Pardon d'avoir été absente si longtemps, j'étais très occupée.
Merci à Mane-jei, Luna dans les Etoiles et Orellia pour leurs reviews. Et merci à Luna dans les Etoiles d'avoir mis ma fic en Favoris.
Disclaimer : Le Seigneur des Anneaux ne m'appartient pas, il est à Tolkien. Et Final Fantasy 7 est à Square Enix.
Bonne lecture !
Dans les neiges de Caradhras
Il faisait sombre. L'espace était envahi par la fumée. Miriel se souvint que le soir où Genesis et Angeal avaient tenté de l'emmener dans les Taudis pour la protéger de la Shinra, la jeune fille avait utilisé sa magie d'invisibilité et l'espace autour d'elle était devenu comme ça.
Flou, brumeux… comme si tout n'était qu'illusion et fumée.
"Où suis-je ?" souffla la jeune fille.
"Qui va là ?"
Cette voix ! La jeune elfe se retourna et aperçut une lumière au loin, à travers le brouillard et l'obscurité.
Appréhensive, elle s'approcha lentement. À mesure qu'elle réduisait la distance entre elle et la lumière, celle-ci prit forme humaine.
La jeune fille se figea en voyant que la personne vers qui elle se dirigeait portait une armure d'elfe. Cette armure ressemblait beaucoup à celle que portait son père, le jour où il était mort…
Mais son propriétaire lui tournait le dos.
Miriel tendit la main vers lui, quand elle vit soudain son image s'effacer.
"Attends !" cria-t-elle.
La jeune fille se mit à courir vers l'endroit où il se tenait quelques secondes auparavant. Elle sentit soudain sa présence dans son dos. Elle se retourna et eut le temps de le voir passer à toute vitesse avant de disparaître dans la brume.
"Reviens ! Je t'en prie !" cria Miriel.
"C'est trop tard…" dit-il.
"Pourquoi ?"
"Je suis mort… N'essaie pas de me retrouver !"
"NON !" cria Miriel.
Elle se réveilla en sursaut dans son lit. Les mains sur le cœur, elle attendit que celui-ci batte moins vite.
Ce rêve avait semblé si réel…
Ada… Pourquoi votre souvenir revient-il me hanter, si longtemps après notre séparation ? pensa la jeune fille.
Elle finit par se lever. Elle tressa ses cheveux en natte et enfila sa tenue grise de gardienne de la Lothlorien, mit sa ceinture avec son épée dans son fourreau, sans oublier son arc et un carquois rempli de flèches.
Une fois prête, elle sortit et traversa les couloirs de la demeure du seigneur Elrond jusqu'à atteindre la cour devant l'entrée.
Les autres attendaient déjà. Sam finissait de harnacher son cher poney Bill. Boromir discutait avec Merry et Pippin. Frodon n'était pas en vue. Aragorn non plus. Et Gimli fumait la pipe avec Gandalf près du muret.
Miriel vit Legolas descendre les escaliers peu après elle. Enfin, Aragorn arriva. Il semblait d'humeur triste. Arwen se tenait au sommet des escaliers et le regardait partir avec l'air bouleversé.
Miriel s'approcha de son amie pour lui dire au revoir. En voyant la tristesse et la peur dans ses yeux, elle comprit que ce n'était pas dû qu'au fait qu'Aragorn partait avec les autres. Il avait dû se passer quelque chose.
"Arwen…"
Avant que la jeune fille eut le temps de finir sa phrase, la princesse de Fondcombe la serra dans ses bras. Surprise, Miriel finit par lui rendre son étreinte.
"Ne gâchez pas cette chance que vous avez, Miriel. Je vous en prie, pensez au moins à ce que j'ai dit !" dit la princesse de Fondcombe.
Acquiesçant, Miriel la serra contre elle un instant, avant que les deux amies se détachent. Elles prirent ensemble le chemin de la cour. Lorsque toute la Communauté fut prête, Elrond et des elfes vinrent les saluer.
"Le porteur de l'Anneau prend la route en quête de la Montagne du Destin. Vous qui voyagez à ses côtés, aucun serment, aucun engagement ne vous obligent à aller plus loin que vous ne le souhaitez. Adieu, ne vous détournez pas de votre but. Que la bénédiction des elfes, des hommes et de tous les peuples libres vous accompagne", dit Elrond.
Il s'inclina et les salua en posant sa main sur la poitrine puis en la tendant vers eux. Legolas, Aragorn et Miriel répondirent à son salut en faisant le même geste.
"La Communauté attend le porteur de l'Anneau", dit Gandalf.
Surpris et légèrement gêné, Frodon prit le chemin vers la porte de sortie du jardin.
"Gandalf ? Le Mordor, c'est à gauche ou à droite ?" chuchota le Hobbit.
"À gauche", souffla le magicien.
Miriel et Legolas seuls l'entendirent, mais ne firent nulle remarque là-dessus.
Ainsi commença le voyage. Le premier jour, tous marchèrent en silence. Puis, le deuxième jour, la routine s'installa. Tout en continuant de progresser à travers les plaines verdoyantes de la contrée, tous discutèrent de choses et d'autres.
Miriel décida de tirer profit de cette journée en se liant d'amitié avec un des membres de la Communauté qu'elle n'avait guère approché jusque-là : Gimli.
Sauf qu'elle ignorait comment. Jusque-là, le nain l'avait évité. Il lui lançait parfois des regards mauvais, à elle comme à Legolas. Ce dernier n'appréciait guère la compagnie du nain et l'évitait comme la peste.
Miriel trouvait cela triste, mais elle ne pouvait lui en tenir rigueur.
L'après-midi était bien avancée quand le soleil franchit les nuages pour éclairer les plaines qu'ils traversaient. Comme il faisait chaud, Miriel ouvrit le col de son manteau. La lumière du soleil fit étinceler la matéria autour de son cou.
Frodon tourna la tête et plissa les yeux en voyant le bijou.
"Miriel, est-ce un collier elfique que vous portez ?" demanda-t-il.
"Ça ? Non, Frodon, c'est une matéria."
"Matéria ? Ah, vous parlez de ces cristaux qui existent dans le monde où vous avez vécu enfant ? Merry et Pippin nous en ont parlé", dit le Hobbit, en voyant la surprise sur le visage de la jeune fille.
Boromir et Gimli émirent un ricanement. Les deux Hobbits avaient parlé de ça au reste de la Communauté. Même si Legolas avait confirmé leurs dires, les deux hommes demeuraient sceptiques.
Aragorn avait l'esprit ouvert, il avait été élevé par les elfes. Gandalf était un serviteur des Valars et il savait que l'existence d'autres mondes peuplés était possible. Quant aux Hobbits… Eh bien, toutes les bonnes histoires, vraies ou fausses, étaient un sujet de discussion qui ne se refusait pas !
"Vous pouvez faire de la magie, avec, dites, mademoiselle Miriel ?" demanda Pippin, avide.
Curieux, le reste de la Communauté se tourna vers Miriel. Celle-ci hésita. Elle avait bien envie de faire plaisir au Hobbit, mais elle ne voyait pas trop quoi faire… Quand elle nota une marque sur la joue de Gimli. Un vieux bleu laissé par un Orque membre d'une patrouille qu'ils avaient croisée sur la route, au début de leur voyage.
La jeune fille prit le bijou dans sa main puis, en fermant les yeux, tendit l'autre vers lui. Inquiet, Gimli se crispa. Que faisait-elle ?
Soudain, une douce lueur verte jaillit de la paume de Miriel et flotta jusqu'au nain. Ce dernier sentit une chaleur agréable et apaisante toucher son visage et effacer l'hématome.
Surpris, le nain toucha la zone et ne sentit aucune douleur.
"C'était super ! Vous pourriez recommencer ?" dit Merry, enthousiaste.
"Désolée, Merry. Mais cette matéria ne soigne que les blessures. Je n'en ai pas d'autres", dit la jeune fille.
"Parce qu'il en existe d'autres avec des pouvoirs différents ?" demanda Gandalf, intrigué.
"Oh, oui ! Il existe cinq types de matérias : les vertes, pour déchaîner les forces magiques ; les jaunes, qui transmettent à leur porteur la capacité d'accomplir certaines prouesses physiques ; les bleues, capables de renforcer le pouvoir de leurs sœurs ; les violettes, sortes de porte-bonheur magiques et les rouges, dont le pouvoir permet d'ouvrir un portail entre les mondes et d'invoquer les créatures auxquelles elles sont liées", dit la jeune fille.
"Puis-je examiner cette… matéria, dame Miriel ?" demanda Gimli.
La jeune fille haussa les sourcils. C'était bien la première fois qu'il lui adressait la parole depuis qu'elle l'avait rencontré.
Acquiesçant, la jeune fille ôta le bijou de son cou. Le nain l'examina en plissant les yeux, puis sortit une lentille de sa poche et regarda le bijou avec.
Finalement, il la lui rendit avec l'air de quelqu'un méditant une énigme difficile.
"Je n'avais encore jamais vu ce type de matériau… Cela semble bien provenir d'un endroit différent…"
Puis il la regarda avec attention, elle.
"Vous avez donc vécu toute votre enfance dans un autre monde plein de ces fascinants cristaux ?"
"De l'âge de quatre à dix ans, oui."
"Mmmmm… Dommage que vous n'en ayez pas ramené d'autres avec vous. J'aurais aimé les étudier. C'est vraiment intéressant. Vous pourriez m'en dire davantage sur ces matérias ?" dit le nain.
"D'accord, mais à une condition."
"Laquelle ?" demanda le nain, méfiant.
"Que vous me parliez d'abord de votre peuple à vous."
À ces mots, les yeux du nain s'illuminèrent. Miriel comprit qu'elle avait trouvé LE sujet que le nain aimait le plus. Les gens ne cessaient de dénigrer son espèce, sans parler des cavernes où ils vivaient.
"Mais certainement, dame Miriel !" s'écria-t-il, ravi.
À partir de ce jour, Gimli s'entendit à merveille avec la jeune fille. Legolas, par contre, semblait plus distant avec elle. Cela attrista Miriel, mais elle eut le temps en revanche de réfléchir à ce qu'Arwen lui avait dit.
"Ne gâchez pas cette chance que vous avez, Miriel."
Miriel jeta un coup d'œil à Aragorn. Il avait apparemment essayé de rompre avec Arwen avant de partir. La jeune fille elfe savait que Legolas éprouvait quelque chose pour elle. Et il ne la laissait pas indifférente.
Mais Miriel ne cessait de repenser à Gaïa, et à son père adoptif. Ces maudites visions d'un village en flammes la hantaient toujours. Comment allait-il ? Que faisait-il ? Elle se doutait qu'il avait continué de vivre, ce n'était pas son genre de baisser les bras, il était coriace. Mais elle savait que la solitude devait le peser. Et Genesis et Angeal ? Étaient-ils toujours là pour l'épauler ?
Le lendemain, vers midi, la Communauté atteignit les premiers rochers des Monts Brumeux.
"Il nous faut prendre à l'est des Monts Brumeux pendant quarante jours. Si la chance est avec nous, la Trouée du Rohan nous sera ouverte. Et puis de là, nous prendrons à l'est, vers le Mordor", dit Gandalf tout en allumant sa pipe.
Boromir décida de lancer une leçon d'escrime avec Merry et Pippin. Miriel s'assit près de Frodon et Sam pour les regarder. Aragorn se mit plus près, sa pipe à la main.
"Deux, un, cinq ! Bien, très bien", dit Boromir en testant Merry.
Puis il testa Pippin.
"Bougez vos pieds", nota Aragorn.
"Tu es doué, Pippin !" dit Merry.
"Merci !"
"Plus vite !" ordonna Boromir.
Gimli se détourna de la scène pour s'approcher de Gandalf.
"Bien que vous ne me demanderiez pas mon avis, ce qui est d'ailleurs le cas, je dirais que nous empruntons le chemin le plus long. Gandalf, nous pourrions passer par les Mines de Moria. Mon cousin Balïn nous accueillerait royalement !"
Miriel se tourna vers eux. La Moria ! Son père avait participé à la construction des portes de ce royaume. Mais la réponse de Gandalf doucha son enthousiasme.
"Non, Gimli. Je n'emprunterai la route de la Moria que si je n'ai pas d'autre choix."
Dépitée, la jeune fille voulut se retourner pour regarder les Hobbits s'entraîner, quand elle vit Legolas sauter sur un rocher près du magicien et regarda l'horizon avec inquiétude.
Curieuse, Miriel suivit son regard quand Pippin poussa un cri douloureux.
"Oh, désolé !" dit Boromir.
Miriel se retourna juste à temps pour voir Merry et Pippin jeter Boromir au sol et se lancer dans une joute amicale avec lui.
"Pour la Comté !" cria Merry.
Miriel éclata de rire avec Boromir et Aragorn. Ce dernier finit néanmoins par se lever et tenta de dégager le Gondorien en attrapant chaque Hobbit par un bras.
Ces derniers le saisirent aux jambes et le firent tomber. Le Rôdeur se joignit aussitôt à la lutte.
"Qu'est-ce que c'est ?" demanda Sam, qui avait suivi le regard de Legolas.
Miriel se décida enfin à quitter des yeux ses amis en pleine bagarre et regarda dans la même direction que les autres.
Une curieuse tache noire se formait dans le ciel, et elle grossissait. Plissant les yeux, elle vit que cette tache semblait constituée de multiples points noirs qui gigotaient dans tous les sens.
"Qu'est-ce que c'est ?" demanda Sam.
"C'est rien, c'est qu'un petit nuage", dit Gimli, blasé.
"Qui avance vite… et contre le vent !" réalisa Boromir, dont le sourire avait disparu.
Miriel vit soudain clairement ce que c'était : des oiseaux !
"Des crébains du Pays de Dun !" cria Legolas.
"Cachez-vous !" cria Aragorn.
La démarche s'exécuta aussitôt. Tout le monde récupéra son ballot puis fila se cacher sous un rocher surélevé ou un buisson. Sam jeta de l'eau dans le feu au passage.
Une fois tous cachés, les oiseaux passèrent au-dessus d'eux. Le vrombissement de leurs ailes et leurs croassements résonnèrent comme une bombe à leurs oreilles.
Lorsqu'enfin ils se furent dissipés, tous sortirent de leur cachette.
"Des espions de Saroumane… Le passage par le sud est surveillé !" dit Gandalf. "Il faut passer par le Col de Caradhras."
Le voyage reprit donc, dans un silence lugubre cette fois. Toute joie et quiétude avait déserté le groupe.
De plus, le froid et la neige rendaient le voyage à travers les montagnes pénible. Miriel regarda autour d'elle et sentit soudain des souvenirs revenir à la surface, qui dataient de son enfance sur Gaïa.
Pour son huitième anniversaire, Sephiroth avait choisi de la faire quitter Midgar en hélicoptère. Avec Angeal et Genesis, ils avaient fait route jusqu'au Continent Nord. C'était là, dans les montagnes, que Miriel avait enfin pu contempler de la neige. Le climat étouffant et aride de Midgar ne changeait guère en hiver. Atterrir dans ces montagnes sauvages couvertes de neige avait été un vrai bonheur !
Genesis regarda la plaine enneigée avec dépit. Les montagnes étaient visibles sur leur gauche. À droite, la falaise s'arrêtait sur un gouffre.
"Pourquoi on est venu ici ? On gèle !" se plaignit le rouquin.
Angeal se tourna vers lui en secouant la tête.
"Regarde comme la petite s'amuse."
En effet, Miriel marchait sur l'étendue enneigée avec l'air émerveillé. La fillette avait enfilé une grosse doudoune verte, un pantalon d'hiver rouge et des petites bottes noires. Sephiroth se tenait à quelques mètres et s'assurait qu'il n'y avait pas de monstres dans les parages. Ces régions sauvages étaient généralement pleines de créatures agressives.
Fait curieux, les trois Soldats avaient de la neige jusqu'aux genoux, tandis que Miriel n'avait que le talon de ses bottes enfoncé dans la poudreuse.
Genesis s'éloigna en maugréant. Pour lui que tous surnommaient le Maître du Feu, le continent Nord n'était guère un endroit où passer ses vacances.
Soudain, il sentit quelque chose de dur heurter son dos et éclater en un nuage de poudre. Il se retourna et vit que Miriel le regardait avec un sourire diabolique.
"Non, t'as pas osé ?" dit Genesis.
"Si, j'ai osé ! Pourquoi ?"
"Parce qu'une boule de neige bien compacte peut s'avérer une arme fatale !" dit le Soldat, avant de plonger au sol.
Armé d'une boule, il se redressa et visa Miriel. Mais c'était sans compter la souplesse de la petite elfe, qui esquiva le projectile en effectuant une roulade.
La boule de neige heurta Sephiroth au ventre. Ce dernier fusilla le rouquin du regard.
"Oups ! J'ai touché le Grand Héros de la Shinra, on dirait !" ricana Genesis.
Sephiroth fit silence puis, avec une rapidité surprenante, saisit Miriel par la taille et courut se planquer avec elle derrière un rocher.
"Un plan, mon général ?" demanda l'enfant.
"Pas vraiment, Soldat. Ce terrain m'est inconnu. Essayons de faire tomber un maximum d'ennemis avant de battre en retraite", dit Sephiroth sur un ton conspirateur.
Miriel acquiesça et, tout en façonnant des munitions, risqua un coup d'œil depuis sa cachette. Genesis avait une boule dans chaque main et attendait qu'un des deux ennemis sorte. Angeal regardait la scène avec l'air amusé.
La fillette vit soudain Sephiroth sortit de sa planque et tirer une boule vers Genesis. Ce dernier l'esquiva. Angeal la reçut en pleine face.
Riant aux éclats, Miriel décida de tirer à son tour. Angeal reçut un deuxième projectile.
"Non, mais, c'est fini, oui ! Je suis neutre, moi", geignit-il.
"T'es en train de perdre, surtout !" cria Miriel.
Piqué au vif, Angeal décida de bouger. Genesis fila se planquer derrière un rocher et reprit ses tirs. Sephiroth était occupé à le combattre, mais Miriel s'aperçut soudain qu'Angeal avait disparu.
Utilisant son ouïe finie, la fillette l'entendit évoluer… dans son dos ! Elle se retourna trop tard.
Angeal fondit sur elle et la plaqua au sol. La fillette éclata de rire et tenta de se dégager. Le Soldat la lâcha et le regretta aussitôt. Car Miriel saisit une poignée de neige qu'elle fourra dans son pull.
Profitant de la diversion d'Angeal, Genesis courut jusqu'au rocher et déversa la neige qui le recouvrait sur la tête de Sephiroth.
Miriel secoua la tête avec un doux sourire rêveur. Cette période lui manquait. Les trois Soldats lui manquaient.
Elle fut brusquement tirée de ses souvenirs par un cri de Frodon. Le Hobbit avait perdu l'équilibre et dégringolait la pente enneigée, droit sur elle.
L'elfe se pencha et le rattrapa. Aragorn, situé plus loin derrière elle, se détendit en voyant le Hobbit hors de danger.
Frodon se redressa. Miriel l'aida à se débarrasser de la neige dans ses cheveux quand le semi-homme s'aperçut qu'il ne portait plus sa chaîne avec l'Anneau !
Boromir se dirigea vers eux et se pencha pour la ramasser dans la neige. Il porta le bijou à ses yeux avec l'air fasciné.
"Boromir…" dit Miriel.
"C'est une étrange fatalité… que nous devions éprouver tant de peur et de doute… pour une si petite chose… si petite chose…" dit le Gondorien en tendant doucement le doigt vers l'Anneau.
"Boromir !" cria Aragorn.
La voix du Rôdeur sembla sortir Boromir de son extase.
"Rendez l'Anneau à Frodon."
Lentement, Boromir s'exécuta.
"À vos ordres. Je n'en ai cure", dit-il avec un sourire hypocrite.
Miriel le fusilla du regard. Elle savait que l'Anneau en était responsable, mais elle ne pouvait s'empêcher de blâmer le Gondorien pour sa faiblesse. Dire qu'il lui en voulait, à elle, pour les erreurs commises par son père parce qu'il avait été berné !
Elle se retourna et vit que, comme elle, Aragorn avait serré la garde de son épée en fixant Boromir.
Le voyage reprit donc à travers les montagnes. Mais bientôt, le froid se fit plus incisif et le vent plus violent.
Une véritable tempête de neige se leva tandis qu'ils longeaient une falaise. Le vide s'étendait sur leur droite.
Miriel et Legolas marchaient normalement, mais les autres membres de la Communauté avaient de la neige jusqu'à la taille. Gandalf tentait de tracer un chemin avec son bâton, mais le vieil homme peinait.
Aragorn et Boromir portaient chacun deux Hobbits. Et Gimli avait refusé l'aide de la Communauté, affirmant qu'un nain pouvait très bien tracer son chemin seul dans la montagne.
Miriel tendit soudain l'oreille. Le vent semblait rapporter d'obscures paroles vers eux.
"J'entends une voix sinistre dans les airs !" cria Legolas.
Tous s'immobilisèrent et l'entendirent également.
"C'EST SAROUMANE !" cria Gandalf.
Soudain, des rochers se détachèrent de la paroi au-dessus d'eux et tombèrent dans le vide, manquant de les frapper au passage.
"IL ESSAIE DE DÉCLENCHER UNE AVALANCHE ! GANDALF ! IL FAUT FAIRE DEMI-TOUR !" fit Aragorn.
"NON !" cria Gandalf.
Puis, se dressant bravement au bord du gouffre, le magicien se mit à crier des paroles à son tour.
" Losto Caradhras, sedho, hodo, nuitho i 'ruith !"
Miriel serra sa matéria dans sa main en ressentant du dépit. Comme elle aurait aimé lui venir en aide ! À quoi bon porter un Anneau de Pouvoir si on ne pouvait l'utiliser pour défendre ceux qu'on aimait ?
Elle inclina la tête et ferma les yeux.
Aidez-nous, je vous en prie ! pensa la jeune fille.
Elle sentit soudain son anneau et sa matéria émettre des vibrations l'un contre l'autre.
Tu nous as appelés ? souffla une voix dans sa tête.
"Hein ?" dit Miriel, surprise.
Des voix semblaient résonner dans sa tête, comme de nombreuses abeilles vrombissant dans une ruche.
Invoque l'un de nous si tu as besoin d'aide ! dit l'une des voix.
Miriel hésita. Est-ce qu'elle perdait la tête à cause du froid ? Non, elle était une elfe, cette température très basse ne l'affectait pas.
Soudain, un éclair déchira le ciel et frappa la paroi. Des rochers et de la neige se mirent à tomber sur le groupe.
"À L'AIDE !" cria Miriel, en réflexe.
Tous se plaquèrent contre la paroi en attendant le pire. Mais, contre toute attente, rien ne vint. Il leur sembla soudain qu'il faisait plus chaud. Très chaud, même.
Risquant un coup d'œil, tous furent stupéfaits de voir qu'une espèce de dôme de flammes les enveloppait. Les rochers et la neige avaient fondu sous la chaleur ardente de ce bouclier.
Et là, flottant dans le vide près du bord de la falaise, se dressait une créature étrange. La peau brune, coiffée d'une crinière rousse nimbée de flammes, sa tête de lion était couronnée de deux grandes cornes. La créature les regardait de ses petits yeux dorés.
Legolas fronça des sourcils. On aurait dit un Balrog, mais cette chose n'avait pas d'aura ténébreuse. Au contraire, elle incarnait plutôt la lumière ardente et le feu dans sa forme la plus sauvage.
Il se tourna vers son amie. Elle semblait repliée sur elle. La main qui portait son anneau étincelait. Et la matéria qu'elle tenait dans son poing émettait un filet de lumière dorée qui la reliait à la créature !
Puis, la créature disparut. Le dôme se dissipa. Le vent froid et les flocons de neige revinrent agresser le visage des dix compagnons. Épuisée, Miriel lâcha sa matéria et tomba en avant. Legolas se précipita pour la rattraper.
"Qu'est-ce qui s'est passé… ?" demanda Gimli, stupéfait.
"Je crois que l'avalanche a cessé", dit Aragorn. "Mais ça ne durera pas."
"Il faut trouver un abri. Miriel est très faible", dit Legolas, inquiet.
"Il faut quitter la montagne ! Prenons par la Trouée du Rohan. Et faisons un détour par ma cité", dit Boromir.
"La Trouée du Rohan nous rapproche trop d'Isengard !" répliqua Aragorn.
"On ne peut pas passer par-dessus la montagne. Alors, passons par-dessous ! Passons par les mines de la Moria", dit Gimli.
Gandalf secoua la tête. La Moria… L'une de ses plus grandes hantises.
"Laissons le Porteur de l'Anneau décider", dit le magicien.
Le Hobbit se figea. Sam le regarda avec inquiétude.
"On ne peut pas rester ici ! Ou ce sera la mort des Hobbits et de Miriel !" cria Boromir.
"Frodon ?" fit Gandalf.
"… Nous passerons par les mines."
"Qu'il en soit ainsi…" soupira le magicien.
Le voyage pour quitter la montagne fut pénible, mais à mesure que tous descendaient, le vent se fit moins violent. Bientôt, la neige disparut et tous purent évoluer normalement. Les Hobbits purent à nouveau marcher. Mais Miriel n'avait toujours pas repris connaissance. Legolas continuait de la porter dans ses bras.
Boromir se mit au niveau de l'elfe.
"Comment va-t-elle ?" demanda le Gondorien.
"Elle respire à peine. J'aimerais que nous fassions une halte pour l'examiner, mais je sais que nous ne pourrons le faire qu'une fois à l'abri des espions de Saroumane", dit le prince.
"Que s'est-il passé, au juste ? J'ai l'impression que la créature qui nous a protégés venait d'elle", dit Frodon, intrigué.
"Je crois que Miriel a invoqué une divinité de Gaïa. Elle m'en avait parlé, lors de son séjour au palais de mon père."
"Vous voulez dire, avec sa matéria ? Mais elle a dit qu'elle n'en avait qu'une servant à soigner. Comment aurait-elle fait ?" demanda Aragorn.
"Je ne sais pas, Estel. J'espère juste qu'elle finira par se réveiller. Peut-être qu'alors, elle pourra nous expliquer ce qui s'est passé…" soupira Legolas.
Boromir posa ses yeux sur Miriel. La jeune fille avait l'air très pâle. Ses lèvres avaient même bleui. Elle semblait si fragile ainsi, presque humaine… Et il devait reconnaître que depuis le début de ce voyage, elle n'avait cessé de le surprendre par son comportement amical et plus expressif que Legolas. Il ne connaissait pas aussi bien les elfes qu'Aragorn, mais il avait passé suffisamment de temps à Fondcombe pour comprendre qu'ils étaient d'un naturel impassible. Une totale contradiction avec le tempérament chaleureux et souriant de Miriel.
Oui, vivement qu'elle se réveille. Alors, il pourrait la remercier pour avoir réussi à tous les protéger des foudres de Caradhras.
