CHAPITRE 7
Élisa scrutait la surface de l'étang terrifiée. Elle la détestait certes mais l'idée qu'elle meurt alors qu'elle était à deux pas, sans compter que la police pourrait l'accuser de non assistance, lui était également insupportable. Elle scruta la surface et ne vit rien. Il n'y avait aucune autre solution que celle de plonger aussi et l'effet du froid la fit crier. Elle prit sa respiration toute en claquant des dents, et replongea à nouveau, espérant de toutes ses forces que ses mains ou ses pieds rencontrent un bout de tissu, des cheveux, un corps. Elle n'eut pas longtemps à chercher car dans cet endroit l'étang n'était pas trop profond et ses mains rencontrèrent un bras. Élisa le tira de toute ses forces tandis que de sa main libre elle s'agrippait au ponton. Elle inspira une bouffée d'air et mobilisa toute sa force vocale pour appeler à l'aide. **Je dois m'en sortir, nous en sortir ...**ne cessait-elle de se dire tout en la tenant à bout de bras pour maintenir la tête blonde or de l'eau glacée. Elle claqua des dents et le désespoir de la sauver fondit sur elle. **Non ... non il ne le faut pas ! **
- AU SECOURS ! Je vous en prie ... AU SECOURS ! **J'aurais dû la laisser où elle était ! **
Rien ne lui répondit.
Elle tenta alors de se hisser sur le ponton mais le poids mort qu'était devenue Candy l'en empêcha alors des larmes de colère et d'impuissance sortirent de leurs prison.
- Je vous en prie sanglotait-elle à présent tandis que ses forces diminuaient au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient. Elle tenta un dernier AU SECOURS qui ressembla plus à un cri désespéré qu'un véritable appel.
Tom l'ami d'enfance de Candy avait espacé ses venues sur le territoire des Legrand, histoire de ne pas chercher des ennuis. Cette nuit là, la température extérieure l'empêchant de dormir, il s'était laissé aller à une petite promenade à cheval et pourquoi pas pousser jusqu'au domaine des Legrand. Quelque chose le poussait sans cesse à rôder dans ce secteur et il aurait été bien en peine de dire quoi.
Il avait fait une halte à la frontière matérialisée par un ensemble de haies savamment disposées lorsqu'il crut entendre un appel à l'aide. Il tendit l'oreille à nouveau mais rien. *Étrange ...* Son cheval lui aussi avait remué les oreilles et montrait à présent quelques signes d'excitation.
- Bon d'accord toi aussi tu veux savoir si tu es l'objet d'hallucinations auditives c'est ça ? Tom grimpa et une fois en hauteur scruta les alentours. C'est alors qu'il entendit nettement un appel, ténu certes mais un appel mais ce dernier se situait dans la propriétés. Qu'à cela ne tienne il connaissait les failles du domaines et arriva quelques secondes plus tard aux abords de l'étang. Il eut des difficultés à faire une mise au point mais vit bientôt la forme humaine et une tête blonde émergée de l'eau glacée. Il lança alors son cheval au galop.
Élisa était complètement léthargique, proche de la mort comme l'était à ce moment même Candy. Tom ne perdit pas une seconde et attrapa le col de la robe trempée de son amie et la tira sur le ponton de toutes ses forces puis entreprit de hisser à son tour Élisa qui ne lutta pas. Les deux jeunes femmes étaient dans un état pitoyable mais c'était le cas de Candy le plus préoccupant. Il ôta sa veste de cow boy et la posa sur Élisa puis Il s'agenouilla près du corps inerte et entreprit la réanimation. Au bout de quelques minutes Élisa reprit ses esprits et analysa l'horreur de la situation. Tom tout en faisant un massage cardiaque l'interpela.
- Mademoiselle il faut de toute urgence prévenir les secours ...
- Oui souffla Élisa frigorifiée. **Qui était-il ? Et que faisait-il là ?**
- Vous savez monter à cheval ? Élisa opina. Bien prenez mon cheval et foncez ... moi je m'occupe de Candy.
Élisa s'exécuta et galopa à toute allure jusqu'au ranch. Mouillée, décoiffée, dans une tenue indescriptible elle pénétra dans la salle de réception tout en hurlant :
- C'EST CANDY, ELLE A SAUTÉ, ... ELLE A SAUTÉ DANS L'ÉTANG ... IL Y A QUELQU'UN DEJÀ QUI LA RÉANIME MAIS IL FAUT ... il faut ...
Aussitôt se fut le branle-bas de combat. Niel au dernier étage vit alors un groupe d'hommes se diriger vers l'étang et il comprit que quelque chose de grave venait de se produire.
Il descendit quatre à quatre les escaliers et couru à perdre haleine là où tout le monde se dirigeait. C'est la qu'il vit la scène d'horreur. Tom, le garçon qu'il avait surpris avec Candy mettait toute son énergie pour la ramener à la vie. Ce dernier n'était pas loin d'abandonner la partie mais enfin un semblant de toux le fit s'arrêter. Niel arriva, blanc comme un linge et poussa sans vergogne ceux qui bloquaient le passage. Il vit §sa§ Candy trempée, inerte et sans vie malgré le massage que lui prodiguait de toutes ses forces Tom. Il ôta sa veste et la recouvrit. Celle-ci eut enfin une quinte de toux et rejeta un peu d'eau. Tom la plaça alors sur le côté, soulagé. Candy respirait mais était toujours inconsciente.
- Merci ... merci Tom, parvint à dire Niel, choqué.
- C'est la demoiselle qui a sauté pour la ramener à la vie qu'il faut remercier, sans elle ... il détourna la tête, et acheva pour lui-même, *sans elle, elle serait morte.*
- Qui ?
- Je crois que c'est votre sœur qui a sauté, il fit une moue admirative avant d'enchaîner, jamais je n'aurais cru que Mademoiselle Legrand aurait été capable de ça !
- Moi non plus grommela Niel tout en prenant Candy dans ses bras. Ils accélérèrent le pas, Candy devait absolument être habillée avec des vêtements secs et au chaud. Tout en marchant il regardait si elle respirait, ce qui était le cas.
Le cheval du cow boy en herbe, l'attendait sagement, broutant l'herbe mise à sa disposition. Il daigna lever la tête lorsque son maître apparu.
- Allez gros gourmand, nous partons.
- Vous ne restez pas ? Je pense que personne ne vous en voudra d'être intervenu vous savez.
- Je pense qu'il y a assez de monde à présent autour d'elle Monsieur Legrand. Si vous le voulez bien je repasserai demain pour prendre des nouvelles de Candy.
- Bien ... comme vous voudrez.
Des domestiques avaient été chargés de la revêtir de vêtements sec. Toujours couchée sur le côté, Candy à présent était entrain de cuver tout le whisky qu'elle avait ingurgité. Bientôt un médecin arriva et s'enferma dans la chambre devant laquelle une petite foule s'était constituée. Lorsqu'il sortit il fut invité à se restaurer et surtout à faire un compte-rendu sur l'état de la jeune femme.
- Celui qui l'a réanimé à fait un bon travail. Elle cuve l'alcool qu'elle a bu ... et en sera quitte pour une bonne « gueule de bois » comme on dit par chez moi. Il fronça les sourcils soudain soucieux. Par contre ce qui est plus inquiétant c'est de connaître la raison pour laquelle cette demoiselle a voulu en finir.
- Je pense savoir .. s'avança Niel. Je vais régler tout ça, en discuter ...
- Hum ...espérons que cela suffise.
Élisa était enfermée à double tour dans sa chambre et pleurait. Tout c'était passé si vite ! Bien sûr qu'elle détestait cette fille mais lorsqu'elle l'avait vu sauter, ça avait été plus fort qu'elle, un pur réflexe ... Le contre coup, le choc l'avait bouleversée. Bientôt quelqu'un toqua. C'était ses parents ainsi que la tante Elroy.
- Maman sanglota Élisa qui se réfugia comme d'ordinaire, depuis qu'elle était enfant dans ses bras.
- Élisa ... que c'est il passé ? Derrière sa mère se trouvait la tante Elroy et son père.
- Je ... j'avais suivi Candy, histoire de voir pourquoi elle quittait le ranch, si elle ne projetait pas un ... et ses mots moururent dans sa gorge. **Candy n'avait jamais projeté quoique ce soit, c'était elle-même, et son frère qui avait sans relâche tenté de la blesser, de lui faire du mal, la fille de rien ce n'était pas Candy mais ... elle-même ! ** devant l'objecte vérité que lui dévoilait sa conscience Élisa se tut brusquement. Elle inspira profondément et se détacha de sa mère. Je voulais la suivre et c'est comme ça que je l'ai vu boire et ensuite marcher sur le ponton. Naïvement je pensais que ... c'était pour rien, juste comme ça et ... lorsqu'elle a sauté, je l'ai suivi sans réfléchir.
- Tu as sauvé la vie de ... de cette fille de rien ! Elle a failli cette fois te tuer persiffla sa mère, elle qui ne vaut rien, une vulgaire voleuse, sans famille et sans éducation ! Monsieur Legrand derrière se crispa, et failli la remettre vertement à sa place. Il ne pût s'empêcher d'intervenir.
- Vous faîtes erreur très chère. Candy est tout ce que vous voulez mais PAS une voleuse et c'est encore moins une fille de rien. Élisa, bravo en tout cas pour ton courage, c'est la première fois que tu te rends intéressante pour quelqu'un acheva t-il sur un ton des plus sarcastique.
- Bien sûr que c'est une fille de rien comment après ce qu'elle a fait à notre famille vous permettez-vous de remettre la parole de mes enfants en doute ? C'est une voleuse, ma fille a toujours fait de son mieux pour obtenir son amitié, toujours prête à tout pour aider son prochain. Ces mots faillirent faire s'étrangler son père. Élisa avait prit une teinte cramoisie. Elle était tiraillée entre sa mère et ce qu'elle était réellement. Son père l'aida à choisir de quel côté elle devait se tenir.
- La bonne action serait complète ma fille, si pour une fois dans ta vie, tu pouvais dire la vérité. Élisa blêmit sous le reproche que son père avait émit. **Il savait quelque chose ...** Alors ?
- Tu te trompes maman, renifla alors Élisa qui n'arborait plus son air hautain habituel.
- Comment ça je me trompe ? C'est bien cette fille qui nous avait volé ! Dans la grange ...
- Non maman répondit-elle doucement mais fermement, papa a raison. Elle lui lança un regard désespéré mais son père avait l'air tellement implacable qu'elle se sentit acculée à tout avouer.
- Élisa gronda Madame Legrand, je peux savoir ce qui t'arrive ? C'est certainement le choc, à cause de cette fille tu as faillit mourir !
- Non, non. À présent elle tremblait, le visage décomposé, elle faisait face à ses actes du passé. Maman j'ai toujours détesté Candy parce qu'elle avait tout ce que je n'ai pas.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Tu es riche, tu as tout ce que tu veux !
- Elle est belle §elle§ ! Candy peut se faire des amis partout où elle passe ! Moi je n'en ai pas et ceux que j'ai le sont juste à cause de mon nom de famille. Elle s'interrompit soudain. **C'est ça, je la déteste parce que je suis ... jalouse ! Elle a tout pour elle, tout ! moi malgré mon argent, je n'ai ... rien ! C'est moi la pauvre ... la fille de rien ! Les gens viennent vers moi à cause de ma fortune et de mon Nom.** Son regard navigua sur les membres de sa famille consternés. Cette révélation à elle-même la secoua tant et si bien qu'elle s'assit.
- Élisa fit sa mère, tu es toute pâle, tu nous raconteras ... enfin ce ne sont que des âneries, le froid t'a fait perdre tout le sens commun !
- Je pense qu'au contraire il est nécessaire qu'elle poursuive grinça son mari. Il avança son menton, signe qu'il fallait qu'elle se mette à la table des aveux.
- Enfin chéri, n'as-tu donc aucun cœur ?
- Je vais tout vous raconter sur Candy, moi et Niel. Elle inspira profondément. Papa a raison lâcha t-elle dans un soupir. Monsieur Legrand se détourna, soulagé, ***enfin ! la vérité !*** . Les aveux faits, cela ne fit ni chaud ni froid sur la tante Elroy qui garda son visage impassible. Sa mère quant à elle la félicita tout en lui trouvant des tas d'excuses. Son père se contenta d'un discret signe de contentement. Lorsqu'ils sortirent tous de la chambre, Élisa se sentit au mieux de sa forme, comme si un poids l'avait quitté, son humeur était légère à présent. Elle n'avait eu droit à aucun reproche malgré les méchancetés qu'elle avait fait, au contraire elle avait été le centre d'attention de la famille. **Après tout, j'ai peut-être bien fait ..., enfin on me remarque !** Ses yeux gonflés par les larmes tombèrent sur le blouson de cuir à frange du cow boy qui l'avait secouru et elle se leva pour l'observer de plus près. S'il n'avait pas été là, elle ne serait plus de ce monde. **Je me demande bien qui il est et ce qu'il faisait là ...** elle le revit la tirant de l'eau alors que ses dernières forces lui manquaient.
Même si elle n'avait rien dit, son visage resté froid comme un bloc de marbre sculpté, la tante Elroy était abasourdie. Cette fille qu'elle avait tant méprisée, honnie, était en fait innocente, elle n'avait rien commis de répréhensible. Elle aussi allait devoir réparer ... Après le récit d'Élisa, la raison pour laquelle Candy avait voulu mourir commençait à apparaître mais elle devait en avoir le cœur net. La tante Elroy se dirigea vers celle où reposait Candy, toujours sous l'effet de l'alcool qu'elle avait ingéré.
Elle vit une Candy toute pâle et toute petite dans le lit. Son cœur eut comme un frémissement inhabituel. L'aigreur s'était fait une place non négligeable depuis que deux de ses enfants étaient mort dans des circonstances dramatiques. Par chance cette petite avait survécu, si elle avait su, si seulement elle avait su plus tôt, la vérité.
En la regardant, diaphane et endormie, la vieille dame se souvint alors qu'au grand jamais, Candy s'était mal conduite en sa présence. Elle l'avait toujours respectée, malgré la froideur qu'elle lui avait envoyé en retour. Elle s'était laissé berner par les discours mensongers des enfants Legrand et la naïveté qui l'avait caractérisée la fit bouillir intérieurement. ****Elles m'ont manipulé comme une enfant ! qu'elle idiote j'ai été ! Je n'ai jamais été au fond des accusations, je les ai cru à cause de leur aplomb, du fait que leur nom est sans tâche ! J'avais des préjugés sur cette fille, sur cette orpheline, et je les aie écouté ...**** Elle se pencha alors et lui murmura à l'oreille.
- J'étais contre le fait que l'Oncle William t'adopte Candy, contre ! j'aurais donné n'importe quoi pour annuler cette adoption ... mais à présent je veux que tu saches que je te considère comme ma propre fille. Sa main sèche et usée passa alors dans les boucles mouillées, qui faisaient comme des rubans dorés sur l'oreiller. N'y tenant plus, elle posa ses lèvres sèches sur la joue glacée de celle qu'elle avait détesté.
Candy nageait en plein brouillard. Elle était dans le nul part absolu. Un silence mortel l'enveloppait mais loin d'avoir peur, elle attendait. Le lieu était absolument froid, comme une cellule bétonnée qui l'emprisonnait. Une voix bientôt raisonna dans sa tête.
- Candy ! Candy !
- Oui ? Qui êtes-vous ?
- Candy que fais-tu là ?
- Non, laissez-moi grommela t-elle alors qu'elle était endormie. Je veux mourir, je dois mourir !
- Ce n'est pas ton heure.
- Je vous en prie ... je ne veux pas vivre, je ne veux plus rendre les gens malheureux autour de moi. Elle se tût, découvrant qui se cachait derrière « la voix ». Anthony ?
Un jeune homme au cheveux blond, le visage parfait et les yeux verts se détacha alors dans le brouillard. Il était vêtu comme lorsqu'elle l'avait rencontré la première fois. Sa cornemuse posé sur un kilt au tartan inoubliable.
- Anthony ! Candy s'élança mais ne fit que le traverser.
- Candy écoute-moi fit celui-ci qui s'était matérialisé à l'opposé dans cet endroit irréel.
- Oui ?
- Candy tu ne dois pas mourir.
- Anthony ... ma vie est un cauchemar ! j'aime Niel, tu te rends compte ?
Il y eut un éclat de rire.
- Rien n'arrête le destin Candy. Grâce à toi, à ta gentillesse, des gens irrécupérables vont devenir de meilleures personnes, c'est ainsi.
Il décocha un sourire angélique.
- Moi ? Mais ... les gens qui m'entoure me détestent !
Silence.
Candy se renferma aussitôt. Elle était sûre qu'elle ne manquerait à personne et que Niel s'en remettrai.
- Si c'est à Niel que tu penses ... il trouvera une fille comme il faut, une fille du monde comme « ils » disent ! Quant à Élisa, sa mère, la tante Elroy, ils seront ravis que je ne sois plus là.
- Niel t'aime. Élisa va changer aussi. Les gens qui te détestaient éprouvaient ce sentiment à cause des méchancetés que tu as subies.
- Je n'apporte que le malheur aux gens ! tu es mort et je n'ai rien pû faire ! Terry ... j'ai rejeté Terry ...
- Son destin est différent du tien. Il ne t'oubliera jamais.
- Je ... je m'en veux de l'avoir rejeté.
- Tu as choisi avec ton cœur. Les regrets ne servent à rien. À présent tu dois retourner d'où tu viens.
L'endroit froid et mortel s'évanouit alors sous ses pieds et sous ses yeux. Une sensation indescriptible et très désagréable dura presqu'une éternité puis fut oubliée. S'en suivi un rêve sans nom dont Candy ne se souviendrait jamais.
