Bonus : la fameuse discussion entre Sousuke et Rin (qui s'est probablement passé peu de temps après celle entre Haru et Makoto)

Sousuke regarde Rin qui le regarde. C'est assez gênant comme situation. Surtout il se demande ce que son ami a encore inventé pour l'observer avec ces yeux-là. Il a un peu peur.

Heureusement pour lui, le roux n'a jamais été connu pour sa patience.

Malheureusement pour lui, ce qu'il est en train de lui dire est encore pire que ce qu'il avait imaginé.

« Tu es amoureux. »

Ce n'est même pas une question mais une affirmation. Rin croit sincèrement à ce qu'il vient de dire et Sousuke aura besoin de solides arguments pour le convaincre du contraire.

« Qu'est-ce que tu racontes ?!

Tu es amoureux. Je ne sais pas de qui, je ne sais pas depuis quand, mais tu es amoureux.

Arrête de raconter des bêtises.

Je ne dis pas de bêtise, c'est la vérité.

Ce n'est pas parce que tu es en couple et heureux que moi, ton meilleur ami, doit forcément être amoureux.

Je sais mais là c'est le cas. »

Sousuke soupire. Il aimerait savoir ce qui le rend aussi sûr de lui mais il n'est pas certain d'aimer la réponse. Il n'a pas spécialement envie de découvrir qu'il est particulièrement romantique ou distrait ou qu'il a un air débile sur le visage. Le problème c'est que s'il ne les connaît pas, il ne peut pas contrer les arguments de Rin.

Le brun réfléchit deux minutes avant de finalement se dire que c'est son meilleur ami et que si quelqu'un a le droit de savoir qu'il est amoureux, c'est bien lui.

« Bon d'accord, c'est vrai.

C'est qui ?

C'est privé.

Vous sortez ensemble ?

Non.

Vous allez sortir ensemble ?

Il ne sait pas que je l'aime.

Il ? »

Merde. Il en a trop dit. Là c'est mort ,l'autre ne voudra jamais le laisser tranquille.

« Je le connais ?

Peut-être

Ça veut dire oui.

Ça veut dire peut-être.

Ça veut dire oui.

Comment va Matthews ? Il est encore en Australie ? Il ne te manque pas trop ? »

Normalement Rin est tellement content de parler de lui que Sousuke se dit qu'il devrait avoir un peu de répit. Juste assez pour trouver des mensonges plausibles et l'éloigner de la vérité. Ou mieux encore, peut-être qu'il va tellement parler de son petit-ami qu'il va finir par oublier ce dont ils étaient en train de parler.

« Ne change pas de sujet. »

Raté.

« Je m'inquiète juste pour mon meilleur ami.

Tu n'as pas à t'en faire. Il est merveilleux, on se revoit bientôt. Dans deux petites semaines exactement. Bref, je suis le plus heureux des hommes.

C'est génial. Je suis tellement content pour toi.

Tu ne vas vraiment rien me dire, bougonna Rin.

Non. »

Rin fait la moue. Puis son visage prend une expression un peu pincée comme à chaque fois qu'il réfléchit et Sousuke frisonne. Il se demande ce que le nageur va encore inventer.

« Si on fait un bras de fer et que je te bats, est-ce que tu me diras ? Sachant que si je perds, je ne te poserais plus de question pendant un mois. »

Oh. C'est lâche de l'attaquer sur son amour du défi. Mais ce n'est pas comme s'il avait grand-chose à perdre. Pour le moment il a gagné les trois quarts de leurs duels. Et puis un mois de répit c'est une offre qu'il ne peut pas refuser. Rin peut être très agaçant quand il le veut.

« D'accord. »

Les deux hommes s'assoient autour de la table basse de Rin et se mettent en position. Sousuke fait le décompte et ils commencent à s'affronter. Pendant deux minutes aucun des deux n'arrive à faire bouger l'autre puis Rin se relâche un tout petit peu et Sousuke se précipite dans la brèche. Il donne tout ce qu'il a pour faire tomber le bras de son ami. Sauf que c'est une feinte et c'est son bras qui se retrouve plaqué contre la table.

« Alors ? demande Rin avec un immense sourire sur le visage.

Haru, déclare Sousuke en évitant son regard.

Haru. » répète Rin d'un ton amorphe.

C'est étonnant ce manque de réaction. Mais le brun ne va pas se plaindre. Il craignait une avalanche de questions. Et de conseils. Et de tout un tas de choses dont il n'a pas vraiment envie de discuter.

Devant lui, Rin a toujours l'air choqué. Peut-être que c'est le moment de partir.

« Haru comme Nanase Haruka ? »

Raté.

« Oui, tu en connais beaucoup d'autres des Haru ?

Non, mais vraiment ?

Oui vraiment.

Je croyais que tu le détestais. 'Fin plus trop maintenant, mais avant tu pouvais genre pas le supporter.

Peut-être parce que j'étais idiot. Ou aveugle.

Aveugle ?

À la base j'étais jaloux de lui parce qu'il te prenait à moi. Puis on a grandit et j'étais toujours jaloux. Je pensais que c'était parce que j'étais tombé amoureux de toi mais je crois que je me trompais et que je ne voulais juste pas voir la vérité en face.

Tu veux dire que tu l'aimais et que tu étais jaloux de moi mais que tu te prétendais le contraire.

Ouais.

T'es idiot. »

Oui, il savait merci. Pas besoin d'en rajouter. Mais en même temps comment aurait-il pu deviner qu'après avoir été jaloux d'Haru pendant des années, il tomberait finalement amoureux de lui ?

« Après je ne peux pas trop te blâmer non plus. Moi j'étais persuadé d'être encore amoureux de lui.

Et ?

Je l'ai emmené avec moi en Australie. Je lui ai présenté mes parents adoptifs. J'ai fait exprès de réserver un seul lit à l'hôtel.

Quoi ?! Mais je croyais que tu l'avais emmené uniquement pour lui remonter le moral et lui donner un but !

C'était l'objectif secondaire.

Et Makoto était au courant ?

Tu le connais.

Et il était d'accord ?

À moitié. Mais il venait de se disputer avec Haru et c'est lui qui avait demandé mon aide. Surtout il voulait qu'il retrouve le sourire alors il a fini par accepter.

Et donc vous avez dormi dans le même lit et qu'est-ce qui s'est passé ?

On s'est embrassé. »

Bon vu ce qui s'est passé ensuite, le fait que Haru est célibataire et Rin en couple avec un australien, cela n'avait pas dû être exceptionnel. N'empêche Sousuke ne peut s'empêcher d'avoir une boule au ventre quand il imagine la scène.

« Et alors ?

Alors ça n'a pas duré longtemps avant qu'on comprenne qu'on avait fait beaucoup de cinéma pour pas grand-chose. On s'est vite séparé avant que ce soit trop bizarre, mais c'était déjà bizarre. Je veux dire, j'étais persuadé qu'il était l'homme de ma vie et tout et tout. Depuis mes huit ans il était le seul dont j'avais rêvé. Sauf qu'il avait changé, que j'avais changé aussi. On n'était plus des gosses et on avait vécu trop longtemps loin de l'autre.

Je comprends. C'est comme moi. Je veux dire cette année-là à Samezuki, au-début je pense que j'étais vraiment jaloux de lui. Parce que t'étais mon pote et qu'il t'avait fait gagner une course. Puis au fil des mois à vous côtoyer tous les deux, j'ai commencé à ressentir un autre type de jalousie et j'ai pensé que c'était mon ancien béguin qui revenait. Mais comme tu l'as si bien dit, on a tous changé. »

Oui, il était loin le temps du collège. Et encore plus lointain celui de l'élémentaire. Ils n'étaient plus des enfants. Ils n'avaient plus la même naïveté et leurs sentiments étaient bien plus complexes qu'un « je t'aime » ou « je te déteste ». Parfois il y avait du désir sans amour, parfois de l'amitié teinté d'amour, parfois tout un tas de choses tellement mélangé qu'on ne pouvait pas qualifier les choses en question.

« Et donc tu vas faire quoi ?

Je ne sais pas.

Tu ne sais pas ?

Mon dieu Rin, arrête de répéter tout ce que je dis.

Je vérifie juste que j'ai pas mal entendu.

Tu n'as pas mal entendu.

Tu pourrais l'inviter en Australie. »

Sérieusement ?! Sousuke pose un regard incrédule sur son ami. En retour, Rin lui fait son sourire de requin.

« Ça a marché pour moi. Avec Matthews.

Il est australien. Et Makoto a quand même fait la moitié du boulot.

Il peut t'aider aussi.

On parle d'Haru. Son meilleur ami. Qu'il surprotège comme une mère poule.

Il m'a laissé l'emmener.

Ils venaient de se disputer ! »

Sousuke se demande si leur conversation n'est pas en train de tourner en rond. Il regrette vraiment d'avoir perdu au bras de fer, sans ça il se serait épargné un sacré mal de tête.

« Enfin bref, si tu ne veux pas je comprendrais, reprend Rin. En plus si tu lui fais aussi le coup du lit, il va commencer à se douter de quelque chose et ça risque d'être bizarre. Néanmoins ça ne veut pas dire que tu dois rien faire. Au contraire. Surtout que ce n'est pas lui qui fera le premier pas. »

Il sait. Haru est le genre à réprimer ses émotions surtout quand elles ne l'arrangent pas. Et les trois-quarts du temps ça marche. Ça marche vraiment. Ce qui rend bien plus extraordinaire le quart restant où le nageur pète les plombs à cause d'une surcharge émotionnelle. Niveau sexe ça doit être quelque chose. Et non il ne vient pas de penser ça. Il n'est absolument pas en train de fantasmer sur le potentiel au lit de son « ami » alors que Rin est dans la même pièce que lui et le regarde d'un air suspicieux.

Sousuke rougit. Un peu. Il est vite redescendu sur terre.

Il a quand même pas mal de chance dans son malheur, puisque son meilleur ami n'a aucune aptitude pour lire les pensées d'autrui. Sa situation aurait été vachement plus problématique s'il s'était retrouvé avec Makoto ou Kisumi. Ainsi avec le châtain, les deux hommes auraient fini par ne plus oser se regarder tandis que, dans le cas du barman, il aurait eu droit à bon nombre de blagues vaseuses qui l'auraient soit mis mal à l'aise soit auraient fini par le faire fantasmer un peu plus.

Vraiment, il fallait qu'il rentre chez lui. Il était complètement en train de divaguer et il était hors de question que Rin se rende compte à quel point il était accroc.

Il était déjà suffisant agaçant comme ça.

Et puis, s'il finissait par se décider à tenter sa chance avec le nageur, il fallait mieux ne pas avoir un meilleur ami trop collant dans les pattes.