CHAPITRE 2
La matinée s'était déroulée comme les autres, la routine balisant le quotidien de tous à l'Orphelinat. La nature revivait, le vieux chêne était toujours là, trônant comme le Roi des arbres au-dessus de ce petit monde d'humain, immuable. Mademoiselle Pony se sentait de plus en plus douloureuse et les jours qui se suivaient lui montraient impitoyables qu'ils étaient que la vieillesse et sa finalité gagnaient du terrain sur sa volonté, bientôt il allait falloir se rendre à l'évidence ... elle allait devait s'arrêter de s'occuper de l'Orphelinat, devant trop âgée pour être efficace. Qui pourrait prendre sa place ? Elle l'avait toute trouvée, bien sûr, Sœur Maria serait impeccable pour ce rôle mais sa froideur et son manque de spontanéité pourraient être des défauts pour s'entendre avec les enfants, de plus sa rigueur toute « militaire » ne l'aiderait pas non plus à ce niveau-là. Souvent elle avait d'ailleurs manqué de l'appeler néanmoins affectueusement « Mon adjudant » ... elle rougit devant sa petite espièglerie, et se consola en se disant qu'elle n'était pas Dieu après tout, et qu'elle avait le droit d'avoir des failles. Mais qui pour seconder Sœur Maria ? Elle avait également sa petite idée, mais un sentiment de culpabilité, lancinait dans son esprit. Il fallait qu'elle ait le cœur net à ce sujet.
Candy était entrain d'habiller un des petits lorsque la voix fluette de Mademoiselle Pony l'appela ainsi que Sœur Maria.
Elle avait maigri, et ses articulations douloureuses étaient enflées par endroit. Candy eut le cœur serré, se rendant compte que Mademoiselle Pony n'était plus aussi vaillante que par le passé.
- Voilà ... son regard allait et venait sur les deux femmes. Voilà j'ai bien réfléchi ses derniers jours et j'en suis arrivée à la conclusion que je deviens trop vieille pour... elle s'interrompit tandis que Sœur Maria avait porté sa main droite devant sa bouche, horrifiée, présentant ce qu'elle allait dire. Oui Sœur Maria, cela devient évident ! Je suis trop âgée à présent pour m'occuper de l'Orphelinat ! Elle sourit avec bonté envers cette femme qui l'avait accompagné dans sa tâche la majorité de sa vie. C'est pourquoi je vous ai demandé de venir dans mon bureau. Candy je te demande par avance de me pardonner de ce que je vais te demander et tu es en droit de refuser bien sûr ... voilà ... pourrais-tu seconder Sœur Maria ? Je vous cède ma place, volontiers ma Sœur, mon amie avant tout !
- Oh Mademoiselle Pony ! La sœur si stricte habituellement ne parvenait pas à retenir sa peine. Je ne peux pas accepter ... je ...
- Si, si vous le pouvez, je le sais ...
- Mais ... et vous ? Qu'allez-vous devenir ?
- Moi ? Ôh et bien je vous proposerez bien de rester ici finir mes vieux jours, sauf si vous considérez que je suis un poids insurmontable.
- Jamais je ne vous considèrerai de cette manière ! Fit une Candy encore sous le choc.
- Oh mon enfant, Candy tu as toujours été si adorable ... alors mon enfant d'ailleurs, qu'elle est ta réponse ?
- Et bien ... je ... vous savez que je travaille aussi à la Clinique du Docteur Martin ... il a été si gentil avec moi, il m'a proposé du travail alors que tout le monde refusait, je ne peux pas lui faire faux-bond !
- Tu continueras de t'y rendre une semaine sur deux, il n'y a pas de problème fit Sœur Maria.
- Alors Candy ? Veux-tu bien seconder Sœur Maria ?
- Oui, oui bien sûr, les enfants sont adorables, je me sens bien avec eux. Ils me font sortir de mon chagrin d'avoir perdu Terry ...
- Bon et bien c'est arrangé. Maintenant Candy laisse-nous, que je montre les subtilités administratives à Sœur Maria.
Le Grand Chêne remua ses feuilles sous l'effet d'un vent frais, et Candy sourit. À chaque fois que quelque chose intervenait dans sa vie, que ce soit bénéfique ou non, elle aimait y trouver refuge et cette fois-ci encore, elle ne dérogea pas à ce besoin impérieux.
Niel tout en passant le balai dans la clinique avait le cœur léger. Déjà deux jours qu'il venait avec plaisir. Son projet d'aller s'expatrier au Ranch et revoir son père avait reçu un avis très favorable de la part de son père et de sa sœur. La tante Elroy n'avait rien dit, affichant toujours comme à l'ordinaire un air froid et autoritaire. Il en avait informé le Docteur Martin qui du coup avait fait une moue dubitative. Il était content contre toute attente de son jeune assistant. Il apprenait vite, s'intéressait à tout ce qui touchait le médical. Bientôt Niel émit le désir de faire des soins un peu plus compliqué et le Docteur Martin les lui montra pour ensuite le laisser faire tout en le surveillant du coin de l'œil. Lorsque la clinique était vide, Niel entreprit de poser toutes les questions qui lui passaient par l'esprit, sur tout les sujets. Il dévora les quelques livres de médecine qui trônaient dans une petite bibliothèque et le Docteur Martin se surprit à l'apprécier. Niel s'avérait être opiniâtre, volontaire, méticuleux dans ce qu'il lui donnait comme tâche à accomplir, même les plus dégradantes, décidément rien ne tournait rond depuis que le jeune homme c'était entiché de son infirmière !
La fin de semaine arriva vite et Niel ressentit comme un regret à quitter cet endroit qui n'était plus si miteux que ça. Il avait soigneusement caché à sa sœur et à sa mère où il se rendait. Il garait sa toute nouvelle voiture devant un magasin de luxe de Chicago et partait à pied jusqu'à la clinique. Son subterfuge avait fonctionné à merveille mais maintenant il fallait partir. Il remercia chaleureusement ce petit homme moustachu qui lui avait tant appris en une semaine ! Ce dernier l'encouragea alors à poursuivre dans la voie médicale. Il avait décelé que Niel avait de grandes capacités mais encore faudrait-il qu'il ne reprenne pas ses détestables habitudes méprisantes envers ceux qui n'étaient pas nés dans de bonnes familles.
Cet après-midi là, le soleil bien haut dardait ses rayons puissants, illuminant même les endroits les plus sombres. Niel roulait cheveux aux vents, prenant garde aux nids de poule qui jonchaient la route qui menait au Ranch. Cela faisait des mois qu'il n'y avait pas remis les pieds. Son père détestait par dessus tout les bruits de la ville, la superficialité des gens qui s'y trouvaient. D'aussi loin que ses souvenirs le ramenait son père avait toujours été un homme de terrain. Il le soupçonnait de ne pas avoir épousé sa mère par amour mais par obligation ... cela expliquait pourquoi c'était sa mère qui s'était chargé de son éducation et de celle de sa sœur. Il pinça les lèvres repensant à la soi-disant éducation des enfants de bonne famille et se jura que jamais il ferait de même à ses propres enfants.
Son père apparut alors qu'il franchissait le monumental portail délimitant la propriété. Il se tenait droit comme un « i », une canne garantissait son équilibre. Niel vit un bandage grossier sur la main qui la tenait.
En discutant Niel se dit que son père avait bien vieillit même s'il ne le reconnaîtrait jamais. Ce dernier s'enquit du bout des lèvres de la santé et du train-train familial de sa femme et de sa fille, glissant qu'il n'avait de leurs nouvelles que grâce aux factures. Niel contrit s'excusa pour le sort qu'avait connu sa voiture ... et tout naturellement aborda la raison pour laquelle il se trouvait au Ranch. Il tût cependant son désir profond d'apprendre la médecine, pour plus tard se promit-il.
- Candy ? Toi ? Niel tu plaisantes !
- Non Père ... non ... il faut que tu saches que ce n'est pas celle que tu crois !
- Ta mère et tout le monde l'a bien constaté ... cette fille est une voleuse !
Niel rougit et serra alors les poings et ferma les yeux. Le moment qu'il redoutait était là et bien là. Il allait falloir de toute urgence laver la femme qu'il aimait de ces calomnies.
- Non ... Nous t'avons menti.
- Si tu m'avais menti, les domestiques auraient dit que Candy était innocente !
- Non père répondit doucement Niel en souriant, non ! Mère leur avait fait comprendre que s'ils ne disaient pas comme nous et ce depuis le début que vous adoptiez des orphelins, ils pourraient perdre leur place. Père – il leva les yeux au plafond – père reprit-il, avec Mère nous avions, devions avoir toujours raison ! et sa gorge se noua soudain.
- Tu veux dire que Candy a été sali ? Qu'elle a été envoyée au Mexique à tort ! je n'en crois rien !
- Appelle les domestiques, garanti leurs qu'ils ne perdront pas leur place s'ils racontent réellement ce qu'ils ont vu.
- Bien ! DOROTHY !
Dorothy était toujours au service de cette famille et avait bien connu Candy car à l'époque leur âge était très proche. Son cœur avait manqué un battement lorsqu'elle avait vu Niel arriver seul. Malgré elle, elle se souviendrait toujours de ce que Candy avait dû subir à l'époque ou ils étaient tous des enfants. C'est en tremblant qu'elle ouvrit la porte du salon, se demandant bien pourquoi Monsieur Legrand l'appelait de façon si autoritaire.
- Dorothy ... je veux que vous me rapportiez e-xac-te-ment les faits qui se sont déroulés dans la grange dans laquelle Candy à cette époque dormait.
- Je ne peux pas Monsieur fit Dorothy la voix presque inaudible.
- Et pourquoi ça je vous prie ?
- Je ... je tiens à mon emploi Monsieur souffla Dorothy rouge comme si un feu puissant se tenait en lieu et place de Monsieur Legrand.
- Ne craignez rien pour votre place, quoique vous me rapportiez des faits, vous resterez à mon service. Je vous écoute.
Dorothy respira profondément. Ses épaules avaient comme un poids qui l'écrasaient, était-ce le regard inquisiteur de Niel qu'elle sentait ainsi ?
- Dorothy racontez ... je vous promets que vous n'aurez aucun châtiment.
- Monsieur, monsieur Niel (ce dernier hocha gravement la tête) – elle déglutit tandis que son visage de rouge était passé à pâle comme la mort – monsieur je ne vous cache pas que j'ai peur ...
Monsieur Legrand lâcha un soupir. C'était donc si grave que ça ... il tapota des doigts sur les accoudoirs, marquant ainsi un léger sentiment d'impatience.
- Dorothy c'est pour aujourd'hui ou pour demain fit-il d'un ton coupant.
- Je ... j'y vais Monsieur. Dorothy debout, tordant ses mains racontât alors tout ce que Candy avait subi de son premier jour jusqu'à celui, ou fatidique, humiliée elle avait été accusée d'un vol imaginaire (épisode 15/115).
Candy était retourné à la clinique et était ébahie au récit que lui faisait le Docteur Martin sur la venue dans son établissement de Niel. Elle avait peine à y croire ! Cet avorton ! ce garçon méchant avait certainement fait ça pour l'énerver, pour lui montrer sa ténacité et cela lui gâcha définitivement la journée. De son côté le Docteur Martin affichait un air jovial. Il ne pouvait s'empêcher de penser que parfois le destin joue des tours pendables aux marionnettes que nous sommes.
- Je ne vois pas pourquoi vous prenez cet air ! Grrr ... ce garçon est insupportable ! suffisant, méprisant ! je ne comprends pas une seconde comment vous ne vous êtes pas aperçu qu'il se jouait de vous !
- Et bien Candy je pense surtout c'est qu'il est follement amoureux de vous ! il se remet en question lui ! Et vous devriez lui en être reconnaiss ... il n'eut pas le temps de finir son mot qu'une Candy ébouriffée se planta devant lui, suffoquant presque.
- Reconnaissante ? Mais de quoi ? Grâce à lui et à sa famille j'ai perdu mon emploi à la clinique ...
- Que vous pouvez reprendre à tout moment, le professeur Léonard ne cesse de me harceler d'ailleurs !
- Il a cédé à cette femme ... non mais ! Je ne veux rien avoir à faire avec les Legrand ... ni les André d'ailleurs !
- Je pense que Niel est tenace, et même s'il a beaucoup de défauts il ne vous lâchera pas comme ça.
- Je ne céderai pas ... jamais et Candy s'appliqua à astiquer encore plus fort ce qu'elle nettoyait comme si elle voulait que la planche de bois sur laquelle elle avait jeté son dévolu, devienne transparente.
Niel se cassa les dents aux portes de l'Orphelinat. Candy était à Chicago jusqu'à la fin de la semaine et il faudrait qu'il repasse s'il voulait la voir. Sœur Maria s'enquit néanmoins de l'objet de sa demande. Monsieur Legrand lui, souffrait de plus en plus de sa main qui l'avait amortie dans sa chute. Il savait qu'il n'avait rien de cassé mais de temps à autre la douleur lui rappelait qu'il n'était plus tout jeune et du coup c'était une bonne chose que Niel soit de retour ... peut-être reprendrait-il en main l'exploitation familiale ... mais pour l'instant il y avait d'autres priorités et non des moindre.
Tout était à nouveau en ordre lorsque Candy quitta Chicago. De nouveau à l'Orphelinat elle se plongea corps et âme dans l'organisation du quotidien de ce petit monde. C'est en pleine réflexion avec Sœur Maria qu'un bruit de moteur brouilla le calme habituel. Quelqu'un toqua à la porte et Candy alla ouvrir sans tarder, le visiteur allait bientôt être victime de son succès auprès des enfants car conduisant une voiture.
Niel se tenait dans l'encadrement de la porte, Candy faillit lui claquer la porte au nez mais parvint in extremis à reprendre le contrôle de son émotion première.
- Niel ... ça alors, que me vaut le déplaisir de te voir ... grinça t-elle.
- Bonjour Candy, quelle joie de voir que tu es revenue.
Elle contracta ses doigts qui se regroupèrent dans sa paume, ses ongles entrèrent dans sa chair et elle inspira profondément. Il n'avait donc encore pas compris !
- Niel ... je ne vais pas sans cesse te dire le fond de ma pensée, tu la connais gronda t-elle.
- Certes mais peut-être seras-tu moins agressive lorsque tu entendras ma proposition.
- Ça m'étonnerai mais dis toujours ...
- Mon père diminue, sa santé décline et il a besoin d'une assistance médicale. Il lui tendit un papier signé d'un médecin attestant que son père avait besoin de soins. Elle leva un visage méfiant vers lui. Tu vois, je pense que tu es la seule infirmière qui peut l'aider.
- Tu te fiches de moi ? Je suis déjà tombée dans tes pièges Niel, à toi et à Élisa ! je ne veux pas retourner dans ton Ranch, trouve-toi quelqu'un d'autre.
- Non ... je veux, et mon père veux, que ce soit toi !
- Écoute, je déteste cet endroit, je le déteste mais comme tu ne peux même pas l'imaginer !
- Je te fais la promesse que ce n'est pas une piège ou une quelconque méchanceté, Candy ...
Elle lâcha un soupir. Elle avait encore perdu, cédé à cette impulsion folle de venir en aide à quiconque en avait besoin. Une porte de sortie se dessina cependant ... peut-il le fait de la conduire à l'Orphelinat et à Chicago le freinerait ...
Niel en entendant sa requête éclata de rire ! bien sûr que cela ne le gênait pas, bien au contraire et Candy n'eut d'autre choix que d'accepter.
Sœur Maria ne lui facilita pas la tâche non plus, lui assurant qu'elle parviendrait à gérer seule le petit établissement et que même si Mademoiselle Pony était diminué, ça tournerait, comme toujours.
Tout en préparant ses affaires Candy se promit que si elle ne supportait pas cet endroit, et surtout les personnes s'y trouvant, elle fuirait à toute jambe, à nouveau.
