Tout était prêt. Le piège était installé dans une navette dans le quai des navettes. Des ingénieurs s'affairaient à faire quelques vérifications pendant que le capitaine marchait de long en large en constante communication avec son chef de la sécurité qui l'informait des déplacements de l'intrus alors que plusieurs officiers suivaient la créature en permanence. Elle ne se dirigeait pas systématiquement vers Léa. Elle semblait la détecter quand elle se trouvait à environ trente mètres. Sinon, elle errait dans le vaisseau, sans doute à sa recherche.
Le lieutenant-commandeur Parksan s'approcha.
- Tout est prêt, capitaine.
- Où dois-je m'installer?
- Dans la navette, malheureusement.
- Malheureusement?
- La boîte est installée dans la navette, près du système de distribution d'énergie, avec les modifications que j'ai faites, ce piège émettra un champ magnétique puissant et concentré à l'intérieur la navette. Il y a de fortes chances que ça empêche les téléporteurs de se verrouiller et vous n'aurez aucune issue.
- Il faudra donc que l'opération réussisse.
Tom hésita.
- Ne pourriez-vous pas… reconsidérer? Nous trouverons une autre façon.
- Commandeur, cette créature me traque sans relâche, elle peut passer au travers les murs et se déplacer dans l'espace. Je ne serai pas en sécurité nulle part tant que nous ne l'aurons pas neutralisée et vous le savez.
- Je sais, dit-il, mais…
Il laissa le reste de sa phrase en suspens, il n'avait pas à le dire, elle savait qu'il était inquiet.
- Tout va bien aller, dit-elle en souriant. Dès que nous l'aurons neutralisée, je réinstaurerai toutes les permissions pour deux jours et ce soir, vous êtes invités à venir souper dans mes quartiers.
- Seulement nous deux, demanda-t-il réalisant qu'ils n'étaient pas seuls dans le quai des navettes?
- Matthew sera présent.
Pourquoi un chaperon, se demanda-t-il tout à coup? Elle remarqua son air déconfit.
- Tom, dit-elle en baissant le ton, c'est mon fils et je n'ai pas l'intention de lui cacher quoi que ce soit.
Elle voulait le présenter à son fils, comprit-il et ça faisait du sens. Il sourit.
- J'y serai.
Le communicateur les interrompit.
- Jamar à Roberge, l'intrus se dirige droit vers vous. Il sera dans le quai des navettes dans environ deux minutes.
- Compris, lieutenant.
Elle se tourna vers Tomal.
- C'est le moment. Montrez-moi où je dois m'installer.
- C'est par ici.
Ils entrèrent dans la navette et lui indiqua le siège du pilote. Elle s'assit. Il resta planté là, à la regarder, visiblement inquiet. Ils étaient seuls.
- Tom, dit-elle, je comprends tes inquiétudes, mais le risque vient avec l'uniforme. Si nous voulons que ça marche, il faudra l'accepter l'un pour l'autre.
- Et si c'était moi qui étais assis dans ce fauteuil?
- Je serais également très inquiète, admit-elle.
Il soupira.
- Bonne chance, Léa.
Elle se leva et marcha vers lui.
- On se revoit tout à l'heure.
Elle déposa un baiser furtif sur ses lèvres et retourna s'asseoir. Il quitta la navette, plus inquiet que jamais.
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Au moment où Tom quittait la navette, le lieutenant Jamar et deux officiers de sécurités faisaient leur entrée dans le quai des navettes.
- Elle est juste derrière nous, dit-il. Évitez de vous retrouver sur son chemin.
Parksan se tourna vers ses ingénieurs.
- Éloignez-vous de la navette, ordonna-t-il, puis, il tourna son regard vers l'entrée.
Le nuage vaguement lumineux d'électricité statique apparut et il évolua lentement directement vers la navette. Impuissant, il la regarda entrer dans la navette en passant au travers la coque. Dès que la créature toucherait le noyau d'énergie de la navette, il y aurait une baisse de courant et les feux de position de la navette s'éteindraient. Ensuite le piège se refermerait sur la créature et une alarme les avertirait qu'elle est prisonnière.
Il attendit, mais rien ne se passa, pas de baisse de courant, pas d'alarme. Quelque chose n'allait pas.
- Roberge à salle de téléportation, entendit-il soudain, énergie!
Si elle essayait de se faire téléporter, ça voulait dire que ça ne se passait pas bien et comme le risque était faible pour que la téléportation fonctionne, il devait aller voir. Il courut vers la navette et fut rejoint par le lieutenant Jamar.
Léa était acculée au pied du mur au fond de la navette et la créature avançait lentement vers elle. La boîte était désactivée, comment cela avait-il pu arriver?
Il se précipita vers le piège et tenta de le réactiver. Les circuits étaient grillés. Quelque chose l'avait court-circuitée. Il pensa rapidement. Si cette créature était intelligente, elle pouvait se rappeler ce qui lui était arrivé lors de leur première rencontre dans la navette et éviter d'entrer en contact avec le noyau d'énergie de la navette. Si elle se rappelait ce qui s'était passé dans l'holodeck, elle savait à quoi devait servir la boîte et avait trouvé un moyen de contourner le problème. Ils n'avaient pas tenus compte de ça dans leurs plans. Ils avaient assumé qu'elle était comme un animal, guidée par l'instinct, mais c'était faux.
- Je ne pourrai pas la réactiver, s'écria-t-il.
- Y a-t-il quelque chose que vous puissiez faire, demanda Jamar. Le système d'énergie de la navette est intact.
- Vous avez raison, je pourrais transférer de l'énergie dans le système de distribution et y attirer la créature, mais ça prendra au moins dix minutes et nous ne les avons pas… Si je coupe l'alimentation, nous pourrons la téléporter, mais j'en ai pour deux minutes et nous ne les avons pas.
- Faites-le, ordonna Léa!
Avant qu'il ne puisse commencer, il entendit une voix crier derrière lui.
- Poussez-vous!
Surpris, il se tourna vers la porte. Myriam entra, portant un vase. Elle avança jusqu'à la créature, et tendant les mains, elle plaça le vase dans le nuage d'électricité statique. Les étincelles qui parcouraient la créature s'intensifièrent alors, puis, tout sembla se précipiter à l'intérieur du vase. L'intrus avait disparu.
- Pouvez-vous me dire ce qui vient de se passer, demanda Léa à son premier officier?
- Professeur, dit-elle alors?
Un civil entra alors dans la navette, il s'agissait d'un Arkanien d'un âge avancé.
- Vous devez être le capitaine Roberge, dit-il. Je peux vous l'expliquer. Je suis le professeur Jouno et ceci, dit-il en pointant le vase, est un échantillon des sources mémorielles qui se trouvent sur la planète. C'est compatible avec la Tirah, parce que ces technologies ont la même origine.
- Que voulez-vous dire? Cette créature a été neutralisée par une banque mémorielle?
- Ce n'est pas une créature, parlons plutôt d'intelligence artificielle, très ancienne, créé pour transmettre un message. À défaut de trouver le destinataire, elle a pu transférer son message dans cette mémoire.
- Mais si je ne suis pas le destinataire, que me voulait-elle?
- Transmettre son message, mais vous n'êtes pas compatible, alors c'était dangereux pour vous. Je peux vous dire la raison pourquoi elle a cru qu'elle devait vous transmettre ce message. Si je peux toucher le liquide, je pourrai me connecter à la base de donnée. Les Arkaniens peuvent tous le faire.
- Commandeur, dit Léa en regardant son premier officier.
Myriam tendit le vase vers Jouno, il toucha le liquide d'une main.
- Le destinataire de ce message était… une mère, dit-il alors. Elle est morte il y a longtemps et le message n'a pas pu être livré, alors cette Tirah a cherché une autre mère.
- Il y a beaucoup de parents sur le Hawking et sur la station.
- Ce message était envoyé par son fils. Cette mère travaillait beaucoup et ne voyait pas souvent son enfant.
- Ce profil me ressemble, admit Léa.
- Et ça ressemble beaucoup au profil de ma mère, ajouta Myriam pensive.
Léa lui lança un regard interrogateur.
- J'aurais dû vous le dire, dit alors Myriam. Ma mère est morte à cause de cette Tirah.
- Ça explique mieux votre acharnement à résoudre ce mystère, dit alors Léa.
- J'aurais plutôt dû laisser le passer derrière et me concentrer sur le présent. J'ai une sœur toujours vivante, deux neveux que je ne connais pas et un oncle qui, apparemment, cherche à mieux me connaître. Au lieu de chasser les fantômes, je crois que je vais consacrer ma permission à renouer avec ma famille.
- Vous avez deux jours, commandeur, profitez-en bien.
- Merci capitaine, dit-elle en se tournant vers la sortie.
- Myriam!
Elle se retourna.
- Merci de m'avoir sauvée.
- Il le faut bien, même quand vous ne quittez pas le vaisseau, vous trouvez le moyen de vous mettre en danger. Je n'ai pas un travail de tout repos avec vous.
- Je l'espère bien, dit Léa en souriant.
