CHAPITRE 4
La semaine au Ranch se déroula sans problème. Niel de grossier personnage s'était mué en gentleman. Candy convint même en son for intérieur que sa présence ne lui déplaisait plus autant qu'avant.
Le roulement qui avait été déterminé se déroula ainsi pendant trois mois. Candy maîtrisait à présent parfaitement son véhicule et faisait sensation partout où elle se trouvait car le fait qu'une femme conduise était rarissime. Niel quant à lui suivait assidument les conseils de son père pour reprendre l'exploitation. Cependant en son for intérieur cela commençait à lui peser. Il se rendit compte au fur et à mesure que les jours s'écoulaient que cela ne le motivait pas plus que ça et que s'il restait, c'était avant tout pour Candy, et de deux pour faire plaisir à son père. Tout ne pouvant pas être toujours rose, lui et son père durent faire face à la réprobation de sa sœur et de sa mère pour l'achat de la voiture. La tante Elroy ne dit mot mais sa bouche ne dessinait qu'un trait ce qui était de mauvaise augure. Lorsque Candy arriva de Chicago pour s'occuper du père de Niel elle ne put réprimer un frisson. Toute la famille ou presque était réunie au Ranch.
L'ambiance qui s'était considérablement détendue au fil des semaines alors qu'ils n'étaient que tous les trois devient considérablement glacée. Monsieur Legrand et Niel étaient tendus, sur leurs garde comme prêts à bondir à la moindre attaque concernant Candy. Celle-ci en fut surprise tout d'abord puis l'angoisse d'une prochaine humiliation la submergea comme par le passé. Le poids dont elle s'était peu à peu délestée reprit sa place. C'est ainsi qu'elle retrouva le clan familial dans le petit salon prêt à passer à table pour déjeuner.
- Eh bien Candy nous t'attendions impatiemment fit Élisa sur un ton qui exprimait exactement le contraire. La jeune femme rousse l'avait comme d'ordinaire détaillée de la tête aux pieds, la langue prête à jaillir comme celle d'un cobra, le venin à portée de ses lèvres.
- Je vous prie de bien vouloir m'excuser répondit contrite l'accusée.
- Candy vous n'avez pas à vous excuser de quoique ce soit, vous êtes la seule femme ici présente à travailler à ce que je sais gronda Monsieur Legrand. Il se leva et contenant visiblement sa colère, donna l'ordre de se diriger vers la salle à manger.
Les places avaient été déterminées à l'avance et Candy se trouvait aux côtés de Niel, et en fut soulagé quelque peu. Malheureusement Élisa et sa mère lui faisaient face. L'hôte et la tante Elroy se tenaient chacun en bout de table. Candy glissa un regard inquiet vers Niel. Le visage que celui-ci lui montra la rassura, elle ne craignait rien. Les deux paires d'yeux du côté opposé laissaient cependant présager le contraire.
Le repas se déroula dans un silence quasi monastique. Enfin Monsieur Legrand interrompit les conversations anodines que tenaient sa femme et sa fille.
- Demain vous irez en ville. Il fixa intensément la jeune fille blonde qui arborait un visage très méfiant, et vous aussi Candy. Elle fit un « O » surpris et voulu refuser. Niel lui tira doucement un pan de sa robe. Oui vous irez vous prendre une tenue pour vous montrer digne de votre Oncle, d'Archibald et d'Annie qui vont en profiter pour annoncer leurs fiançailles. Candy ne pût s'empêcher de sourire. Ainsi ces deux-là allaient se marier ! *C'est vrai que depuis qu'ils se fréquentent c'est logique*. Un petit pincement désagréable lui rappela qu'elle aussi, elle aurait tellement aimer se marier ... mais l'Amour de sa vie était à présent quasi-innaccessible ... son Terry n'était plus pour elle, non, il était à présent pour Suzanne. La scène du toit de l'hôpital de New York, soir ou elle avait empêché Suzanne de commettre l'irréparable défila dans ses pensées. Sa peine menaça de surgir à nouveau et Candy mit toute sa volonté pour la contrôler. Une rougeur l'envahit jusqu'à la racine des cheveux. C'est alors que Monsieur Legrand l'apostropha remarquant son air triste et ailleurs l'interpela.
- Hé bien Candy ? Que vous arrive t-il ?
- Rien Monsieur, rien ! Elle essuya une larme qui perlait dangereusement. Je suis très heureuse pour Archibald et Annie ...
- Décidément les orphelins de la maison de Pony ont trouvé le bon filon avec nos familles, intervint Élisa sur un ton acide.
- Tu fais bien d'intervenir ma fille répondit son père du tac au tac. Candy il vous faut une tenue pour cette soirée et vous irez avec Élisa.
- Père ! Je vous en prie mais ... pas avec Candy ! Élisa la gratifia alors d'un regard qui sous-entendait qu'elle allait payer pour cette situation.
Candy avait blanchit d'un seul coup. Niel agrippa alors fortement le tissu tout à fait ordinaire de son vêtement. Monsieur Legrand détacha son regard incisif de sa personne et se tourna vers sa fille encore sous le choc de sa « mission ».
- Élisa je te fais cette mise en garde : qu'il n'arrive rien de fâcheux à Candy, ne me mens pas ou ...
- Comment très cher ? Insinuez-vous que ma fille ... Notre Élisa est une menteuse ? Je me demande bien ce que cette fille vous a raconté ... je suis ... outrée ! choquée !
- Descendez je vous prie de vos grands chevaux lui rétorqua, mordant Monsieur Legrand sur un ton uniforme et très calme. Madame Legrand le fixait, estomaquée. C'était la première fois qu'elle se faisait remettre à sa place de cette façon. Bouche bée, elle l'écouta, incapable de répondre. Je sais certaines choses à présent, j'ai ouvert les yeux ... enfin je les avais ouvert mais à l'époque ..., son regard partit loin pour revenir quelques secondes plus tard. Il se pencha vers elle et persiffla déterminé comme jamais, prenez garde Madame, prenez garde car vous ne m'avez jamais réellement vu en colère mais lorsque j'y suis, elle passe très peu inaperçue et marque les esprits.
- Enfin c'est insensé ... tout le monde sait que Candy ... enfin il y avait des témoins ! Candy se renfonça encore plus dans son siège lorsqu'elle sentit une main lui enserrer le poignet, doucement. C'était Niel qui prenait garde à ne pas la regarder mais ce seul contact suffit à ôter un peu l'angoisse qui l'envahissait.
- Ça suffit gronda préventivement Monsieur Legrand.
Tout le monde se plongea dans son assiette, et un calme absolu s'abattit durant quelques minutes.
Candy dormit mal cette nuit là. La perspective de se retrouver avec Élisa ne l'enchantait pas du tout. Ne trouvant pas le sommeil elle se leva et quitta sa chambre. Niel qui dormait dans celle d'à côté l'entendit sortir.
- Candy ? Mais où vas-tu comme ça !
- Je n'arrive pas à dormir ... je vais prendre l'air.
- Attend je viens avec toi. Candy aurait bien voulu lui dire qu'elle aspirait à se retrouver seule mais sa pensée mourut dans sa gorge.
Le ciel était sans nuage, les étoiles scintillaient et l'éclat de la pleine lune éclairait la nature en sommeil d'un doux halo de lumière blanchâtre. Ils marchèrent en silence et arrivèrent bientôt vers l'étang qui bordait la propriété des Legrand. Un bruit étrange vint bientôt troubler le silence qui les enveloppait.
- Écoute Niel chuchota Candy, il y a quelqu'un ...
Ils s'approchèrent de la source du bruit et bientôt un cheval bien équipé se dessina entre les bosquets. Ils se regardèrent, interrogatifs. Niel cependant n'était pas trop dans son assiette, l'idée de se battre contre un homme plus fort que lui ne l'enchantait guère.
- Son propriétaire ne doit pas être loin ... attendons-le ici, il finira par bientôt revenir, suggéra Candy. Niel opina du chef.
Elle ne se trompait pas. Bientôt quelqu'un approcha et Candy eut un choc. Elle connaissait ce garçon châtain, à qui elle avait montré comme se servir d'un lasso alors qu'ils étaient haut comme trois pommes. Elle ne l'avait pas oublié puisqu'elle avait passé une très grande partie de son enfance avec lui. C'était Tom, leur compagnon de jeu à elle et à Annie lorsqu'ils étaient encore tous à la Maison de Pony.
- Tom ? C'est toi ?
L'interpellé manqua lâcher ses prises. Puis ses yeux s'ajustèrent et soulagé reconnu Candy. Il eut un sentiment quelque peu désagréable lorsqu'il la vit accompagnée.
- Candy ? Je ne m'attendais pas à te trouver ici, grommela t-il légèrement contrarié.
- Qu'est-ce que tu fais sur la propriété des Legrand ? Tu aurais pu te faire prendre par quelqu'un d'autre que nous !
- Je chasse comme tu vois fit-il en exhibant ses prises. Mon domaine jouxte celui des Legrand et comme personne n'exploite chez eux cette partie et bien ...
- Tu t'arroges le droit de le faire pour eux finit Candy d'un air sarcastique. C'est très gentil ajouta t-elle moqueuse.
- Et ... qui est-ce ? Tom désigna du menton Niel qui était resté légèrement en retrait.
- Niel, le fils de Monsieur Legrand, comme si tu ne le connaissais pas ...
- Nous avons dû nous croiser deux ou trois fois, mais je ne fais pas partie de la catégorie huppée de sa famille. Ces gens ignorent les moins aisés qu'eux. Sur ce il installa ses prises sur sa monture.
- Tom ...
- Ne t'inquiète pas je ne me ferais pas prendre mais si vous pouviez garder le secret sur ce que vous venez de voir, j'avoue que ça m'arrangerait.
Candy se tourna vers Niel, un tantinet inquiète.
- Ne te fais pas de souci ... Tom. Je ne dirai rien. Par contre évite de te faire prendre ... j'aurais du mal à te trouver des circonstances atténuantes.
- Merci Niel fit Tom en s'installant avec grâce sur son cheval. Il se tourna vers lui d'un air étrange, un je-ne-sais-quoi de moquer. Vois-tu jusqu'à il y a peu j'avais peu d'estime à ton égard. Je te prenais pour l'être le plus prétentieux de la terre en fait. Tu regardais les autres avec mépris et mon estime à ton égard était proche du néant. Je constate que Candy t'a amélioré, mais ça elle le fait avec tout ceux qui la connaisse ajouta t-il en se penchant vers elle. Candy ne put retenir un fard intempestif.
- Oui je sais marmonna Niel comme pour lui-même tandis que Tom quittait la propriété.
Il le laissa s'éloigner puis prit conscience que malgré le nombre des années qu'ils se connaissaient, Candy restait un mystère par de nombreux côtés.
- Candy, celle-ci tourna son visage espiègle parsemé de tâche de rousseur vers lui et son cœur manqua un battement. Candy je me rends compte que malgré que je te connais depuis tes dix ans à peine, je ne sais rien de toi !
- Niel, elle se frotta les yeux soudain en proie à une torpeur bien méritée. Niel que veux-tu savoir ? le timbre de sa voix était maintenant lasse, la fatigue gagnant du terrain.
- Et bien par exemple, voilà j'ai appris alors que j'étais au Collège Royal de St-Paul que tu étais partie sans un sou en poche ...
- C'est vrai.
Ils prirent lentement le chemin de la bâtisse majestueuse dont la silhouette se détachait harmonieusement entre les arbres parfaitement entretenus. Candy raconta à Niel son périple £(épisodes 50 à 57)£. Tout en écoutant ses péripéties, l'admiration qu'il lui vouait déjà monta d'un cran. Il n'aurait pas pu affronter ce qu'elle avait traversé avec courage. Il l'aimait déjà énormément mais là il sut que c'était vraiment elle la femme de sa vie. Candy par souci de modestie n'évoqua pas les moments ou elle avait fait preuve de générosité (épisode 50) ni celui ou elle avait soigné la petite Susie (épisode 54). Niel passa pour le coup une nuit très agitée, repensant sans cesse à Candy et à sa gentillesse, tandis que lui et sa sœur n'avaient eu de cesse de lui nuire. **Elle commence à baisser sa garde, à ne plus me regarder comme un être monstrueux dénué de compassion** ... Tom surgit alors de façon impromptue dans sa pensée et il pensa aussi à ce qu'il lui avait dit **«Vois-tu jusqu'à il y a peu j'avais peu d'estime à ton égard. Je te prenais pour l'être le plus prétentieux de la terre en fait. Tu regardais les autres avec mépris et mon estime à ton égard était proche du néant»**. Et comment aurait-il pu en être autrement ? Il repensa à son attitude, son comportement qu'il adoptait en présence des autres et qui ne remontait pas encore si loin que ça. Il s'assit et en proie à l'insomnie alla s'asseoir dans le jardin. La perspective de prendre la suite de son père ne l'enchantait pas plus que ça, mais c'était toujours un travail et il savait que s'occuper était le meilleur des remèdes. Déjà lorsqu'il avait aidé le Docteur Martin il avait – pour la première fois de sa vie – été heureux de travailler et de donner son temps pour autrui. **C'est ça, je vais faire quelque chose de ma vie, tout le monde autour de moi a trouvé sa voie, Archibald va se marier avec Annie, mon père, et Candy ... elle a toujours consacré du temps aux autres, s'effaçant presque pour le bien-être d'autrui, c'est un ange qui daigne me regarder non plus avec dégoût à présent mais qui me montre la voie à suivre ...**. Se fut en fin de nuit, alors qu'une nouvelle aube se profilait, que Niel enfin s'endormit.
Candy, Élisa et sa mère, furent conduites en ville pour y faire leurs emplettes. La sérénité avait fait ses valises, la perspective de subir une nouvelle méchanceté de la part des deux femmes ne la mettait pas du tout à l'aise. J'aurais dû partir, prendre la voiture et aller à la maison de Pony !elle se reprit. Monsieur Legrand a été très correct envers moi, je n'aurais pa pu lui faire ça ... il ne me reste plus qu'à supporter ces deux chipies*. À leur entrée la vendeuse fut tout de suite affable envers Madame Legrand et sa fille. Candy quant à elle s'efforçait de se mettre à l'écart. Elles s'affairèrent toutes les deux à choisir des robes au tissu plus ouvragés et chers, faisant fi du prix qui étaient attribués au vêtement. Candy restée à l'écart s'était assise et en profiter pour regarder les journaux dont certains n'étaient plus de première fraîcheur. C'est la que l'ultime espoir de retrouver un jour Terry s'envola définitivement. L'article annonçait le mariage imminent de son amour avec Suzanne. L'article étalait sous forme d'interview ses sentiments : « Oui bien sûr il l'aimait, oui, il lui devait sa carrière et surtout la vie, c'était Suzanne qui comptait et elle uniquement, elle avait toutes les qualités ... » Candy sentit un froid intérieure la possédait. Son sourire éclatant et son attitude altière, Suzanne qui rayonnait de bonheur, lui donnèrent soudain comme une sensation de malaise. Elle scruta alors son visage pour y déceler le moindre signe d'une comédie bien orchestrée ... Terry montrait sa volonté de croire en son bonheur futur, et visiblement il y croyait. Ô Terry, je sais que tu fais la comédie, mais tu as choisi, tu as fais ton choix dans les escaliers ... je te garde au fond de mon cœur, je ne t'oublierai jamais et te souhaite tout le bonheur du monde ! Tu as toujours été torturé ... Ô Terry !* Candy reposa le journal soudain écœurée. Enfin le bruit des frous-frous s'estompa et la vendeuse à l'allure élégante mais des plus snob vint la chercher pour les essayages.
- Mademoiselle, qu'elles sont les robes qui vous feraient plaisir ? Fit-elle tout en faisant défiler sous ses doigts fins et parfaitement lisses et d'une blancheur parfaite, la rangée de robes toutes en dentelles et coûtant un prix des plus indécent. Voici des robes parfaites pour une réception. Il n'y avait aucun prix sur les vêtements.
Elle faillit lui répondre sans sourciller « aucunes », mais parvint à se reprendre devant l'air outragés de ses deux compagnes forcées.
- Hum ... Candy aime les tenues simples, cela vient certainement de sa condition ! intervint Élisa péremptoire sur un ton tellement perfide que la vendeuse marqua un recul. Ne vous inquiétez pas ajouta t-elle en fixant la vendeuse droit dans les yeux, c'est notre famille qui va subvenir à sa tenue glissa t-elle tandis que son visage trahissait la haine qu'elle lui inspirait. Candy pâlit sous l'attaque, serra les poings et comme à son habitude choisit le silence plutôt que la riposte.
Au bout d'une demi-heure, Candy avait enfin trouvé sa tenue, ses chaussures et ses rubans. La chaleur était devenue insupportable en ce début d'été mais le soleil n'y était pour rien. L'attitude exécrable d'Élisa avait définitivement gâchée sa journée et il lui tardait de rentrer pour s'isoler. Durant leur trajet de retour, Tom avec son troupeau traversa la route et jeta un coup d'œil moqueur au convoi dans lequel il reconnut Candy. La pimbêche qui se tenait à ses côtés lui donnait la nausée. Elle était peut-être pire que son frère. Hautaine, méchante, sa réputation n'était plus à faire au sein du voisinage, quand à sa mère elle était qualifiée comme le pire être qui soit, incapable d'avoir donné une bonne éducation à sa progéniture, elle était mise plus bas que terre. Seul leur père était respecté, car courageux, tenant son domaine avec équité, il avait une bonne image. Tom se hâta de conduire son troupeau en terrain moins hostile. Élisa avait détourné la tête lorsqu'il était passé et avait donc manqué son air méprisant et moqueur. En revanche Madame Legrand ne put s'empêcher de faire une remarque sur le jeune homme, le considérant comme un voyou, dénué de respect et de déférence à leur égard.
