Heyo !
Vu que ça fait longtemps que je n'ai pas actualisé mes fics, et puisque ce chapitre quasi fini traînait dans mes archives, je le pose là. Bon, je préviens, je pense que cette fanfic risque de ne pas trop connaître de suite, ça reste un brouillon complètement hasardeux à la base.
Bonne lecture quand même !
Ne quittez pas, un correspondant du passé cherche à vous joindre. Ne quittez pas…
La voix féminine semblant tirée du fin fond de la gorge d'une vieille dame à l'ère glaciaire fut enfin remplacée par une de jeune homme, plus hésitante.
- Stella ?
Pause.
- C'est ridicule, votre répondeur, hein…
- Ben je te remercie mais tu fermes ta gueule !
La voix droite et cassante d'Henry, que coupa celle de Raph :
- Stella, tu m'entends ?
- Non mais d'abord le portail, ensuite le répondeur… super agréable, vraiment.
- Raph ? les coupa Stella.
- En attendant, ça fonctionne, fit remarquer la voix d'Henry.
- On a le son, pas l'image…
- Mon turbopoing dans ta gueule, Raph. Mon turbopoing dans ta gueule.
Stella poussa un profond soupir. Elle était soulagée d'avoir des nouvelles de Raph, bien sûr. Ce n'était pas un monstre, tout de même, elle s'inquiétait beaucoup pour son ex, aussi couillon puisse-t-il être parfois. Mais voilà, ça repartait encore sur ces bases gênantes, celles mêmes avec lesquelles leur relation avait commencée, et une des raisons pour lesquelles elle l'avait quitté. Soudain, l'idée de ce Skype du futur ne lui semblait plus si pertinente.
- Eh, Stella, comment ça va ? rit Raph comme si de rien n'était.
- Bien, et toi ? répondit-elle avec un rire forcé.
- Non mais cette conversation... c'était bien la peine que je me fatigue, ronchonna Henry. Avec votre ingratitude en prime…
- Henry, vous avez pas des trucs à réparer pour Renard ? le coupa Raph avec la politesse la plus feinte possible.
- Dis donc, Raph, tu crois vraiment que ça marche, le coup du… Oh merde, les goggles !
Il s'éloigna précipitamment vers le fond du labo en poussant des jurons. Raph adressa un sourire gêné au portail, avant de se rappeler qu'il n'y avait pas de mode vidéo et de se sentir con. Pour couper court au silence, il chercha désespérément un sujet de conversation.
Derrière lui, un bruit retentit. Une sorte de "chtoum" accompagné d'une chute maladroite avec, Raph s'en doutait, option balancement de bras ridicule pour se remettre correctement sur ses pieds. Il redressa la tête pour regarder en arrière, mais déjà le visage du Visiteur passait au-dessus du sien pour jeter un regard circonspect au magma de lumière tournoyant auquel Raph s'adressait, et dont s'échappait la voix embarrassée de Stella, qui marmonnait sur la météo postapolienne.
- Eh mais c'est le traqueur de conversations instantané ! Henry, t'as pas autre chose à branler que d'arranger ses coups à Raph ?
Raph, faute d'avoir les mots pour exprimer son hébétude, cacha son visage entre ses paumes, qui si elles n'étaient pas un refuge sur le long terme permettaient au moins d'étouffer ses émotions quelques secondes. Henry se chargea du sale boulot à sa place :
- Alors d'une, je t'emmerde, de deux, va te faire foutre...
- Ça fait deux insultes, releva le Visiteur.
- De trois, le coup arrangé t'entend.
- Ah bon ?
La nouvelle sembla plus exciter positivement le Visiteur que le paniquer. Raph tiqua.
- Et de quatre, va encore te faire foutre, de toute façon tu m'écoutes pas, marmotta Henry en retournant à ses goggles.
En effet, Renard ne lui prêtait plus attention, trop occupé à tirer un objet volumineux de la gibecière dégueulasse avec laquelle il était arrivé.
- Vous foutez quoi, là ? dit Raph, méfiant.
- Raph ? Raph qu'est-ce qu'il se passe ?
- Rien rien, Stella, t'inquiète ! Non sérieusement , chuchota-t-il, c'est quoi ça ?
Il ne tarda pas à reconnaître le lourd magnétophone qu'avait employé le Visiteur pour tromper la vigilance d'Octave et mettre au jour ses crimes au vu et su de tout Néoversailles. Si l'objet s'était révélé très utile, Raph sentait poindre une vague méfiance à l'idée de le savoir ici, en prime entre les mains d'un Visiteur trop enthousiaste à son goût.
- Eh oh ? C'est quoi, vous faites quoi ?
- T'inquiète, Stella, continuez, faites comme si j'étais pas là.
- D'aaaccord OUI DONC Stella, alors euh, et la reine, elle va bien ?
- Très bien, oui. Elle cherche un nouveau conseiller, et… oui… ça va ! Et vous ? C'est pas trop dur, la brigade Temporelle vous traque encore ?
- Ah !
Raph, était tout content d'aborder un sujet qui puisse enfin dissiper la gêne et le rendre un peu plus héroïque aux yeux de Stella. Il n'entendit ainsi pas le tout léger cliquetis que produit l'appareil que le Visiteur tenait dans ses bras et venait d'activer.
Pas du moins jusqu'à ce que l'appareil en question se mette à gueuler.
DEPUIS QU'J'AI VU TES JAMBES QUI MARCHAIENT DANS LA RUE
JE ME SENS TOUT ÉTRANGE, J'AI ENVIE D'ÊTRE TOUT NU !
(QU'EST-CE QUE C'EST ?)
- Oups ! s'exclama le Visiteur en tripatouillant les boutons. Faites pas attention, répéta-t-il par-dessus le son mélodieux de la hard musette.
- Non mais ça devient pénible, là ! grinça Raph.
- Tu fais chier, Raph ! s'exclama soudain Stella, à bout de patience. On peut jamais avoir une conversation normale, avec toi !
- Ouais bah euh, c'est pas d'ma faute, aussi !
- C'est pas de ta faute, mais c'est quand même soulant !
- Alors, dit soudaint une voix du côté de Stella, mon zouzou, t'es ptêt mon zouzou préféré, mais quand j'te dis de bien charger mon arme, tu la charges bien !
- Ah, tu vois ! s'écria Raph. Toi aussi, tes amis sont lourds !
- C'EST PAS MES AMIS, beugla Stella.
Dans son coin de la pièce, Henry leva les yeux au ciel.
- Qu'est-ce que je disais… C'est bien la peine que je me fatigue.
Raul essuya son visage d'une main fébrile, mais il n'en vit pas mieux ce qui l'entourait.
Qu'est-ce qu'il se passe, putain ?
Pas le genre de question qu'il poserait à l'oral. Plutôt ce qu'il se répétait à longueur de journée, pour avoir au moins l'impression de partager sa détresse avec quelqu'un qui le comprenait. Quelqu'un sur la même longueur d'ondes. Lui-même, quoi. Car, en matière de soutien, ce n'était certainement pas sur ses siblings qu'il aurait pu compter.
Sa vue se remit lentement. Sa jambe le tirait de plus en plus, et quelque chose écrasait son dos, lui arrachant un grognement contrarié. C'est là que ça lui revint : le gros bruit… quelque chose avait dû sauter. Sans doute pas un plomb, sourit-il pour lui-même (il était tellement seul). Il fallait qu'il voie ça.
Il se redressa déplaçant au passage ce qui l'écrasait. Ce n'est qu'à cet instant, quand le corps roula sur le côté, qu'il se souvint d'un cri d'alerte, d'avoir basculé sous la poussée de mains fermes. En entendant la respiration laborieuse, il fut pris d'un frisson, et baisser le regard vers la silhouette ne put que confirmer ses appréhensions.
- Dario !
Il attrapa les épaules de son frère pour le tourner vers lui : Dario avait les yeux clos.
- Dario, arrête, réveille-toi, putain !
Mais il semblait inconscient, en tout cas il ne réagissait pas aux appels de plus en plus frénétiques de l'aîné. En se penchant pour mieux voir, Raul nota plusieurs traces de brûlure sur les parties visibles de son corps. Il se leva d'un bond :
- AU SECOURS ! hurla-t-il malgré lui. Y A QUELQU'UN ?
Il n'y eut que les échos pour répondre à sa voix.
- Putain... Putain, non... CASTAFOLTE ! CONSTANCE !
Qu'est-ce qu'il se passait ?!
Ses émotions étaient un magma pas possible dont il n'arrivait à tirer que de l'abattement, de l'égarement, et une terreur sourde qui s'insinuait en lui comme un poison. Il n'arriverait pas à ouvrir la cellule, ils s'y étaient plusieurs fois essayé en vain. Si personne ne venait, Dario… Dario allait mourir ? Impossible. Pas lui aussi. Et surtout… surtout… Il s'était endormi. Quoi qu'il se soit passé, il n'avait pas été là. Un autre appel lui déchira la gorge, mais une faible plainte, un simple son échappé, coupa son élan en plein milieu du cri. Il relâcha son souffle en voyant son frère remuer, au sol.
- Dario !
Il s'agenouilla et retira son manteau à la hâte.
- Raul… ?
- Attends, doucement, bouge pas...
Il mit l'habit en boule et le plaça sous la tête de son frère. Il passa sa main sur son visage, sur lequel les larmes avaient tracé des sillons. Raul ne s'était pas rendu compte qu'il avait pleuré. Il était sur l'instant tout à fait hors de lui. Il relâcha sa respiration, pour se calmer, essayer d'y voir plus clair. Le besoin lui vint de parler à son frère, de comprendre, de combler ce manque que son esprit sonné avait jusqu'à présent laissé de côté. Il se pencha vers Dario, dont les yeux s'étaient de nouveau clos, et les traits figés.
- Dario, reste avec moi. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Il prit délicatement entre ses mains le visage de son frère. Sa peau était brûlante, ce qui ne calma en rien la panique de l'aîné. Au contact de Raul, il ouvrit les yeux, et murmura :
- L'explosion…
- Quoi ?
Oui, c'est vrai, il y avait eu une explosion. Mais quel rapport… qu'est-ce qui était arrivé ? La seule réalité était que son frère avait mal. Mais lui, non. Ses épaules se contractèrent. Il y avait eu une explosion. Son frère avait été blessé. On l'avait poussé, tout à l'heure, juste avant le grand bruit.
Lui, n'avait rien.
- Dario… laissa-t-il échapper, partagé entre la confusion et l'horreur suite à ce qu'il venait de comprendre.
Un sourire fiévreux traversa brièvement les traits de son cadet.
- Je savais bien que j'avais entendu un bruit.
