CHAPITRE 1
Candy se leva ce matin là, heureuse d'être à la maison de Pony. Sa vie était formidable, entourée de gens qui l'aiment se disait-elle tout en ouvrant les volets. Sœur Maria s'affairait déjà à préparer les plus petits pour le petit-déjeuner. Mademoiselle Pony était quant à elle, comme tous les matins, dans son bureau, traitant les affaires courantes. Bientôt allait avoir lieu une journée d'ouverture où de futurs parents en mal d'enfants viendraient adopter les enfants. Candy rejoignit Sœur Maria pour l'aider dans sa tâche. Mademoiselle Pony interrompit sa tâche en entendant la voix de la toute jeune femme. Que de chemin parcourut ! Elle la revît alors courant à perdre son souffle sur la colline, grimpant aux arbres et jouant du lasso aussi bien qu'un garçon. Elle se souvint alors qu'elle avait craint que Candy ne soit jamais adoptée, trop garçon manqué pour ça et puis était arrivé le miracle. La vieille dame pinça les lèvres soudain songeuse. Oui Candy avait bel et bien été adoptée en tout premier par la famille Legrand, mais elle en était revenue transformée et jamais elle n'avait su ce qui s'était réellement passé à cette époque. Elle lâcha un soupir et se remit à la tâche. Des rires et le commencement d'un chahut lui fit prendre conscience de l'heure et lentement elle quitta sa chaise.
Les enfants s'étaient tous assis sur les bancs du réfectoire et se faisaient servir par Sœur Maria toujours aussi sérieuse et une Candy d'excellente humeur. Ah Candy, tu apportes la joie partout où tu passes ! Sourit en elle-même Mademoiselle Pony qui les rejoignit pour nourrir toutes ces petites bouches affamées.
Cette matinée était comme toutes les autres pour Candy. L'après-midi elle comptait bien retourner à Chicago régler les affaires courantes, mettre en ordre sa maison, bref rien d'extraordinaire pour la jeune femme qui le faisait toutes les semaines.
De son côté Niel rongeait son frein. Tous les jours il pensait à elle, tous les jours il ressassait la manière dont elle était intervenue par gentillesse dans sa vie bien réglée. Avant il la considérait comme une moins que rien, une fille sans famille qui ne méritait que le mépris mais tout était devenu différent depuis qu'elle l'avait soigné dans les secondes qui avaient suivi son accident de la route. Il repensa aussi à son courage lorsqu'elle avait fait face aux voyous qui le molestait. Décidément ces certitudes s'étaient envolées et maintenant se posait la question de « comment faire pour qu'elle m'aime ? ». Il était loin d'être idiot et connaissait la raison de ses dérobades. Malheureuse alors que ses parents l'avaient adopté et même dans les années qui suivirent alors que désormais elle était la fille de l'Oncle William, elle ne parvenait pas à être convaincue, que lui Niel avait changé. Après avoir demandé aux domestiques comment faire la cour à une jeune fille, après avoir espéré qu'elle devienne son épouse contre son gré et s'être dit qu'elle finirait bien par l'aimer, Niel se trouvait dans une impasse qui le minait. Élisa et sa mère s'en rendirent bien compte et tentèrent de le distraire par tout les moyens mais rien n'y faisait, Niel était toujours aussi taciturne. Tant et si bien que même Archibald et Annie se posèrent aussi des questions. Ce jour-là Niel s'était allongé contre un arbre et tentait de rassembler ses idées, de concevoir un plan efficace lorsqu'Archibald apparut en contre jour.
- Humm ... euh ... bonjour Niel, excuse-moi de t'importuner mais ... il soupira tellement il ne savait comment aborder le sujet. Il faut dire que Niel et lui n'avait pas trop d'atomes crochus et s'ils se toléraient, ils ne s'appréciaient pas vraiment. Mais voilà reprit-il, j'ai cru entendre (il fit un geste élégant de la main), j'ai cru comprendre que ... enfin Candy et toi ... et ... il se tût tandis que les oiseaux dans les branches s'étaient mis à donner un concert, et euh ... enfin pourquoi ? Moi et ... Annie et ... mon frère Alistair, étions tellement persuadés que tu la haïssais ...
Niel s'était assis à présent, le teint plus pâle qu'à l'ordinaire, et les traits tirés, indiquant par là qu'il était en proie aux plus grandes questions.
- Tu as raison Archi ... avant je la haïssais ! Ô que oui ! mais voilà ... je me rends compte à quel point j'étais un idiot et encore le qualificatif est gentil. Archi ... je l'aime vraiment mais elle me hait ! Et comment pourrait-il en être autrement ? Ne put s'empêcher de penser Niel. Je ne sais plus comment faire pour qu'elle voit que j'ai changé !
- Humm ... changé Niel ? Tu crois ? Moi je te vois tel que tu as toujours été rétorqua plus vivement qu'il l'aurait souhaité Archibald. Excuse-moi ... parfois je suis vif et peu diplomate.
- Tu ne crois pas que j'ai changé ?
- Non Niel, tu te morfonds, tu cogites, tu ressasses mais ... tu attends qu'elle fasse le premier pas or, je te le certifie elle ne le fera ... jamais ! Niel comment veux-tu qu'elle t'aime après tout le mal que ta sœur et toi lui avaient fait ?
- Je sais (et en le disant Niel perçut comme une désagréable sensation de métal dans sa bouche). Je sais ... mais comment réparer ?
- Peut-être qu'en avouant ... souffla Archibald peu certain que cette solution trouverait écho en son interlocuteur.
- Si j'avoue ma sœur m'en voudra à vie ! Non, non Archibald je ne peux pas faire ça !
- Et bien ... je ne vois pas quoi faire d'autre ! Niel comprend que Candy n'ira jamais vers toi si elle sait qu'elle sera à nouveau malheureuse, et crois-moi, même si elle ne le montre pas elle a énormément souffert chez toi ! Ces mots glacèrent un peu plus Niel qui commençait à prendre la mesure de ce qu'impliquaient ses sentiments.
- Tu as raison. Tu as raison je le sais. Je me sens si ... mal ! c'est la première fois ! avec les autres bah ... tu les emmènes faire les boutiques, elles bavardent pour ne rien dire , bref elles m'indiffèrent ! je constate même que le fait qu'elles essaient de me parler m'agace prodigieusement.
Archibald sourit. Candy était tout sauf une fille superficielle. C'était la plus courageuse, toujours prête à aider quiconque se trouvait dans la difficulté, il était même quasi certain que si Élisa se trouvait en danger, Candy oublierait et irait l'aider alors que la réciprocité n'était pas gagnée.
- Oui Niel, je le vois bien. Tu fais une tête d'enterrement dès que ta mère ou ta sœur t'amène une fille de la bonne société ... tu fais même pitié ! et Annie craint même pour ta santé. Niel se contenta d'hausser les épaules. Écoute ... Archibald fit un rapide 180 ° histoire de vérifier qu'aucun espion aux anglaises rousses se trouva dans les parages, écoute chuchota t-il ... Candy est à la maison de Pony, elle y seconde Sœur Maria parce que Mademoiselle Pony a prit de l'âge, voilà. Tu sais déjà où elle se trouve.
- Humm ...
- Niel reprit d'un air légèrement paternaliste Archibald, je pense qu'il faut que tu prennes ta vie en main. Je veux dire libère-toi de l'influence d'Élisa et de ta mère, tu verras que tu te sentiras mieux.
- Oui ... c'est une idée ... je vais y réfléchir.
- Bien ! En attendant nous, nous allons nous promener ... si tu veux te joindre à nous ... ce sera avec plaisir.
- Merci, mais je vais réfléchir à ce que nous venons discuter et ... prendre une décision.
- Voilà qui est parlé.
Candy était à dix mille lieux d'imaginer ce qui se passait dans la tête de Niel. Non à ce moment là, elle montrait aux enfants comment se servir de son lasso. Tout le monde riait tandis que Sœur Maria de nature stricte par nature faisait une moue réprobatrice. Les enfants adoraient Candy et celle-ci leur rendait bien. La nature lui avait manqué et elle respira à plein poumons tout en levant les bras vers le ciel. Elle jeta un coup d'œil vers son chêne centenaire, son compagnon depuis qu'elle avait été trouvé devant l'orphelinat, elle aimait à s'y réfugier dès qu'un coup dur s'abattait sur elle. Ses pensées la ramenèrent pendant un court instant au même chêne qui se trouvait à Londres, au collège Royal de St-Paul et l'image de Terry s'imposa avec pugnacité dans son esprit. C'est fini maintenant se morigéna t-elle, c'est fini ... une page s'est tournée à New York sur le toit de l'hôpital ... il a choisi ! Elle pinça les lèvres tandis qu'une rougeur fugace grimpait sur ses joues et parvenaient à ses tempes. Deux petites gouttes salées vinrent picoter ses yeux et Candy serra les poings. Elle se devait de l'oublier, s'était une obligation.
Elle se tourna vers la dizaine d'enfants qui la regardait interrogatifs. Un des plus grand qui répondait au prénom de Joey s'approcha :
- Ça va Candy ?
- Oui, oui Joey ça va ...
- Alors pourquoi tu es triste des fois ? Renchérît Johanna, une petite fille brune et à la peau pâle et qui suçait encore son pouce.
- C'est rien, c'est des soucis de grande personne.
- Moi je grandirais jamais fit sur un ton boudeur Joey. Sœur Maria et toi des fois vous avez trop l'air sérieux.
- Hélas Joey, tu sais la vie t'oblige à grandir même si toi tu ne le souhaites pas.
La lumière du jour commençait à diminuer et la voix cristalline mais néanmoins puissante de la Sœur, leur ordonnant de rentrer retentit.
- Allez les enfants, hop tout le monde, n'allons pas fâcher Mademoiselle Pony et Sœur Maria fit Candy tout en louchant et prenant un air sévère qui fit rire aux éclats les enfants qui s'exécutèrent avec bonne grâce.
Candy a un sens inné de communication avec les enfants, elle est à l'aise avec eux ... cette petite a très bien mûrie, moi et Mademoiselle Pony pouvons être fières de nous, songea la sœur alors que la petite troupe s'affairait à présent pour mettre le couvert et accomplir les tâches habituelles.
Niel repensait à sa conversation d'avec Archibald. Oui il fallait qu'il change, qu'il montre à Candy qu'il n'était plus le petit garçon capricieux et surtout mauvais et sournois qu'il avait été. Il songea au ranch où il avait passé son enfance et son cœur manqua un battement ... mais oui ! voilà ce qu'il fallait faire ! soudain excité par son idée il ne tint plus en place et décida de passer le temps en allant du côté de la clinique où avait travaillé Candy. Ce soir il annoncera à la tablée sa décision qui ne trouverait aucun argument contraire. Sa mère serait soulagée de ne plus l'avoir en sa présence ainsi qu'Élisa, qui depuis qu'il avait avoué ses sentiments envers Candy affichait un air méprisant et dégoûté.
Le Docteur Martin était là. Lorsqu'il vit Niel il manqua de s'évanouir devant la situation plus qu'improbable qui se déroulait devant ses yeux. Un « Legrand » dans son établissement ! cela aurait été impensable il y a quelques mois ! et heureusement qu'il était à jeun sinon il aurait mit ça sur le compte de sa plus fidèle alliée depuis des années, sa fidèle bouteille d'alcool, son poison préféré.
- Humm ... incroyable parvint-il à dire tout en analysant Niel de la tête aux pieds. Que ... enfin que me vaut votre visite dans mon très modeste établissement ?
- Je viens voir si je peux vous être utile à quelque chose fit lentement Niel qui observait d'un air catastrophé cet endroit qu'on pourrait qualifier de « miteux » sans craindre de se tromper.
- Quoi vous un Monsieur ? Vous êtes de bonne famille à ce que je crois lui susurra sur un ton plus qu'ironique le Docteur Martin. J'ai peine à croire que vous ... enfin venir ici et me proposer de l'aide est en dessous de vos capacités, non ?
Niel se sentait à présent blessé par ces propos. Évidemment qu'il ne peut que penser comme ça ! Comment en serait-il autrement ? Pourquoi lui aussi aurait-il une autre opinion de moi ?
De son côté le Docteur Martin réfléchissait à toute vitesse, son esprit plus alerte depuis qu'il était en sevrage. Il me paraît complètement perdu, hum ... peut-être aime t-il vraiment Candy ... d'ailleurs comment ne pas apprécier cette jeune fille ? Elle a tout pour elle, vraiment tout ... je ne dois pas décourager une bonne motivation et puis j'ai besoin d'aide, tout seul c'est pas simple ... et après tout pourquoi pas ?
- Bien ! Et bien Monsieur Legrand je vous prie de m'excuser pour mes propos ironiques mais votre présence, ici, dans ma clinique des plus modeste m'a fait ... pour tout vous dire un choc ! Alors si vous le voulez bien, je vous prend comme assistant. Ça vous va ?
- Merci ! Niel avait le sourire jusqu'aux oreilles.
- Par contre euh ... pour le salaire ... ici nous soignons des gens modestes, très modestes, qui n'ont souvent aucun moyen ... nous nous adaptons avec ce que nous avons !
- Ça me va, je ne demande rien en retour.
Niel Legrand qui veut travailler gratis ! décidemment cette petite fait des miracles partout où elle passe.
- Bien ! Alors voilà ce que vous allez faire ...
Le Docteur Martin passa la fin de l'après-midi à expliquer à Niel comment ranger, stériliser les bandes, compresses, monter un semblant de dossier pour les patients. Tant et si bien que lorsque Niel quitta la clinique le temps avait si bien passé qu'il avait raté l'heure du dîner. Il se sentait heureux, oui heureux ! pour la première fois il avait été utile et avait appris quelque chose.
Terry était retourné auprès de Suzanne, et avait repris le chemin des studios. Il était en pleine répétition du « Le songe d'une nuit d'été» de William Shakespeare, et s'était plongé à cœur et à corps perdu dans son rôle. Les jours se déroulaient et Terry s'arrangeait pour ne pas avoir à rentrer trop tôt chez lui. L'idée de faire face à Suzanne et surtout au dragon qu'était sa mère le rendait malade. Il se savait prisonnier cependant mais qu'aurait-il pû faire d'autre ? Sans Suzanne et son intervention il serait handicapé, sa carrière totalement fichue ... mais son cœur était à Candy, à cette fille aux tâches de son, si adorable ... mais qu'il avait abandonné au Collège Royal de St-Paul ... son destin aurait-il été modifié s'il avait fait un autre choix ? Ce jour là, comme tout les autres avant et ceux qui suivront, Terry noya son chagrin d'un grand gâchis dans le liquide empoisonné qui lui donnait l'illusion d'être dans un monde meilleure, un monde dans lequel la souffrance n'existait plus.
