CHAPITRE 6
La réception était un franc succès. La bagarre entre Terry et Niel n'avait pas fait de vague. Bientôt Archibald et Annie se levèrent et annoncèrent leur fiançailles. Archibald qui menait la ronde en profita pour souhaiter un chaleureux anniversaire à l'Oncle William. Les applaudissements retentirent ainsi que les flash des photographes invités pour immortaliser dans les journaux, cet instant. Enfin les deux amoureux prirent possession de la piste et lancèrent le bal. Niel en profita pour inviter Candy qui lui céda un peu comme un automate. À présent son silence, son enfermement, commençait sérieusement à lui faire peur. la danse finit Candy s'éclipsa. Elle avait un besoin urgent de rassembler ses pensées. Que faire ? Niel ne lui était plus aussi indifférent que ça. Certes son attitude diamétralement opposée à celle qu'elle lui avait toujours connue y était pour quelque chose. Je ne peux pas imaginer quoique ce soit avec lui, pas avec sa famille qui me déteste ... elle va nous faire vivre un cauchemar, tous les jours que Dieu fera, je ne pourrais pas encore supporter tant de méchanceté !*Un vent léger vint bouger ses cheveux blonds et bouclés, rassemblés en queue de cheval. Elle frissonna et repositionna son étole sur ses épaules.
Durant un moment le silence l'enveloppa et ses pensées se turent. Ses yeux regardaient sans les voir la cime des arbres, et un doux parfum de fleurs, de roses, la ramena au temps ou Anthony, son prince des collines était encore de ce monde. C'était il y a si longtemps !
La musique, les rires, vinrent l'éclabousser gentiment, l'appelant à une humeur moins morose. Un sourire triste étira légèrement son visage. Archibald et Annie était un couple fait pour durer, s'appréciant dès le premier regard, toujours ensemble et d'accord sur tout ... c'était exactement ce qu'Annie avait toujours voulu, de la stabilité dans son existence. Rien à voir avec ma propre vie ... se dit Candy dont le visage reprit son masque morose. Un court instant elle vit la route qui la ramènerait à l'Orphelinat et regretta l'absence de son chêne centenaire dans le jardin des Legrand. En cet instant elle y aurait volontiers grimpé pour s'endormir, pour ne plus penser et même ... si c'était possible, ne plus se réveiller.* C'est ça oui, ne plus me réveiller* ...elle ferma les yeux et se laissa aller à la peine.
Niel la cherchait à présent. Son comportement maussade ne lui avait pas échappé et sentait planer au-dessus de lui une peur qui ne voulait pas dire son nom. C'est à ce moment qu'apparu Archibald.
- Niel ? il s'approcha visiblement inquiet. Niel je sais que tu es du côté de Candy à présent mais ça fait un moment que je ne l'ai pas vu et ... j'avoue que je me demande si Élisa n'a pas encore fait des siennes. Niel fronça les sourcils, évidemment que cela pouvait être la raison pour laquelle Candy était introuvable.
- Quel idiot je suis, évidemment ! Et si c'est ça elle va me le payer très cher, ça à beau être ma sœur ... ses yeux noisette lançaient à présent des éclairs furieux. Je vais trouver Élisa et lui arracher les vers du nez, par la force s'il le faut ... Et en bougeant, l'hématome causé par Terry fut plus que visible aux yeux d'Archibald.
- Tu t'es battu ? Ça alors !
- Oui, pourquoi ?
- Toi ? Archibald ne feintait pas sa surprise. Niel n'avait pas la réputation d'être très courageux.
- Terry m'est tombé dessus ... je lui ai rendu la monnaie de sa pièce, crois-moi.
- Contre Terry ? Niel tu m'impressionnes, je n'aurais jamais cru penser ça un jour de toi !
- Humm ... **Après tout autant qu'il croit que je me suis battu seul ... il apprendra l'intervention de Candy bien assez tôt !**Comme quoi tout arrive. Je vais à la recherche d'Élisa.
- Je viens avec toi !
- Si tu veux fit Niel. Nous la trouverons peut-être plus facilement.
Ils n'eurent pas très loin à chercher. Élisa s'était isolée, et observait les gens autour d'elle. De temps en temps quelqu'un l'abordait mais la conversation ne s'éternisait pas. En fait elle était en recherche de Terrence Grandchester et appris que celui-ci avait quitté les lieux au détour d'une conversation. ***Et je suis sûre que cette petite chipie est avec lui*** ... de rage elle cassa le verre en cristal qu'elle tenait, faisant détourner le regard de quelques invités. C'est à ce moment là que son frère, accompagné par Archibald, l'apostrophèrent.
- Élisa ... je suis sûr que tu sais où est Candy ...
- Et tu as intérêt de nous le dire renchérît Archibald, péremptoire.
- Vous vous êtes mal renseignés. Cette petite chipie est certainement avec Terry ! Leur cracha t-elle au visage, l'air mauvais.
- Et qu'est-ce qui te fais dire ça !? manqua d'hurler Niel recevant des regards et des remarques désobligeantes des convives les plus proches.
- Terry est introuvable, Candy aussi donc ... elle leva les yeux au ciel, forcément qu'il y a un lien entre ces deux faits.
- Dis plutôt que tu as réfléchi à un plan pour l'humilier gronda Niel, ses yeux noisette transperçant Élisa, bien déterminés à cibler la vérité.
- Non je n'ai rien « ***réfléchi à*** » du tout rétorqua Élisa. Je ne sais pas où est cette chipie et je m'en fiche complètement. Puis ne pouvant se résoudre à laisser échapper une occasion aussi belle, ajouta d'un ton perfide, Dis-moi Niel en tant que future époux de cette fille il faudra que tu la surveilles un peu plus, je ne sais pas pourquoi mais je sens que la fidélité ne fait pas partie de ses qualités. Elle regretta alors ses paroles car le visage de Niel montrait une lutte intérieure pour éviter de faire un scandale. Avec mépris et sur un ton sarcastique ajouta un ... je vous laisse à vos recherches !
Élisa les planta là et avec culot demanda une danse à un garçon qui appartenait à une riche famille d'exploitant au Mexique. Niel ne put s'empêcher de faire la moue devant le physique du danseur.
- Ta sœur n'est pas difficile ... murmura Archibald.
- Elle trouve que ce qu'elle peut avoir, philosopha Niel s'en sans rendre compte tout en l'observant, une lueur de vengeance dansant dans ses prunelles.
- Allez ... Élisa n'y est peut-être pour rien dans sa disparition. Continuons de la chercher.
Candy avait quitté son perchoir, les combles. À présent elle savait ce qu'elle devait faire, c'était la seule issue possible.
Sans faire de bruit elle gagna les cuisines et prit deux bouteilles de whisky et s'esquiva son forfait accompli. L'avantage d'avoir été domestique est que toutes les issues vous sont connues et Candy prit celle qui convenait le mieux et qui la conduirait le plus rapidement possible à destination à l'insu de tous.
Élisa regretta vite son choix. Son cavalier était hideux, moite, et son haleine était à vomir. Malheureusement pour elle, il ne comprit pas le message et se mit à la suivre où qu'elle aille. Elle n'eut d'autres choix que de le fuir et s'enferma dans un cagibi. Elle grimaça de dégoût lorsqu'elle sentit la première toile d'araignée mais refreina son impulsion d'hurler. Le garçon affectueusement nommé par ses parents « Carlitos » passa tout essouffler devant le cagibi tout en l'appelant à tue tête. Élisa serra les dents et patienta. Cette stratégie s'avéra payante et Carlitos quitta les lieux mais Élisa était intelligente et attendit encore quelques minutes avant de sortir définitivement de sa cachette. En passant devant une fenêtre qui donnait sur le jardin, elle aperçut une silhouette reconnaissable entre mille.
***Je me demande bien où tu vas comme ça ***...puis la silhouette disparut à nouveau. Élisa fut un instant tiraillée entre retourner à la fête ou la suivre mais le deuxième choix était trop tentant. Elle pensa à Niel qui devait être encore entrain de la chercher mais l'idée qu'il soit inquiet ne lui déplaisait pas en fin de compte.
Archibald et Niel croisèrent un « Carlitos » tout essoufflé et transpirant. Ils se regardèrent deux secondes avant de comprendre qu'Élisa l'avait semé ce qui les fit sourire.
- Ta sœur est ce qu'elle est fit moquer Archibald mais elle a du caractère !
- Tu l'as dit ! Tiens, voilà ta fiancée.
Annie toute pimpante et qui ressemblait encore plus à une poupée de porcelaine vint à leur rencontre avec grâce.
- Et bien Archi, où étais-tu ? Puis avec un air de reproche souffla, les invités se demandent où tu es passé ? L'Oncle William aurait bien voulu dire un mot à Candy !
- Si nous avons disparu Annie c'est parce que Candy est introuvable. Son regard navigua sur les deux garçons visiblement inquiets et moins bien mis qu'au début de la soirée. Pourquoi regardes-tu Niel de cette façon ? Ajouta t'il tout en se passant la main droite dans les cheveux.
- Niel ... on dirait que tu t'es battu ...
Ce dernier leva les yeux au ciel, décidément ce fait était loin d'être passé inaperçu.
- Humm ... oui Annie, c'est vrai je me suis bel et bien battu. Annie ouvrit la bouche sous l'effet de sa stupéfaction. £*Niel aurait changé à ce qu'on dit, mais là ! Whaoo !£*
- Bon ... intervint Archibald pressé, le temps presse ... j'espère que Candy n'a pas prit la route de l'Orphelinat ! il fait nuit maintenant et ce ne serait pas prudent.
- Sa voiture est toujours là souligna Annie.
- Candy est bien partie du Collège Royal de St-Paul sans un sou en poche, je ne pense pas que d'aller à pied à l'Orphelinat l'arrêterait ajouta Niel sarcastique. **Où es-tu Candy ? Ai-je fait quelque chose ... ou quelqu'un ...** ? Sa mine prit la teinte du désespoir.
- Dispersons-nous suggéra t-il alors. Toi et Annie prenez une voiture et cherchez la, peut-être s'est-elle enfuie vers la Maison de Pony mais je ne vois pas pourquoi elle aurait fait ça.
- Peut-être que ... le fait que Terry et toi vous vous soyez battu ... Si Candy a appris pour votre bagarre, ça la retournée et elle a décidé de partir ! ou ... Archibald se mordit la lèvre hésitant à poursuivre.
- Ou ? Interrogea Niel.
- Ou finit Archibald à contre cœur, elle n'a pas supporté une énième remarque de ta sœur.
- Je sais que Candy souffre de ça ... mais elle parvient à laisser tomber, on dirait que ça ne la touche plus. Peut-être le fait que Terry et toi vous vous soyez battu elle s'est sentie mal d'être le centre de cette bagarre.
- Non ce n'est pas logique, elle s'est mise devant moi, comme pour me protéger ... Oui d'accord, je ne me suis pas battu longtemps et sans son intervention je ne sais pas si j'aurais gagné. Annie et Archibald échangèrent un regard qui disait sans équivoque « nous nous disions aussi ! » .ensuite elle est devenue toute drôle, presque me fuyant du regard et ne prononçant plus un seul mot. Je ne sais pas pourquoi ! Elle a peur de quelque chose mais ... je ne sais pas de quoi et du coup je ne peut rien faire.
- Niel ... peut-être a t-elle tout simplement peur de l'avenir, fit doucement Annie.
- Elle sait qu'elle ne craint plus rien de moi, et nos familles sont aisées termina t-il, une étrange sensation de honte l'envahit. Peut-être est-ce effectivement cela ...
- Ou bien intervint Archibald, elle a peut-être peur de ses sentiments tu vois. Toi et Élisa vous lui avez fait beaucoup de mal non ? Niel baissa la tête encaissant la remarque qui n'était que vérité. Candy a peut-être peur d'être à nouveau malheureuse.
- Elle sait qu'elle ne doit plus rien craindre de ma part.
- De tapart Niel fit doucement Annie, mais pas de celle d'Élisa, de ta mère ni de ...
- De la Tante Elroy termina Archibald.
- Non ... vous pensez réellement que Candy a peur de vivre un enfer si elle, enfin si elle m'aime ?
Annie ne put s'empêcher de mettre sa main devant sa bouche tout en agrandissant les yeux. Elle savait que Candy pouvait mettre sa vie en danger, mais tout de même pas pour ça ! Pourtant un terrible pressentiment commençait à l'envahir.
- Il faut absolument la trouver Archi, il le faut ! C'est mon amie et ... j'ai peur qu'elle soit complètement perdue ! £*et qu'elle fasse une bêtise surtout ! £* mais devant Niel n'osa pas le dire.
- Bien fit Niel sur un ton de commandement. On fait comme on a dit, vous deux vous prenez la voiture et vous faîtes la route jusqu'à la maison de Pony, moi je vais attaquer la fouille des combles, peut-être que l'un d'entre nous aura la chance avec lui.
- Peut-être souffla Archibald.
- J'espère ! Et sans attendre ils partirent tous les deux en trombe, oubliant qu'ils étaient le centre de la réception.
Candy s'était arrêtée au pied d'un arbre modeste et buvait, se forçant à déglutir ce liquide que pourtant elle ne goûtait guère. Elle en était à présent à la deuxième bouteille qu'elle prenait de façon automatique pour en boire le contenu épais. La chaleur insupportable qui l'avait submergée s'était diluée à présent. Elle avait prit la bonne décision, elle en était certaine. Plus jamais elle revivrait les humiliations de son enfance et pire jamais Niel ne connaîtrait la honte d'être à ses côtés. Tout cela ne serait qu'un souvenir avant d'être à son tour voué à disparaître dans le désert de l'oubli. Ses yeux se fermèrent, lassés de regarder la nature sombre. Sa tête commençait à lui tourner, une sensation désagréable de vertige lui faisait perdre le contrôle de son corps. Malgré tout elle tenta de se relever. Tout tanguait, son équilibre était précaire. Le ponton de bois déroulait ses planches usées devant elle. Elle se crut sur un pont suspendu entre deux montagnes. Sous l'effet de l'alcool tout ses organes sensoriels lui jouaient des tours et Candy se décida à atteindre l'extrémité à genou . L'eau fut enfin visible se situant à quelques centimètres de son visage rougit par les larmes et la quantité d'alcool qu'elle avait ingurgité. Elle rassembla ses dernières forces, sa volonté pour parvenir à se mettre debout ce qu'elle parvint à faire après quelques tentatives infructueuses. Ses pensées étaient devenues totalement incohérentes, embrumées, inconsistantes mais elle était déterminée à mettre son plan à exécution. Les images de sa vie se déroulèrent dans sa tête comme un film décousu. Elle jeta un regard à l'astre argenté insensible à son chemin de croix, puis ses yeux se posèrent sur la surface miroitante, parsemée d'éclats de lumière ténus dus à la Lune qui faisait comme un tapis sous ses pieds. *De toute façon j'aurais du mourir dès ma naissance, même ma mère n'a pas voulu de moi *... son regard se tourna vers la bâtisse des Legrand et une moue de dégoût se dessina sur son visage. *Personne ne me regrettera, Niel se remettra avec une fille de son rang, Élisa, sa mère, la tante Elroy, tout le monde sera ravi que je ne sois plus là. Allez ... mourir maintenant ou dans une cinquantaine d'années *... et elle inspira une grande bouffée d'air et fit le premier pas vers l'éternité.
L'eau la saisit comme des millions de petites lames de rasoir lacérant sa peau. La léthargie dans laquelle l'alcool l'avait plongé eut raison de son réflexe de survit et elle s'enfonça sans résistance aucune dans les profondeurs de l'étang.
Élisa cachée dans les buissons eut comme un hoquet de terreur. Elle l'avait suivi histoire de mettre à son passif des éléments compromettants mais jamais elle n'aurait pensé que Candy fut capable de faire ça. Son corps l'éjecta de son repère et bondit à son tour sur le ponton. L'idée de courir pour appeler les secours l'effleura mais le temps que tout le monde arrive, elle serait morte. ***Je la hais ... mais pas au point qu'elle se tue ! et l'évidence s'imposa je ne veux pas qu'elle meurt ! Je ne l'ai jamais voulu !***
