La station ARK 22 était tout simplement magnifique. C'était une construction récente, placée en orbite autour d'un nouveau membre de la Fédération : Arkana 5. Ce n'était pas sa taille qui surprenait le plus, mais son architecture. Plutôt que le design habituel stations champignons, bien répandu dans la Fédération, ARK 22 était faite de sphères reliées les unes aux autres par différents cylindres et agencées de façon plutôt harmonieuse. Le Hawking était amarré à une de ces sphères.
Myriam avait autorisé les permissions de tous les officiers qui n'étaient pas directement impliqués dans les travaux sur le Hawking. Les travaux avaient déjà commencé, mais avanceraient plus vite quand le chef ingénieur reviendrait avec le capitaine dans deux jours. Il avait donné des ordres à son assistante, mais certains détails devraient être traités avec lui.
Le premier officier du Hawking se rendit au sas d'amarrage. C'était à son tour de visiter cette nouvelle station dont on lui avait dit tant de bien. Elle passa la porte et fut accueillit par un vieil homme souriant.
- Myriam, te voilà enfin, dit-il avec un sourire chaleureux.
- Amiral DeSoto, je suis contente de vous revoir. C'est une magnifique station que vous avez là.
- Et ton vaisseau est superbe.
- Je sais, dit-elle en souriant.
- Il me tarde de rencontrer le capitaine Roberge, j'ai entendu beaucoup de bien d'elle. Si tu le veux, je te fais visiter la station.
- J'accepte avec plaisir.
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Pendant que Léa faisait de décompte des rations et de l'eau qu'ils avaient à leur disposition, Tomal s'était rendu dans la section arrière pour y ramener des couvertures. Il avait aussi un thermos rempli de café qu'il s'était répliqué avant de partir.
- Il vaut mieux rester ici: la pièce est plus petite, elle conservera mieux la chaleur.
- Je suis d'accord, répondit Léa.
- Nous devrons économiser l'oxygène et éviter de trop bouger. Plus on bouge et plus on respire.
- Nous gèlerons sur place si nous ne bougeons pas.
Tomal ramassa une couverture et l'étendit par terre.
- Que faites-vous?
- Nous ne tiendrons pas à deux sur un siège, capitaine. Pour conserver notre chaleur, nous devrons nous coller.
Elle le savait, mais l'idée même déclenchait tout un lot de sentiments contradictoires. Ils avaient beau être en mode survie, l'attirance réciproque était impossible à oublier.
- Essayez de ne pas profiter de la situation, blagua Tom.
Elle se mit alors à rire plus que la qualité de cette blague le permettait. La tension était soudainement retombée.
Il prit une autre couverture qu'il se mit sur les épaules. Il s'assit par terre sur la couverture et appuya son dos contre le mur. Elle prit la dernière couverture et s'installa devant lui. Elle rabattit le drap sur eux. Il l'encercla alors de ses bras et l'amena tout contre lui.
- Que faites-vous?
- Désolé, je ne voulais pas vous surprendre. Nous devons vraiment être en contact pour conserver notre chaleur le plus longtemps possible.
Elle le savait, mais le geste l'avait prise par surprise. Et maintenant, plus près de l'homme qu'elle aimait qu'elle ne l'avait jamais été, elle ne savait plus comment réagir. Elle sentait la chaleur de son corps et percevait les mouvements de son thorax sous chaque respiration et la force de ses bras qui l'enveloppaient. Elle aurait voulu rester là pour toujours, en sécurité et au chaud, alors qu'autour d'eux, il n'y avait que le froid, le vide absolu et la mort.
- Êtes-vous confortable, demanda alors Tom, au bout d'un moment?
- Je suis bien comme ça, avoua-t-elle.
- Moi aussi, dit-il. Capitaine, je…
- Tom, coupa-t-elle, au point où nous en sommes, mettons le décorum de côté.
Il émit un petit ricanement.
- C'est justement ce que j'allais proposer.
Le silence retomba et au bout d'un moment, Léa trouva tout ça trop étrange. L'idée qu'ils allaient peut-être mourir dans les prochaines heures la tourmentait. En contrepartie, le fait de vivre ce contact physique avec Tomal rendait l'attente moins pénible. Cependant, une petite voix en elle continuait de lui souffler qu'il ne le fallait pas.
- Il y a de forte chance pour que nous mourions ici, dit alors Tom d'une voix grave.
- Il faut rester positif. Le commandeur White va sûrement partir à notre recherche.
- Je l'espère bien. Sinon, nous allons mourir ici, ensemble...
Elle se tassa légèrement vers la gauche et tourna sa tête vers le visage de Tom. Il tourna la tête vers elle. Il avait encore cette passion dans le regard, mais aussi une certaine tristesse.
- Pas en même temps, murmura Léa, je suis plus petite et tu es plus musclé, ce qui fait que tu produis plus de chaleur. Je mourrai donc avant toi.
- Juste un peu avant, dit-il avec douleur.
Elle leva un regard interrogateur et comprit.
- Je suis désolée, dit-elle.
- Pourquoi?
- Il fallait absolument que je fasse ma scientifique dans un moment pareil.
Il lui sourit. Elle alors réalisa que leurs visages étaient si proches qu'ils auraient presque pu se toucher. Et c'est ce qui arriva. Il posa ses lèvres contre les siennes et l'embrassa d'abord avec douceur, puis avec fougue. La petite voix dans sa tête lui criait de résister, de le repousser, de le sermonner, mais elle ne l'écoutait plus. Elle s'abandonnait à la caresse de ses lèvres sur les siennes et à cette douce sensation de chaleur qui se répandait dans son corps.
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Myriam avait visité une bonne partie des installations de la station et chaque nouveauté l'avait à la fois émerveillée et impressionnée.
- C'est vraiment une magnifique station, amiral.
- Certainement la plus belle, dit DeSoto en souriant. Il y a une dernière chose que je voulais te montrer.
Il arrêta devant une porte.
- Cet arboretum est le plus grand jamais fait, il remplit la sphère au complet et c'est plus qu'un arboretum, c'est un milieu de vie, une usine à oxygène.
- Ce qui n'est pas nécessaire puisque l'oxygène peut être répliqué.
- Nous économisions l'énergie en utilisant la nature et en cas d'avarie, c'est aussi un gage de survie, mais ce n'est pas ça que je veux te montrer.
Il avança vers la porte, elle s'ouvrit pour le laisser passer. Myriam le suivit et écarquilla les yeux éblouit par l'endroit qui était littéralement une forêt tropicale. On entendait les chants des oiseaux et on voyait des papillons voler et des abeilles butiner. La forêt s'étendait dans tous les sens, on ne pouvait en voir les murs, mais au-dessus de leur tête, et au-dessus des lampes qui éclairaient la serre, on voyait le dôme transparent de la sphère et l'espace qui les entouraient.
- Par ici, Myriam, dit l'amiral.
Elle le suivit. Il arrêta devant un petit marais autour duquel poussaient des orchidées, mais pas n'importe-lesquelles, une espèce rare découverte il y a une trentaine d'année sur une planète semblable à la Terre, par une botaniste que tous deux connaissaient bien. Myriam se pencha alors vers la fleur et en caressa la corolle, une larme coula silencieusement le long de sa joue.
- Moi aussi, elle me manque, dit alors Desoto. Elle était ta mère bien sûr, mais aussi ma sœur. Dès son plus jeune âge, elle ne rêvait que de découvrir des plantes exotiques et les faire découvrir au monde. C'est dommage que tu l'aies si peu connue.
- Amiral, dit-elle, croyez-vous qu'un jour, on découvrira ce qui lui est arrivé.
Il lui prit le bras pour l'aider à se relever.
- Nous le saurons probablement jamais, dit-il avec tristesse.
Elle se tourna alors vers les orchidées.
- Elles sont magnifique, elle les aurait adorées.
Le communicateur de Myriam les interrompit.
- Hawking à White.
- Ici White.
- Commandeur, dit la voix de Giona Rhéa, les autorités de Cestus 3 nous ont contactés. Le capitaine et le lieutenant-commandeur Parksan ne sont pas encore arrivés et ils ne les détectent pas sur les senseurs à longues portées.
- Avez-vous tenté de les appeler?
- Oui, aucune réponse.
- Très bien, j'arrive.
Myriam ravala ses émotions et se tourna vers son oncle.
- Je dois y aller.
- J'espère que tout va bien.
- Puisque le Hawking est en cale sèche, peut-on compter sur un vaisseau rattaché à la station si nous devons partir à leur recherche.
- Je peux sûrement arranger quelque chose, tiens-moi au courant.
Elle quitta l'arboretum d'un pas rapide.
