CHAPITRE 05

Tournant au détour d'un rocher, Tinidor avançait implacablement vers sa destination. La verdoyante forêt qui s'étendait devant lui était un subtil camouflage pour cacher l'antre de guerre de son maître, le grand titan Cronos. Repoussant un éventail de branche qui se dressait devant lui, il finit par arriver face à une gigantesque plaine qui ressemblait plus à une jungle qu'à une plaine méditerranéenne.

Levant rapidement les yeux vers le ciel, il remarqua qu'il avait mis plus de temps que prévu. Au loin sur sa gauche, il pouvait voir l'astre solaire se replier lentement sur lui-même, permettant à l'astre diurne de prendre lentement sa place pour inonder le sol de sa lumière argentée.

Pourtant, il devait se hâter. Et il savait qu'il n'allait pas apprécier ce retard, ni même ce qu'il allait lui annoncer. Soupirant de lassitude, Tinidor se remit en marche, sa cuirasse rutilant d'effroi quand les derniers rayons de soleil vinrent s'y refléter.

Au fur-et-à-mesure de sa progression, ses pas propageant autour de lui un petit nuage de poussière, la végétation prenait grandement ses droits, s'imposant telle une armée envahissant une ville, et l'obligeait à repousser plusieurs fois une branche assez feuillue de devant son visage. Ce ne fut qu'après une bonne heure d'abatage qu'il sortit enfin de cette surprenant jungle, respirant par la même occasion. Même si cela n'était que des végétaux, le côté condensé et oppressant empêchait fortement de respirer à son aise.

Époussetant sa cuirasse de la paume de ses mains avant d'essuyer la sueur qui perlait son front, Tinidor se remit en route, jetant de temps en temps de rapide coup d'œil vers le ciel devenu, maintenant, d'un bleu corbeau.

Ce dernier se remplissait de plusieurs scintillements d'étoiles qui commençaient lentement à naître.

Gravissant rapidement la bute qui se présentait à lui, il finit par apercevoir, au loin, la gigantesque bâtisse qui était l'antre de son maître. Parsemé de hautes colonnes sur tout son pourtour, elle était faiblement illuminée par les torches de poix qui étaient disséminé un peu partout. Du haut de son promontoire, elle surplombait des petites maisons dont certaines d'entre elles étaient occupées à l'instant même, présence prouvée par la faible lumière d'une flamme vacillante illuminant l'intérieur. Un peu plus sur la droite, à flan d'une montagne aux pans abruptes et aux arrêtes tranchantes, un demi colisée s'étendait de tout son long, s'enfonçant lentement dans les ténèbres tellement sa surface était noir.

Des cris atroces s'en élevaient, tel un chant harmonieux.

Se délectant de cette mélodie, il se mit à sourire et se remit en marche, heureux d'être enfin de retour chez lui. Suivant le sentier qui s'offrait à lui, il le remonta rapidement, imprimant ses pas dans le sol poussiéreux. À chaque fois qu'il passait devant une torche, sa cuirasse scintillait d'un éclats sombre, comme si l'enfer se mettait à naître à chacun de ses passages.

Devant lui, un haut portail se dévoilait, suivies de près par une haute fortification et gardée par trois gardes de chaque côté. Ces derniers, voyant le plastron rouge sanguin qui ornait sa poitrine, s'inclinèrent avec respect et le laissèrent passer sans poser de question. Trinidor s'en amusa, surtout quand il remarqua que l'un des gardes lui jetait de rapide coup d'œil d'où suintait l'angoisse et la peur. Il se rappelait parfaitement d'avoir vu ce jeune gardien quelques heures avant, l'obligeant à se soumettre devant lui.

Ce dernier, ainsi qu'un autre, l'avait regardé avec un dédain des plus surprenant. Ne l'acceptant pas, il avait arraché la trachée de l'autre garde afin de leur apprendre la politesse tout en plongeant son regard sanguinaire dans celui encore vivant.

Arrivant justement à la hauteur du garde qui baissa promptement la tête pour ne pas être vu, Tinidor s'arrêta et se tourna vers lui en le regardant de haut.

- Tu es encore là, toi !

- Oui… Seigneur… répondit le pauvre guerrier en cuirasse noir, la peur suintant dans sa voix.

- Pour ton information, commença à dire Tinidor en l'attrapant par le col de son armure, je n'hésiterai pas à parler du petit quiproquo qu'il y a eu tout à l'heure. Ton ami à mériter son châtiment mais, comparé à celui qui t'attend, le sien était bien trop doux. Tu aurais dû prier le maître que je te choisisse toi au lieu de lui !

D'un simple mouvement du poignet, Tinidor relâcha sa proie et ce dernier retomba mollement sur ses jambes, tremblotante comme jamais. La peur qui se lisait dans ses yeux étira un sourire sur les lèvres du lieutenant, savourant le plaisir que cela lui octroyait durant quelques secondes. Relevant le menton, il tourna promptement les talons et s'enfonça dans la cité, les cris des agonisants se trouvant dans l'arène lui vrillant tendrement les tympans.

- Que j'aime cette mélodie, pensa-t-il, tout guilleret. Je ne m'en lasserai jamais !

De chaque côté de l'allée pavée qu'il remontait, il pouvait voir plusieurs de ses congénères occupés à batailler férocement entre eux. Plusieurs femmes, terrorisées par leur assaillant, hurlaient après une aide qui ne venait pas. Certaines même étaient besognée à même le sol, retournée lamentablement dans la boue. Elles allaient même jusqu'à enfoncer leurs ongles dans le sol, menant le bout de leur doigt en sang. À première vue, celle qui se trouvait dans la cité n'était pas les plus favorisée. À cette vue, une pensée lui traversa l'esprit et il espéra être libéré rapidement pour assouvir ses désirs les plus ardent qui commençaient à naître plus bas.

Fermant les yeux, il avança plus rapidement et se retrouva bientôt hors de la cité, empruntant les larges marches qui menait rapidement au promontoire de la cité. Au fur-et-à-mesure qu'il montait les marches, il pouvait voir le temple de son maître se rapprocher de lui, sombre et menaçante comme elle l'avait toujours été. Au loin, il pouvait voir les longs remparts de la cité qui, au final, faisait plus penser à une forteresse.

Mais aucune forteresse n'était semblable à celle où il se trouvait !

La grandeur du représentant étant le summum de l'évolution humaine, la forteresse se devait d'être à la taille de la grandeur du dieu qu'elle défendait. Pénétrant rapidement dans l'enceinte, il ne s'étonna pas de parcourir plusieurs lieux sous terre, le temple du dieu se trouvant quelques mètres plus hauts. Ce dernier n'était accessible que par un seul escalier dont ce dernier était étroitement surveillé. Seul les généraux avaient le droit d'y accéder. Et encore, uniquement sous la demande de Cronos.

Marchant droit devant lui, sa cuirasse noire se fondant parfaitement dans l'ombre de la bâtisse, Tinidor hocha froidement la tête à chaque fois qu'il croisait quelqu'un sur son chemin.

Le plus urgent était, pour lui, de rendre part de son raye à son général et non de parlementer avec quiconque du beau temps et du plaisir qu'octroyait la sauvagerie dont ils faisaient preuve.

Tournant sur sa gauche, il entra dans une petite salle aux murs rougeoyant et s'étonna de n'y trouver personne. Grognant entre ses dents, il fit rapidement demi-tour et claqua la porte en fer derrière lui et ne s'étonna pas le moins du monde de l'avoir vu ouverte à son entrée.

Après quelque pas et ce, sans destination prédéfinie, il finit par s'appuyer contre une des gigantesques colonnes de roche sombre qui remplissaient la salle. De là où il se trouvait, il avait une vue d'ensemble sur toute les salles adjacentes. Dans certaines, plusieurs de ses compères discutaient avec leurs sous général, remettant leur rapport sur la destruction organisée à l'extérieure. Dans d'autre, des plans de batailles étaient planifiées afin de mettre les olympiens en déroute. D'autre encore servait à la torture des prisonniers les plus à-même de leur donner des renseignements. Mais seules quelques une étaient destinées à des buts bien précis.

Se prenant le menton entre le pouce et l'index, il ferma les yeux et laissa son esprit vagabonder le temps de sa réflexion. Où avait bien pu passer le sous général pour lequel il officiait ? Ce n'était pourtant pas dans ses habitudes de quitter sa tanière alors qu'il l'avait envoyé semer le chaos. Ses pensées se confrontant l'une contre l'autre, il ne remarqua pas l'homme qui s'approchait de lui.

- Que fais-tu là, Tinidor ?

La voix du nouveau venu claqua dans l'air comme une voix venant d'outre-tombe. Elle était tellement puissante que Tinidor ne put s'empêcher de sursauter sur place, glissant par la même occasion du pilier sur lequel il était appuyé. Se rattrapant in-extremis, il releva rapidement la tête et plongez son regard sanguinaire dans celui du nouveau venu.

Les yeux aussi profonds que les tréfonds de l'univers, le nouveau venu arborait une sublime chevelure d'un blanc immaculé. Quelques mèches serpentaient devant son regard cosmique, hypnotisant quiconque l'observait un tant soit peu. Son armure, d'une couleur aussi profonde que ne l'était les ténèbres, scintillait tel un diamant face à la lumière du soleil. Retenue en queue de cheval, sa crinière virevoltait dans l'air, comme si une brise venait l'y soulever.

Et pourtant, aucun courant d'air ne traversait la gigantesque salle dans laquelle ils se trouvaient.

- Aurais-tu perdu ta langue, misérable insecte ?

Frissonnant le peur, Tinidor baissa rapidement les yeux, sachant qu'il était inconvenant de rester plus impoli envers une tel personne. La puissance de cette personne était telle qu'il ne pouvait faire autrement que de poser un genou à terre. Et pourtant, malgré cela, une réponse des plus ardue devait venir. Déglutissant difficilement, il arriva à baragouiner quelques mots qui résonnèrent faiblement comparé à la voix de la personne qui venait de se présenter à lui.

- Ti ... Titan Japhet ...

Dieu que sa gorge était sèche ! Tinidor avait énormément de mal à rester des plus neutre face à une telle personne. De ce qu'il avait pu entendre, le Titan Japet était le seul frère de son maître Cronos à avoir accepté de seconder ce dernier afin de reprendre le pouvoir sur les Olympiens, les autres ayant refusé de prendre part à la guerre au vu de la magnanimité des dieux par rapport à la Titanomachie.

- Pardonné mon offense, poursuivit Tinidor, tout autant mal à l'aise. Seigneur Japet, que puis-je pour vous ?

S'il avait été seul, Tinidor aurait volontiers régurgité tout ce qu'il avait englouti plus tôt en matinée, tellement le frère de son maître lui provoquait un dégout des plus répugnant. Faisant mine de ne rien montrer de ses sentiments, il inclina un peu plus la tête afin que l'ombre de son casque cache entièrement son regard empli de peur et aussi de dégout envers la personne présente.

- Je t'ai demandé ce que tu faisais là ! répondit le titan avec sa puissante voix.

- J'attends le retour du sous général, Seigneur. Ce dernier n'est point dans son antre et je venais lui faire part de la mission qu'il m'avait chargé d'accomplir.

Japet regardait hautainement le lieutenant qui lui faisait face. Pour lui, quelque soit l'être humain qui se trouvait sous les ordres de son frère cadet, aucun d'eux n'avait droit de recevoir une quelconque sympathie de sa part. Ils n'étaient rien d'autre que de nullissimes insectes à ses yeux. Et ce qu'il supportait le moins, était le fait d'en voir certains se prélasser au lieu de batailler. Ils préféraient impunément besogner d'infidèles sauvageonnes que de semer une irréductible terreur dans les camps ennemis.

- Ton sous général n'est plus, finit-il par répondre après plusieurs secondes de silence. Ce dernier s'est montré indigne de la confiance que mon frère Cronos avait placée en lui. Tu iras dorénavant rendre ton rapport à ton général.

- Bien Seigneur… répondit simplement Tinidor en gardant le genou à terre.

Le bruissement de la cape du titan résonnant dans la salle, Tinidor attendit patiemment que ce dernier fut disparu de sa vision avant de se relever. Quant-il fût sûr d'être seul, il s'autorisa à relever la tête et serra des dents. Ses poings serrés lui avaient blanchis le bout des doigts et ces derniers s'étaient engourdi.

Tout en se relevant, il chercha par le biais de son énergie celui de son général. Au vu des dire de Japet, il n'avait pas d'autre choix que de suivre l'ordre donné. Le repérant, il tourna sur lui-même et se mit en marche en direction des bas-fonds du temple.

Empruntant l'escalier de roche qui avait été expressément construit dans cette intention, il s'amusa de voir l'un des lieutenants retourner une des domestiques qui hurlait de peur, sur le haut des marches qu'il empruntait.

- Vas-y doucement avec cette jeune dépravée, dit Tinidor en passant à côté de lui. Il serait dommage que tu la rendes inapte à servir correctement maître Cronos.

- Ne t'inquiété pas Tinidor, répondit rapidement le lieutenant en maintenant les poignets de la jeune femme dans son dos, son ricanement résonnant en écho dans le long couloir, une fois besognée, elle aura vite compris qu'elle n'est ici que pour servir nos bas instincts et que c'est cette prérogative qui lui permet encore d'être en vie.

- Si tu le dis…

Le laissant à sa besogne, Tinidor continua sa descende. À chaque embranchement, il jeta un rapide coup d'œil dans les salles prédisposées qu'il rencontrait jusqu'à ce que l'une d'entre elle finissent par l'intéressé au plus haut point.

S'engageant dans le couloir qui menait à la salle qui l'intéressait, il vit plusieurs portes en métal sur sa droite, chacune d'elle étant grandement ouverte. L'une d'elle, dont la surface semblait carbonisée, laissait refléter une fine lueur de flamme. Mais ce qui lui plaisait le plus était les hurlements qui se dégageaient de la pièce.

Enivrer par une telle délectation, il avança paisiblement vers la sources des hurlements et vint s'appuyer contre l'encadrement de la porte, sa cuirasse venant perturber la mélodie par son tintement du métal contre le métal.

- Quel bon vent t'amène ici, Tinidor ?

- Je vois que tu es toujours aussi… performant ! répondit Tinidor en souriant à l'homme face à lui.

Ce dernier, à la peau défraichie, ressemblait plus à un simple vieillard en fin de course. Le haut du crâne complètement dégarni, le reste de sa chevelure d'un gris argenté venait se perdre tout autour de lui. Ses yeux, d'un bleu foncé et pourfendu par le miroitement de flammes qui venaient s'y refléter, dévoilait une vie longue et pleine d'expérience. Il aurait pu paraître normal si le sang qui recouvrait quelques parcelles de sa longue crinière, son corps et ses mains, n'était pas aussi présent.

- Comment se passe ton travail ?

- La mise au point est encore à travailler mais la demande de sa majesté est en bonne voie, répondit le vieillard avec un large sourire. Et ta mission ?

- Plus que correct, répondit Tinidor en venant vers le vieil homme. Il y a eu juste un léger contre temps mais, dans l'ensemble, tout s'est passé à merveilles.

- Un léger contre temps ?

La question du vieillard ennuya Tinidor. Dans sa voix avait été souligné le mot léger. Et cela ne lui plaisait pas. Tournant le dos à son compagnon, il laissa la réponse en suspens et regarda le travail de ce dernier avec un léger goût de déception, lui-même ayant bien eu envie de s'en occuper.

- Tu veux un coup de main pour avancer dans ton travail ? demanda Tinidor pour éluder la question du vieillard.

- Répond à ma question Tinidor ! tonna la voix de l'homme qui venait de se placer dans le dos du jeune lieutenant.

- Ce n'est pas à toi que je dois rendre des comptes, s'exclama Tinidor d'une voix forte en se retournant, plongeant son regard sanguinaire dans celui bleuté de son interlocuteur.

Tout se passa en un millième de seconde. Le corps du vieil homme changea rapidement. Les muscles se gonflant, il charge Tinidor d'une façon effrénée, attrapant ce dernier par le col de sa cuirasse pour être suspendu dans les airs, ses pieds ne touchant même pas le sol. Le regard bleuté du vieil homme avait changé du tout au tout, prenant une couleur rougeâtre, une couleur aussi sombre que ne l'était le sang. Du regard autoritaire et empli d'expérience, il était passé à un regard fou et empli d'envie de meurtre.

Déglutissant comme il le pouvait, ses mains s'étant automatiquement placé sur la poigne de fer du vieil homme, Tinidor finit par se dire qu'il n'aurait pas dû perdre son sang-froid.

- Lâche-moi, vieillard ! cracha-t-il entre deux toux.

- Aies du respect pour ton ainé, sombre crétin, cracha amèrement le vieil homme en resserrant son emprise, et encore plus quand cet ainé se trouve être ton père !

D'un geste nonchalant, le vieil homme jeta Tinidor au fond de la pièce, encastrant ce dernier dans la roche qui servait de parois à la salle. Tournant le dos à son imbécile de fils, il retourna à son travail, trouvant qu'il avait assez consacré de temps à ce dernier et qu'il ne pouvait permettre de laisser trop de temps de récupération à ses jouets de tortures. D'une oreille distraite, il entendait Tinidor qui s'était écrasé comme une masse sur le sol rocailleux, se relever péniblement, ce qui lui arracha un sourire carnassier.

- Comptes tu attaquer ton père en sournoiserie, Tinidor ?

- Cela ne servirait à rien, répondit-il en crachant le sang qu'il avait en bouche. Tu n'es pas un ancien général pour rien…

- Et toi, tu n'en deviendras jamais un si tu ne prends pas un peu plus de poigne dans ton caractère !

- Je suis quand même lieutenant, très cher père, cracha-t-il sans une once d'amertume. Peu de soldats de mon âge peuvent prétendre au même titre que moi.

- Et tu te sens fier pour ça ? railla le vieil homme sans se retourner. Tu n'es vraiment qu'un bon à rien, fils.

Serrant les dents, Tinidor baissa la tête et se retint de pleurer de rage. Depuis sa plus tendre enfance, il en avait toujours été ainsi. Son père avait toujours vu en lui la honte de sa descendance. Seul son frère ainé et son frère cadet trouvait grâce aux yeux de leur père. Et le remarquer le rendait malade.

- Au moins, ton frère ainé à trouver un poste à sa valeur. Et il était tout à fait normal que je lui cède mon poste car sa puissance est grande et sans commune mesure avec les autres généraux. Quant à ton jeune frère, Taniel, il est en bonne voie pour te surpasser et arriver au même niveau que Trinos.

Le père de Tinidor s'était retourné d'un coup sec, son regard sanguinaire brûlant encore au milieu de son visage. Il pouvait y lire tout le dégout qu'il lui apportait et que le transpercer de toute sa puissance ne l'ennuierait pas le moins du monde, bien au contraire.

- Quand tu montreras un peu plus d'ambition, de sauvagerie et de courage, que tu feras honneur à notre famille, peut être deviendras tu digne de moi et que je pourrai te reconnaitre comme autre chose que mon boulet de fils !

La sentence venait de claquer aussi sec qu'une baffe. Tinidor savait que le respect se montrait par la force et la sauvagerie dans le camp de son maître. Et il pensait réellement en avoir donné la preuve du fait de son grade dans la garde de Cronos. Mais il fallait en croire le contraire pour son géniteur.

Se relevant entièrement, ses articulations craquant sous les gestes, Tinidor se dirigea péniblement vers la sortie, non sans avoir jeté un rapide coup d'œil vers les torturés qui s'était regroupé dans un coin de la pièce. L'ombre de la pièce les englobant pratiquement dans leur entièreté, il fut quand même étonné de voir l'un d'eux se dresser fièrement devant les autres, son regard verdâtre rayonnant de fierté. Mais dans ce regard, il pouvait voir qu'une once de haine commençait lentement à germer, comme si la graine du mal s'était insinué en elle et que plus un seul retour n'était possible.

Et ce qu'il vit par la suite confirma complètement sa pensée.

Alors qu'il allait partir pour de bon, la faible aura incandescente qui entourait le corps de la personne et qui soulevait lentement le pagne qu'elle portait, se retrouvait strié de noir, naissance même des ténèbres.

Détruit par les paroles de son père, Tinidor tourna entièrement la tête et s'en alla retrouver son général pour lui remettre son rapport. Rien que d'imaginer de se retrouver face à lui, cela lui donnait la nausée.

Tournant au détour d'une colonne, il continua à descendre les marches de pierres sans regarder autour de lui. Il ne vit même pas arriver un jeune garçon dont la tignasse brune virevoltait autour de lui, ses mèches étant extrêmement fines.

- Tinidor ! cria le jeune garçon en lui sautant au cou. Depuis quand es-tu revenu ?

Attrapant le bras de l'enfant, il le fit virevolter au-dessus de lui et le laissa pendre dans les airs, son regard sanguinaire plongeant dans celui marron du jeune garçon.

- Taniel, combien de fois t'ai-je déjà dit de ne pas m'attraper de la sorte ?

L'enfant rigola comme jamais, heureux d'avoir énervé son frère. Ce plaisir lui octroyait un désir beaucoup plus grand que l'entrainement face aux subalternes qui lui servait de combattants d'entraînement.

Tinidor avait compris rapidement la pensée de son cadet et était sur ses gardes.

En une seconde, le jeune Taniel avait effectué un mouvement vers l'arrière à l'aide de son bassin et avait projeté ses jambes vers ses avant-bras, espérant provoquer un choc qui lui aurait permis de se libérer de l'emprise dans laquelle il était maintenu.

Tinidor, voyant le coup arriver, plia légèrement le bras et effectua une rotation qui déséquilibra le coup envoyer par Taniel. Profitant de l'effet de surprise provoquer par son geste, il rabattit rapidement son bras vers le sol, emmenant par la même occasion l'enfant qui s'encastra dans le sol sans préambule. Le gémissement de douleur qui sortit de la gorge de l'encastrer fit sourire Tinidor qui continua sur sa lancée. Levant la jambe droite, il plaqua son pied sur les omoplates de son cadet et n'hésita pas une seconde à tirer sur son bras, empêchant se dernier de pouvoir se débattre.

- Si tu penses pouvoir me battre, tu en es encore loin, Taniel !

Pour toute réponse, Tinidor vit l'aura rougeoyante du jeune garçon s'élevé de son frêle corps et se diriger vers sa jambe, lui apportant une douleur atroce dans tous ses muscles. Tirant encore un peu plus sur le bras, il n'arriva pas à diminuer l'intensité de l'aura dégagée et dû se résoudre à le libérer, provoquant par la même occasion, une baisse de sa fierté de lieutenant.

Un genou à terre, il pouvait voir son jeune frère se relever comme si de rien n'était et d'appliquer quelques mouvements de bras afin de détendre ses muscles. Le tout en étant accompagné d'un sourire satisfait sur le petit prodige qu'il venait d'appliquer.

- Tu disais, mon frère ?

Le sourire narquois qu'il lui lançait fit sortir Tinidor de ses gonds. Son cosmos explosant tout autour de lui, il fila à la vitesse de l'éclair vers celui qu'il devait considérer comme son petit frère mais qu'il voyait, dorénavant, comme un adversaire à abattre. Où, en tout cas, comme une personne à qui il devait donner une leçon.

Sans préambule, il passa derrière lui et l'attrapa par le col de son pagne plus que défraichit. Le soulevant dans les airs, il le regarda s'envoler droit contre le plafond de la gallérie mais resta pantois quand son cadet se volatilisa, son aura devenant indétectable.

La bouche légèrement entr'ouverte, il ne sentit l'aura de ce dernier réapparaître qu'à la dernière seconde, ses jambes étant fauchée dans le même moment. Plaquant rapidement sa main sur le dos, il effectua une rapide rotation sur lui-même et se projeta dans les airs, se rétablissant grossièrement quelques mètres plus loin. Ses yeux sondant les alentours, il ne trouva pas son jeune frère jusqu'au moment où il apparut en-dessous de lui, prêt à bondir comme un fauve.

Esquivant in-extremis le coup de poing porter par Taniel, Tinidor essaya tant bien que mal à lui renvoyer un autre coup, coup qui ne rencontra que du vide. Énervé, il se retourna promptement et fit valser sa jambe devant lui qui, cette fois, rencontra un obstacle.

Percuté par la geste, Taniel s'envola en ligne droite pour s'encastrer dans le mur du fond, provoquant un gigantesque cratère à l'endroit même. Il pouvait voir le sourire satisfait que dessinait le sourire de Tinidor durant le millième de secondes ou il releva la tête mais s'amusa encore plus en voyant la mine déconfite qu'il afficha par la suite quand il disparut rapidement du cratère provoqué par l'attaque.

Sans détour, il réapparut dans le dos du lieutenant, sauta de quelques centimètres, plia le genou droit et, d'un mouvement brusque, planta la surface dure de sa sandale dans le dos de son adversaire, fissurant la cuirasse à l'endroit même du choque.

Le coup était tellement puissant que Tinidor écarquilla les yeux de surprise pendant que son corps chuta vers l'avant, l'obligeant à s'effondrer comme une masse. La douleur qui lui vrillait le dos le paralysa pendant une bonne minute mais, dans son esprit, celui lui semblait paraître de longues heures tellement la douleur était atroce.

Difficilement, mais résolument, il arriva à se redresser avec ses avant-bras, permettant à ses jambes de glisser sur le sol pour le mettre en position de faiblesse, la position à quatre pattes n'étant pas des plus recommandée. Il n'avait même pas le temps de prendre une respiration que celle-ci se u bloquée par un bon coup de pied placé dans son flanc gauche, l'obligeant par la même occasion à être à nouveau couché.

Maugréant de douleur, il jura intérieurement en sentant le coup de pied puissant de son jeune frère venir le percuter en plein ventre, l'obligeant à prendre une position fœtale pour atténuer la douleur.

- Tu disais encore quoi tout à l'heure, mon frère ? railla le cadet en martelant le ventre de Tinidor avec son pied. Que je n'arriverai pas à te battre ?

Les coups donnés par Taniel était extrêmement puissant. Et Tinidor n'arrivait pas à se relever, sa respiration étant toujours autant coupée. Un énième coup allait le percuter quand une voix résonna dans la galerie, stoppant net le jeune Taniel qui afficha une moue désapprobatrice.

- Taniel, cela suffit !

- Damné, pensa Tinidor en rage, après le père et le cadet, voilà que l'ainé se pointe…

Revêtu d'une cuirasse encore bien plus sombre que celle de Tinidor et au plastron rouge flamboyant, brillant tel un rubis écarlate, Trinos avançait implacablement vers les deux combattants, son casque sous le bras. Au contraire des autres cuirasses, cette dernière était plus stylisée et semblait représenter une forme qu'il n'avait pas encore eu l'occasion de voir.

Et le voir aussi hautain et confiant dans cette armure donnait l'envie de vomir à Tinidor.

- Relève toi Tinidor, ordonna Trinos en se plaçant devant le lieutenant. Honte à toi d'être dans un si piteux état. Et encore plus quand il est provoqué par un enfant sans cuirasse de surcroit !

Le claquement de la cape qu'il arborait sonna comme une gifle aux oreilles de Tinidor. Une grimace lui fendant le visage, il se releva péniblement et tâcha de se tenir le plus droit que possible devant son frère ainé.

Le regard torve envers Trinos, Tinidor n'aperçut même pas que ce dernier avait levé son bras à une vitesse ahurissante et l'avait frappé d'une rafale spectaculaire qui l'envoya valdinguer direct dans les escaliers, son corps meurtri s'écrasant sur le sol dallé, provoquant un sillage sur son passage.

- Regarde-moi encore une fois avec un tel regard… et tu finiras aussi vite dans le Tartare !

Le claquement de ses pieds sur la roche obligea Tinidor à se relever rapidement afin d'éviter une nouvelle vague de coups dont il était sûr de ne pas se relever. La main droite posée sur son flanc gauche, il haletait bruyamment et tâchait de reprendre sa respiration du mieux qu'il le pouvait.

- Comment toi, mon frère, peux-tu te faire battre aussi facilement par le plus jeune ? N'es-tu pas censé lui montrer le bon exemple ainsi que la force acquise par la famille ? De lui montrer que, quoi qu'il fasse, son frère sera toujours plus fort que lui ?

- T'es bien marrant Trinos, lança sur le coup Tinidor en laissant échapper un faible ricanement rapidement atténuer par une quinte de toux. Tu crois que je l'ai demandé ce combat ? si moi je dois lui montrer tout cela, il est aussi de ton devoir, ainsi que de celui de père, de lui apprendre à rester à sa place.

Sans équivoque, Tinidor encaissa le coup de poing que Trinos lui assena en plein ventre, provoquant une nouvelle fissure sur sa cuirasse. S'étant attendu à ce genre réplique, il avait anticipé le coup en contractant ses abdominaux mais, malgré ce soupçon d'intelligence, il ne pouvait rien faire d'autre que de plier un genou devant son ainé et de recracher du sang, arrosant le dallage d'une sublime flaque vermeille.

- Tu n'es vraiment qu'un faible, mon frère !

L'intonation utilisée par l'ainé de la famille enragea Tinidor plus qu'il n'en fallait. Se mordant la lèvre inférieure, il remercia Cronos d'avoir fait en sorte que sa tête soit penchée et que son casque lui offre une cachette de plus propice à ce genre de comportement.

- Je peux savoir ce que tu comptais faire dans les sous bassement de la cité ?

- Je venais faire mon rapport au sous général Curios mais, ce dernier n'étant plus, je te cherchais pour le remettre… cingla Tinidor en se relevant maladroitement.

- Et ?

- La mission confiée a été exécutée mais…

- Mais quoi, gronda Trinos en l'attrapant par le col de la cuirasse, faisant craquer cette dernière tellement la force utilisée était grande.

Tinidor jeta un rapide coup d'œil derrière Trinos qui compris rapidement ce qui attirait son attention. Sans préambule, il relâcha le col du benjamin de la famille et se tourna vers le cadet, ce dernier était en extase face à autant de force.

- Taniel, va-t-en!

- Mais Trinos…

- C'est un ordre Taniel ! s'exclama l'ainé en avançant d'un pas.

- Ce n'est pas juste, claqua la voix de l'enfant en croisant les bras sur son torse.

- Tu n'as rien à dire. Ceci ne te concerne absolument pas car tu n'es nullement encore un guerrier de notre maître. Tu n'es qu'un apprenti alors, je te somme de partir rejoindre père s'il t'autorise à rentrer dans sa salle fétiche.

- Mais…

- Maintenant !

Face à ce ton autoritaire, Taniel n'en menait pas large. Sursautant sur le coup, il tourna rapidement les talons et fonça rapidement vers le haut des marches. Trinos l'observa et envoya un de ses soldat poursuivre son jeune frère afin d'être sûr que ce dernier ne s'arrêterait pas à un détour pour écouter ce qui allait se raconter.

Attendant patiemment que quelques minutes se soit écouler, et afin d'être sûr que personne ne viendrait les écouter, aucune résonance de pas ne venant lui vriller les tympans, il se retourna vers Tinidor et se pencha rapidement pour aider ce dernier à se lever.

- Sincèrement, Tinidor, tu devrais faire attention à ce que tu fais avec Taniel.

- Tu me fais rire Trinos, répondit le benjamin entre deux quintes de toux. Ce n'est pas toi qui as ramassé une volée de coups dans le ventre.

- Tu n'avais qu'à te montrer plus fort et plus rusé que lui. À croire que vous avez fait un échange de force entre vous durant la nuit ! lança Trinos en aidant son frère à s'asseoir sur une des marches encore correctes. Deux raclées en l'espace de quelques minutes… cela ne tétais jamais arriver. Qu'a-t-il pu arriver pour que tu sois aussi imprudent ?

Cela se passait toujours ainsi quand ils étaient plus que tous les deux. Devant tout le monde, Trinos montrait un caractère bien trempé et une autorité sans équivalence avec celle qu'avait leur père lors de son occupation au poste de général. Mais quand ils se retrouvaient qu'à deux, il changeait du tout au tout et devenait aussi doux et attentionné qu'une mère.

Cela en était tellement bizarre que déconcertant !

Et pourtant, si Trinos avait le malheur de montrer un tel comportement devant leur géniteur, il pouvait être sûr de retrouver sa tête détacher de son tronc et rapidement empaler sur un pic qui serait dressé devant a porte d'entrée de la cité.

- Bon, tu m'expliques maintenant ce qui ne va pas ?

- Cela ne va pas te plaire…

- Dit toujours et nous verrons bien ! lança Trinos en venant s'asseoir à côté de lui, sa cape virevoltant autour de lui.

- Et bien…

Tinidor se demandait vraiment comment Trinos allait prendre la nouvelle. Depuis le début de la guerre, ils avaient fait en sorte d'éloigner ceux du camp adverse afin de protéger la cité. Et maintenant qu'un chevalier d'Athéna se trouvait dans les parages n'allait rien arranger du tout. Tinidor savait que, en avouant une telle chose, il risquait de se retrouver la tête arracher et embrocher sur l'un des pics des soldats se trouvant à l'entrée de la cité.

- Et bien quoi ? claqua la voix de Trinos, son regard bleuté tremblant d'inquiétude. Vas-y, raconte !

- Un chevalier d'Athéna se trouve dans les parages, annonça sans ménagement Tinidor, en espérant que la mauvaise nouvelle se digérerait rapidement.

- Pardon ? demanda Trinos entre deux étranglements. Tu as bien dit un chevalier d'Athéna ?

- Et pas n'importe lequel, poursuivit Tinidor après avoir lâcher un faible gémissement de douleur. Un chevalier d'or de surcroit !

- Cela explique pourquoi tu es rentré seul, tout comme cela explique aussi ton comportement et ton manque de vigilance.

- Tu as tout compris ! Et maintenant ? Que devons nous faire ?

- Déjà, commença Trinos en se relevant, toi tu vas aller à la salle de soin après avoir déposé ta cuirasse chez les forgerons. Les atlantes que nous avons réussis à capturé il y a de ça quelques mois, sont d'une utilité remarquable.

- À ce point-là ? Demanda Tinidor, stupéfait.

- Pour certains, répondit Trinos en aidant le benjamin de la famille à se relever. Pour les autres, ils sont dans le colisée pour insubordination. Il faut dire que certains d'entre eux peuvent nous envoyer valser comme bon leur semble.

- Mais au moins, ceux qui coopère espèrent un retour à la liberté qu'ils ne verront pas de sitôt ! lâcha Tinidor en rigolant.

Cette rigolade lui rappela, sur le coup, qu'il ne devait pas trainer à aller se faire soigner et qu'une bonne nuit de repos serait le bienvenu.

- Allé, dépêche-toi d'aller te faire soigner. Nous aurons besoin de toutes les forces que nous avons pour la suite.

- Bien mon frère, je m'en vais sur le pas. Mais que vas-tu faire pour le chevalier d'Athéna ?

Trinos releva lentement la tête et plongea son regard dans celui de son frère. Il pouvait y voir de l'inquiétude mais, aussi, du désir de faire un massacre et une forte envoie de faire partie de ceux qui partiront à cette chasse à l'homme.

- Je vais y réfléchir, répondit-il simplement.

- Tu ne vas pas en parler au maître ? s'étonna Tinidor, plus que perplexe.

- Cronos n'est pas là en ce moment même. Et tu sais bien comment cela fonctionne dans ce genre de cas…

- Ce sont les généraux qui font la loi dans la cité…

- Tu as tout compris ! répondit Trinos avec un large sourire. Maintenant file te soigner avant que je ne te mette un nouveau coup dans ton fessier.

Tinidor se détourna de son frère et avança lentement vers le reste de la galerie. Tournant subitement sur la gauche, il s'arrêta net en entendant la voix autoritaire de son frère l'appeler par son nom.

- Oui Trinos ? Demanda le lieutenant en se maintenant le flanc droit tout en s'appuyant sur la colonne.

- N'oublie pas que nous sommes une des familles les plus fortes dans la compagnie de Cronos. Nous devons nous montrer à la hauteur de la réputation faites par nos ancêtres. Et surtout au vu de la réputation de notre père. Alors, fait en sorte de ne pas apporter le malheur sur nos têtes…

- Bien.

À ces mots, Tinidor regarda l'ainé de la famille lui tourner le dos et s'enfoncer dans les entrailles de la terre. Une fois qu'il fut disparu dans les ombres, il se détourna lui aussi et vacilla sur ses jambes avant de se remettre en route pour la salle de soin. Malgré les leçons qu'il avait reçu aujourd'hui, il se jura que le jour de sa mort n'était pas encore sur le point de venir et que, si cela devait arriver, cela serait sur le champs de bataille et non autre part.