Chapitre 6

Avant de commencer votre lecture, je vous informe à nouveau que le chapitre est très citronné. Une personne s'en est plainte et je conçois aisément qu'on soit choqué par des descriptions érotiques trop explicites, voire pornographiques. Je pourrais changer le rating en M mais je ne le fais pas, car la fic disparaîtrait du panneau de contrôle et beaucoup n'ont pas le réflexe d'aller dans « filters pour les faire apparaître. Déjà qu'il n'y en a pas beaucoup dans ce fandom !

Toutefois, c'est la raison d'être des fanfictions. Réinventer ce qu'on ne voit pas à l'écran, dans le ship qu'on s'est choisi. Peu de fanfics sont en réalité dénuées de sexe et un lecteur honnête avec lui-même, sait ce qu'il cherche au travers de ces textes.

Pour ma part, j'essaie de ne pas rendre ces scènes vulgaires ou obscènes, tout en les gardant ouvertement passionnées et chaudes. C'est une question de dosage, au niveau du langage utilisé, et de fidélité aux personnages.

Si vous ne souhaitez pas être choqué(es), je vous invite à ne pas poursuivre votre lecture.

J'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur d'aborder les Petits Meurtres sous cet aspect, à dix mille lieues de ce que l'on en voit.

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Swan Laurence ne se départit de sa bonne humeur durant toute la mâtinée. Plusieurs fois, Marlène surprit son attitude ouvertement amicale avec ses subordonnées, qui contrastait avec celle plutôt neutre qu'il adoptait habituellement. Cela faisait longtemps qu'elle ne l'avait plus vu aussi jovial. Et bizarrement, cela coïncidait avec le retour d'Alice dans sa vie… Devait-elle y voir un lien ? se demanda la secrétaire en soupçonnant fortement que c'était le cas.

Les deux amies s'étaient longuement parlé au téléphone et la rousse avait expliqué sa situation. Alice avait simplement dit que Laurence la cachait et qu'elles ne pouvaient se voir pour l'instant pour des raisons de sécurité.

Marlène l'observa. Là, il faisait mine de lire un rapport et fredonnait sans s'en rendre compte. Cette fois, Marlène n'y tint plus et se décida à le taquiner.

« Les lectures de certains documents vous font toujours sourire, Commissaire ? »

Pris en flagrant délit, il se ressaisit et s'éclaircit la gorge.

« Bien sûr, Marlène… On y lit parfois des interprétations… étranges et… drôles. »

« Je doute que l'auteur de la saisine balistique numéro H-2122 sur le meurtre d'Angelo Efferandi ait fait preuve d'humour... »

Laurence jeta un oeil sur le nom du rédacteur et réprima un juron. Archibald Lesoeur était un petit homme austère qui ne souriait jamais… Toujours blanc comme un linge, il travaillait seul dans un labo au sous-sol du palais de justice tout proche, dans des anciens cachots… Considéré comme un original ou un vampire, les théories les plus folles couraient à son sujet. Il faisait même peur aux jeunes stagiaires de la police qu'on envoyait exprès le voir pour les bizuter..

« Oui, bon... Lesoeur émet juste une hypothèse intéressante… Marlène, pendant que j'y pense, vous pourriez commander deux bouquets au Marché aux Fleurs s'il-vous-plaît, un de roses rouges et un avec des roses blanches et roses ?… Dites à Madeleine que je passerai les prendre en partant ce soir. »

« Bien, Commissaire. »

Evidemment, il y avait une femme derrière ce changement de comportement... Ou peut-être même deux ! Deux bouquets… Deux femmes ! L'une à qui le commissaire déclarait sa flamme, et l'autre… qu'il quittait ! La classe, en quelque sorte...

Il y avait eu une époque où elle lui en avait voulu d'agir ainsi, par jalousie d'abord, par principe ensuite. Plus maintenant. Elle préférait mille fois être une amie proche qui comptait pour lui, plutôt qu'une anonyme tombée dans l'oubli, inscrite sur le tableau de chasse d'un impitoyable séducteur.

Et voilà qu'il recommençait à sourire… la dernière fois qu'il avait été aussi heureux, c'était à cause du médecin légiste. Comment s'appelait-elle déjà ? Ah, oui ! Euphrasie Maillol…

Marlène n'en doutait plus désormais. Une nouvelle femme venait de ravir le coeur de son ami.

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Laurence s'éclaircit la gorge et tenta de se concentrer sur la lecture du rapport mais ce dernier était d'un ennui mortel. Ses pensées finissaient inévitablement par vagabonder au bout de quelques lignes et par revenir sur le seul sujet digne d'intérêt pour lui ce matin : Alice Avril. Et plus précisément, la nuit inoubliable qu'il avait passée avec elle...

En jetant un oeil vers Marlène, il remua inconfortablement dans son fauteuil pour mettre à l'aise une partie de son anatomie qui refusait obstinément de lui obéir. Si ça continuait, il allait être obligé de se rendre dans les toilettes pour se soulager, comme un adolescent en proie à ses hormones...

Malgré son air froid et distant, il était un être sensuel qui s'adonnait pleinement aux plaisirs de la chair aussi souvent que nécessaire. En règle générale, il lui suffisait de sortir et de chercher l'aventure d'un soir. A Paris, les occasions ne manquaient pas quand on savait où chercher. Servi par un physique avantageux, il n'avait pas besoin de faire beaucoup d'efforts. Quand il avait repéré et ferré sa proie, il n'avait plus qu'à lever le petit doigt pour qu'elle tombe entre ses griffes. A de rares exceptions, il ne rentrait jamais bredouille. Sa seule consigne : ne pas passer plus d'une nuit dans le lit de ses conquêtes.

Mais avec Alice, c'était autre chose et il n'avait qu'une envie : recommencer. Il lui tardait d'être à ce soir pour la retrouver… La nuit dernière avait été parfaite et riche en émotions. Le corps de la jeune femme ne demandait qu'à être aimé et cajolé, et il en avait joué comme d'un merveilleux instrument, la comblant encore et encore. Combien de fois l'avait-il fait crier au paroxysme du plaisir ? Suffisamment pour être fier de lui...

Et voilà qu'il s'imaginait maintenant en train de la dénuder et de lui ôter les petits dessous affriolants sur lesquels elle avait flashé quelques semaines auparavant dans la boutique chic de Mireille !… Peu à peu, la lueur dans le regard d'Avril changeait, les démons ténébreux chassaient les anges bien trop sages...

Laurence se fustigea, son érection décidément persistante. Depuis qu'il s'était levé, il baignait dans une euphorie inhabituelle pour lui, uniquement dictée par un désir décuplé par ses performances… Avec son cynisme habituel, il retint un ricanement in extremis. Peu importe le terme utilisé, il n'avait qu'une envie : s'envoyer en l'air, forniquer, baiser avec une certaine rousse jusqu'à la satisfaction complète de leurs désirs… Il la désirait avec une impatience et une férocité qui auraient dû l'alerter, mais son moi rationnel était totalement étouffé par un chaos émotionnel à la hauteur de son appétit charnel.

Qui l'eut cru ? Certainement pas lui. Il aurait même ri à gorge déployée, si on lui avait dit trois ans plus tôt qu'il coucherait avec Alice Avril et qu'il en redemanderait !

Sur ce, le téléphone sonna et il redescendit brutalement sur terre, soulagé d'avoir enfin une distraction sérieuse à ses pensées devenues par trop polissonnes.

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Malgré la présence d'Alexina, Alice Avril trouvait que la journée ne passait pas assez vite et avait hâte de retrouver Laurence. Elle profita de la sieste de la vieille dame pour travailler tranquillement, mais elle était distraite. Son esprit revenait constamment vers la nuit précédente et chaque fois, elle ressentait des torsions agréables dans le ventre qui la faisait rougir. Jamais aucun homme ne lui avait fait cet effet viscéral, intense, exigeant par sa férocité… Elle en voulait plus, avec dans la tête, les images de leurs deux corps enlacés qui s'abandonnaient au plaisir, debout contre le mur...

Etait-ce la façon dont il lui avait fait l'amour, à plusieurs reprises ? Alternativement, il s'était montré tendre, passionné, à nouveau attentionné et doux, puis animal, le plaisir chevillé au corps comme si rien d'autre n'avait d'importance... Etait-ce le fait qu'il lui ait permis de prendre l'initiative et de la laisser exprimer physiquement le désir brûlant qui la consumait ? Ce sentiment de fierté et d'accomplissement alors qu'elle le menait à l'extase, en prenant tout en donnant… Y avait-il vraiment un dominant et un dominé ? Leur rivalité semblait disparaître alors qu'ils ne voulaient plus faire qu'un. Comme elle avait aimé l'expression passionnée de son visage alors qu'il criait son prénom en la serrant contre lui… Elle lui avait déjà dit qu'elle aimait l'entendre l'appeler "Alice", mais cette affirmation prenait encore plus de sens quand c'était elle qui lui faisait l'amour et qu'il se laissait aller, confiant… C'était sans doute tout cela qui la bouleversait autant et qui faisait qu'elle voulait recommencer.

Avril découvrait tout un pan de la personnalité de Laurence soigneusement caché derrière le vernis de politesse et les conventions sociales. Bien sûr, à maintes reprises, elle avait été témoin de son comportement conquérant lorsqu'il séduisait et s'en était agacée. Mais ce n'était pas tant lui, c'étaient les femmes qui succombaient trop facilement à ses avances, qui l'avaient irritée. Pourquoi fallait-il qu'il en soit ainsi ? Pourquoi se pliaient-elles volontairement aux diktats de ce genre d'hommes, prêts à tout pour les mettre dans leurs lits, sans aucun remords ? Pourquoi ne leur opposaient-elles pas un refus poli et n'étaient-elles pas celles qui choisissaient ? C'était ce code dont elle voulait briser les règles.

Une femme libre est exactement le contraire d'une femme légère, aimait à répéter Simone de Beauvoir. C'était une maxime qu'Alice avait immédiatement adoptée quand elle l'avait entendue la première fois. L'émancipation féminine était heureusement en train de changer la société, même si c'était choquant aux yeux des bourgeois et autres bien-pensants. Exprimer son désir comme un homme, être libre de faire ce qu'elle voulait de son corps… Telle Bardot bousculant les tabous, pourquoi les femmes ne marqueraient-elles pas leur territoire et ne dicteraient-elles pas leurs lois en matière de séduction ?

Elle avait testé Laurence la veille en le provoquant délibérément après le concert d'Ella Fitzgerald. Il avait d'abord été déstabilisé qu'elle prenne les rênes, avant d'en être amusé, puis rapidement conquis. Sans doute avait-il pris conscience qu'il appréciait une Alice qui prenait l'initiative sous forme de jeu ? Paradoxalement, avec Laurence, le macho par excellence, Alice trouvait enfin le partenaire idéal et parvenait à s'exprimer. A voir sa réaction ce matin, il avait clairement apprécié leur nuit…

Alice aperçut son reflet dans le miroir qui souriait béatement. S'il lui disait le contraire, elle ne le croirait pas ! Certes, il y avait l'attrait de la nouveauté, mais ils n'étaient qu'un homme et une femme animés par le même élan. Cela l'effrayait par son ampleur et son caractère obsessionnel, tout en l'excitant. Jamais elle n'avait vécu une aventure aussi torride et obsédante, mais leurs rapports avaient toujours été uniques et hors normes, même quand ils étaient seulement amis. Sans doute que leurs caractères volcaniques les menaient vers une relation à leur image : intense, conflictuelle, passionnée… vivante, quoi !... Seigneur ! La situation allait sans doute devenir explosive à un moment donné et se terminer par une rupture avec pertes et fracas... Elle chassa la peur insidieuse que cette pensée avait fait naître… Dans quoi venait-elle de se fourrer ?

Arrête de te faire des noeuds au cerveau, pose-le et vois ce qui va advenir, pensa Alice. Laisse-toi vivre… Ne lui mets aucune pression ou il te filera entre les doigts. Et profite, profite de chaque instant passé avec lui, comme si c'était le dernier…

Forte de cette décision, La rousse se sentit ragaillardie. Peu importe ce que l'avenir leur réservait, ensemble ou pas, elle avait la ferme intention de le vivre jusqu'au bout pour ne rien avoir à regretter.

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Quand Alice ouvrit la porte, Laurence avait les deux mains cachées dans le dos et elle voyait vaguement quelque chose dépasser, mais elle n'en eut cure. Impulsivement, elle lui sauta au cou et lui roula une pelle magistrale avant qu'il puisse dire ou faire quelque chose.

Alexina les surprit ainsi, en train de s'étreindre passionnément et ne put s'empêcher de rire, alors qu'il brandissait les deux bouquets de rose, les bras écartés pour les protéger des assauts de sa maîtresse. Alice avait parfaitement compris le message véhiculé le matin même.

Impuissant, Laurence sursauta lorsqu'il vit sa mère les dévisager et protesta vivement en tentant de se reculer...

« Avril !... AVRIL ! »

« Quoi ? »

« On n'est pas tout seul… »

« Et alors ? C'est juste Alexina. »

« Raison de plus. »

La vieille dame balaya les paroles de son fils d'un geste.

« Au contraire, je me félicite qu'Alice prenne l'initiative de te manifester son affection. »

Laurence dévisagea froidement sa mère pour garder un semblant de décence. Avec regret, la rousse se détacha du policier, qui tendit alors le premier bouquet à Alexina en un geste de conciliation. Surprise, la vieille dame le prit en le remerciant, puis il donna les roses rouges à Avril, qui siffla de façon appréciative.

« Swan vous sort le grand jeu, Alice. »

« Maman, je me passe de tes commentaires ! »

« Oh, ça va ! J'ai beau être ta mère, j'ai été jeune ! Ton père m'en offrait souvent, tu sais ? »

Elle disparut dans la cuisine et Swan ferma la porte derrière lui, pendant qu'Alice respirait le parfum des roses. Elle lui sourit de façon espiègle et murmura :

« Tu m'as manqué… »

« A la façon dont tu m'as accueilli, je ne m'en serai pas douté. » Ricana-t-il.

Ils échangèrent un long regard et Swan posa la main sur la joue d'Alice alors qu'elle se rapprochait de lui, le regard empli de désir. Fasciné par l'expression de ses yeux, il caressa du bout du pouce les lèvres si tentantes de la jeune femme.

« Plus tard, promis. »

Alice ouvrit la bouche et se mit à sucer le doigt de Laurence de façon coquine. Elle vit aussitôt les pupilles de son amant se dilater, tandis qu'il se rapprochait d'elle de façon féline. En se rendant compte du pouvoir qu'elle exerçait sur lui, elle eut un sourire entendu.

« Tu ne perds rien pour attendre… » Lui glissa-t-elle sensuellement, avant de s'écarter de lui.

Alice le vit déglutir difficilement et eut un petit rire en laissant glisser les yeux vers l'entrejambe de Swan. La bosse était bien là… Après un dernier sourire moqueur, elle le laissa planté là et rejoignit Alexina, qui avait enfin trouvé deux vases pour leurs bouquets…

Les tempes battantes, l'esprit en émoi, Laurence essaya de se calmer en priant tous les Saints de l'aider à surmonter la soirée en compagnie des deux femmes.

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Le dîner se déroula somme toute très bien, à peine émaillé de quelques piques et sarcasmes. Alexina se révéla une conteuse enjouée lorsqu'elle leur narra ses aventures à bord du bateau de croisière. Le vin aidant, ils rirent beaucoup au récit de ses rencontres. Elle se plaisait à leur dire qu'elle avait brisé le coeur d'un riche septuagénaire encore vert, qui lui avait promis de la revoir une fois à Paris. Elle n'y comptait pas vraiment, persuadée qu'il était typiquement le genre d'homme à entretenir une femme de quarante ans sa cadette…

Alexina racontait mais ne perdait pas une miette des regards échangés entre Alice et son fils. Cela ne faisait aucun doute qu'ils mourraient d'envie de se retrouver seuls tous les deux. Et pas seulement pour discuter… Demain, elle se promit d'appeler Geneviève et de répondre à son invitation. Elle irait passer quelques jours chez son amie à Garches car elle ne voulait surtout pas s'immiscer dans une histoire d'amour naissante.

D'ailleurs, après le dessert, elle prétexta la fatigue due à son retour pour qu'ils se retrouvent tous les deux en tête à tête. A peine eut-elle quitté la pièce en leur souhaitant une bonne nuit qu'ils se précipitèrent l'un vers l'autre pour échanger un baiser impatient et fiévreux.

« Bon sang ! J'ai attendu ça toute la soirée ! » S'écria la rousse.

« Et moi, toute la journée… »

Ils recommencèrent à s'embrasser avec fougue, alors que leurs mains s'activaient, comme mues par une vie propre. Ils se caressèrent impatiemment au travers de leurs vêtements, aiguisant un appétit charnel déjà bien entamé.

« Swan, je n'ai pas arrêté de penser à nous... Si tu savais comme j'ai envie de toi... »

L'intéressé grogna, au comble de l'excitation. Sa journée avait été un enfer, mais ce n'était rien à côté de la folie qui le menaçait s'il ne parvenait pas à satisfaire des désirs trop longtemps contenus.

« Moi aussi... mais on ne peut pas faire ça, ici… Pas ce soir... »

« Emmène-moi chez toi. »

« C'est trop dangereux, je suis surveillé. »

« Dans ce cas, allons dans la bibliothèque… »

Ils s'y rendirent le plus dignement possible et fermèrent la porte à clé derrière eux. Alice voulut l'embrasser, mais il se dégagea.

« Attends une minute… »

Il brancha la platine et mit un disque de blues en sourdine. Alice, qui avait patiemment attendu, se sentit fondre quand il se tourna avidement vers elle et reprit ses lèvres. Enfin... Ils s'embrassèrent férocement, en laissant libre cours à leur passion.

Alice parvint à déboutonner la chemise de Swan et se mit à explorer avec ses doigts sa peau tant convoitée. La rousse traça ensuite avec sa bouche un chemin de son torse vers son estomac en suivant sa petite ligne de pilosité et tomba à genoux devant lui alors que ses mains défaisaient la ceinture de son compagnon avec une impatience certaine… Elle ne tarda pas à déposer des baisers sur la bosse qui déformait son sous-vêtement.

Le pantalon tomba, suivi par le caleçon… Alice le poussa sur l'un des Chesterfield et Swan s'y affala, plutôt amusé par l'enthousiasme de sa compagne. Totalement à la merci de la rousse, Laurence ferma les yeux et rejeta la tête en arrière quand les lèvres pulpeuses de la jeune femme se refermèrent autour de son membre fièrement dressé. Ses mains vinrent spontanément se perdre dans les boucles rousses de la jeune femme et il la laissa faire en murmurant doucement son prénom...

Swan baissa les yeux vers elle et découvrit la vision la plus érotique qui soit, ajoutant à son excitation. Il grogna de volupté tandis qu'Alice lui effleurait le gland. Elle l'affola d'abord de coups de langue rapides, vifs et légers, avant de l'accueillir enfin dans les exquises profondeurs de sa bouche, humide et chaude.

Haletant, il se souleva du canapé afin de mieux se tendre aux lèvres expertes, s'abandonnant aux enivrantes succions qui l'amenaient jusqu'au fond de la gorge d'Alice, sortant et revenant selon les caprices de sa partenaire. C'était elle qui menait le jeu. Une artiste aussi incomparable que perverse.

Jamais Alice n'avait osé de telles improvisations avec Robert, la caresse buccale étant un préliminaire exceptionnel, uniquement pour faire plaisir à son mari quand elle ne pouvait pas, et encore, elle n'y trouvait pas de plaisir particulier... Mais là, maintenant, elle se disait que c'était l'acte le plus beau et gratifiant qui soit, terriblement érotique, une source infinie de jeux espiègles et coquins, un sadisme raffiné dont la femme pouvait user et abuser au gré de son imagination.

Laurence eut l'impression de monter brutalement dans les tours, lorsque Alice accéléra les spirales de sa langue, avant de l'avaler. Pour Swan, désormais excité comme un beau diable, c'en fut trop. Il tenta de résister mais ne put contrôler trop longtemps les formidables élancements qui enflammaient son sexe gonflé. Il prévint Alice de son éjaculation imminente, un avertissement dont elle ne tint pas compte, bien au contraire… Swan émit un cri étouffé, eut un violent sursaut réflexe et se répandit en geignant, submergé par les sollicitations de la langue de sa maîtresse qui recueillit chacune de ses giclées avec un sourire triomphal.

Sans cesser de le provoquer, maintenant l'érection en pleine forme, Alice se redressa avec hâte, se tortilla pour se débarrasser de sa culotte et remonta sa robe jusqu'aux hanches.

Alors Swan l'attira sur ses genoux et se mit à caresser l'intérieur des cuisses moites de la rousse, guidant en même temps son sexe vers elle. Alice étouffa un cri au moment où il s'enfonça brutalement en elle.

Cette impression d'être enfin complète était divine. Le sentir, là en elle, lui appartenir comme si plus rien d'autre ne comptait… Secouée par les assauts de Swan qui agitaient furieusement les reins sous elle, Alice sentit qu'elle ne tiendrait guère longtemps. Le plaisir qu'elle avait nié toute la journée, grimpa rapidement et elle ne tarda pas à ressentir l'élan irrésistible qui l'entraînait vers un formidable orgasme. Quelques secondes plus tard, elle se contractait violemment autour de lui en s'abandonnant aux feux qui dévoraient son bas-ventre. Comme il put, il étouffa les gémissements sonores de la rouquine avec sa main et fit une grimace quand elle lui mordit la base du pouce, là où la chair de la main était la plus épaisse.

Encore sous le coup d'intenses vagues de plaisir, Alice éprouva une immense satisfaction quand son homme tressaillit à nouveau et grogna sous elle, la tête enfouie dans son cou. Ce soir, c'est elle qui détenait le Pouvoir. Tous les pouvoirs… Elle était la Reine de tous les désirs, pouvant assouvir tous leurs fantasmes.

Encore enlacés, leur appétits provisoirement calmés, ils s'embrassèrent et se dévisagèrent intensément.

« Cette journée m'a semblé durer une éternité sans toi... » Commença la rousse.

« … Mais elle se termine en apothéose. » Termina Swan, peu habitué à ce type de confidence, mais heureux de la partager.

« Ça va mieux maintenant ? »

Il eut un simple sourire qui en dit long, puis son expression redevint sérieuse.

« Alice, il va falloir qu'on soit plus prudent… »

« Je suis sûre que ta mère n'a rien entendu. »

« Je ne te parle pas de ça, mais de la probabilité que tu tombes enceinte, si nous continuons à copuler comme des lapins, sans réfléchir. »

Alice fut immédiatement douchée et se figea, ce qu'il remarqua immédiatement. La jeune femme se mordit la lèvre et s'en voulut de ne pas y avoir pensé plus tôt. Il hocha la tête, implicitement d'accord avec elle.

« Tu as raison. » Admit-elle.

« Je suis autant fautif que toi, sinon plus. D'habitude, je prends mes précautions. »

Quel aveu pour l'amant prévoyant et en contrôle qu'il était d'ordinaire ! C'était tellement révélateur de son état d'esprit actuel et du chaos qu'Alice provoquait chez lui… La rousse eut un sourire jusqu'aux oreilles et Swan se crut obligé de se justifier.

« Tu as toujours été un élément terriblement perturbateur, Avril. C'est dans ta nature. »

« Je te rappelle que je suis ton fléau personnel, né pour t'emmerder, Laurence, mais vois le bon côté des choses : tu ne t'ennuies jamais avec moi. »

« Misères... Pourquoi est-ce que j'attire toujours des chieuses ? »

Elle se mit doucement à rire. Il fit une grimace, pas prêt à admettre qu'elle avait sans doute raison.

« Tu es le contraire de tout ce que j'aime chez une femme, Avril. »

« Ça ne fonctionne pas avec celles qui t'attirent. Essaie avec celle que tu crois ne pas apprécier. »

« Je ne cherche pas une relation suivie. »

« Tiens donc ? Ce n'est pas ce que tu insinuais il y a quelques jours. »

Il soupira, soudain sérieux.

« Tu sais très bien que ça ne marchera jamais entre nous… »

Elle l'observa en silence. Il fut une époque où cette affirmation l'aurait mise en boule, mais maintenant elle résonnait en elle comme un écho, et elle comprenait parfaitement pourquoi il réagissait comme ça… Elle ne pouvait pas le blâmer d'opérer un rétropédalage prudent.

« C'est normal d'avoir peur, Swan, surtout quand on se connaît comme on se connaît, toi et moi... »

« C'est ridicule, je n'ai pas peur… »

Elle secoua la tête, pas dupe un instant devant son air bravache et sa mauvaise foi.

« Oh, mon chéri, tu es adorable, mais tellement à côté de la plaque… »

Elle se pencha et lui donna un tendre baiser auquel il répondit gentiment. Mon chéri, si elle savait comment son coeur avait manqué un battement quand elle l'avait appelé ainsi...

« Alice, tu es un vrai poison... »

« … Qui s'insinue dans ton corps et dans ton esprit… C'est pour ça que tu m'aimes ! »

« Hé, je n'ai rien dit de tel ! »

Elle se leva en riant et réajusta ses vêtements, pendant qu'il faisait de même, surpris par la réaction posée de la jeune femme. Il se souvenait d'elle, partant au quart de tour lorsqu'il la cherchait ou se moquait d'elle. Là, elle le titillait agréablement par le biais d'un humour léger, mais l'amour était chose sérieuse et il ne voulait pas qu'elle souffre. Il ne lui avait rien promis, autant qu'elle évite de se monter le bourrichon en imaginant qu'elle allait vivre le grand amour avec lui.

« Tu sais que j'ai raison… »

Alice sembla lire dans ses pensées.

« Je suis heureuse comme ça. Crois-moi, c'est tout ce qui compte, surtout après ce que j'ai vécu avec Van Hoven… Laisse-moi profiter, d'accord ? »

Laurence la dévisagea, en ne sachant pas trop quoi répondre à ça. Il sentait la blessure à vif et le besoin pour elle de tourner la page. Il posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis qu'il l'avait retrouvée.

« Tu l'aimes encore ? »

Alice baissa les yeux et ne répondit pas immédiatement.

« Autant être honnête avec toi, puisque tu l'as été avec moi... Paul a été le premier à voir, à comprendre ce qu'il y avait là… » Elle montra son coeur. « … C'est lui qui m'a fait confiance et m'a donné ma chance... »

« Pygmalion, hein ? »

« Il y a de ça, oui. »

« Mais on est loin de la pièce de George Bernard Shaw. »

Elle baissa les yeux.

« Il s'est comporté comme un véritable gentleman au début... » Elle eut un pauvre sourire. « Il m'idolâtrait littéralement et j'aimais ça, qu'il soit aux petits soins avec moi. Personne ne l'avait jamais fait... Qui n'aimerait pas être traitée comme ça, hein ? »

« Tu n'as pas à justifier le fait qu'il t'ait dupée. »

« J'étais un trophée qu'il exhibait fièrement. Je ne m'en rendais pas compte parce qu'il m'avait "faite" en quelque sorte et que j'aimais partager ça avec lui... C'était à nous, tu comprends ? »

« Oui. Et puis, les choses se sont gâtées… »

« Un soir l'année dernière, un inconnu, plutôt bel homme, m'a invitée à danser. J'ai bien vu que ça ne plaisait pas à Paul, mais il n'a rien dit. Ce n'est qu'une fois que nous avons été seuls qu'il m'a fait toute une scène et a levé la main sur moi pour la première fois… Immédiatement après, il s'est excusé, en se traitant d'imbécile, de jaloux, en me promettant qu'il ne recommencerait plus. Ce soir là, il m'a fait l'am… il s'est comporté avec une tendresse inégalée... »

Alice rougit et Laurence tenta de rester stoïque devant cet aveu qui le remplissait de colère. Il ricana :

« Tu l'as cru et tu lui as pardonné. »

« Oui. »

Elle baissa la tête, honteuse. Il se rendit compte qu'il était en train de la culpabiliser et s'en voulut. Ce n'était pas de sa faute à elle.

« Alice, viens là... »

Swan la prit dans ses bras et la serra contre lui.

« Les hommes de la trempe de Van Hoven sont des manipulateurs qui n'aiment que le pouvoir qu'ils peuvent exercer sur leurs victimes. Il s'est joué de toi et le fera encore tant qu'il sentira que tu es sous sa coupe… Il ne t'a jamais réellement aimé, Alice. Il te l'a fait croire. »

Avril se mordit la lèvre pour ne pas pleurer.

« Je sais. »

« C'est bien que tu en aies pris conscience. Tu n'es plus dans le déni comme il y a quelques semaines, quand tu m'as raconté ton histoire… »

Elle essuya ses yeux brûlants et hocha la tête.

« C'est aussi pour ça que tu m'as laissé du temps ? Pour que je réfléchisse à ma situation ? »

« En partie, oui. Tu avais besoin de ce recul nécessaire et d'une relation... disons, plus saine pour t'en rendre compte. »

Elle se blottit étroitement contre lui.

« Je te remercie pour ton aide. Tu es un véritable ami. »

« Pas de quoi. J'en tire certains... bénéfices. »

« Tu ne fais jamais rien de façon désintéressée, hein ? »

« Mais il me semble que je ne suis pas le seul à en tirer avantage ! »

« Cet arrangement entre nous pourrait devenir permanent, si tu le souhaites. »

Swan ne répondit pas et prit une mine sérieuse.

« Ton roman avance bien ? »

Pas dupe un instant qu'il essayait de détourner la conversation, elle eut un bref sourire. Elle n'avait pas envie elle non plus de s'engager sur le terrain épineux de l'avenir de leur relation.

« Je l'ai fini. »

« Je pourrais le lire ? »

Alice secoua la tête négativement

« J'ai encore des corrections à y apporter. »

« Et après ? »

« Je l'envoie chez Barras, mon nouvel éditeur. »

« Il en dit quoi ? »

« Il est emballé. Et tu sais ce qui est génial ? »

« Non ? »

« Je le signe de mon vrai nom ! »

« Je suis ravi pour toi. »

« Le crépuscule des Âmes sombres, par Alice Avril… ça en jette, hein ? »

« Ce n'est pas trop ma tasse de thé, comme on dit… » Il haussa les épaules. « … Pourquoi pas ? »

Alice baîlla soudain à s'en décrocher la mâchoire.

« Fatiguée ? »

« Je te rappelle qu'on n'a pas beaucoup dormi la nuit dernière… Tu viens te coucher ? »

Laurence eut un petit rire.

« Il serait plus convenable que je rentre chez moi. »

« Arrête, Alexina ne voit aucun inconvénient à ce que tu restes. » Elle lui adressa un sourire coquin. « Je serai sage, promis. »

« C'est ça, c'est ça... »

Elle le retint alors qu'il s'apprêtait à partir.

« Reste avec moi cette nuit. En tout bien, tout honneur... »

Il n'avait pas besoin d'être convaincu. Il finit par hocher la tête.

« Okay. »

Et il la suivit dans sa chambre qui était devenue la leur. Ce soir là, après quelques baisers échangés, Alice s'endormit sereinement dans les bras de Swan Laurence.

A suivre…