L'enseigne Ronach venait d'avoir une discussion enrichissante avec l'officier scientifique qui lui avait permis de confirmer sa théorie. Il lui fallait maintenant faire quelques tests dans l'holodeck et ensuite, elle avertirait le commandeur White.

Elle entra dans l'holodeck satisfaite d'elle-même et mit en marche le programme. Elle se retrouva dans la navette en route vers Cestus 3. Elle s'installa au poste de pilotage et attendit. La console bipa. Elle regarda les données à l'écran, exactement les mêmes informations que sur le vol d'origine, ce qui était normal. La Bolienne décida de faire un changement de trajectoire, mais le nuage continuait de foncer sur elle. Elle activa le bouclier antistatique qu'elle avait conçu pour contourner le problème. La créature simulée atteignit la navette et la traversa sans causer de perdition d'énergie. Ronach jubilait. Ça fonctionnait!

Puis, le nuage d'énergie statique apparut dans le cockpit. Ce n'était pas prévu au programme.

- Ordinateur, fige le programme.

L'ordinateur bipa, mais le nuage continuait d'avancer vers elle.

- Ordinateur, termine le programme.

Avant que tout disparaisse, le nuage fonça sur elle et l'enveloppa complètement. Quand le décor se volatilisa, la bolienne gisait, inconsciente sur le sol quadrillé de l'holodeck.

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Ce matin, quand Léa se réveilla, elle était d'excellente humeur. Ça faisait longtemps que ça ne lui était pas arrivé. Elle se sentait heureuse et détendue: tout simplement. Elle restait étendue dans le lit, profitant du moment, et gardant les yeux fermés.

- Il est 700 heures, dit alors l'ordinateur.

Le moment était passé, il fallait qu'elle se prépare pour sa rencontre avec l'amiral. Elle ouvrit les yeux. Ce n'était pas ses quartiers: il lui fallut un moment pour se rappeler ce qui c'était passé la veille. Après le départ de l'amiral, Léa, Tom et Myriam avaient terminé la visite d'inspection des nouvelles modifications faites sur le Hawking. Ensuite, Léa et Tom avaient eu toute la soirée pour eux.

- Il est 702 heures, insista l'ordinateur.

- C'est trop tôt, grommela alors une voix, juste à côté d'elle.

En fait, ils avaient eu plus que la soirée.

- C'est pour moi, répondit-elle, je dois rencontrer l'amiral DeSoto.

Tom ouvrit les yeux, se tourna sur le côté et la regarda en souriant.

- Es-tu réelle? Je dois encore rêver.

Elle se mit à rire, lui plaqua un baisé sur les lèvres avant de se lever pour aller dans la douche sonique.

Tom resta prostré au lit pendant encore quelques minutes, il ne croyait tout simplement pas ce qui lui arrivait. Elle était là, dans sa douche, pendant qu'il se prélassait au lit: la femme la plus sublime au monde et plus d'obstacle entre eux.

Il se leva et s'habilla en chantonnant et alla vers le réplicateur. Qu'est-ce que Léa aimerait manger? Il regarda dans le menu de l'ordinateur hésitant entre une omelette et des croissants. Pendant qu'il cherchait, elle sortit de la chambre en vitesse. Elle avait déjà enfilé son uniforme.

- Que veux-tu manger, ce matin, lui demanda-t-il?

- Peux-tu me répliquer un café? Je ne crois pas que j'aurai le temps de manger maintenant.

- Ta rencontre n'est qu'à huit heures.

- Je ne me ferai pas téléporter là-bas, je vais marcher et cette station est vaste.

Elle fit une pause.

- L'amiral nous a fait une énorme faveur hier. Je ne voudrais pas me montrer désobligeante en arrivant en retard.

Il lui répliqua son café et le lui tendit.

- À bientôt, dit-elle en prenant la tasse.

- Léa, tu as oublié quelque chose!

Elle lui lança un regard interrogateur. Il avança vers elle et déposa un tendre baisé sur ses lèvres.

- À bientôt, ajouta-t-il.

Elle lui sourit et s'en alla.

Il la regarda partir quelque peu déçu. Il se rendait compte qu'il y avait deux Léa Roberge : le capitaine Roberge et Léa. Le capitaine était sérieuse, autoritaire, confiante, et tout le temps pressée. Léa, de son côté, était sensible, affectueuse, à la fois forte et fragile, mais pas souvent là. Il aimait les deux, mais il préférait Léa. La veille, il s'était endormit avec Léa, mais il constatait que c'était le capitaine qui s'était réveillée dans son lit, ce matin-là.

Il devrait s'y faire, il avait été averti, ce ne serait pas une relation de tout repos.

Il se répliqua un bol de céréale. Il était officiellement en permission et avait la journée devant lui. Comme ce n'était pas le cas de Léa, il devrait trouver de quoi s'occuper. Il avait délaissé son programme holographique préféré depuis trop longtemps, c'était peut-être le moment de s'amuser un peu.

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Quand Léa se présenta au bureau de l'amiral, Myriam était déjà arrivée. Le bureau de l'Amiral était une petite pièce semblable à son bureau sur le Hawking, à la différence qu'il n'y avait pas de baie vitrée. C'était un simple bureau avec une pile de padd, un terminal d'ordinateur, un réplicateur et trois chaises pour les visiteurs. Myriam était déjà assise sur une des chaises.

- Veuillez-vous asseoir, capitaine, dit DeSoto.

Elle s'assit juste à côté de Myriam.

- Nous pouvons commencer, dit l'amiral. Votre premier officier a des raisons de croire que la station est menacée par ce qui a attaqué votre navette.

Léa se tourna vers Myriam qui lui résuma la situation. Léa fut d'abord perplexe. Il y avait une possibilité, certes, mais les données que Myriam avait recueillies étaient insuffisantes et sa théorie, purement spéculative; mais son idée d'envoyer une navette pourrait aider à confirmer, à infirmer cette théorie ou à trouver de nouveaux indices.

- Vous voulez donc prendre une navette et aller au-devant de la créature pour pouvoir l'étudier.

- Je transmettrai régulièrement mes coordonnées et quand le contact aura été coupé, vous n'aurez qu'à envoyer quelqu'un me chercher. J'aurai aussi un kit de survie avec moi et une combinaison environnementale.

- Qu'est-ce qui vous fait croire que la créature s'attaquera à vous?

- J'ai aussi mes regrets.

- La créature n'a pas attaqué le Rebel quand il est venu nous chercher pourtant, insista Léa. Le Rebel était en plein dans son secteur et vous étiez présente.

Myriam se tourna vers Léa.

- Je ne pensais plus tellement à ces regrets, dit-elle. Mon esprit est toujours très occupé par mon travail. Mais depuis quelques jours, certains événements les ont réveillés.

Léa remarqua que l'amiral fixait Myriam avec attention.

- Êtes-vous sure que ce sera suffisant, dit alors Léa?

- Vous devriez y aller, capitaine, suggéra l'Amiral. Nous savons que ça a marché avec vous.

- Désolé, amiral, mais ça ne marchera plus. Ces regrets étaient liés à ma situation avec le lieutenant-commandeur Parksan et maintenant que ça a évolué…

L'amiral comprit.

- Il ne reste donc que moi, dit alors DeSoto d'un ton affirmatif.

- Amiral, demanda Myriam?

- Contrairement à vous, commandeur, ces regrets ne m'ont jamais quitté et ça me suit depuis presque trente ans. Si quelqu'un peut attirer cette créature, c'est bien moi.

- C'est tout à fait hors de question, répondit White, votre position comme commandant de cette station ne vous permet pas de partir comme ça, seul sur une navette.

- Ça suffit, commandeur, dit-il d'un ton impératif.

- Mais…

- Vous n'êtes pas mon premier officier, ce n'est pas à vous de me sermonner à ce sujet, ajouta-t-il!

- C'est à moi de faire le test, insista Myriam. Vous ne devez pas y aller seul, ce n'est pas prudent.

- Pour vous non plus, insista DeSoto!

- Pourquoi ne pas y aller tous les deux, proposa alors le capitaine Roberge.

Ils cessèrent subitement de se disputer et se tournèrent vers Léa.

- Ça vous permettra de régler vos différents, ajouta-t-elle.

- Nous n'avons pas de différents.

- Je ne vous connais pas, amiral, mais je connais bien mon premier officier et je vois bien qu'il se passe quelque chose. Vous vous connaissiez déjà avant, n'est-ce pas?

- À peine, murmura Myriam.

Cette remarque sembla frustrer l'amiral, mais il se reprit rapidement et se tourna vers Léa.

- Vous avez raison capitaine, si je dois y aller, je ne peux pas y aller seul. Si le commandeur tient à m'accompagner, c'est son choix. Si elle change d'idée, je trouverai bien quelqu'un d'autres.

- Je suis volontaire, amiral, dit Myriam avec froideur.

- Très bien, je vais faire préparer une navette, nous partons dans deux heures. Vous pouvez disposer.

Le commandeur White se leva et quitta la pièce. Léa resta.

- Quelque chose d'autre, capitaine?

- J'ai peut-être proposé que vous y alliez ensembles un peu trop à la légère, s'il y a un conflit entre vous, ça pourrait mettre en danger cette mission.

L'amiral soupira, il prit un bloc dans un tiroir de son bureau et appuya sur un bouton, une image holographique d'une jeune femme et d'un couple de jumelles identiques, âgées d'environ sept ans, flotta au-dessus du bloc. Les fillettes lui semblaient familières.

- Voici ma sœur Jolène et ses filles: Magalie et… Myriam.

Léa fixa un instant la jeune Myriam, elle portait une salopette rouge qui faisait ressortir ses taches de rousseurs alors que ses cheveux étaient attachés. Sa sœur portait une robe bleu et ses cheveux roux, retombaient en cascade sur ses épaules. En examinant attentivement le visage, elle crut reconnaître son premier officier.

- Vous êtes son oncle! Pourquoi ne m'a-t-elle rien dit?

- Parce que je ne mérite pas ce titre. J'ai coupé les ponts avec mes nièces après le décès de ma sœur; je ne m'entendais pas bien avec mon beau-frère.

- Je vois.

- Après des années, j'ai fini par comprendre mon erreur, mais il était trop tard. Je ne pouvais pas revenir dans leurs vies comme ça, mais j'arrivais quand même à me tenir au courant, à avoir des nouvelles. Quand j'ai su que Myriam entrait dans Starfleet, j'ai suivi sa carrière avec intérêts, sans prendre contact, mais quand j'ai su que le Hawking venait ici, j'étais curieux.

- Et vous avez découvert qu'elle vous en voulait, c'est ça?

- Non, on dirait plutôt qu'elle s'en fiche et c'est ce qui est frustrant.

- Si je comprends bien, c'est ça votre regret. Est-ce pour ça que vous m'avez questionnée à son sujet?

- Je voulais savoir si elle est comme sa mère; je parle de sa personnalité. Mais à ma grande surprise, j'ai constaté qu'elle est exactement comme moi et ça, je ne m'y attendais pas.

- Je la connais bien, amiral, et si vous êtes vraiment comme elle, je n'ai pas d'inquiétude à avoir à ce sujet, quelques soient vos difficultés, vous irez jusqu'au bout pour les régler.

L'amiral sourit.

- Vous avez raison capitaine, cette mission sera parfaite pour régler nos différents.

Léa se leva et marcha vers la porte, au dernier moment, elle se retourna.

- Une dernière chose, amiral. Je ne crois pas qu'elle s'en fiche, mais peut-être qu'elle veut vous le faire croire.