Chapitre 2 : Paris, trois ans plus tard
Le Commissaire Laurence détestait ces soirées mondaines où le gratin de la politique, des affaires et les célébrités du show business se côtoyaient dans une atmosphère pseudo-festive, et où les ragots en tous genres se créaient et se propageaient dans Paris. Des ambitions et des carrières se tissaient dans l'ombre, ainsi que de sombres relations avec la pègre parisienne.
Il n'assistait pas d'habitude à ces cocktail parties. Il restait un homme de terrain avant tout, mais son collègue du grand banditisme qui affectionnait tant de garder un œil sur les membres influents du Milieu, était au fond de son lit ce soir-là, grippé.
Il était venu pour rappeler aux canailles en tout genre qu'il guettait leurs moindres faux-pas. Redouté, Laurence s'était fait une solide réputation depuis son retour en grâce au Quai des Orfèvres. Nommé Chef de groupe malgré des méthodes de travail peu ordinaires et son individualisme, il avait obtenu la direction d'un service et la possibilité de choisir des hommes qu'il formait lui-même. Il ne répondait de ses actions que devant le Directeur de la PJ et deux ans après la mise en place de cette unité de flics d'élite, les résultats se faisaient sentir.
En mission en terre inconnue, Laurence observait des visages familiers côtoyer « les beaux mecs », des caïds connus des services de police. Il guettait des rencontres où les intérêts communs se retrouvaient, des poignées de main échangées et des sourires qui se voulaient discrets. Il s'était même entretenu courtoisement avec l'un des chefs de bande qui contrôlait les salles de jeu clandestines à Paris. Aucunement dupes, les deux protagonistes s'étaient jaugés après avoir brièvement croisés le fer sans animosité. Un jour ou l'autre, ils seraient sans doute amenés à s'affronter.
Fatigué d'être l'objet de certaines conversations et de regards appuyés, Laurence avait décidé de quitter la soirée lorsqu'après un dernier regard sur l'assemblée, une chevelure rousse attira son attention. De dos, les épaules nues, la femme portait une robe bleue nuit cintrée à la taille et des escarpins italiens de belle facture. Il fronça les sourcils et eut un choc quand elle se tourna de profil en souriant poliment aux propos d'un homme chauve beaucoup plus âgé.
Il venait de reconnaître Alice Avril.
Surpris, il resta un moment à la contempler avant d'avancer vers elle, un léger sourire aux lèvres.
Avril dut apercevoir sa haute silhouette du coin de l'œil car elle tourna la tête vers lui alors qu'il approchait. Et son visage soigneusement maquillé se transforma.
Elle ouvrit de grands yeux ronds, sa bouche forma un ‟o" de surprise. Très vite, elle répondit à sa présence par un sourire sincère.
« Bonsoir Avril. »
« Bonsoir Commissaire Laurence. »
« Quelle surprise de vous trouver ici... »
« Une surprise agréable, j'espère… »
« N'exagérons rien… » Répondit Laurence avec un sourire ironique.
C'était comme s'ils s'étaient quittés la veille. Elle se mit à rire devant la taquinerie sous-jacente et lui tendit le dos de sa main. Il se pencha pour lui faire un baisemain, une situation des plus inattendues pour celui qui l'avait connu sortie de l'Assistance publique et sans éducation. Non seulement Avril était ravissante, avec sa magnifique toilette et ses somptueux bijoux, mais ses manières s'étaient singulièrement améliorées, semblait-il.
« Laissez-moi vous regarder… Quelle élégance ! Je suis ébloui. Mais où est donc passé le garçon manqué que j'ai quitté il y a trois ans… »
« Vous le regrettez ? »
Laurence éclata de rire. « Pas le moins du monde… »
Un léger raclement de gorge les interrompit. Alice se tourna vers son compagnon, un homme chauve d'une cinquantaine d'années qui regardait Laurence avec une lueur méfiante dans les yeux.
« Oh Paul… Je te présente le Commissaire Laurence, une vieille connaissance… » Elle se tourna vers Laurence. « … Mon ami, Paul Van Hoven. »
« Van Hoven, l'éditeur ? » demanda Laurence.
« Effectivement. »
Ils se serrèrent la main. Paul Van Hoven était à la tête des éditions du même nom, un homme immensément riche et influent.
« Laurence, vous dites ? Ce n'est pas vous qui avez mené l'enquête sur l'accident d'automobile mortel dont ont été victimes Camus et Gallimard l'année dernière ? »
« Oui, c'est bien moi. Je suis surpris que vous ayez fait le rapprochement, Monsieur Van Hoven. »
« Ce drame nous a tous touchés profondément, Commissaire… Camus n'était pas un de mes amis, mais je respectais beaucoup l'écrivain et l'homme d'engagement qu'il était… » Il se tourna vers Alice. « … Alors, comme ça, vous vous connaissez depuis longtemps ? »
« Ça doit faire… cinq années… » Répondit Alice évasivement.
« Des amis donc ? »
Avril faillit avaler de travers sa gorgée de champagne et toussa. Imperturbable, Laurence la regarda dans les yeux et répondit doucement, non sans une certaine ironie :
« On peut dire ça. »
Quand l'éditeur passa le bras autour de la taille d'Alice, Laurence n'eut aucun doute quant à la relation qui les unissait et au message qu'il faisait ainsi passer au séduisant commissaire : Alice Avril m'appartient.
Mais Laurence connaissait trop bien la jeune femme. Son malaise ne lui échappa pas, ainsi que sa légère crispation quand Van Hoven lui sourit avec ostentation : Alice était un trophée qui le mettait en valeur. Cette situation déplut fortement à Laurence même s'il n'en montra rien.
« Paris semble vous réussir, Avril. »
« J'ai provoqué la chance. Et ça a fini par payer. »
« Alice est maintenant un auteur de polars à succès, Commissaire. »
Laurence la regarda avec intérêt.
« Tiens donc ! »
« Je me suis inspirée de certaines affaires que nous avions résolues ensemble. »
« Ensemble ? Je n'aurai pas utilisé ce terme… Et qu'avez-vous écrit ? »
Ce fut encore Van Hoven qui répondit à la place de la jeune femme :
« Mystères à Deauville, Le Repaire des Requins, Le Jeu du Danger et d'autres encore… Alice écrit sous un pseudonyme : Charlie Loncourt, une façon de ne pas effaroucher son public masculin qui adore ses livres. »
« Charlie Loncourt ? Ça ne me dit rien. Sans doute de la littérature de gare ? »
Alice serra les dents.
« Toujours autant avare de compliments, à ce que je vois. »
« Allons, Commissaire, le prochain livre d'Alice sera une telle reconnaissance de son talent qu'elle va décrocher le Prix du Quai des Orfèvres… » Il regarda Avril. « … Tu sais que j'ai du flair pour sentir les succès… »
Avril lui sourit avec une certaine lassitude. Laurence sentit la tristesse de la jeune femme. Il se dit qu'elle semblait malheureuse, que cela ne le regardait pas et qu'il était temps de prendre congé.
« J'ai été content de vous revoir, Avril… »
« Vraiment ? Pourrais-je ?... »
« Oui ? »
L'espace d'un instant, il retrouva l'Alice quémandeuse et enjouée qu'il avait connue.
« … Pourrais-je venir vous voir et vous poser quelques questions sur vos enquêtes, histoire de nourrir mes romans ? »
Laurence se raidit. Sa réponse tomba froidement :
« Non… Définitivement non. »
Alice le considéra d'un œil noir pendant quelques secondes, puis éclata de rire.
« Vous n'avez toujours pas d'humour, Laurence… »
« Jamais quand il s'agit de travail, vous êtes bien placée pour le savoir… »
Il salua Van Hoven et fendit la foule vers la sortie. Alice ne le quitta du regard que lorsqu'il disparut de la pièce.
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Devant le Lutétia, le commissaire attendit le voiturier en fumant, s'installa au volant de son Aston Martin DB5 et allait démarrer quand la portière côté passager s'ouvrit. Alice s'engouffra dans l'habitacle sans un regard vers le commissaire.
« Démarrez… »
Interloqué, Laurence resta sans réagir.
« Démarrez, j'vous dis ! Vite ! »
Il passa la première et s'engagea sur le Boulevard Raspail, puis prit la rue de Sèvres.
« Je peux savoir ce qu'il se passe ? » demanda t'il.
Alice ne répondit pas et regardait toujours derrière elle, sur le qui-vive.
« Dans quel pétrin vous êtes vous encore fourré ? »
« Roulez… »
Il continua tout droit par la rue Lecourbe et le silence s'installa entre eux. Parfois, Alice se retournait et cherchait d'éventuels poursuivants.
« Je vous ai connue plus loquace. M'expliquerez-vous à la fin ? » Demanda t'il, agacé.
« Paul me surveille. Je ne peux plus faire un pas sans qu'un de ses sbires me suive. »
« Pourquoi ? »
« Je suis un investissement pour lui… » Comme Laurence ne semblait pas comprendre, elle expliqua : « … Je suis en train d'écrire un nouveau roman. Cette fois ci, j'y mets beaucoup d'ambitions. Paul a lu le premier jet et depuis, il me harcèle sans arrêt. Notre relation est devenue… difficile. Je ne le supporte plus… »
Laurence remua, mal à l'aise dans son siège et Alice eut un sourire en reconnaissant les premiers signes d'impatience du commissaire.
« C'est vous qui avez voulu savoir… »
« Pourquoi ne le quittez-vous pas ? »
« Je ne peux pas. »
« Il se montre violent avec vous… »
Avril regarda devant elle sans rien dire.
« Avril, sur vos bras, j'ai vu des traces d'hématomes que vous cachez en les maquillant. Il vous frappe, n'est-ce pas ? »
Elle resserra son châle autour de ses épaules et soupira.
« Ça n'a pas d'importance… »
Laurence secoua la tête. « Les femmes !… Van Hoven recommencera quand vous retournez avec lui. Portez plainte et partez… »
« Je n'ai nulle part où aller. »
Il arrêta la voiture et se tourna vers elle.
« Vous êtes montée dans ma voiture pour que je vous aide, non ? Alors, laissez-moi vous aider ou descendez ! »
Alice afficha soudain un visage défait, perdu. Laurence ne l'avait jamais vue ainsi.
« Je ne sais plus quoi faire… »
« Je vous dépose dans un hôtel et demain, je prendrai votre déposition… »
Avril sentit la panique l'envahir. « Non, non ! Emmenez-moi chez vous s'il vous plaît ! » Comme Laurence s'apprêtait à refuser, elle plaida : « Je ne veux pas être seule ce soir… S'il vous plaît… »
Pour toute réponse, Laurence la considéra quelques secondes, puis secoua la tête.
« Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je vais le regretter… »
Il redémarra et se dirigea vers Auteuil.
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Meublé de façon moderne, sans fioritures et avec une décoration minimaliste – que d'aucuns jugeraient froide, à l'image de son propriétaire - l'appartement du commissaire était de taille modeste et à en juger par l'absence de lumières devant ses fenêtres, sans vis-à-vis. Un véritable luxe à Paris.
Alice regarda dans la rue en contrebas et aperçut les abords du champ de course de Longchamp. Aucune voiture ne circulait dans l'allée. Elle se retourna quand Laurence pénétra dans le salon avec un oreiller et des couvertures dans les bras.
« Prenez ma chambre, je dormirai sur le sofa. »
Alice eut un regard en biais vers le canapé deux places bien trop petit pour lui. Elle avait conscience qu'il faisait un énorme effort en l'accueillant chez lui.
« Vous n'êtes pas obligé, vous savez. »
« Vous êtes mon invitée et je n'ai pas de chambre d'amis. »
« Pas d'amis donc. C'est rassurant de savoir qu'il y a des choses qui ne changent pas… »
« Si vous préférez, il y a toujours le paillasson dans le couloir… »
La référence n'échappa pas à Avril, qui tressaillit puis haussa les épaules.
« Faites comme vous voulez, je n'ai pas sommeil. En général, c'est l'heure où j'écris. »
« Si vous écrivez, alors que faisiez-vous à cette soirée ? »
« Paul devait se montrer à son avantage avec… » Elle dessina des guillemets avec ses deux mains pour citer l'éditeur. « … "L'étoile montante de la littérature policière"… Il est persuadé que mon prochain bouquin sera un best-seller. »
« Pas vous ? »
Elle haussa les épaules. « Peut-être mais je n'en verrai pas un centime. J'ai découvert qu'il m'a arnaqué. Alors quand je l'ai menacé de ne pas finir le livre, il m'a séquestré… »
« Avril, pour votre information, nous ne sommes plus à l'époque de l'esclavage... Vous n'êtes pas obligé d'écrire pour lui. »
« Si, j'ai signé un contrat. Je ne peux même pas m'adresser à un autre éditeur… Surtout quand c'est un homme – officiellement - Charlie Loncourt, qui les a écrits ces bouquins… »
« Et laissez-moi deviner : vous n'avez pas pris d'avocat… »
« Je n'ai pas d'argent… Tout ce que je porte ce soir, la robe, les bijoux, même ma personne, tout ça appartient à Paul Van Hoven… A Lille, au moins, j'avais une piaule et une Lambretta… Ici, je n'ai rien… »
Laurence secoua la tête.
« Toujours dans la dèche, Avril... » Ricana t'il. « … Et moi qui ai cru l'espace d'un instant que la fortune vous avait sourie… »
« Vous pouvez vous moquer, mais je ne finirai pas sur le trottoir à cause de ce salaud… Il me reste ma dignité… Je ne sais pas comment je vais m'en sortir mais je vais me battre. Il ne m'aura pas le Van Hoven ! »
« Oh, je vous fais confiance pour ça. En attendant de vous venger de votre amant, commencez par aller dormir, vous avez une mine affreuse… Demain matin, je vous emmène au Quai des Orfèvres. Ensuite, je vous aiderai à trouver un endroit où vous installer. »
Alice le regarda avec suspicion.
« Pourquoi êtes-vous si gentil avec moi ? »
« Vous avez besoin d'aide, non ? »
« Certes, mais d'habitude vous m'auriez bien fait sentir à quel point je mérite ce qui m'arrive, et puis vous auriez bien insisté désagréablement sur le fait que vous souhaitez être rapidement débarrassé de ma personne… »
« Vous voulez déterrer la hache de guerre ? Vous regrettez déjà le temps où je vous malmenais ?
Le choix de ses mots se révéla désastreux. Les larmes montèrent immédiatement aux yeux d'Alice et elle fila sans un mot vers la chambre dont elle claqua la porte.
Laurence resta interdit un moment en essayant d'interpréter ce qui venait de se passer. Il s'était bien aperçu qu'elle était plus fragile et qu'elle le cachait du mieux qu'elle pouvait, mais en retour, il s'était montré plus circonspect. Du moins, il avait essayé…
Le commissaire frappa doucement à la porte de la chambre.
« Allez-vous-en… » S'écria Alice derrière le battant. « … Laissez-moi tranquille ! »
Il n'insista pas et se coucha sur le canapé comme il put. Après s'être tourné maintes fois, le sommeil ne vint toujours pas et il resta dans le noir, les yeux ouverts, à ressasser les événements de la soirée.
Après de longues minutes, Laurence retint son souffle quand il entendit la porte de la chambre grincer doucement. Il alluma la lampe du salon et surprit Alice, ses chaussures à la main qui se dirigeait en catimini vers la porte d'entrée.
« Vous me quittez déjà ? »
« C'était une erreur. Je n'aurai pas dû vous mêler à mes histoires… »
Elle recula jusqu'à la porte alors qu'il se levait et avançait vers elle. Elle tenta d'ouvrir mais ne trouva pas la clé.
« C'est ça que vous cherchez ? » demanda t'il ironiquement en agitant le petit objet dans sa main.
« Donnez-la-moi… »
Ils s'étaient déjà trouvés tellement de fois dans cette situation que cela aurait pu être risible si elle avait eu le cœur à en rire, d'autant que les rôles étaient inversés.
« Venez la prendre. »
« Ce n'est pas drôle, Laurence. »
Avril fit semblant de bouder et elle lui sauta littéralement à la gorge. Surpris, le commissaire n'eut pas le temps de reculer et fut emporté par l'élan de la jeune femme qui le renversa.
Elle se retrouva allongée sur lui au sol, à essayer de lui prendre la clé des mains.
« Donnez la moi… »
« Non... »
« Laurence, je vais vous étriper ! »
Devant ses efforts vains, Avril eut un cri de rage auquel répondit le rire grave du commissaire. Une brève lutte s'engagea entre eux. Quand Laurence en eut assez des gesticulations d'Alice, il bascula d'un coup de rein en l'entraînant avec lui et se retrouva au dessus d'elle. Incapable de bouger à présent, la jeune femme insulta copieusement le policier qui redoubla d'hilarité.
Ils se regardèrent dans les yeux, et le rire de Laurence mourut peu à peu alors qu'il prenait conscience de sa position avantageuse. Alice, dont la fureur était retombée, retint son souffle tandis qu'une tension palpable naissait entre eux, une tension à laquelle elle mit un terme en déposant un baiser sur les lèvres de Laurence.
Le commissaire se figea. Alice en profita pour approfondir sa caresse. Cette fois, Laurence ouvrit la bouche et répondit à son baiser en prenant son temps.
Alors qu'Alice s'abandonnait et réclamait davantage, Laurence s'écarta. Ils s'observèrent encore, puis sans un mot, il se releva et traversa le salon pour aller prendre une cigarette, puis se planta devant la baie vitrée.
Interloquée par son attitude, Alice s'assit et fixa le dos raide du commissaire. Son reflet froid dans la vitre la renvoya à sa propre solitude.
Au bout de longues secondes, Avril se releva en silence, humiliée. Elle savait depuis leur première rencontre qu'elle ne lui plaisait pas - il n'avait jamais fait un mystère de son attirance pour les belles femmes - mais se voir repoussée de la sorte, était particulièrement rabaissant. Elle ne se sentait pas la force d'affronter ce rejet. Elle se dirigea vers la chambre en se mordant la lèvre pour ne pas pleurer devant lui et ferma la porte.
Resté seul, Laurence baissa la tête et se traita silencieusement d'imbécile en se demandant ce qui lui était passé par la tête. Ce qui l'agaçait par-dessus tout, c'était d'avoir perdu son sang froid. Avec son habituelle brusquerie, il se disait qu'il avait eu raison de couper court à tout début de relation intime entre eux. La jeune femme avait manifestement besoin de son aide et pour son bien être, il n'avait pas le droit de lui infliger une histoire sans lendemain. Il espérait seulement qu'elle comprendrait son geste.
Après un dernier regard vers la porte de la chambre, il se coucha sur le canapé. Incapable de trouver le sommeil, il demeura troublé, refusant de reconnaître qu'il avait désiré plus qu'un simple baiser de leur brève étreinte. Il avait beau essayé de se persuader du contraire, cette dernière pensée par trop dérangeante revint le tarauder jusqu'aux lueurs de l'aube.
Finalement, de méchante humeur, il quitta l'appartement et fila courir dans le Bois de Boulogne alors que le jour se levait.
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Alice s'était endormie, épuisée par les larmes et la tension nerveuse. Elle s'éveilla de bonne heure et dans le silence de l'appartement, se leva pour quitter les lieux sans attendre. Quand elle traversa le salon, elle ne jeta pas même un coup d'œil vers le canapé. Elle remarqua la clé sur la porte et s'apprêta à s'en aller.
Laurence sortit de la cuisine au même instant, un verre d'eau à la main, et se figea. Alice évita son regard et passa outre. Avec son maillot collant de transpiration, il s'interposa soudain entre elle et la porte. Refusant de croiser son regard, Alice fixa l'inscription « University of Oxford » sur sa poitrine et lui dit froidement :
« Laissez-moi passer, Laurence… »
« Avril, je vous dois des excuses pour hier soir. Je n'avais pas le droit… »
« Je m'en fiche, je ne veux plus vous voir… »
Il y eut un silence tendu.
« Je comprends… » Laissa t'il tomber lentement.
Et il s'écarta, la laissant franchir le seuil. « Alice, s'il vous plaît… »
Elle s'arrêta à la mention de son prénom qu'il utilisait rarement, mais ne se retourna pas.
« N'allez pas chez Van Hoven… Je vais vous donner les clés de l'appartement de ma mère. Elle n'est pas à Paris en ce moment. Restez-y le temps nécessaire et surtout allez déposer une plainte pour coups et blessures. »
« Je n'ai pas besoin de votre aide, Laurence. » S'obstina-t-elle.
« Vous savez bien que si… »
Elle se sentit au bord des larmes et essuya rageusement son visage, en serrant les dents.
« Regardez-moi… Je ne peux pas vous laisser partir comme ça. »
Elle se retourna lentement et lui fit face courageusement, le regard empli de reproches brûlants. Gêné, Laurence baissa les yeux et se détourna d'elle. Il revint quelques secondes plus tard avec un trousseau de clés, une adresse et de l'argent. Il lui mit le tout dans la main.
« Pour votre taxi… » Dit-il doucement. « Et de quoi manger… »
Il y avait plus qu'il ne fallait. Alice hocha la tête en guise de remerciement, puis tourna les talons et partit sans rien ajouter.
« Je vous appelle » lui lança Laurence, alors qu'elle s'éloignait dans le couloir.
A suivre…
