Tom ne pouvait obéir à l'ordre de Myriam d'aller se reposer. La dernière chose qu'il voulait était d'aller s'étendre et de profiter du voyage. À chaque fois qu'il fermait les yeux, il revivait les longs moments passés avec Léa sur la navette : les bons comme les mauvais. Et au-delà des baisés dont le souvenir lui était presque insupportable sachant que ça ne reviendrait jamais, il la voyait toujours s'éteindre lentement dans ses bras. Il devait occuper son esprit pour ne pas y penser.

Mais comme il n'avait plus rien à faire, tout ce qu'il trouva pour l'occuper, fut de se rendre à l'infirmerie pour demander des nouvelles de Léa. Il entra sans faire de bruits et la vit étendue sur le même lit. Une fois de plus, il crut que le docteur allait le mettre dehors en lui disant qu'elle allait bien et qu'il n'était nécessaire de revenir.

Cependant, ce n'est pas ce qui se produisit. Le docteur était attablé à une console, il leva les yeux quand il le vit entrer, puis rebaissa les yeux vers la console sans s'occuper de lui. Tomal marcha jusqu'au lit où Léa était étendue pour découvrir qu'elle était enfin réveillée.

- Comment ça va, commença-t-il avec douceur?

Elle leva les yeux vers lui et lui sourit. Ça lui fit tout drôle. Elle avait l'habitude de se restreindre en sa présence; c'était sûrement un effet de leur rapprochement dans la navette.

- Je vais bien, dit-elle, mais je vais devenir dingue si on ne me donne pas de quoi m'occuper.

- J'ai cru que tu étais morte, dit-il soudain avec tristesse!

Son sourire disparut, elle le regarda avec tendresse.

- Tom, qu'allons-nous donc faire? Nous ne pouvons pas être ensembles, mais nous n'arrivons pas à nous quitter. C'est à devenir dingue!

- À qui le dis-tu? Je n'ai plus tellement envie de demander mon transfert, mais…

- Mais ça ne peut pas continuer comme ça; je sais, ajouta-t-elle d'un ton décidé. Laisse-moi du temps pour y réfléchir, je suis à peine remise. Je te promets que quoi que je décide, il y aura un changement.

- Je vais aussi penser à quelque chose de mon côté, dit-il en omettant de mentionner son plan puisqu'il ignorait ce que ça allait donner.

Il lui prit l'envie d'aller vérifier s'il avait déjà des réponses, même s'il savait qu'il était trop tôt. Il prit rapidement congé et quitta l'infirmerie.

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Le Rebel mit plus de temps à revenir puisqu'il traînait la navette. Le vaisseau était trop petit pour l'entreposer, il ne possédait pas de quai des navettes et la traîner en distorsion prenait beaucoup d'énergie.

Dès leur arrivé, la navette avait été transférée sur le Hawking. Léa avait demandé à un groupe d'ingénieurs et de scientifiques d'enquêter sur l'attaque. Myriam avait tenue à diriger l'enquête. Tomal Parksan avait aussi demandé à être sur cette enquête, ce que Léa avait dû refuser, il devait superviser les travaux en cours sur le vaisseau. Il n'avait pas insisté.

Elle avait été libérée de l'infirmerie du Rebel et elle avait retrouvé le Hawking avec l'agréable sensation de retourner à la maison après un très long voyage. Matt était venu l'accueillir dès son arrivée. Il avait su qu'elle avait été retrouvée sur une navette en perdition presque morte et ça l'avait inquiété. Parfois Léa se sentait coupable de l'entraîner dans le sillage de sa carrière. Elle menait un métier dangereux et elle en était consciente. L'adolescent avait déjà perdu son père, que pensait-il de tout ça quand sa mère se retrouvait si souvent face à la mort?

Elle se disait qu'elle devrait être plus prudente, mais dès qu'une situation se présentait, elle ne pensait qu'à la résoudre et tout son esprit se concentrait dans cette direction. Ce n'est qu'après qu'elle pensait à ce qu'il aurait pu lui en coûter.

Sous les conseils du médecin, elle se relaxait dans ses quartiers et lisait une revue scientifique en sirotant un thé glacé. Rien de particulier ne demandant son attention, alors, aussi pour rassurer Matt, elle décida de joueur les patientes dociles.

Son communicateur la fit sursauter.

- Capitaine, dit la voix de l'enseigne Giona, l'amiral DeSoto veut vous parler.

- Très bien, je vais prendre la communication dans mes quartiers, Roberge terminée.

Elle ouvrit son écran pour y découvrir un vieil homme grisonnant avec de grands yeux bleus pâles. Il sourit.

- Désolé de vous déranger, capitaine Roberge.

- Bonjour Amiral.

- Si vous êtes remises de votre mésaventure, me feriez-vous l'honneur d'une petite visite sur la station?

Elle jeta un dernier regard à sa revue scientifique affichée sur son padd : elle était au beau milieu d'un article passionnant sur les nouvelles découvertes en physique quantiques. Puis, elle se décida.

- Ce sera avec plaisir, amiral.

- Très bien, je vous attends au sas de transbordement. DeSoto terminé.

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Myriam avait fait une requête pour accéder aux bases de données de la planète. Elle était certaine que les Arkaniens avaient déjà du rencontrer la créature dans leur histoire. Avant d'entrer dans la Fédération, ils avaient commercé avec leurs voisins pendant plusieurs siècles et ils voyageaient régulièrement dans l'espace.

Pendant que les ingénieurs tendaient de déterminer la cause de l'avarie en démontant les panneaux extérieurs et que les scientifiques analysaient les données des sondes de la navette, Myriam s'était fait téléporter directement sur la planète.

Dès qu'elle fut sur la planète, une femme Arkanienne au teint bleu pâle, vêtu d'un uniforme de Starfleet au col doré, vient la rejoindre.

- Bonjour commandeur, je suis le lieutenant Agmira, nous avons reçu votre requête et j'ai ordre de vous guider et de répondre à vos questions.

- Ne pouvez-vous pas seulement me conduire à vos ordinateurs ou terminaux?

- Vous serez incapables de les consulter seules. Notre histoire est stockée de façon… singulière.

- Très bien, lieutenant, je vous suis.

L'étrange jeune femme la guida dans l'immense bâtisse où Myriam s'était téléportée, les plafonds étaient très hauts et tenus par des larges colonnes sculptées de motifs abstraits. La pièce était très vaste et éclairé par de hautes fenêtres devant lesquelles ont avait placé des banderoles de différentes couleurs qui ondoyaient dans le vent.

Agmira la guida ainsi jusqu'à une petite porte dérobée et lui fit descendre un étroit escalier en colimaçon et elles descendirent longtemps. Plus elles descendaient et plus il faisait froid. Au bas des escaliers, il y avait une porte.

- Ce que vous allez voir là, très peu d'étrangers l'ont vu, commandeur.

- Je suis reconnaissante que votre peuple accepte de me le montrer, répondit Myriam.

Agmira ouvrit la porte et les deux femmes se retrouvèrent dans une vaste caverne, froide et humide. L'Arkanienne abaissa un levier et les lumières s'allumèrent. Le système électrique était plutôt archaïque vu le degré de technologie d'Arkania.

- Nous tentons de laisser ce lieu le moins dérangé qu'il est possible de le faire.

- Pas de technologie, réalisa Myriam, mais ce sont des bases de données…

- Pas tout à fait. C'est la mémoire de la planète, tout y est stocké depuis des centaines de milliers d'années sur Arkana.

- Mais où? Comment?

- Venez.

Elle la guida jusqu'à un bassin remplie d'un liquide rosé et visqueux.

- Ne me demandez pas d'expliquer la nature de ceci. Cette source est vivante et fait partie intégrante de la planète. Quand un Arkanien y touche, il entre en contact avec la mémoire de cette planète.

- Ce que je cherche est lié au début de l'exploration spatiale.

- Tous les Arkaniens sont liés à ces sources quand ils reviennent de l'espace, leur mémoire y est transférée.

- Vous allez donc servir de relais entre moi et votre banque de donnée?

- En quelque sorte.

- Pouvons-nous procéder?

- Oui, que voulez-vous savoir?

- Au cours de leurs voyages spatiaux, les Arkaniens ont-ils déjà été attaqués par une créature spatiale qui draine les systèmes énergétiques?

Agmira ouvrit sa main et la mit au-dessus de la source, elle baissa sa main jusqu'à ce que le liquide y touche et se tourna vers Myriam qui sursauta, ses yeux, gris au départ, étaient devenus roses. Elle parla d'une voix qui n'était pas la sienne.

- Il nous arrive de perdre contact avec des vaisseaux. On retrouve les épaves flottantes et à la dérive, privées d'énergie.

- À quel rythme?

- Il n'y a pas de rythme précis.

- Quel est l'intervalle entre chaque événement?

- À partir du début de l'exploration spatiale, cinq ans, huit ans, deux jours, quarante-deux ans, huit semaines, quatre ans, trente-huit ans…

C'était vraiment aléatoire, et ça mettait à mal la théorie de la créature qui se nourrissait d'énergie. Il fallait pourtant qu'il y ait une corrélation, une explication à ces attaques.

- Y a-t-il des points en commun entre chacune des attaques?

- Recherche non concluante.

Il fallait s'y attendre. La question était trop vague.

- Y a-t-il eut des enquêtes sur ces événements.

- Oui.

- Et quelle fut la conclusion?

- La plupart des enquêtes sauf une menèrent à une impasse et aucune explication ne furent donner.

- Sauf une?

- Une enquête donna un suspect possible, mais fut rejeté et l'enquêteur perdit toute crédibilité.

- Et quelle était sa conclusion?

- Que les attaques venaient de Garlz?

- Qui est Garlz?

- Une créature de légende associée au mythe de l'origine du mal sur Arkana. Garlz est attiré par les regrets qu'il sent de très loin et il punit ceux qui les ressentent de façon trop intense.

- L'enquêteur croyait cette légende!

- L'enquêteur croyait que la légende avait une origine réelle et que le Garlz était une créature vivant dans l'espace et douée d'une forme de télépathie.

Myriam prit son tricordeur et le mit à la fonction enregistrer.

- Pouvez-vous me réciter le rapport complet de cet enquêteur et me donner un récit exhaustif des mythes associés à Garlz?