de l'aile des guérisseurs avec un guide, tandis que d'autres les conduisaient vers l'aile des chambres pour invités.
Sitôt arrivée dans sa chambre, Miriel se laissa tomber sur le lit avec un soupir. Enfin, elle pouvait se reposer !
Elle se dirigea vers la salle de bains pour se décrasser. Une fois propre après un bon bain, elle retourna dans la chambre et enfila une tunique de rechange. Elle savait qu'elle aurait dû mettre une robe pour l'intérieur du palais, mais c'était trop demander à une jeune fille qui avait vécu son enfance dans un monde moderne où les femmes avaient un statut un peu plus égal à celui des hommes.
Une fois vêtue d'un pantalon noir et d'une tunique argentée propre, elle arrangea ses longs cheveux noirs en natte. Elle portait toujours son fidèle pendentif de matéria de soin et son anneau de pouvoir.
Elle hésita. Devait-elle rester dans sa chambre ? Elle savait qu'elle devait se faire discrète, rien que l'épisode dans la forêt avait été une grossière erreur.
Mais elle mourrait d'envie d'explorer un peu les lieux.
Au point où j'en suis… Sortir me promener ne m'aidera pas à me cacher. Allez, tant pis, se dit la jeune fille.
Elle sortit donc de sa chambre et se mit à marcher à travers les couloirs. Il faisait nuit, elle pouvait le voir par une ouverture dans la roche devant laquelle la jeune fille passa. Elle sourit en voyant les étoiles dans le ciel. Elle allait passer son chemin, quand elle vit que quelqu'un était assis près de l'ouverture et regardait le ciel avec l'air songeur.
Elle reconnut Legolas. Mais elle fut surprise lorsqu'elle l'entendit entonner la mélodie d'une de ses chansons, celle-là même qu'elle avait chantée dans la clairière en dansant dans la forêt !
Intriguée, elle s'approcha.
"Bonsoir, seigneur Legolas", dit-elle.
Cessant de fredonner, le prince se retourna et inclina la tête.
"Bonsoir, Haldaraida."
"Quel air chantiez-vous ?"demanda la jeune fille.
"Une mélodie que j'ai entendue peu avant de vous rencontrer. Elle hantait mes songes, c'est pourquoi je suis ici, et non en train de dormir dans mes appartements."
C'est donc lui, l'espion qui m'a surprise dans la clairière ! comprit la jeune fille.
Finalement, il valait mieux qu'elle poursuivre son chemin… Non, mieux, il fallait qu'elle retourne dans sa chambre ! Elle allait s'y barricader et se cacher sous sa couette.
Déterminée, elle se retourna, quand la voix du prince l'arrêta.
"Le roi a écouté le récit d'Orophin. Il est fort intrigué par ce que vous avez fait."
Miriel prit sur elle pour ne pas serrer les poings.
"Je n'ai rien fait d'admirable, monseigneur. Je vous assure."
Legolas eut un sourire amusé. Pourtant, lorsqu'il croisa les yeux bleus de la jeune fille, le doute le reprit. Pourquoi diable avait-elle les mêmes yeux que la dame qui l'avait envoûté par sa danse et son chant ?
"Votre modestie ne fait qu'accroître les mystères qui vous entourent", dit le prince.
Miriel haussa des épaules.
"Est-ce un reproche ?" demanda-t-elle, sur la défensive.
"Non. Une simple constatation. Et vous, pourquoi ne dormiez-vous pas ?"
"Je voulais visiter. J'ai vécu longtemps en Lothlorien. Pour moi, ce voyage est comme une bouffée d'air frais dans mon existence", dit la jeune fille.
"Je vous comprends. Moi-même, j'ai longtemps vécu dans ce royaume. J'ai voyagé au nord pendant plusieurs années, au pays de Dun, et ce fut à la fois dépaysant et agréable."
"Le nord ? Vous avez donc rencontré des Dunedains ?" demanda Miriel, fort curieuse.
Le prince acquiesça et se mit à lui parler de son périple. Miriel finit par le rejoindre sur la corniche et l'écouta avec attention. Elle fut surprise d'apprendre que le prince s'était lié d'amitié avec des rôdeurs humains, en particulier l'un d'eux du nom d'Estel. Ce prince elfe ne cessait de l'étonner. Il n'avait pas l'air froid et dur comme son père. Il semblait bien plus idéaliste.
"Les Hommes sont étranges", poursuivit Legolas. "À la fois plus faibles que nous en terme d'endurance, mais aussi plus forts en volonté. Ils vivent tout avec une plus grande intensité, comme s'ils étaient conscients du temps très court qui leur était imparti et qu'ils voulaient en profiter un maximum."
"C'est vrai, ils sont plus expressifs et pressés que nous", dit Miriel.
"Vraiment ? Je croyais que la Lothlorien n'entretenait aucun lien commercial avec les Hommes. Vous semblez parler par expérience, vous qui y avez toujours vécu…" dit Legolas, intrigué.
Bravo, Miss Cruche ! se sermonna Miriel en se mordant les lèvres.
"Je n'ai pas toujours vécu en Lothlorien, en fait. Quand j'étais petite… j'ai été élevée par un Homme, parmi les siens. Jusqu'à l'âge de dix ans."
"Pourquoi ? Où étaient vos parents ?"
Miriel se contenta de baisser les yeux. Comprenant qu'il avait commis un impair, Legolas s'empressa de s'excuser.
"Je suis désolé, Haldairada. Je ne voulais pas…"
"Oh, vous n'avez pas à vous excuser, monseigneur ! Sauf si vous êtes celui qui a ordonné aux Orques de capturer ma famille et de les emmener au Mordor", dit Miriel sur un ton faussement rassurant.
Legolas hocha la tête.
"J'ai vécu six ans avec mon père adoptif. Six ans de pur bonheur. Il n'était pas toujours là, car c'était un militaire et il était très pris. Mais il m'a élevée et aimée comme sa fille."
Machinalement, Miriel prit dans ses doigts la petite matéria à son cou.
"Et puis, j'ai dû retourner vivre parmi nos égaux, en Lothlorien. Contre mon gré, hélas. Mais j'ai appris à passer outre mon chagrin et à continuer de vivre", conclut Miriel.
"Mais vous nourrissez toujours l'espoir de le revoir, n'est-ce pas ?" devina Legolas.
"Ça se voit tant que ça ?"
Le prince se contenta de répondre par un silence. Miriel et lui contemplèrent un instant les étoiles.
"Cet air que vous m'entendiez fredonner… Si je vous disais où je l'ai entendu, me croiriez-vous ?" demanda le prince.
"Pourquoi ne vous croirais-je pas ?" demanda Miriel, se demandant où il voulait en venir.
Legolas haussa des épaules.
"Je ne sais pas. Celle qui chantait cet air semblait parler une langue qui m'est inconnue. Et… elle utilisait une magie qui semblait guérir la nature autour d'elle. Cela fait près d'un Âge que mon peuple prie Yavanna de nous venir en aide pour soigner notre forêt. Et hier soir, juste avant notre rencontre… j'ai cru que nos souhaits allaient être exaucés ! Vous devez me trouver stupide…" dit le prince avec un rire désabusé.
Sans réfléchir, Miriel posa la main sur le bras du prince. Celui-ci la regarda avec surprise. Réalisant la portée de son geste, Miriel retira sa main.
"Cela n'a rien de stupide, monseigneur. Prier pour que les Ténèbres disparaissent est un acte noble. De moins en moins de gens le font, tant l'espoir est fragile."
Miriel était bien placée pour le savoir. N'avait-elle pas prié pendant des mois pour que quelqu'un la sorte des laboratoires d'Hojo où elle avait vécu l'enfer ?
"Et si vous jugez que cette mystérieuse femme existe, alors cela est sans doute vrai. Vous n'avez en rien l'air d'un sot ou d'un être naïf à mes yeux. Je suis sûre que cette femme est sensible aux ténèbres qui touchent la forêt", dit Miriel.
La jeune fille ignorait ce qui lui prenait. Pourquoi parlait-elle ainsi ? Elle ne connaissait Legolas que depuis quelques heures, et elle se confiait à lui comme à un ami ! Elle qui avait mis des mois à se confier aux seigneurs de la Lothlorien et Haldir… Mais le prince était étrange, il lui inspirait confiance et il se dégageait de lui une tristesse qui lui rappelait la sienne. Celle d'aspirer à une vie et un monde meilleurs, et pourtant inaccessibles aux yeux des autres.
Touché par les paroles réconfortantes de l'elfe, Legolas n'eut pas le temps de lui répondre, car un garde apparut devant eux.
"Mon prince, le roi demande à voir l'elfe répondant au nom d'Haldaraida", dit-il.
Miriel sentit son sang se glacer dans ses veines. Legolas se leva et dit au garde qu'ils arrivaient. La jeune femme regarda le prince avec horreur.
Se méprenant sur son expression, le prince lui sourit avec l'air rassurant.
"N'ayez crainte, je sais que mon père a une réputation dure et sévère, mais jamais il ne ferait de mal à une elfe. Qui plus est une guérisseuse miracle."
Mouais, ça dépend si l'elfe est une descendante de Fëanor doublée d'une gardienne d'un des puissants anneaux de pouvoir qu'il convoite, se dit la jeune fille avec un sourire crispé.
Elle suivit le prince vers la salle du trône en réfléchissant. Orophin était-il au courant de cet entretien ? Elle aurait aimé aller le voir avant de parler au roi. Mais cela aurait sans doute semblé suspect, voire insultant.
Le prince la conduisit jusqu'à une salle différente de celle du trône. Située plus bas dans le palais, avec de grandes ouvertures laissant voir les lumières des habitations elfiques dans les parois de la montagne, elle disposait d'un immense bassin d'eau souterraine. Une table avec du vin et des verres était disposée tout près.
Le roi se trouvait debout devant le bassin. Un verre de vin à la main, il avait troqué sa tunique de roi contre une autre dorée, avec un grand manteau de velours rouge. Sans sa couronne, il semblait plus jeune et ses cheveux plus blonds.
En voyant la jeune fille en compagnie du prince, le roi fronça des sourcils.
"Je ne me souviens pas t'avoir demandé de venir, ion nîn."
"Je sais. Mais je me trouvais avec la dame Haldaraida quand vous l'avez mandée, aussi l'ai-je conduite ici moi-même."
Thranduil jaugea l'elfe du regard. Celle-ci baissa respectueusement les yeux et inclina la tête.
"Mon seigneur", dit-elle en guise de salut.
Legolas prit congé. Thranduil prit son temps pour regarder l'elfe. Petite, plutôt maigre, vêtue en garde de la Lothlorien, avec des cheveux noirs et raides, elle avait l'air fort quelconque et moins jolie que les nobles dames elfes qu'il avait déjà vues. Mais la pierre qui scintillait à son cou tout comme l'anneau à son doigt semblaient indiquer qu'elle était de noble lignage.
"Quel est votre nom, et d'où venez-vous ?" demanda Thranduil.
"Haldaraida, du royaume de la Lothlorien, monseigneur."
"Est-ce votre royaume d'origine ?"
"Non. Mais on m'a recueillie en Lorien quand j'avais dix ans."
"Dix ans… Et quel âge avez-vous aujourd'hui ?"
"J'ai… soixante-huit ans, monseigneur."
En fait, si on tenait compte de sa date de naissance en Terre du Milieu, elle avait plusieurs siècles. Mais le temps s'écoulait plus lentement sur Gaïa, apparemment. En dix ans, Sauron avait été vaincu, ce qui représentait la moitié d'un Âge ici.
"Soixante-huit ans ?! Vous êtes bien jeune, pour une garde de la Lothlorien ! Mon plus jeune capitaine avait plus de six cents ans", dit le roi avec l'air choqué.
Miriel haussa des épaules. En effet, les elfes ne devenaient réellement adultes qu'au bout de cent ans, voire deux cents. Mais le fait d'avoir été vécu enfant parmi les humains lui avait appris à évoluer mentalement sur le même rythme qu'eux. Miriel se sentait donc adulte, mentalement. Et puis, elle n'était qu'à moitié elfe, puisque sa mère était une Maia.
Thranduil continua de la jauger encore un moment. Miriel sentit le rouge lui monter aux joues. La manière dont il la scrutait la mettait mal à l'aise. Legolas l'avait bien dévisagée aussi, mais d'une manière moins perturbante, il affichait une curiosité sincère. Thranduil semblait essayer de percer toutes ses murailles pour atteindre son âme et la mettre à nu.
"J'avoue que vous m'intriguez, Haldaraida… Si vous vous appelez vraiment ainsi", dit le roi en se détournant pour boire une gorgée de vin.
Miriel sentit son cœur bondir dans sa poitrine, comme s'il allait en sortir.
"Vous êtes encore une enfant, et pourtant vous endossez déjà le rôle d'un soldat. Vous avez été élevée par les seigneurs de la Lothlorien, qui plus est. Quel intérêt représentez-vous donc pour eux ?"
"Je… Ils m'ont prise en pitié, sans doute", dit Miriel.
Les lèvres du roi s'étirèrent en un rictus moqueur.
"Je doute que la Sorcière du Bois Doré ait pitié de tous les orphelins d'Arda au point de leur ouvrir sa porte. Mais il est vrai que son beau-fils, un semi-elfe, a pris en pitié un pauvre humain orphelin", dit le roi d'une voix chargée de mépris.
Miriel sentit un mélange d'horreur, de colère et de tristesse l'envahir. Comment le roi pouvait-il parler ainsi de la dame Galadriel et du seigneur Elrond ?
"Vous devez vous aussi avoir quelque chose de spécial, non ? Dame Haldaraida…" dit-il d'une voix suave, envoûtante.
Miriel eut un frisson. La voix du roi était comme un serpent qui glissait sur sa peau, essayant d'abaisser ses défenses pour la mordre jusqu'au sang.
"D'autant que je sais reconnaître un enchantement quand j'en vois un", dit le roi.
"Quoi ?!" dit Miriel en relevant la tête.
"Votre visage. Vous portez un masque, n'est-ce pas ?"
Elle réalisa soudain que Thranduil était près d'elle. Trop près. Sa main chargée de bagues se tendit vers la joue de l'elfe qui eut un geste de recul. Lorsque ses doigts froids effleurèrent sa joue, Miriel sentit comme une décharge électrique. Son anneau sembla chauffer à sa main, puis devenir froid.
Lorsqu'elle releva la tête, elle vit le roi ouvrir des yeux ronds et reculer.
"Impossible…"
Miriel se tourna vers le bassin et vit avec horreur que son reflet avait changé. Elle était redevenue elle-même ! Le roi eut un sourire triomphant.
"Je me disais bien avoir déjà vu ces yeux bleus quelque part… Fille de Fëanor !" cracha-t-il avec mépris.
"Ce n'est pas que ce vous croyez, monseigneur !" dit Miriel, affolée.
"Et que dois-je croire ? Vous vous introduisez dans mon royaume sous une fausse identité, vous nous mentez, à moi comme à mon fils."
"Je ne suis pas comme mes ancêtres ! Ma vie de gardien de la Lothlorien me suffit, et je ne suis pas venue vous prendre quoi que ce soit."
"Mais bien sûr…" dit le roi, avant de plisser les yeux vers sa main.
Miriel comprit trop tard son erreur : il avait vu son anneau !
"Qu'est-ce que cet anneau ?" dit-il avec l'air soudain fort curieux, voire… avide ?
"C'est à moi !" dit la jeune fille sur un ton sec.
Le roi la fusilla du regard.
"Je vois… À votre place, je me montrerais plus coopérative, surtout si vous tenez à gagner ma confiance. Vous ne voudriez tout de même pas provoquer une guerre entre mon royaume et celui de la Lothlorien à cause de votre petite mascarade ?"
Miriel serra les poings. Là, c'en était trop ! Le sourire froid et hypocrite du roi, la lueur calculatrice dans ses yeux et tout ce qu'il avait osé dire jusque-là… Et maintenant il osait lui faire du chantage ?!
"Votre confiance, vous pouvez vous la mettre où je pense !" explosa la jeune fille.
Le roi prit l'air choqué, puis furieux. Réalisant trop tard la portée de son geste, Miriel porta la main à sa bouche.
"Gardes ! Emmenez cette insolente !" dit le roi.
Impuissante, Miriel se fit empoigner par les deux gardes postés à l'entrée. On l'entraîna jusqu'aux escaliers étroits menant aux geôles du royaume. Une fois enfermée dans une cellule, la jeune fille regarda le gardien des clefs verrouiller la porte puis remonter les escaliers vers les étages supérieurs.
Désespérée, Miriel se laissa tomber sur le banc en pierre et se prit la tête dans les mains. Qu'est-ce qui lui avait pris de réagir comme ça ? Et de dire de telles choses ? Mais elle n'avait pas réfléchi, le roi avait tout fait pour la mettre à bout.
Si Sephiroth avait été là, il lui aurait sûrement fait la leçon. Angeal aussi. Et Genesis l'aurait félicitée, voire encouragée à dire des choses plus méchantes le prochain coup.
Comme à chaque fois que la nostalgie de Gaïa l'envahissait, Miriel prit son pendentif dans ses mains et regarda la lumière verte de la petite matéria briller sur les parois des murs.
Elle sentit soudain une présence et se tourna vers les barreaux. Bientôt, le visage de Legolas apparut. Ce dernier se figea en la voyant.
"C'était donc vous…" dit-il.
Miriel poussa un soupir. De son côté, Legolas la regarda avec l'air mi-incrédule mi-émerveillé. Elle était là, avec ses cheveux aux couleurs sombres, dorés et argentés, et ses magnifiques yeux bleus.
"Je suis désolée. Je ne voulais pas vous manipuler, je vous jure", dit Miriel.
"Alors, pourquoi avoir fui quand vous m'avez vu, dans la forêt ?" demanda le prince.
"J'avais peur."
"Peur ?"
"Toute ma vie, on m'a dit de me cacher, me faire toute petite, ne pas montrer ma magie aux autres. Et vous avez failli tout gâcher, dans cette clairière. Du moins, je le pensais. Maintenant, je réalise que c'est ma faute. Je n'ai jamais été très prudente", soupira la jeune elfe.
Legolas hocha la tête, quand il nota les lumières vertes qui dansaient sur les murs, projetées par son pendentif.
"Qu'est-ce que c'est ?" demanda-t-il.
Miriel baissa les yeux vers son pendentif, puis sourit.
"Un cadeau de mon père adoptif. Le dernier qu'il m'ait fait avant qu'on soit séparés, quand j'avais dix ans. C'est une matéria."
"Matéria… ?"
"Un cristal magique renfermant les souvenirs et les secrets de personnes dotées de grands pouvoirs."
Puis, en voyant l'air sceptique du prince, la jeune fille serra fort le bijou dans sa main puis tendit l'autre vers lui. Aussitôt, une douce lumière verte jaillit de sa paume et flotta jusqu'au prince, droit sur une vieille blessure à son épaule gauche, qui n'avait jamais complètement guéri.
Surpris, celui-ci sentit la douleur disparaître, remplacée par une chaleur réconfortante.
"Vous êtes incroyable", dit le prince.
Miriel secoua la tête.
"Vous êtes bien le premier à me dire ça, ici."
"Je ne suis pas le seul, Meldamiriel. Mes hommes ont été impressionnés par votre prestation dans la forêt. La rumeur court déjà dans tout le palais : la lignée de Fëanor a survécu."
"Tiens, vous connaissez mon vrai nom ? Mais comment ? Je ne l'ai même pas dit à votre père."
"Orophin me l'a dit. Quand il a appris votre emprisonnement, il nous a parlé, à moi et mon père. Il a raconté beaucoup de choses pour justifier votre cause. Même que vous avec vécu un temps dans… un autre monde."
"Et vous le croyez, vous ?"
Legolas haussa des épaules.
"Je ne sais pas. Depuis que je vous ai vue dans cette clairière, tous mes repères semblent s'effondrer, tant vous me troublez…"
Miriel rougit devant le regard pénétrant du prince.
"Comment était-ce, dites-moi ?" demanda Legolas.
"Quoi ?"
"Cet autre monde où vous avez vécu. Cette langue étrange que vous utilisiez pour votre chanson, et cette manière de réanimer quelqu'un… Est-ce là-bas que vous avez appris tout ça ?"
Comme à chaque fois qu'on l'interrogeait sur Gaïa, Miriel ne put réprimer un sourire rayonnant. Elle se mit à lui parler de cette planète, les légendes sur la Rivière de la Vie, les Cetras, les matérias, son père adoptif et ses amis, les coutumes de cet autre monde…
Assis sur les marches, Legolas l'écouta avec passion. Imaginer un monde où l'on pouvait invoquer l'aide des dieux grâce à des cristaux appelés matérias, penser que les esprits des défunts parcouraient le monde à travers une rivière magique… Tout ça était fascinant.
Le prince comprit vite que Miriel n'était pas comme Fëanor et sa famille. Elle était de leur sang, mais son cœur était attaché à celui de Sephiroth, cet homme qui l'avait élevée dans les joies d'une vie simple et aimante. Elle n'avait rien d'une princesse orgueilleuse et avide de pouvoir, comme ses ancêtres. Par certains côtés, elle était comme son ami Aragorn : dernière descendante d'une lignée royale presque éteinte, et accablée par les péchés de ses aïeux. Cela ne fit que renforcer davantage l'affinité du prince à son égard.
Mais, loin au-dessus d'eux, au sommet des marches, le roi Thranduil les observait. Le visage sombre, les yeux étincelants de colère, il serra les poings.
Lui qui était sorti de ses appartements pour prévenir son fils du danger de cette fille, il réalisait maintenant que c'était trop tard.
Mais il se jura de trouver une solution. Il ne laisserait pas un autre membre de la lignée de Fëanor blesser un membre de sa famille.
Et surtout pas son fils unique !
