Le docteur Bashir s'était installé à sa console et il révisait les dossiers médicaux de ses patients. Il n'était pas un officier du Rebel ou de la station, mais plutôt de passage sur la station. Il avait su qu'on cherchait du personnel médical pour une opération de sauvetage et il s'était porté volontaire. Pour aider, bien sûr, mais surtout pour le plaisir de se retrouver sur un vaisseau de classe Défiant, après tout ce temps.

Il venait de compléter le dossier de l'ingénieur, plus simple à régler. Il lui avait déjà donné son congé et il n'avait qu'à ajouter une note sur le fait que Parksan avait souffert d'hypothermie modérée et qu'il s'en était rapidement remis.

Le cas de son capitaine était un peu plus compliqué.

Alors qu'il s'apprêtait à regarder son dossier, sa patiente commença à s'agiter à nouveau. C'était arrivé quelque fois depuis plusieurs heures, rien qui ne nécessite son attention, mais à chaque fois, elle parlait dans son sommeil et murmurait des mots incompréhensibles et des noms. Il avait entendu « Nathan » une fois, « Matt » quelques fois, mais surtout « Tom », qui revenait continuellement. Il avait aussi entendu quelque fois l'expression « Il faut », mais il n'avait pu reconnaître le reste de ses balbutiements.

Tentant d'ignorer son discours, il se concentra sur le dossier médical et constata qu'il était tout aussi compliqué que ça le laissait présager. Son histoire familiale était déjà complexe. Elle avait été adoptée en jeune âge, mais les antécédents de ses parents biologiques étaient aussi dans son dossier, ce qui était plutôt rare.

Il lut plus loin qu'elle avait été mariée au lieutenant-commandeur Nathan Elliott, aujourd'hui décédé, ça expliquait le premier nom qu'elle avait prononcé. Elle avait un fils du nom de Matthew Elliott, ce qui expliquait le second nom. Il ne trouva rien cependant sur un «Tom».

Il s'attaqua à son historique médical qu'il avait brièvement survolé plus tôt. Il avait alors été pris de compassion en lisant la liste de ses mésaventures. Il y avait une attaque par les Omz, d'une espèce trans-dimensionnelle, qui avaient détruit ses globules rouges; une transfusion sanguine avait été nécessaire. Elle avait été enlevée torturée par ces mêmes Omz. Elle avait été dans un coma si profond qu'elle n'aurait jamais dû en sortir. Il y avait aussi une fracture à la jambe. La plus récente de ses mésaventures mentionnait un début de trépanation effectuée par des araignées robots qui cherchaient à lui extraire le cerveau. Décidément, il fallait avoir le cœur solide pour être dans Starfleet.

Il ajouta au bout de la liste qu'elle avait souffert d'hypothermie avancée ayant causé des lésions aux organes internes. Il indiqua la nature des différentes lésions et les détails de l'intervention. Il avait presque terminé. Il devait effectuer un autre examen pour évaluer comment elle récupérait. Il ramassa son tricordeur et alla vers elle.

Elle avait cessé de s'agiter, ça allait lui faciliter la tâche. Quand il arriva à ses côtés, il réalisa qu'elle avait les yeux grands ouverts. Son regard se tourna vers lui dès qu'il fut dans son champ de vision.

- Qui êtes-vous, demanda-t-elle? Où sommes-nous?

- Bonjour capitaine, dit-il d'un ton affable, je suis le docteur Bashir. Nous sommes dans l'infirmerie sur le Rebel. Nous vous avons trouvées dans une navette dérivant dans l'espace et sans énergie. Quelle est la dernière chose dont vous vous rappelez?

- J'étais dans la navette avec le commandeur Parksan. Nous… attendions des secours.

Elle tourna la tête à gauche, puis à droite.

- Où est-il, s'inquiéta-t-elle?

- Il va bien, je lui ai donné son congé.

Avec l'expérience, le docteur était capable de voir les signes précurseurs qu'un patient avait décidé de se lever. Il y avait une soudaine fixité dans le regard, puis le patient raidissant ses muscles l'espace d'un instant avant de se redresser. Il remarqua les même signes chez le capitaine Roberge, alors, avant qu'elle eut pu se lever, il lui mit la main sur l'épaule pour l'en empêcher.

- Vous devez rester allongées.

- Je dois…

- Vous n'êtes pas sur votre vaisseau, capitaine, alors profitez-en, reposez-vous.

- Il faut que je contacte mon premier officier, le commandeur White.

- Elle est à bord. C'est elle qui a demandé d'effectuer des recherches. Vous pourrez lui parler plus tard.

Léa soupira.

- Je dois aussi parler à mon chef ingénieur, Tomal Parksan.

- Vous le verrez bien assez tôt, il est passé plusieurs fois pour prendre de vos nouvelles depuis… attendez un instant, vous avez bien dit «Tomal», le fameux «Tom»?

Il avait bien lu son nom dans son dossier médical, mais il n'avait pas fait le lien à ce moment-là.

- Je vous demande pardon?

- Vous avez parlé pendant votre sommeil à plusieurs reprises, capitaine.

- Et j'ai répété ce nom souvent?

- Ce nom semble très présent dans votre esprit.

- Je n'ai pas l'habitude de parler dans mon sommeil. Est-ce normal?

Il pensa qu'elle cherchait à changer de sujet.

- Pas d'inquiétude à avoir. Ça veut simplement dire que quelque chose vous tracasse et ça a un rapport avec ce fameux «Tom».

Elle soupira, visiblement agacée. Il lui montra son tricordeur.

- Je vais vous examiner, à moins que vous préfériez que je repasse.

- Non, allez-y.

Il ouvrit son tricordeur, en sortit la sonde amovible et scanna les organes vitaux pour constater que le processus de guérison était bien entamé.

- Tout va bien, dit-il. Dans quarante-huit heures, je devrais pouvoir vous donner votre congé.

- Deux jours! Je ne me sens pas si mal, s'exclama-t-elle!

- Pourquoi est-ce toujours si difficile de maintenir un capitaine à l'infirmerie ?

- Parce que nous avons l'habitude de contrôler la situation et qu'alités, nous n'avons aucun contrôle. Pourquoi si longtemps?

- Vos organes vitaux ont été atteints. Vous étiez à deux doigts de la mort quand nous vous avons téléportées ici. Quelques minutes de plus et il n'y avait plus rien à faire pour vous sauver. Le lieutenant-commandeur Parksan avait de violents frissons et il claquait des dents, il s'accrochait à vous…

- Tom, murmura-t-elle si bas que personne n'aurait pu l'entendre sauf quelqu'un qui avait l'audition améliorée par manipulation génétique ou un Ferengi.

Julian Bashir appartenait à la première catégorie.

- J'avais raison, il s'agit bien du fameux «Tom».

Elle le foudroya du regard.

- Ça ne vous regarde pas!

- Ne vous inquiétez pas, capitaine, je suis tenu par le secret professionnel. Est-ce qu'il le sait?

Elle hocha la tête.

- C'est le premier à s'être déclaré, mais il va bientôt demander son transfert, dit-elle avec tristesse.

- Et pourquoi donc?

- C'est mon chef ingénieur et je suis son officier supérieur, nous ne pouvons pas être ensemble.

Julian lui lança un regard à demi étonné et à demi compatissant.

- Vous n'êtes pas sérieuse!

- Et que suis-je sensée faire? C'est une situation extrêmement compliquée!

- Ce n'est pas parce que c'est compliqué que c'est impossible; et ce n'est certainement pas un crime. Vous avez le droit d'être amoureuse comme n'importe qui.

- Je n'imagine même pas comment je pourrais expliquer ça à mes supérieurs.

- Vous pourriez au moins essayer.

Elle ne répondit pas, visiblement, elle était têtue.

- Ça doit être difficile pour vous, dit-il avec un sourire compatissant, de pouvoir tout contrôler sauf vos sentiments.

- Si nous laissions tomber ce sujet, dit-elle avec dépit.

- Je vais aller terminer la mise à jour de votre dossier, abdiqua Bashir, mais avant, permettez-moi un petit conseil. Vous devez aller de l'avant ou en finir une fois pour toute avec cette histoire, mais le statu quo serait une erreur. Avec le temps, ces sentiments empoisonnent le cœur et l'esprit. Croyez-moi, j'ai déjà donné.

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Tomal Parksan avait mis son temps libre à contribution. Il avait d'abord demandé l'accès à un terminal et avait envoyé un message général à tous ses cousins et cousines servant dans Starfleet. Il ne leur avait pas expliqué la raison d'une telle demande mais il promettait de leur donner des détails plus tard.

Il avait ensuite rejoint le commandeur White qui étudiait les données des scanners de la navette, téléchargée sur le Rebel à sa demande.

- Vous vous y retrouvez, demanda-t-il en entrant dans la salle d'ingénierie où elle s'était installée?

- Ça va, j'ai déjà été OPS.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Ni moi, ni le capitaine n'avons pu trouver de sens à ces lectures.

- À la vitesse où ça vous est tombé dessus, vous n'avez pas eu le temps de les étudier en profondeur. C'est vrai qu'au premier regard, c'est confus, mais regardez ceci.

Elle lui montra les données sur son écran. Il s'agissait d'une analyse spectrographique de l'anomalie. Il y en avait deux superposées.

- Je ne vois pas où vous voulez en venir, commandeur.

- Ceci provient de votre navette et celle-ci d'un vaisseau civil qui a subit la même attaque il y a plus de trente ans dans le même secteur.

- Y a-t-il d'autre cas?

- Étonnamment non et pas de disparition mystérieuse non plus.

- Cette chose prend peut-être son repas à tous les trente ans.

- Vous avez raison, répondit Myriam, pensive, mais la Fédération a pris contact avec Arkana 3, il y a seulement cinquante ans. Avant ça, il n'y avait pas beaucoup de circulation dans le secteur.

- Mais il y en avait sûrement. Ce n'était simplement pas des vaisseaux de la Fédération. Il faut étendre les recherches.

Myriam changea de terminal et fit une recherche dans les bases de données.

- Je ne vois rien de précis, mais nous aurons plus de chance avec les bases de données de la station.

- Croyez-vous que je puisse étudier le rapport de dégâts de la navette, je sais qu'elle est toujours sous rayons tracteurs, mais le Rebel a déjà dû la scanner sur toute ses coutures.

- Commandeur, dit-elle avec autorité, vous aurez tout le temps de le faire à notre arrivé. Après ce que vous avez vécu, vous devriez vous reposer.

- Je n'ai pas vraiment envie de me reposer, dit-il avec aplomb. J'ai vraiment besoin de m'occuper l'esprit.

Il était passablement irrité et Myriam en conclus qu'il était réellement fatigué.

- Requête refusée. Allez-vous reposer!

- À vos ordres, commandeur, ajouta-t-il avec dépit en quittant la pièce.