L'amiral DeSoto attendait Léa devant le sas. Dès qu'il la vit, il s'avança vers elle et lui tendit la main pour lui donner une poignée de main vigoureuse.
- Capitaine Roberge, dit-il avec un sourire chaleureux, je suis content d'enfin vous rencontrer, j'ai beaucoup entendu parler de vous.
- Vraiment, s'étonna-t-elle ?
- S'il vous plaît, pas de fausse modestie : vous êtes une célébrité depuis la bataille d'Antarès.
Lors cette bataille, Léa avait reçu le commandent d'une flotte et avait combattu une espèce d'araignées robotiques très évoluées et très persistantes. Elle avait perdu deux vaisseaux, mais elle était venue à bout de la menace.
- Je n'étais pas seule dans cette bataille, amiral. Ça a été un travail d'équipe avec les autres capitaines et mon premier officier a dû la terminer quand j'ai été enlevée par l'ennemi.
L'amiral l'entraîna dans le corridor.
- Pouvez-vous me dire en toute honnêteté ce que vous pensez du commandeur White, dit-il alors qu'ils marchaient dans le corridor?
La question la rendit perplexe.
- On dit qu'un premier officier est bon quand il complète bien le capitaine.
- Oui, le duo est important. Quand j'ai été capitaine, il m'est arrivé d'avoir des premiers officiers très talentueux, mais nous ne pouvions tout simplement pas nous entendre.
- Nous formons une bonne équipe, confirma Léa. Elle sait imposer le respect quand il le faut. Elle fait preuve d'initiative et de leadership.
- Ce que je veux savoir, c'est comment elle est sur le plan personnel.
Léa regarda l'amiral. Pourquoi voulait-il savoir ça? Cherchait-il un candidat pour commander un vaisseau? Son instinct lui dictait que c'était pour une autre raison.
- C'est la personne la plus directe et la plus intègre que je connaisse.
L'amiral ne semblait pas satisfait de la réponse. Il resta pensif. Ils arrivèrent dans un long corridor, tout le long du corridor il y avait une baie vitrée avec une vue directe sur l'espace. Il lui indiqua la baie vitrée.
- Vous devriez en apprécier la vue.
Intriguée, elle s'avança vers la baie vitrée. De cet endroit, elle pouvait voir le Hawking, amarré à la station à la sphère face à celle où ils se trouvaient. Il était plutôt rare qu'elle ait la chance de l'admirer de l'extérieur et de si proche. De l'extérieur, la classe Splitzer ressemblait beaucoup à la classe Nova avec quelques différences, notamment l'emplacement des nacelles et leur taille. Le modèle était plus récent, mais comparé aux modèles plus standards des vaisseaux de la flotte, il était petit. Cependant, de ce point de vue, amarré à la station, elle réalisait à quel point il était immense. C'était une ville flottante dont elle était la mairesse. C'était un milieu de vie, un petit monde en soi. C'était sa maison et c'était son meilleur ami. Elle ne pouvait qu'apprécier ce que l'amiral lui montrait.
- C'est effectivement une superbe vue, amiral.
- Je savais que ça vous plairait.
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Tomal avait été très occupé depuis son retour sur le Hawking. Les travaux avançaient bien, mais il devait en superviser chaque détail. Il ne s'agissait pas d'une mise à niveau complète, le Hawking était trop récent pour ça, mais d'améliorations apportées sur la plupart des systèmes par la même équipe d'ingénieurs qui avaient conçu cette classe de vaisseau. La nouvelle menace Komedos y était aussi pour quelque chose, les boucliers et le système de défense avaient été adaptés pour faire face à ce genre d'ennemi.
Certains changements avaient été demandés par Parksan lui-même. En travaillant sur ce vaisseau, il avait vu où des améliorations pouvaient être bénéfiques et, bien qu'il pouvait en faire certaines lui-même, plusieurs de ses idées demandaient plus de main d'œuvre et l'arrêt complet du vaisseau. C'était l'occasion idéale pour lui.
Starfleet avaient aussi fait installer des nouveaux appareils et ces équipements le laissaient perplexe. Ils prenaient beaucoup trop de place et d'énergie pour le bénéfice qu'ils donnaient. Ce qui laissait croire qu'ils avaient une autre utilité qu'on ne lui avait pas divulgué : peut-être une arme secrète contre leur nouvel ennemi.
Il devait courir d'un bout à l'autre du vaisseau pour voir l'évolution des travaux, donner de nouvelles instructions, faire des tests et tout recommencer. Il se demandait comment il avait pu croire qu'il aurait, en plus, du temps pour étudier les dégâts faits sur la navette.
À la fin de la journée, il était épuisé. Il se traîna jusqu'à ses quartiers, se répliqua une bière synthéolique et s'installa devant son terminal pour découvrir qu'il avait déjà reçu plusieurs réponses à sa requête. Il commença à les lire. La première n'était pas pertinente, il passa à la suivante, de son cousin Wildon qui avait travaillé sur le Titan. Celui-ci lui apporta de meilleures nouvelles et les lettres suivantes confirmèrent ce qu'il pensait. Pour pouvoir rester avec Léa, il devrait faire ce qu'il s'était promis de ne plus jamais faire. Pourtant, ça semblait être la seule solution, du moins la seule qu'elle risquait d'accepter.
Mais était-il prêt à faire le pas?
Il analysa d'abord ses sentiments. Il n'avait cessé d'aimer Léa depuis tout ce temps et c'était encourageant, mais malgré tout, il ne connaissait pas grand-chose d'elle, même s'il avait l'impression de la connaître depuis toujours. Ce qu'il ressentait pour elle n'avait rien en commun avec ce qu'il avait ressenti pour Cassy, son ex-femme. Ils étaient trop jeunes quand ils s'étaient mariés, ils étaient attirés l'un par l'autre, mais n'avaient rien en commun. Ce qu'il ressentait pour Léa était différent de ce qu'il avait ressenti pour Cassy et surtout beaucoup plus intense. Il n'y avait pas de comparaison possible et aucunes des courtes liaisons qu'il avait eues depuis se rapprochaient de cette passion, mais était-ce vraiment de l'amour? Si ce n'était pas le cas, alors qu'est-ce que c'était?
Si c'était réellement sa seule chance, il devait faire le pas, mais il hésitait encore à le faire.
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Myriam revint de la planète la tête aussi pleine d'idées que de questions. La théorie voulant qu'une créature qui était attirée par ceux qui ressentaient trop de regrets étaient, au premier abord, extravagante, mais quand on avait voyagé dans l'espace comme Myriam, on découvrait qu'il était difficile de déterminer où se trouvait la frontière entre l'impossible et la réalité. Cependant, prouver cette théorie pourrait s'avérer plutôt compliqué. Elle décida de retourner vers la navette pour voir s'il y avait du nouveau.
Elle trouva deux ingénieurs et un officier scientifique occupés à examiner la navette. Les ingénieurs étaient en train de démonter le système de distribution d'énergie pendant que l'officier scientifique scannait la coque avec un tricordeur.
Elle s'approcha du scientifique.
- Du nouveau?
- Oui, commandeur, j'ai découvert une trace de radiation gamma sur la coque extérieur près de la nacelle droite.
- N'est-ce pas normal dans l'espace?
- Pas à cette concentration. Quelque chose semble s'être acharné sur cette partie de la navette et c'est récent.
- Autre chose?
- Les données des senseurs de la navette ont été téléchargées, la créature a été scannée lors de son approche et tout porte à croire qu'elle a modifié sa trajectoire originale pour foncer vers la navette.
- On parle donc de quelque chose d'intelligent.
- Pas forcément, quelque chose l'a peut-être tout simplement attiré.
- Merci, dit-elle, vous pouvez continuer.
Myriam approcha les ingénieurs.
- Avez-vous trouvé quelque chose?
- Nous en sommes encore au début, dit l'enseigne Ronach, mais si vous regardez ici…
Elle lui montra des connexions qui semblaient complètement grillée.
- Oui, je vois. Qu'est-ce que ça signifie?
- Ce qui a drainé l'énergie l'a fait à une vitesse plus grande que ce que la navette pouvait générer et ça a tout griller.
- C'est étrange comme façon de siphonner de l'énergie, dit Myriam.
- Je suis d'accord, il y a une plus grande perdition d'énergie que ce que ça aurait donné si ça l'avait drainé plus lentement dans le même laps de temps.
- Ce qui veut dire que la créature ne voulait pas l'énergie.
- Ou bien, elle ignorait comment l'extraire correctement.
- Merci, enseigne.
Elle repensa à sa créature de légende. Si elle était attirée par les regrets intenses, il fallait vérifier cette théorie. Elle devrait questionner les seules personnes à avoir survécu à cette rencontre. Elle appuya sur son communicateur.
- Ordinateur, localise le capitaine Roberge.
- Le capitaine Roberge n'est pas à bord du Hawking.
Elle devait être sur la station. La commandeur White marcha d'un pas décidé vers le sas de transbordement.
