Dans la navette, la température continuait de décroître alors que les heures s'égrainaient. Léa et Tom avaient cessé de s'embrasser, mais les embrassades s'étaient poursuivie pendant un bon moment, comme si le premier baisé avait fait tomber les barrages depuis longtemps érigés et libérés des torrents de passion.

Il faisait maintenant trop froid et bouger devenait de plus en plus difficile.

- Combien de temps avant que nous n'ayons plus d'oxygène, demanda tout à coup Léa?

- Je ne pourrais le dire sans aller à la console, mais je crois que nous n'avons plus que l'air de la cabine. Je n'entends plus la ventilation.

- Sommes-nous déjà en train de nous asphyxier, demanda Léa?

- Je ne crois pas, la ventilation s'est arrêtée il y a quelques minutes seulement. Nous avons donc plus que l'air de la cabine et ça nous donne deux heures.

- Alors pourquoi est-ce que je me sens si fatiguée?

- À quand remonte ta dernière nuit de sommeil?

Elle ne répondit pas, il tentait de la rassurer, mais à quoi bon. Il était déjà trop tard : aucuns secours ne viendraient. Il ne leur restait que deux heures à vivre, probablement moins. Elle se mit alors à frissonner, d'abord doucement, puis de plus en plus fort. Ses dents calquaient et elle ne pouvait s'en empêcher. Tomal voulut la réchauffer en la serrant plus fort, mais elle tremblait de plus belle. Alors, il lui frictionna les bras, sans plus de résultats. Il la ramena contre lui en l'encerclant de ses bras. Il devait lui communiquer le plus de chaleur possible.

- C'est inutile, articula-t-elle entre deux claquements de dents.

- Je t'en prie, reste avec moi, dit-il avec désarroi!

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Le commandeur White se trouvait sur la passerelle du USS Rebel, un vaisseau de classe Defiant toujours en service. Elle aimait bien ce modèle de vaisseau, petit et puissant, toujours redoutable, malgré son âge. L'amiral DeSoto avait mis ce vaisseau à sa disposition pour retrouver la navette du capitaine Roberge. C'était le vaisseau du capitaine Yoshitaka et il occupait le siège de commandement. Ils quadrillaient maintenant le secteur en tentant d'entrer en contact.

- Ici le USS Rebel à la navette Copernic II, répondez, capitaine Roberge.

L'officier à la console tactique ne cessait de faire le même appel, pendant que l'OPS scannait les alentours à la recherche d'indices.

Myriam était inquiète, un silence radio voulait toujours dire que quelque chose n'allait pas. Peut-être était-ce seulement le système de communication qui était défectueux, mais elle avait un sérieux doute là-dessus. Elle ne pouvait s'empêcher de penser au vaisseau sur lequel se trouvait sa mère et qui avait été attaquée par un ennemi inconnu dans le même secteur. On avait retrouvé le vaisseau dérivant dans l'espace, tout l'équipage morts de froids à l'intérieur et les réserves d'énergie complètement vides.

- Capitaine, dit alors le tacticien, je capte un message de détresse. Ça vient de la navette Copernic II.

- Pouvez-vous en déterminer l'origine?

- C'est tout près d'ici.

- Que disent les senseurs à longue portée?

- Il y a un objet à la dérive, mais je ne détecte aucune source d'énergie.

- Détectez-vous des signes vitaux?

- Nous sommes trop loin.

- Pilote, combien de temps pour nous y rendre?

- Si nous augmentons la vitesse à distorsion 5, nous y serons dans mois de deux minutes.

Myriam lança un regard au capitaine qui répondit d'un signe de tête.

- Alors allez-y!

Myriam aurait voulu se sentir soulagé, mais les pronostique n'étaient pas bons, si la navette était privée d'énergie, les chances que ses occupants soient encore vivants étaient faibles.

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Tom tenait toujours Léa serrée contre lui, il continuait d'essayer de lui communiquer sa chaleur corporelle, mais il avait lui-même si froid! Elle avait cessé de frissonner. La peau de son visage était froide au touché et elle ne parlait que pour dire des trucs incohérents. Il ne pensait plus à sa mort prochaine, il n'avait qu 'une idée en tête: il fallait qu'elle survive, mais quoi qu'il fasse, elle lui échappait.

- Le temps, murmura-t-elle.

- Léa, dit-il, reste avec moi.

- Une dimension… Hawking…

Elle disait des mots sans lien les uns avec les autres, comme si elle n'était plus consciente de l'endroit où elle se trouvait.

- Léa, je t'en prie, murmurait-il à son oreille, ne meurt pas.

Il réalisa tout qu'il frissonnait lui-aussi et il en fut soulagé, bientôt, il serait dans le même état qu'elle et ce serait mieux ainsi.

- Matt, murmura-t-elle.

- Léa, dit encore Tom en claquant des dents, ton fils n'est pas ici.

- Nathan… pardonne-moi...

Qui était Nathan? Peut-être parlait-elle de son défunt mari. Il devenait tout à coup un intrus dans sa vie.

- Tom… ne pars pas, murmura-t-elle alors.

Surpris, il cessa de frissonner pendant quelques secondes. Il attendit la suite, mais elle ne vint pas. Il réalisa qu'elle était inconsciente, la dernière étape avant la mort.

- Non! Réveille-toi!

Il la secoua, mais elle ne réagissait pas.

- Ne me laisse pas! Je ne demanderai pas mon transfert et nous ferons comme tu veux. Je t'en prie, Léa!

Il sentit alors un picotement familier et se demanda d'abord si ce n'était pas la fin pour lui aussi. Il réalisa alors qu'ils étaient en train de se faire téléporter.

Il sentit immédiatement la chaleur de l'endroit comme une violente bouffée. Il fut ensuite éblouit, alors qu'il venait de passer plusieurs heures dans la pénombre. Puis, il découvrit le lieu où il venait d'être téléporté. Comme il s'y attendait, c'était l'infirmerie d'un vaisseau de Starfleet.

Un médecin se précipita vers eux, accompagné de deux infirmiers. Le tricordeur à la main, il les scanna tous les deux.

- Hypothermie avancée… Mettez-la sur un bio-lit, immédiatement!

- Sauvez-la, murmura Parksan qui grelottait toujours alors que les deux infirmier prenaient Léa et l'allongeaient sur un bio-lit.

- Infirmier, dit le médecin à un de ses assistants. Allez chercher des couvertures chauffantes pour les deux.

La porte de l'infirmerie s'ouvrit et le commandeur White entra. Elle tourna son regard vers le docteur et l'infirmière occupés avec le capitaine, alors que Parksan grelottait toujours sur le plancher. Elle se précipita vers lui.

- Commandeur, dit-elle, venez, je vais vous aider.

Elle l'aida à se relever et l'installa sur un lit. L'autre infirmier revint avec des couvertures chauffantes, il en tendit une à White et se dirigea vers Léa. Myriam prit la couverture et l'étendit sur Tomal. Lentement, il reprit des couleurs et cessa de grelotter.

- Comment va-t-elle, demanda-t-il quand il eut cessé de claquer des dents?

Myriam se tourna vers le bio-lit où le docteur et ses assistants travaillaient toujours avec acharnement.

- Je ne sais pas, nous allons devoir attendre, j'en ai l'impression.

Il se tourna vers Myriam, tentant de penser à autre chose.

- Commandeur, où sommes-nous exactement? Quel est ce vaisseau?

- Comme vous le savez, le Hawking est en train de subir une mise à niveau, il n'était pas disponible pour les recherches, mais le Rebel, oui. Je vois que nous sommes arrivés juste à temps.

- Je n'en suis pas sûr, dit-il en regardant vers Léa, toujours sous intervention médicale.

- Elle est encore vivante, alors j'ai confiance, dit Myriam. En attendant, racontez-moi ce qui vous est arrivé?

Tom lui résuma leur rencontre avec l'étrange créature ainsi que le drainage des systèmes. Myriam lui parut tout-à-coup perplexe. Elle appuya sur son communicateur.

- White à Yoshitaka.

- Ici Yoshitaka.

- Capitaine, est-il possible de ramener la navette pour que nous puissions l'examiner? J'ai des raisons de croire que ce qui a causé ces avaries n'est pas un phénomène naturel ou un problème technique.

- Nous allons la prendre avec les rayons tracteurs et la ramener à ARK 22.

- Merci capitaine. White terminée.

Le docteur laissa alors le capitaine Roberge et alla vers Tomal avec son tricordeur.

- Bonjour, dit-il, je suis le docteur Bashir.

Il scanna le Proxien et regarda les résultats de tricordeur.

- Vous vous réchauffez bien, dit-il, vous allez vous en remettre rapidement.

- Et le capitaine?

- Ses organes vitaux avaient commencé à se refroidir, j'ai réussi à la réchauffer suffisamment pour stopper la dégradation et j'ai réparé les dommages. Elle va s'en remettre, mais moins vite que vous. Pour l'instant, il faut qu'elle se repose.

- Puis-je la voir, demanda Tom?

- Vous devriez aussi vous reposer, lieutenant-commandeur.

- Juste un petit moment.

- D'accord.

Il se leva et se sentit tout à coup très fatigué, mais il se rendit tout de même jusqu'au lit où Léa était étendue, recouverte d'une couverture chauffante. Elle avait pris des couleurs et semblait maintenant dormir paisiblement. Il se rappela de leurs derniers moments dans la navette alors qu'il avait senti la vie la quitter peu à peu. Il se rappela sa promesse. Il n'allait pas demander son transfert, mais il n'était pas question qu'il revive les mois précédents, cette distance forcée entre eux, cette attente interminable. S'il y avait une façon pour qu'ils puissent être ensemble dès maintenant, il la trouverait. Il avait déjà un plan et il devrait mettre sa famille à contribution, il était parfois pratique d'avoir des cousins répartis dans la moitié de la flotte de Starfleet.