Les cloches de l'église résonnèrent dans le village, leur mélodie accompagnant le peu de résident hors de leur demeure, vêtus de noir, en signe de deuil. Les enfants de l'orphelinat étaient debout en ligne, face à la mère supérieure qui s'adonnait à nettoyer leur visage d'un coup de langue sur un pouce, frottant sans douceur leurs joues rosies. Le plus jeune des enfants s'autorisa même une grimace de dégoût quand il sentit le doigt humide de salive sur sa peau :

" Beurk ! Se plaignit-il.

— Tiens toi tranquille bon sang, tu veux ressembler à un petit souillon à la messe ?

— Non ma mère... "

La femme aigrie acquiesça à la réponse polie de l'enfant, elle se redressa et jeta un coup d'oeil rapide vers les soeurs qui s'affairaient à la fermeture des portes de l'orphelinat :

" Dépéchez-vous bon sang, le seigneur n'attend pas ! Ordonna-t-elle en faisant signe au premier orphelin de la suivre. Allons ! Pressons ! Pressons ! "

Elle sortie en premier sans tenir la porte aux enfants, elle croisa ses mains et ouvrit le pas en direction de la "maison du seigneur" comme elle l'appelle si bien.


La porte de l'auberge s'ouvrit tout d'abord sur les deux propriétaires, la bonne dame ronde et son mari. Quelques larmes s'échappaient de ses yeux qu'elle cachait avec un morceau de mouchoir blanc. Son mari possédait une expression neutre, ne prêtant même pas une attention douce envers sa femme. Ils partirent sans un mot. Ciel retenu avec sa canne la porte que l'homme allait fermer, il donna un coup d'épaule pour l'ouvrir en entier et réajusta sa cravate :

" Vous êtes sûr de vouloir assister à ça monsieur ?

— Tu ne vas tout de même pas me supplier de ne pas rentrer dans une église Sébastian ?"

Le majordome soupira, il devait se plier au désir de son maitre. Il est vrai que jusqu'à présent, depuis le début de son serment, Ciel ne lui avait pas donner des missions de tout repos :

" Tâche de paraitre le plus normal du monde dans l'église si tu ne veux pas un coup de canne !

— Vous oseriez battre en public votre plus fidèle majordome ?/

— Et pourquoi pas ? S'autorisa à rire Ciel en affichant un sourire des plus sadiques "

Sébastian secoua légèrement la tête et suivit son maitre.

Il était étrange de voir des personnes dans les rues du village, lui pourtant si désert. Elles étaient toutes vêtues de noir, les femmes avec une fine dentelle sombre sur le visage la plupart du temps, les hommes en simple chemise. Le lieu du rendez-vous avait lieu sur la petite place devant l'église, quelques fleurs étaient déposées au pied de la grande bâtisse. Les cloches sonnèrent une dernière fois en même temps que les grandes portes anciennes s'ouvrirent dans un crissement abominable. Un homme se laissa découvrir, pas bien grand avec un bon ventre rond. Il lui manquait un certain nombre de cheveux, laissant une calvitie importante assez voyante. La corpulence de l'homme justifier surement l'abondance de transpiration déjà présente sur son visage, une légère difficulté à respirer était aussi une des conséquences de son poid. On pouvait deviner assez facilement l'identité de l'homme grâce à sa tenue :

" "Monseigneur Timothy" ? Jugea Ciel d'un regard hautain

— Le seigneur ne juge pas ses fidèles sur l'apparence. Il doit avoir un certain humour lui aussi je pense.

— Il suffit Sébastian ! "

Ciel balança rapidement sa canne sur le tibia de son majordome qui ne broncha pas, ne montrant aucun signe d'une éventuelle douleur ressentie.

Les fidèles rentrèrent ensemble dans l'église, sans un seul mot. Monseigneur Timothy saluait chacune des personnes d'un mouvement de tête avec un simple sourire compatissant. L'homme perdit son sourire quand il croisa son regard avec celui de Ciel. Sans un mot il se détourna du comte pour se diriger vers son autel, ne manquant pas de glisser un mot à l'oreille de la mère supérieure les ayant remarquer depuis un petit moment.

Sans prêter une réelle attention au regard pesant de la mère, le majordome et son maître allèrent s'asseoir sur un vieux long banc de l'église.

Un homme de la même tranche d'âge que Timothy, le secondant durant la messe, s'installa devant le grand orgue, plaçant méthodiquement ses mains sur le clavier. Au simple mouvement de tête de son supérieur, il laissa ses mains glissait sur les touches. Créant une musique s'accordant tout à fait avec l'ambiance religieux. Les enfants du village s'approchèrent doucement de l'autel, en rang, tête baissé et chacun avec une bougie blanche dans la main. La première arrivée devant Monseigneur Timothy était une des filles Keegan. Elle fuyait le regard de l'homme religieux. Tendant la bougie vers lui, comme pour en finir au plus vite. L'homme s'approcha d'elle et lui caressa lentement l'épaule. Laissant sa main tomber le long du bras de la jeune fille jusqu'à la bougie. Elle serra les dents et ferma les yeux. On pouvait voir la flamme de la bougie vaciller légèrement face aux tremblements de la jeune fille. Timothy sourit d'une manière déplaisante et récupéra la bougie de la jeune fille :

" Remercions Rachel Keegan pour cette lueur, lumière de Dieu. "

"Un "Amen" résonna dans la grande église. Produisant un écho digne des plus grande cathédrale. Ciel leva les yeux en l'air par réflexe, admirant les nombreuses peintures religieuses au plafond./p