Chapitre 4

Après lui avoir confié ses instructions qu'elle devait respecter à la lettre cette fois, Laurence déposa Alice chez sa mère. L'appartement d'Alexina se situait non loin du Trocadéro. Il occupait tout un étage, était moderne et lumineux, et surtout richement décoré. De nombreuses toiles étaient suspendues aux murs de toutes les pièces et des sculptures trônaient un peu partout.

« Alexina collectionne les œuvres d'art ? »

« C'était la marotte de mon père. En fait, c'est tout ce qui reste de sa collection, ce que ma mère et moi avons réussi à cacher en province quand les allemands ont occupé Paris… »

« Tout ? Qu'est-ce que ça devait être alors ! »

Alice observa quelques dessins et se tourna vers Laurence qui était perdu dans ses pensées.

« C'est un vrai ? » demanda t'elle en désignant une esquisse.

« Hum ? »

Il se pencha et déchiffra la signature de l'auteur.

« Oui, c'est un Picasso. »

« Ça n'a pas l'air de te passionner. Moi, je trouve ça extraordinaire ! Je me croirais dans un musée ! »

« Tu n'es pas loin de la vérité... » Ricana-t-il en passant un doigt sur la tranche d'un tableau, sans récolter la moindre poussière. « … Cet endroit n'a pas changé depuis vingt ans… Viens, je vais te montrer la bibliothèque. »

Curieuse, elle le suivit jusqu'à une pièce au bout de l'appartement et ne put retenir un sifflement d'admiration quand il la fit entrer : sur les quatre murs se trouvaient des bibliothèques de style anglais en acajou, remplis de volumes en cuir. Deux canapés Chesterfield patinés de couleur fauve se faisaient face au centre de la pièce autour d'une jolie table basse. Au fond, un large bureau de style empire était installé entre un oriel avec vue sur la Tour Eiffel et une petite cheminée en briques. Le parquet miel grinçait doucement sous les pieds. L'atmosphère était douillette et confortable, un vrai havre de paix.

« Ouah !… » Murmura la jeune femme, émerveillée. « … J'adore… »

« J'ai passé ici les meilleurs moments de mon adolescence. »

« Tu m'étonnes… Tu as dû en amener des filles ici pour les épater, hein ? »

Laurence ne put s'empêcher d'éclater de rire. Alice le regarda avec surprise, peu habituée à la voir aussi jovial.

« Pas vraiment, non… Crois-moi ou pas, mais à dix sept ans, j'étais timide et mal dans ma peau, sans compter que je ne savais pas parler aux filles… »

« Tu te fiches de moi, là ? »

Alice lui jeta un regard plus que sceptique. Elle était à mille lieux d'imaginer qu'il ait eu du mal un jour à attirer la gente féminine. Il soupira et reprit une attitude neutre. La jeune femme l'observa, épatée par cette révélation et décida de le taquiner.

« Pas de sorties en voitures avec une petite amie ?... Pas de baisers romantiques au clair de lune ?... Pas de parties de jambes en l'air sur la banquette arrière ?... »

« Avril… » L'avertit doucement un Laurence patient jusque là.

Elle eut un petit rire devant sa réaction.

« D'où les séances de rattrapage... Que de chemin parcouru depuis, Commissaire… »

Alice leva comiquement les sourcils de façon admirative. Laurence secoua la tête, finalement amusé, acceptant implicitement la moquerie légère de ce petit flirt qu'il ne s'était jamais autorisé avec elle. Faire preuve d'honnêteté était libératoire, s'aperçut-il, presque jouissif. Après tout, ils se connaissaient bien tous les deux dans tous leurs travers, au détriment de ce qu'ils appréciaient réellement chez l'autre. Tout restait encore à découvrir sous cet aspect… Il s'approcha d'elle jusqu'à la toucher.

« Tu es la première femme que j'emmène ici. » reprit-il avec cette douceur inédite pour elle.

« Dans ton jardin secret... » Elle avait repris son sérieux et lui sourit en appréciant la confiance nouvelle qu'il lui accordait : « … Je suis sincèrement flattée, merci. »

Ils se dévisagèrent, ravis de cette évolution dans leur relation, et en même temps, déstabilisés par cette ouverture soudaine. Surtout Laurence en fait. La gentillesse le désarmait et le rendait touchant. Il s'éclaircit la gorge et dansa d'un pied sur l'autre. Alice remarqua pour la première fois ce manque d'assurance qu'elle ne soupçonnait même pas.

« Tu as donc grandi à Paris ? » Demanda-t-elle, curieuse comme une chatte et voulant toujours en savoir plus.

« Jusqu'à ce que je parte étudier en Angleterre. »

« C'était avant la guerre ? »

« Oui. »

Déjà Alice parcourait, fascinée, les titres des livres, la plupart en anglais, tout en caressant leurs couvertures du bout des doigts, comme s'il s'agissait de reliques sacrées. Elle fit lentement le tour de la pièce en arborant un sourire de gosse dans un magasin de bonbons.

Laurence la laissa faire, alors qu'une autre image se superposait à celle-là dans son esprit, celle des archives de La Voix du Nord, là où Avril aimait travailler Il y avait une telle similitude entre les deux pièces que ça en était rassurant, normal… Sans doute était-ce pour cela qu'il avait cédé à l'impulsion de lui montrer la bibliothèque ? Il se félicita de son choix, quand Alice revint devant lui, complètement aux anges.

« Je peux travailler ici ? » Demanda-t-elle.

« C'est dans ce but que je t'y ai emmenée. »

« Merci, Swan. »

Laurence hocha la tête, autorisant implicitement l'usage de son prénom. C'était une grande avancée pour la jeune femme. Doucement, il s'approcha d'elle et l'attira à lui avec gravité.

« Alice, je risque de me montrer distant pendant un temps. Ce ne sera pas facile, ni confortable pour toi, et souvent frustrant. Je te promets de faire des efforts et d'être conciliant. Donnes-moi le temps de m'ajuster et d'y voir clair. »

Touchée, elle posa la main sur sa joue.

« J'essaierai de faire preuve de patience… C'est aussi un gros défi pour moi. »

« Je sais. »

Il lui captura la main et posa un baiser à l'intérieur de son poignet sans la quitter des yeux. Alice sentit son cœur s'emballer. Comment un geste si simple pouvait-il être aussi infiniment sensuel ? Elle se mit à rougir furieusement. Conscient du trouble qu'il suscitait en elle, Laurence eut un petit rire grave.

« J'ai l'impression que la perspective d'évoluer en territoire inconnu va nous réserver bien des surprises… »

Rougissante, Alice grogna pour masquer son embarras. Déjà impatient, il s'écarta d'elle et quitta la bibliothèque.

« Je dois retourner au Quai des Orfèvres. Je vais demander à Marlène de te préparer des vêtements et je m'occupe des provisions. Si tu as besoin de quelque chose, si tu remarques quoi que ce soit qui sort de l'ordinaire, n'hésites pas, appelle-moi. »

Elle l'accompagna à la porte.

« Tu peux rester ici le temps que tu veux. Si ma mère fait son apparition… » Il haussa les épaules. « … Elle m'appellera de toute façon pour me demander depuis quand je lui cache ma liaison avec toi et si j'ai l'intention de t'épouser… »

« Je parlerai à Alexina. »

« Mon Dieu ! Ma mère n'est déjà pas simple à gérer toute seule, mais deux folles furieuses comme vous ensemble, je m'attends au pire ! »

« Ce n'est pas comme si tu ne savais pas te défendre… »

A cette perspective réjouissante, Laurence lui adressa un sourire féroce, puis déposa un baiser sur ses lèvres.

« Sois prudente, Alice. »

« J'adore quand tu m'appelles Alice. »

« Je sais. »

Il lui redonna un nouveau baiser et s'en alla. Avec un sourire heureux, Avril referma la porte derrière lui.

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Laurence prit effectivement de la distance avec Alice. Dans les jours qui suivirent, il ne l'appela qu'une fois pour l'informer que Van Hoven était convoqué pour être interrogé et probablement mis en examen pour coups et blessures volontaires, mais laissé en liberté. Quand elle lui demanda s'il passerait la voir bientôt, il éluda la question : il était surveillé par des hommes de main et qu'il lui fallait être prudent.

Alice en profita pour se plonger dans l'écriture de son roman qui avançait bien. Maintenant qu'elle touchait au but, les journées passaient sans qu'elle les voie défiler. Elle travaillait avec une nouvelle sérénité et un objectif bien défini. Bientôt, elle procéderait aux corrections et puis enverrait son manuscrit à de nouveaux éditeurs. Laurence l'avait dirigée vers un avocat qui se chargerait de réviser son contrat d'auteur. L'homme de loi l'avait assurée qu'elle rentrerait en pleine possession de ses droits, même si cela devait prendre du temps.

Elle évitait de trop penser au commissaire, même si invariablement, ses pensées l'orientaient vers l'objet de ses désirs. Il ne lui avait fait aucune promesse, à part celle d'essayer. C'était un cérébral. Il ne s'emballerait pas, mais elle se disait que l'amour n'arrivait pas par hasard, que s'il ressentait la nécessité de vouloir partager avec elle ce qu'il ressentait, alors elle serait là pour lui quand il serait prêt.

oooOOOooo

Le commissaire Laurence avait rapidement repéré les hommes qui le suivaient en voiture ou dans ses déplacements à pieds. Il avait cette faculté d'observer et de remarquer ce qui sortait de l'ordinaire. Il avait alors changé ses habitudes. La surveillance ne s'était pas relâchée pour autant. Afin de ne pas indiquer où se trouvait Avril, il ne retourna pas chez sa mère et quand il appelait la jeune femme, il le faisait d'une cabine, dans un café, jamais le même.

L'enquête sur Van Hoven avançait et l'étau se resserrait autour de l'éditeur. Ses affaires ne semblaient pas illégales de prime abord, mais il avait de nombreuses relations dans le Milieu parisien. Ses sympathies courraient même dans les sphères politiques. Laurence savait qu'il marchait sur des œufs et que s'il déplaisait en haut lieu, on lui enlèverait toute liberté d'agir à sa guise.

Il fut donc excessivement prudent. Il continua ses enquêtes et rencontra ses indics. Un malfrat qu'il connaissait bien lui fit même passer un message. Nombreux étaient ceux qui voulaient sa peau, et si ce n'était sa réputation, il y aurait longtemps que les tueurs du milieu s'en seraient pris à lui.

L'attention sembla se relâcher autour du commissaire, lorsqu'un collègue de l'antigang parvint à mettre la main sur une bande de braqueurs qui mobilisaient l'énergie de la police depuis de nombreux mois. Les journaux s'emparèrent de l'histoire. Des réseaux entiers de trafic furent démantelés. Craignant une publicité intempestive et mauvaise pour les affaires, certains caïds décidèrent de faire profil bas. Il fut donné ordre de se désintéresser de Laurence.

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Laurence descendit dans le parking de sa résidence. Il se dirigea vers une voiture recouverte d'une bâche de protection et l'enleva. La Facel Vega bordeaux apparut. Il l'avait remisée après l'enquête sur la mort accidentelle de Camus qui lui avait été confiée. Pour ce déplacement nocturne vers l'appartement de sa mère, il s'était dit qu'il passerait inaperçu avec ce véhicule qu'il utilisait rarement à présent. Les sbires chargés de le surveiller n'y verraient que du feu.

Il sortit par le Boulevard Suchet et rejoignit rapidement le Trocadéro en faisant quelques détours pour s'assurer qu'il n'était pas suivi. Il ne se gara pas à proximité du logement d'Alexina et décida de marcher un peu. Là encore, il ne vit personne en train de le suivre.

Laurence sonna à l'appartement. Et la surprise se peignit immédiatement sur les traits de la jeune femme quand elle ouvrit la porte.

« Vous ne devez pas ouvrir » lui fit-il vertement remarquer, fidèle à lui-même.

Pour toute réponse, Alice se jeta impulsivement dans les bras du commissaire.

« Contente de me voir, Avril ? »

« Quelle question ! »

« Ça change de ce que j'ai connu… »

« Pff… Viens ! »

Elle referma derrière lui et avisa le grand sac qu'il tenait à la main. Laurence eut un sourire devant la curiosité qu'il sentait poindre chez la jeune femme.

« Tu as des projets ce soir ? » demanda t'il.

« Non. »

« Maintenant, tu en as. » Il pénétra dans le salon et sortit un paquet du sac. « Tiens. Ouvre-le. »

Impatiente, elle déchira le papier kraft pour découvrir la grande boîte en carton, griffée Carven. Sous le papier de soie, une robe plissée couleur vert d'eau apparut. Alice la déplia et resta bouche bée. Sans manches, avec un décolleté malicieux plutôt que plongeant, cintrée à la taille, elle était juste magnifique et simple, tout en respirant le confort et l'élégance.

Laurence se servit un scotch et alluma une cigarette en observant la jeune femme. Il lui fit signe de regarder à nouveau dans le sac. Alice en sortit une paire d'escarpins assortis à la robe.

« Merci, mais pourquoi ? »

« Je t'emmène dîner dans un endroit spécial. »

« Tu ne crains pas que je détonne dans le décor ? »

« Je m'en fiche... Va t'habiller »

Alice eut un sourire et disparut en emportant sa toilette. De longues minutes passèrent. Laurence s'était installé dans un fauteuil et lisait la presse en l'attendant. Quand les pas d'Alice résonnèrent enfin sur le parquet, il leva la tête et la découvrit dans l'embrasure.

Swan se leva pour aller à la rencontre d'Alice qui s'était légèrement maquillée pour l'occasion et qui attendait son verdict, visiblement avec anxiété.

« Comment tu me trouves ? » demanda Alice, incertaine.

« Pas mal pour un sac de pommes de terre… »

La référence la fit tiquer mais la lueur malicieuse dans les yeux du policier l'alerta qu'il l'avait fait exprès. Elle le regarda en faisant la moue.

« Tu ne changeras jamais… »

« Tu es une Belle de Fontenay à croquer… »

Avril secoua la tête en souriant. Si c'était sa façon d'exprimer son affection, elle allait avoir besoin d'un traducteur universel.

« Comment tu as fait pour la taille ? »

« J'ai l'œil. J'ai seulement triché pour les chaussures. J'ai regardé ta pointure. » Il tourna autour d'Alice. « Il manque cependant quelque chose… »

« Quoi ? » demanda t'elle, alarmée.

« Ceci. »

Laurence sortit un pendentif en or de sa poche et le passa autour du cou de la jeune femme qui le laissa faire. Il la mena ensuite devant une psyché où elle put s'admirer.

« Il manque encore quelque chose. »

Et avec un sourire mystérieux, il sortit de l'autre poche les boucles d'oreille assorties qu'il donna à Alice pour qu'elle les mette.

« Tu me gâtes, c'est trop… »

« Ici, tu peux te promener en pyjamas ou nue si ça te chante. Pour sortir, en revanche, je t'interdis d'emprunter les robes et les bijoux de ma mère. »

Alice fit la grimace.

« Ça ne me viendrait même pas à l'idée… Merci Swan. »

« Tout le plaisir est pour moi… » Alice le dévisagea longuement. « … Qu'est-ce qu'il y a ? »

« C'est la première fois que je te vois aussi attentionné avec moi. » Elle rougit. « Je n'ai pas l'habitude. »

« Il va falloir t'y faire. Et je ne veux pas entendre parler de mes prérogatives de mâle. Tu me fais l'honneur d'être mon invitée. »

« Je sais être polie. J'accepte tes cadeaux pour ce qu'ils sont. Merci. »

Grâce à ses chaussures à talon, Alice était presque aussi grande que lui. La jeune femme lui déposa un baiser sur la joue. Laurence tourna légèrement la tête et en profita pour capturer ses lèvres. Alice ferma les yeux et savoura la caresse. Incapable de résister, elle s'agrippa à lui, glissa les mains sous sa veste, avide de le sentir plus proche encore.

« Alice… » Murmura-t-il, et sa voix de baryton trahit un trouble grandissant. « Alice… » Répéta-t-il, interrompant un instant leur baiser pour plonger son regard dans celui de la jeune femme, avant de lui ravir à nouveau les lèvres.

Et Alice lui rendit le baiser avec ferveur. Troublé, il laissa échapper un gémissement sourd et fit courir ses lèvres sur le cou de la jeune femme, s'aventura plus bas, jusqu'à la naissance de sa gorge. Alice se mit à glousser.

« Je crois que nous allons être en retard pour le dîner… »

Laurence eut un petit rire à son tour, reprit contenance alors que ses baisers se firent plus apaisants et que ses mains relâchèrent leurs pressions sur le dos d'Alice. Il releva enfin la tête et lui sourit :

« Ce serait dommage de ne pas profiter de cette robe… »

« Tu goûteras au dessert plus tard. »

Laurence la regarda, clairement choqué. Alice se mit à rougir de son audace et eut un petit rire nerveux. L'étincelle qui s'alluma dans le regard du commissaire à cet instant lui procura un délicieux serrement dans le ventre qui se propagea dans tout son être.

« Je me permettrai de te rappeler cette promesse. »

« Oh, je n'en doute pas. »

Il lui donna le bras, en indiquant la sortie et ils partirent dîner.

oooOOOooo

Alice n'en croyait pas ses oreilles. Dans l'atmosphère enfumée du petit club, Ella Fitzgerald chantait à quelques mètres de sa table, accompagnée par Count Basie au piano et par son orchestre. En compagnie de Laurence, elle passait une soirée exceptionnelle et profitait de chaque minute de la prestation des artistes américains, de passage à Paris pour un concert.

Ella enchaînait des mélodies choisies, connues, et se livrait aussi à des improvisations qui faisaient la joie du public connaisseur venu l'écouter. Alice était sous le charme et applaudissait à tout rompre quand les morceaux se succédaient.

A ses côtés, Laurence fumait tranquillement, écoutant les rythmes jazzie et savourant à plus d'un titre. Il observait Alice à la dérobée, fasciné par l'enthousiasme de sa compagne et par sa beauté. La chenille mal dégrossie s'était visiblement métamorphosée en un splendide papillon. Plusieurs fois, Alice l'avait surpris en train de la dévisager.

« Quoi ? » lui avait-elle alors demandé.

« Rien… » Avait-il répondu, avec ce sourire insolent qu'il savait irrésistible.

Alice détournait alors le regard et reportait son attention sur la célèbre chanteuse, non sans jeter de petits coups d'œil vers son compagnon. Elle était déstabilisée par le comportement de Laurence, qui lui semblait à des années lumière de ce qu'elle connaissait de lui.

Elle s'était bien aperçue que deux femmes à la table voisine dévoraient des yeux le séduisant commissaire et tentaient d'attirer son attention. Mais malgré l'attrait indéniable de ces inconnues, il était resté parfaitement hermétique à ces tentatives de flirt. Ce soir, il ne semblait avoir d'yeux que pour elle.

Ella Fitzgerald revint sous les vivats et les applaudissements et fit une reprise qui déchaîna les hurlements dans la salle. Les spectateurs reprirent en chœur la chanson et la foule se mit debout pour applaudir la chanteuse américaine quand les dernières notes moururent.

Le concert était terminé. Alice était encore sous l'emprise de l'atmosphère magique. Ce ne fut que quand elle se leva qu'elle mesura à quel point elle avait trop bu. Heureusement, comme par magie, Laurence passa son bras sous le sien et lui permit de rétablir son équilibre. Il l'entraîna vers la sortie.

« J'ai envie de marcher un peu. Il fait si bon ce soir… » Dit-elle.

« La voiture est garée un peu plus loin. On y va ? »

« Allons plutôt sur les quais. »

« D'accord. »

Il lui donna le bras et elle s'appuya contre lui. Ils marchèrent en silence et croisèrent d'autres couples d'amoureux, certains se promenant comme eux, d'autres enlacés dans des coins sombres. Alice gloussa lorsqu'ils en croisèrent un, engagé dans des ébats plus intimes sous un porche.

« Sexe sur la voie publique. Tu n'interviens pas ? »

« Ils sont jeunes… Ça leur fera des souvenirs à l'automne de leurs vies… »

« Et toi, tu as des souvenirs de ce genre ? » le taquina t'elle malicieusement.

« Avril ! »

« Quoi ? Oh ! Arrêtes de faire ton prude… » Se moqua t'elle.

Il l'arrêta d'un geste mais le léger sourire qui accompagna son commentaire démentit la dureté de son ton quand il prononça :

« Je ne veux même pas m'engager dans cette conversation avec toi. »

Alice s'appuya langoureusement contre l'aile d'une voiture en croisant les jambes devant elle, révélant sa cuisse. L'expression de Laurence se modifia subtilement.

« Me provoquerais-tu ? » Demanda-t-il.

« Moi ? Non. »

Le tout dit sur un ton innocent qui dénotait tout le contraire, accompagné d'un sourire coquin. Laurence mit les mains dans ses poches et feignit l'indifférence.

« Tu as un peu trop bu, Avril. »

Alice ne releva pas et continua à sourire, les yeux brillants.

« Est-ce que tu me désires ? »

« Je te donne l'impression d'être de marbre ? » Demanda t-il, acceptant implicitement le flirt. « Comme je suis un gentleman, je me comporterai comme tel et ne te sauterai pas dessus en profitant d'un moment de faiblesse… »

Alice se redressa, soudain, outragée.

« Laurence, je te jure que si tu ne me fais pas l'amour ce soir, je te pourris la vie comme jamais ! »

« Un ultimatum ? » Il s'approcha et se pencha vers elle en lui murmurant à l'oreille : « Ce sont des menaces que je prends très au sérieux et qui nécessitent une réplique immédiate… »

Il attira Alice à lui et l'embrassa immédiatement avec passion. Brûlante, de désir, la jeune rousse soupira et répondit à son baiser avec la même fougue... La nuit promettait d'être chaude…

A suivre…