Le deuxième, comme promis !

Bonne lecture à tous !


Chapitre 24- Plan


«- Vous êtes si lumineuse murmura un homme, les mains posées sur la table.

-Quels sont vos deux principales peurs ? Je souhaite que la vérité.

-Je suis toujours honnête sourit-il en plissant légèrement les yeux.»

La jeune femme blonde qui lui faisait face leva les yeux au ciel. Ses grands yeux bleus semblèrent, un court instant, s'attarder sur les cicatrices de son patient. Deux d'entre elles étaient récentes et entachaient sa pâleur surnaturelle. Elle fronça les sourcils, se posant une question silencieuse et à jamais privée, puis croisa les jambes. Les talons noirs qui allongent son corps frappèrent le sol usé et collant de l'asile. Un petit bruit qui fit frémir l'homme qui lui offrait sa compagnie.

Ses yeux se posèrent sur sa psychiatre. Elle restait silencieuse là-plupart du temps, trop occupée à tordre son esprit et son âme dans tous les sens. Elle était impatiente de le comprendre, de pouvoir partager un semblant de discussion. Mais elle était encore plus impatiente de trouver l'événement, le petit détail qui expliquerait sa folie et sa descente vers des profondeurs inaccessibles.

Quand comprendra-t-elle qu'il n'y avait aucune raison à tout cela ?

«- Je n'ai aucune peur.

-Nous avons tous des peurs répondit-elle en jouant avec son stylo.

-Et vous mademoiselle Quinzel ?

-Comment ça ?

-Quelles sont vos peurs ? Susurra son patient en se penchant. Quel petit détail vous fait trembler ? Les clowns ? La mort ? Les petits insectes ? Vos peurs vous poussent-ils à hurler ? A appeler à l'aide ou encore à pleurer ? Dîtes-moi tout. Je veux absolument...tout savoir.»

Sa voix fit frémir de plaisir sa psychiatre. Il sourit.

-Je suis la psychiatre et vous êtes le patient siffla-t-elle en le pointant de son doigt. Et vous ? La douleur ? L'amour ? L'amitié ? Avez-vous peur de vous même ?»

L'homme burlesque qui lui faisait face éclata d'un rire bruyant. Il semblait frapper les murs blancs et rebondir vers leurs oreilles. La jeune femme serra les dents et se rendit compte qu'elle détestait ce genre de rire. Elle préférait les rires discrets, calmes et communicatifs. Ce qui était acceptable dans la société. Un rire qui faisait comprendre qu'une personne était amusée, prête à partager un moment.

Mais celui de son patient était trop bruyant et moqueur. Il semblait vous faire comprendre que tout cela n'était qu'une simple mascarade. Un jeu. Il semblait vous étouffer, vous rendre barge à votre tour. Trop bruyant, trop coloré et surjoué pour qu'elle puisse l'apprécier ou simplement le supporter.

Et elle détestait atrocement cela.

«- Vous avez peur murmura-t-elle, le sourire aux lèvres.

-Bien évidemment rit de nouveau le Joker.

-De quoi ?»

Son patient se leva. Il avait toujours les bras enfermés dans une camisole, l'empêchant de réagir trop violemment. Ce blanc contrastait avec son visage coloré et expressif. Ce fut la seule pensée qui traversa l'esprit de sa patiente. Elle n'avait pas peur et cela lui semblait étrange de réagir ainsi.

Elle n'avait pas peur d'un fou capable de la tuer.

«- Je n'ai pas peur de vous souffla son patient. J'ai seulement peur de vous ressembler. Vous êtes enfoncés dans une mélasse écœurante et puante. Vous aimez les mêmes choses, les mêmes blagues, les mêmes histoires. Un disque rayé, vous n'êtes que ça. Vous aimez l'ordre, les petites routines, les règles. Vous aimez tous ce qui vous étouffe. Vous êtes tous identiques, vous êtes puants.»

Harleen Quinzel posa son calepin et se leva. Même sur ses escarpins noirs, elle ne faisait pas la taille de son patient. Ce dernier n'était pas grand, seulement assez pour la regarder de haut. La jeune femme secoua la tête et souffla, pensant qu'il n'avait pas besoin de ça pour se sentir supérieur.

«- On se ressemble, c'est vrai sourit-elle. Mais vous ressemblez aussi aux autres fous. Vous avez peur de ne pas être différent, vous avez peur de disparaître dans la normalité. Mais même dans la folie pure et simple, il y a une petite trace de normalité. Et malheureusement pour vous, vous ressemblez à des milliers d'autres dégénérés prêts à tout pour se différencier. C'est triste.»

Harleen Quinzel attrapa son carnet et remit sa chaise correctement. Elle salua rapidement son patient, lui promit dans un souffle de revenir le voir dans la soirée et tourna les talons.

Elle ne pouvait retenir le petit sourire qui étirait ses lèvres roses. Elle avait remis à sa place ce foutu Joker, celui qui avait rendu fou tant de personnes. Elle avait calmé ce barge.

«- Dans quelques semaines mademoiselle Quinzel, vous deviendrez une folle parmi tant d'autres.»

Sans le vouloir, la jeune femme se retourna et fit face à son patient. Il souriait, les bras toujours enfermés et les cheveux coiffés. Il prenait toujours le temps de coiffer ses mèches vertes. Il ne supportait pas le chaos dans son allure mais l'adorait autour. Le Joker lui tapait sur le système.

«- Si je deviens folle, ce sera explosif murmura Harleen.

-Je l'espère.

-N'espérez pas trop. Plus l'espoir est grand, plus la chute est douloureuse.

-Plus la victime est difficile, plus le crime est jouissif répondit le Joker.

-Si vous le dîtes.»

Sur ses mots, Harleen Quinzel quitta la petite cellule sécurisée.

Pour une fois, c'était elle qui avait coupé court à cette étrange mascarade.

Mais dans sa cellule, le Joker souriait aussi. Il s'amusait avec cette dénommée Harleen Quinzel.